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 L'évangile selon le spiritisme (act V)

2/11/2008

CHAPITRE XXIV
-
NE METTEZ PAS LA LAMPE SOUS LE BOISSEAU

Lampe sous le boisseau. Pourquoi Jésus parle en paraboles. - N'allez point vers les Gentils. - Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin. - Le courage de la foi. - Porter sa croix. Qui voudra sauver sa vie la perdra

 

Lampe sous le boisseau. Pourquoi Jésus parle en paraboles

1. On n'allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau ; mais on la met sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. (Saint Matthieu, ch. V, v. 15.)

2. Il n'y a personne qui, après avoir allumé une lampe, la couvre d'un vase ou la mette sous un lit ; mais on la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière ; - car il n'y a rien de secret qui ne doive être découvert, ni rien de caché qui ne doive être connu et paraître publiquement. (Saint Luc, ch. VIII, v. 16, 17.)

3. Ses disciples, s'approchant, lui dirent : Pourquoi leur parlez-vous en paraboles ? - Et leur répondant, il leur dit : C'est parce que, pour vous autres, il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux ; mais, pour eux, il ne leur a pas été donné. - Je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en écoutant ils n'entendent ni ne comprennent point. - Et la prophétie d'Isaïe s'accomplira en eux lorsqu'il dit : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n'entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. - Car le coeur de ce peuple s'est appesanti, et leurs oreilles sont devenues sourdes, et ils ont fermé leurs yeux de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur coeur ne comprenne, et que, s'étant convertis, je ne les guérisse. (Saint Matthieu, ch. XIII, v. de 10 à 15.)

4. On s'étonne d'entendre Jésus dire qu'il ne faut pas mettre la lumière sous le boisseau, tandis que lui-même cache sans cesse le sens de ses paroles sous le voile de l'allégorie qui ne peut être comprise de tous. Il s'explique en disant à ses apôtres : Je leur parle en paraboles, parce qu'ils ne sont pas en état de comprendre certaines choses ; ils voient, regardent, entendent et ne comprennent pas ; leur tout dire serait donc inutile pour le moment ; mais à vous je vous le dis, parce qu'il vous est donné de comprendre ces mystères. Il agissait donc avec le peuple comme on le fait avec des enfants dont les idées ne sont pas encore développées. Par là il indique le véritable sens de la maxime : «Il ne faut pas mettre la lampe sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin que tous ceux qui entrent puissent la voir.» Elle ne signifie point qu'il faut inconsidérément révéler toutes les choses ; tout enseignement doit être proportionné à l'intelligence de celui à qui l'on s'adresse, car il est des gens qu'une lumière trop vive éblouit sans les éclairer.

Il en est des hommes en général comme des individus ; les générations ont leur enfance, leur jeunesse et leur âge mûr ; chaque chose doit venir en son temps, et la graine semée hors de saison ne fructifie pas. Mais ce que la prudence commande de taire momentanément doit tôt ou tard être découvert, parce que, arrivés à un certain degré de développement, les hommes recherchent eux-mêmes la lumière vive ; l'obscurité leur pèse. Dieu leur ayant donné l'intelligence pour comprendre et pour se guider dans les choses de la terre et du ciel, ils veulent raisonner leur foi ; c'est alors qu'il ne faut pas mettre la lampe sous le boisseau, car sans la lumière de la raison, la foi s'affaiblit. (Chap. XIX, nº 7.)

5. Si donc, dans sa prévoyante sagesse, la Providence ne révèle les vérités que graduellement, elle les découvre toujours à mesure que l'humanité est mûre pour les recevoir ; elle les tient en réserve et non sous le boisseau ; mais les hommes qui en sont en possession ne les cachent la plupart du temps au vulgaire qu'en vue de le dominer ; ce sont eux qui mettent véritablement la lumière sous le boisseau. C'est ainsi que toutes les religions ont eu leurs mystères dont elles interdisaient l'examen ; mais tandis que ces religions restaient en arrière, la science et l'intelligence ont marché et ont déchiré le voile mystérieux ; le vulgaire devenu adulte a voulu pénétrer le fond des choses, et alors il a rejeté de sa foi ce qui était contraire à l'observation.

Il ne peut y avoir de mystères absolus, et Jésus est dans le vrai quand il dit qu'il n'y a rien de secret qui ne doive être connu. Tout ce qui est caché sera découvert un jour, et ce que l'homme ne peut encore comprendre sur la terre lui sera successivement dévoilé dans des mondes plus avancés, et lorsqu'il sera purifié ; ici-bas, il est encore dans le brouillard.

6. On se demande quel profit le peuple pouvait retirer de cette multitude de paraboles dont le sens restait caché pour lui ? Il est à remarquer que Jésus ne s'est exprimé en paraboles que sur les parties en quelque sorte abstraites de sa doctrine ; mais ayant fait de la charité envers le prochain, et de l'humilité, la condition expresse du salut, tout ce qu'il a dit à cet égard est parfaitement clair, explicite et sans ambiguïté. Il en devait être ainsi, parce que c'était la règle de conduite, règle que tout le monde devait comprendre pour pouvoir l'observer ; c'était l'essentiel pour la multitude ignorante à laquelle il se bornait à dire : Voilà ce qu'il faut faire pour gagner le royaume des cieux. Sur les autres parties il ne développait sa pensée qu'à ses disciples ; ceux-ci étant plus avancés moralement et intellectuellement, Jésus avait pu les initier à des vérités plus abstraites ; c'est pourquoi il dit : A ceux qui ont déjà, il sera donné encore davantage. (Chap. XVIII, nº 15.)

Cependant, même avec ses apôtres, il est resté dans le vague sur beaucoup de points dont la complète intelligence était réservée à des temps ultérieurs. Ce sont ces points qui ont donné lieu à des interprétations si diverses, jusqu'à ce que la science, d'un côté, et le spiritisme, de l'autre, soient venus révéler les nouvelles lois de nature qui en ont fait comprendre le véritable sens.

7. Le spiritisme vient aujourd'hui jeter la lumière sur une foule de points obscurs ; cependant il ne la jette pas inconsidérément. Les Esprits procèdent dans leurs instructions avec une admirable prudence ; ce n'est que successivement et graduellement qu'ils ont abordé les diverses parties connues de la doctrine, et c'est ainsi que les autres parties seront révélées au fur et à mesure que le moment sera venu de les faire sortir de l'ombre. S'ils l'eussent présentée complète dès le début, elle n'eût été accessible qu'à un petit nombre ; elle eût même effrayé ceux qui n'y étaient pas préparés, ce qui aurait nui à sa propagation. Si donc les Esprits ne disent pas encore tout ostensiblement, ce n'est point qu'il y ait dans la doctrine des mystères réservés à des privilégiés, ni qu'ils mettent la lampe sous le boisseau, mais parce que chaque chose doit venir en temps opportun ; ils laissent à une idée le temps de mûrir et de se propager avant d'en présenter une autre, et aux événements celui d'en préparer l'acceptation.

 

N'allez point vers les Gentils

8. Jésus envoya ses douze (les apôtres) après leur avoir donné les instructions suivantes : N'allez point vers les Gentils, et n'entrez point dans les villes des Samaritains ; - mais allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël ; - et dans les lieux où vous irez, prêchez en disant que le royaume des cieux est proche. (Saint Matth., ch. X, v. 5, 6, 7.)

9. Jésus prouve en maintes circonstances que ses vues ne sont point circonscrites au peuple juif, mais qu'elles embrassent toute l'humanité. Si donc il dit à ses apôtres de ne point aller chez les Païens, ce n'est pas par dédain pour la conversion de ceux-ci, ce qui eût été peu charitable, mais parce que les Juifs, qui croyaient en l'unité de Dieu et attendaient le Messie, étaient préparés, par la loi de Moïse et les prophètes, à recevoir sa parole. Chez les Païens, la base même manquant, tout était à faire, et les apôtres n'étaient point encore assez éclairés pour une aussi lourde tâche ; c'est pourquoi il leur dit : Allez aux brebis égarées d'Israël ; c'est-à-dire, allez semer dans un terrain déjà défriché, sachant bien que la conversion des Gentils viendrait en son temps ; plus tard, en effet, c'est au centre même du paganisme que les apôtres allèrent planter la croix.

10. Ces paroles peuvent s'appliquer aux adeptes et aux propagateurs du spiritisme. Les incrédules systématiques, les railleurs obstinés, les adversaires intéressés, sont pour eux ce qu'étaient les Gentils pour les apôtres. A l'exemple de ceux-ci, qu'ils cherchent d'abord des prosélytes parmi les gens de bonne volonté, ceux qui désirent la lumière, en qui on trouve un germe fécond, et le nombre en est grand, sans perdre leur temps avec ceux qui refusent de voir et d'entendre, et se raidissent d'autant plus, par orgueil, qu'on paraît attacher plus de prix à leur conversion. Mieux vaut ouvrir les yeux à cent aveugles qui désirent voir clair, qu'à un seul qui se complaît dans l'obscurité, parce que c'est augmenter le nombre des soutiens de la cause dans une plus grande proportion. Laisser les autres tranquilles n'est pas de l'indifférence, mais de la bonne politique ; leur tour viendra quand ils seront dominés par l'opinion générale, et qu'ils entendront la même chose sans cesse répétée autour d'eux ; alors ils croiront accepter l'idée volontairement et d'eux-mêmes et non sous la pression d'un individu. Puis il en est des idées comme des semences : elles ne peuvent germer avant la saison, et seulement dans un terrain préparé, c'est pourquoi il est mieux d'attendre le temps propice, et de cultiver d'abord celles qui germent, de crainte de faire avorter les autres en les poussant trop.

Au temps de Jésus, et par suite des idées restreintes et matérielles de l'époque, tout était circonscrit et localisé ; la maison d'Israël était un petit peuple ; les Gentils étaient de petits peuples environnants ; aujourd'hui les idées s'universalisent et se spiritualisent. La lumière nouvelle n'est le privilège d'aucune nation ; pour elle il n'existe plus de barrières ; elle a son foyer partout et tous les hommes sont frères. Mais aussi les Gentils ne sont plus un peuple, c'est une opinion que l'on rencontre partout, et dont la vérité triomphe peu à peu comme le christianisme a triomphé du paganisme. Ce n'est plus avec les armes de guerre qu'on les combat, mais avec la puissance de l'idée.

 

Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin

11. Jésus étant à table dans la maison de cet homme (Matthieu), il y vint beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie qui se mirent à table avec Jésus et ses disciples ; - ce que les Pharisiens ayant vu, ils dirent à ses disciples : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec des publicains et des gens de mauvaise vie ? - Mais Jésus les ayant entendus, leur dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais les malades qui ont besoin de médecin. (Saint Matthieu, ch. IX, v. 10, 11, 12.)

12. Jésus s'adressait surtout aux pauvres et aux déshérités, parce que ce sont eux qui ont le plus besoin de consolations ; aux aveugles dociles et de bonne foi, parce qu'ils demandent à voir, et non aux orgueilleux qui croient posséder toute lumière et n'avoir besoin de rien (voy. Introd., art. Publicains, Péagers).

Cette parole, comme tant d'autres, trouve son application dans le spiritisme. On s'étonne parfois que la médiumnité soit accordée à des gens indignes et capables d'en faire un mauvais usage ; il semble, dit-on, qu'une faculté si précieuse devrait être l'attribut exclusif des plus méritants.

Disons d'abord que la médiumnité tient à une disposition organique dont tout homme peut être doué comme de celle de voir, d'entendre, de parler. Il n'en est pas une dont l'homme, en vertu de son libre arbitre, ne puisse abuser, et si Dieu n'avait accordé la parole, par exemple, qu'à ceux qui sont incapables de dire de mauvaises choses, il y aurait plus de muets que de parlants. Dieu a donné à l'homme des facultés ; il le laisse libre d'en user, mais il punit toujours celui qui en abuse.

Si le pouvoir de communiquer avec les Esprits n'était donné qu'aux plus dignes, quel est celui qui oserait y prétendre ? Où serait d'ailleurs la limite de la dignité et de l'indignité ? La médiumnité est donnée sans distinction, afin que les Esprits puissent porter la lumière dans tous les rangs, dans toutes les classes de la société, chez le pauvre comme chez le riche ; chez les sages pour les fortifier dans le bien, chez les vicieux pour les corriger. Ces derniers ne sont-ils pas les malades qui ont besoin du médecin ? Pourquoi Dieu, qui ne veut pas la mort du pécheur, le priverait-il du secours qui peut le tirer du bourbier ? Les bons Esprits lui viennent donc en aide, et leurs conseils qu'il reçoit directement sont de nature à l'impressionner plus vivement que s'il les recevait par des voies détournées. Dieu, dans sa bonté, pour lui épargner la peine d'aller chercher la lumière au loin, la lui met dans la main ; n'est-il pas bien plus coupable de ne pas la regarder ? Pourra-t-il s'excuser sur son ignorance, quand il aura écrit lui-même, vu de ses yeux, entendu de ses oreilles, et prononcé de sa bouche sa propre condamnation ? S'il ne profite pas, c'est alors qu'il est puni par la perte ou par la perversion de sa faculté dont les mauvais Esprits s'emparent pour l'obséder et le tromper, sans préjudice des afflictions réelles dont Dieu frappe ses serviteurs indignes, et les coeurs endurcis par l'orgueil et l'égoïsme.

La médiumnité n'implique pas nécessairement des rapports habituels avec les Esprits supérieurs ; c'est simplement une aptitude à servir d'instrument plus ou moins souple aux Esprits en général. Le bon médium n'est donc pas celui qui communique facilement, mais celui qui est sympathique aux bons Esprits et n'est assisté que par eux. C'est en ce sens seulement que l'excellence des qualités morales est toute-puissante sur la médiumnité.

 

Courage de la foi

13. Quiconque me confessera et me reconnaîtra devant les hommes, je le reconnaîtrai et confesserai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux ; - et quiconque me renoncera devant les hommes, je le renoncerai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux. (Saint Matthieu, ch. X, v. 32, 33.)

14. Si quelqu'un rougit de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme rougira aussi de lui, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle de son Père et des saints anges. (Saint Luc, ch. IX, v. 26.)

15. Le courage de l'opinion a toujours été tenu en estime parmi les hommes, parce qu'il y a du mérite à braver les dangers, les persécutions, les contradictions, et même les simples sarcasmes, auxquels s'expose presque toujours celui qui ne craint pas d'avouer hautement des idées qui ne sont pas celles de tout le monde. Ici, comme en tout, le mérite est en raison des circonstances et de l'importance du résultat. Il y a toujours faiblesse à reculer devant les conséquences de son opinion et à la renier, mais il est des cas où c'est une lâcheté aussi grande que de fuir au moment du combat.

Jésus flétrit cette lâcheté, au point de vue spécial de sa doctrine, en disant que si quelqu'un rougit de ses paroles, il rougira aussi de lui ; qu'il reniera celui qui l'aura renié ; que celui qui le confessera devant les hommes, il le reconnaîtra devant son Père qui est dans les cieux ; en d'autres termes : ceux qui auront craint de s'avouer disciples de la vérité, ne sont pas dignes d'être admis dans le royaume de la vérité. Ils perdront le bénéfice de leur foi, parce que c'est une foi égoïste, qu'ils gardent pour eux-mêmes, mais qu'ils cachent de peur qu'elle ne leur porte préjudice en ce monde, tandis que ceux qui, mettant la vérité au-dessus de leurs intérêts matériels, la proclament ouvertement, travaillent en même temps pour leur avenir et celui des autres.

16. Ainsi en sera-t-il des adeptes du spiritisme ; puisque leur doctrine n'est autre que le développement et l'application de celle de l'Evangile, c'est à eux aussi que s'adressent les paroles du Christ. Ils sèment sur la terre ce qu'ils récolteront dans la vie spirituelle ; là ils recueilleront les fruits de leur courage ou de leur faiblesse.

 

Porter sa croix. Qui voudra sauver sa vie la perdra

17. Vous êtes bien heureux, lorsque les hommes vous haïront, qu'ils vous sépareront, qu'ils vous traiteront injurieusement, qu'ils rejetteront votre nom comme mauvais à cause du Fils de l'homme. - Réjouissez-vous en ce jour-là, et soyez ravis de joie, parce qu'une grande récompense vous est réservée dans le ciel, car c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes. (Saint Luc, ch. VI, v. 22, 23.)

18. En appelant à soi le peuple avec ses disciples, il leur dit : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive ; - car celui qui voudra se sauver soi-même se perdra ; et celui qui se perdra pour l'amour de moi et de l'Evangile, se sauvera. - En effet, que servirait à un homme de gagner tout le monde, et de se perdre soi-même ? (Saint Marc, ch. VIII, v. de 34 à 36. - Saint Luc, ch. IX, v. 23, 24, 25. - Saint Matthieu, ch. X, v. 39. - Saint Jean, ch. XII, v. 24, 25.)

19. Réjouissez-vous, dit Jésus, quand les hommes vous haïront et vous persécuteront à cause de moi, parce que vous en serez récompensés dans le ciel. Ces paroles peuvent se traduire ainsi : Soyez heureux quand des hommes, par leur mauvais vouloir à votre égard, vous fournissent l'occasion de prouver la sincérité de votre foi, car le mal qu'ils vous font tourne à votre profit. Plaignez-les donc de leur aveuglement, et ne les maudissez pas.

Puis il ajoute : «Que celui qui veut me suivre porte sa croix,» c'est-à-dire qu'il supporte courageusement les tribulations que sa foi lui suscitera ; car celui qui voudra sauver sa vie et ses biens en me renonçant, perdra les avantages du royaume des cieux, tandis que ceux qui auront tout perdu ici-bas, même la vie, pour le triomphe de la vérité, recevront, dans la vie future, le prix de leur courage, de leur persévérance et de leur abnégation ; mais à ceux qui sacrifient les biens célestes aux jouissances terrestres, Dieu dit : Vous avez déjà reçu votre récompense.

CHAPITRE XXV
-
CHERCHEZ ET VOUS TROUVEREZ

Aide-toi, le ciel t'aidera. - Considérez les oiseaux du ciel. - Ne vous mettez point en peine d'avoir de l'or

 

Aide-toi, le ciel t'aidera

1. Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez à la porte et l'on vous ouvrira ; car quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve, et l'on ouvrira à celui qui frappe à la porte.

Aussi qui est l'homme d'entre vous qui donne une pierre à son fils lorsqu'il lui demande du pain ? - ou s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? - Si donc, étant méchants comme vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il les vrais biens à ceux qui les lui demandent. (Saint Matthieu, ch. VIII, v. de 7 à 11.)

2. Au point de vue terrestre, la maxime : Cherchez et vous trouverez, est l'analogue de celle-ci : Aide-toi, le ciel t'aidera. C'est le principe de la loi du travail, et par suite de la loi du progrès, car le progrès est fils du travail, parce que le travail met en action les forces de l'intelligence.

Dans l'enfance de l'humanité, l'homme n'applique son intelligence qu'à la recherche de sa nourriture, des moyens de se préserver des intempéries, et de se défendre contre ses ennemis ; mais Dieu lui a donné de plus qu'à l'animal le désir incessant du mieux ; c'est ce désir du mieux qui le pousse à la recherche des moyens d'améliorer sa position, qui le conduit aux découvertes, aux inventions, au perfectionnement de la science, car c'est la science qui lui procure ce qui lui manque. Par ses recherches son intelligence grandit, son moral s'épure ; aux besoins du corps succèdent les besoins de l'esprit ; après la nourriture matérielle, il faut la nourriture spirituelle, c'est ainsi que l'homme passe de la sauvagerie à la civilisation.

Mais le progrès que chaque homme accomplit individuellement pendant la vie est bien peu de chose, imperceptible même chez un grand nombre ; comment alors l'humanité pourrait-elle progresser sans la préexistence et la réexistence de l'âme ? Les âmes s'en allant chaque jour pour ne plus revenir, l'humanité se renouvellerait sans cesse avec les éléments primitifs, ayant tout à faire, tout à apprendre ; il n'y aurait donc pas de raison pour que l'homme fût plus avancé aujourd'hui qu'aux premiers âges du monde, puisqu'à chaque naissance tout le travail intellectuel serait à recommencer. L'âme, au contraire, revenant avec son progrès accompli, et acquérant chaque fois quelque chose de plus, c'est ainsi qu'elle passe graduellement de la barbarie à la civilisation matérielle, et de celle-ci à la civilisation morale. (Voy. ch. IV, nº 17.)

3. Si Dieu eût affranchi l'homme du travail du corps, ses membres seraient atrophiés ; s'il l'eût affranchi du travail de l'intelligence, son esprit serait resté dans l'enfance, à l'état d'instinct animal ; c'est pourquoi il lui a fait une nécessité du travail ; il lui a dit : Cherche et tu trouveras ; travaille et tu produiras ; de cette manière tu seras le fils de tes oeuvres, tu en auras le mérite, et tu seras récompensé selon ce que tu auras fait.

4. C'est par application de ce principe que les Esprits ne viennent pas épargner à l'homme le travail des recherches, en lui apportant des découvertes et des inventions toutes faites et prêtes à produire, de manière à n'avoir qu'à prendre ce qu'on lui mettrait dans la main, sans avoir la peine de se baisser pour ramasser, ni même celle de penser. S'il en était ainsi, le plus paresseux pourrait s'enrichir, et le plus ignorant devenir savant à bon marché, et l'un et l'autre se donner le mérite de ce qu'ils n'auraient point fait. Non, les Esprits ne viennent point affranchir l'homme de la loi du travail, mais lui montrer le but qu'il doit atteindre et la route qui y conduit, en lui disant : Marche et tu arriveras. Tu trouveras des pierres sous tes pas ; regarde, et ôte-les toi-même ; nous te donnerons la force nécessaire si tu veux l'employer. (Livre des Médiums, ch. XXVI, n° 291 et suiv.)

5. Au point de vue moral, ces paroles de Jésus signifient : Demandez la lumière qui doit éclairer votre route, et elle vous sera donnée ; demandez la force de résister au mal, et vous l'aurez ; demandez l'assistance des bons Esprits, et ils viendront vous accompagner, et comme l'ange de Tobie, ils vous serviront de guides ; demandez de bons conseils, et ils ne vous seront jamais refusés ; frappez à notre porte, et elle vous sera ouverte ; mais demandez sincèrement, avec foi, ferveur et confiance ; présentez-vous avec humilité et non avec arrogance, sans cela vous serez abandonnés à vos propres forces, et les chutes mêmes que vous ferez seront la punition de votre orgueil.

Tel est le sens de ces paroles : Cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira.

 

Considérez les oiseaux du ciel

6. Ne vous faites point de trésors dans la terre, où la rouille et les vers les mangent, et où les voleurs les déterrent et les dérobent ; - mais faites-vous des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne les mangent point ; - car où est votre trésor, là aussi est votre coeur.

C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d'où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps ; la vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?

Considérez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ils ne moissonnent point, et ils n'amassent rien dans des greniers ; mais votre Père céleste les nourrit ; n'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux ? - Et qui est celui d'entre vous qui puisse, avec tous ses soins, ajouter à sa taille la hauteur d'une coudée ?

Pourquoi aussi vous inquiétez-vous pour le vêtement ? Considérez comme croissent les lis des champs ; ils ne travaillent point, ils ne filent point ; - et cependant je vous déclare que Salomon, même dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. - Si donc Dieu a soin de vêtir de cette sorte une herbe des champs, qui est aujourd'hui et qui demain sera jetée dans le four, combien aura-t-il plus de soin de vous vêtir, ô hommes de peu de foi !

Ne vous inquiétez donc point, on disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous ? - comme font les Païens qui recherchent toutes ces choses ; car votre Père sait que vous en avez besoin.

Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. - C'est pourquoi ne soyez point en inquiétude pour le lendemain, car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit son mal. (Saint Matthieu, ch. VI, v. de 25 à 34.)

7. Ces paroles prises à la lettre seraient la négation de toute prévoyance, de tout travail, et par conséquent de tout progrès. Avec un tel principe, l'homme se réduirait à une passivité expectante ; ses forces physiques et intellectuelles seraient sans activité ; si telle eût été sa condition normale sur la terre, il ne serait jamais sorti de l'état primitif, et s'il en faisait sa loi actuelle, il n'aurait plus qu'à vivre sans rien faire. Telle ne peut avoir été la pensée de Jésus, car elle serait en contradiction avec ce qu'il a dit ailleurs, avec les lois mêmes de la nature. Dieu a créé l'homme sans vêtements et sans abri, mais il lui a donné l'intelligence pour s'en fabriquer. (Ch. XIV, nº 6 ; ch. XXV, nº 2.)

Il ne faut donc voir dans ces paroles qu'une poétique allégorie de la Providence, qui n'abandonne jamais ceux qui mettent en elle sa confiance, mais elle veut qu'ils travaillent de leur côté. Si elle ne vient pas toujours en aide par un secours matériel, elle inspire les idées avec lesquelles on trouve les moyens de se tirer soi-même d'embarras. (Ch. XXVII, nº 8.)

Dieu connaît nos besoins, et il y pourvoit selon ce qui est nécessaire ; mais l'homme, insatiable dans ses désirs, ne sait pas toujours se contenter de ce qu'il a ; le nécessaire ne lui suffit pas, il lui faut le superflu ; c'est alors que la Providence le laisse à lui-même ; souvent il est malheureux par sa faute et pour avoir méconnu la voix qui l'avertissait par sa conscience, et Dieu lui en laisse subir les conséquences, afin que cela lui serve de leçon à l'avenir. (Ch. V, nº 4.)

8. La terre produit assez pour nourrir tous ses habitants, quand les hommes sauront administrer les biens qu'elle donne, selon les lois de justice, de charité et d'amour du prochain ; quand la fraternité régnera entre les divers peuples, comme entre les provinces d'un même empire, le superflu momentané de l'un suppléera à l'insuffisance momentanée de l'autre, et chacun aura le nécessaire. Le riche alors se considérera comme un homme ayant une grande quantité de semences ; s'il les répand, elles produiront au centuple pour lui et pour les autres ; mais s'il mange ces semences à lui seul, et s'il gaspille et laisse perdre le surplus de ce qu'il mangera, elles ne produiront rien, et il n'y en aura pas pour tout le monde ; s'il les enferme dans son grenier, les vers les mangeront : c'est pourquoi Jésus dit : Ne vous faites point de trésors dans la terre, qui sont périssables, mais faites-vous des trésors dans le ciel, parce qu'ils sont éternels. En d'autres termes, n'attachez pas aux biens matériels plus d'importance qu'aux biens spirituels, et sachez sacrifier les premiers au profit des seconds. (Ch. XVI, nos 7 et suiv.)

Ce n'est pas avec des lois qu'on décrète la charité et la fraternité ; si elles ne sont pas dans le coeur, l'égoïsme les étouffera toujours ; les y faire pénétrer est l'oeuvre du spiritisme.

 

Ne vous mettez point en peine d'avoir de l'or

9. Ne vous mettez point en peine d'avoir de l'or ou de l'argent, ou d'autre monnaie dans votre bourse. - Ne préparez ni un sac pour le chemin, ni deux habits, ni souliers, ni bâtons, car celui qui travaille mérite qu'on le nourrisse.

10. En quelque ville ou en quelque village que vous entriez, informez-vous qui est digne de vous loger, et demeurez chez lui jusqu'à ce que vous vous en alliez. - En entrant dans la maison, saluez-la en disant : Que la paix soit dans cette maison. - Si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle ; et si elle n'en est pas digne, votre paix reviendra à vous.

Lorsque quelqu'un ne voudra point vous recevoir, ni écouter vos paroles, secouez en sortant de cette maison ou de cette ville la poussière de vos pieds. - Je vous dis en vérité, au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement que cette ville. (Saint Matthieu, ch. X, v. de 9 à 15.)

11. Ces paroles, que Jésus adressait à ses apôtres, lorsqu'il les envoya pour la première fois annoncer la bonne nouvelle, n'avaient rien d'étrange à cette époque ; elles étaient selon les moeurs patriarcales de l'Orient, où le voyageur était toujours reçu sous la tente. Mais alors les voyageurs étaient rares ; chez les peuples modernes l'accroissement de la circulation a dû créer de nouvelles moeurs ; on ne retrouve celles des temps antiques que dans les contrées retirées où le grand mouvement n'a pas encore pénétré ; et si Jésus revenait aujourd'hui, il ne pourrait plus dire à ses apôtres : Mettez-vous en route sans provisions.

A côté du sens propre, ces paroles ont un sens moral très profond. Jésus apprenait ainsi à ses disciples à se confier à la Providence ; puis ceux-ci n'ayant rien, ils ne pouvaient tenter la cupidité de ceux qui les recevaient ; c'était le moyen de distinguer les charitables des égoïstes ; c'est pourquoi il leur dit : «Informez-vous qui est digne de vous loger ;» c'est-à-dire qui est assez humain pour héberger le voyageur qui n'a pas de quoi payer, car ceux-là sont dignes d'entendre vos paroles ; c'est à leur charité que vous les reconnaîtrez.

Quant à ceux qui ne voudront ni les recevoir, ni les écouter, dit-il à ses apôtres de les maudire, de s'imposer à eux, d'user de violence et de contrainte pour les convertir ? Non ; mais de s'en aller purement et simplement ailleurs, et de chercher les gens de bonne volonté.

Ainsi dit aujourd'hui le spiritisme à ses adeptes : Ne violé aucune conscience ; ne contraignez personne à quitter sa croyance pour adopter la vôtre ; ne jetez point l'anathème sur ceux qui ne pensent pas comme vous ; accueillez ceux qui viennent à vous et laissez en repos ceux qui vous repoussent. Souvenez-vous des paroles du Christ ; jadis le ciel se prenait par la violence, aujourd'hui, c'est par la douceur. (Ch. IV, n° 10, 11.)

 

CHAPITRE XXVI
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DONNEZ GRATUITEMENT CE QUE VOUS AVEZ REÇU GRATUITEMENT

Don de guérir. - Prières payées. - Vendeurs chassés du temple. - Médiumnité gratuite

 

Don de guérir

1. Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons. Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement. (Saint Matthieu, ch. X, v. 8.)

2. «Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement,» dit Jésus à ses disciples ; par ce précepte il prescrit de ne point faire payer ce que l'on n'a pas payé soi-même ; or, ce qu'ils avaient reçu gratuitement, c'était la faculté de guérir les malades et de chasser les démons, c'est-à-dire les mauvais Esprits ; ce don leur avait été donné gratuitement par Dieu pour le soulagement de ceux qui souffrent, et pour aider à la propagation de la foi, et il leur dit de ne point en faire un trafic, ni un objet de spéculation, ni un moyen de vivre.

 

Prières payées

3. Il dit ensuite à ses disciples en présence de tout le peuple qui l'écoutait : -Gardez-vous des scribes qui affectent de se promener en longues robes, qui aiment à être salués dans les places publiques, à occuper les premières chaires dans les synagogues et les premières places dans, les festins ; - qui, sous prétexte de longues prières, dévorent les maisons des veuves. Ces personnes en recevront une condamnation plus rigoureuse. (Saint Luc, ch. XX, v. 45, 46, 47. - Saint Marc, ch. XII, v. 38, 39, 40. - Saint Matthieu, ch. XXIII, v. 14.)

4. Jésus dit aussi : Ne faites point payer vos prières ; ne faites point comme les scribes qui, «sous prétexte de longues prières, dévorent les maisons des veuves ;» c'est-à-dire accaparent les fortunes. La prière est un acte de charité, un élan du coeur ; faire payer celle que l'on adresse à Dieu pour autrui, c'est se transformer en intermédiaire salarié ; la prière alors est une formule dont on proportionne la longueur à la somme qu'elle rapporte. Or, de deux choses l'une : Dieu mesure ou ne mesure pas ses grâces au nombre des paroles ; s'il en faut beaucoup, pourquoi en dire peu ou pas du tout à celui qui ne peut pas payer ? c'est un manque de charité ; si une seule suffit, le surplus est inutile ; pourquoi donc alors le faire payer ? c'est une prévarication.

Dieu ne vend pas les bienfaits qu'il accorde ; pourquoi donc celui qui n'en est pas même le distributeur, qui ne peut en garantir l'obtention, ferait-il payer une demande qui peut être sans résultat ? Dieu ne peut subordonner un acte de clémence, de bonté ou de justice que l'on sollicite de sa miséricorde, à une somme d'argent ; autrement il en résulterait que si la somme n'est pas payée, ou est insuffisante, la justice, la bonté et la clémence de Dieu seraient suspendues. La raison, le bon sens, la logique disent que Dieu, la perfection absolue, ne peut déléguer à des créatures imparfaites le droit de mettre à prix sa justice. La justice de Dieu est comme le soleil ; elle est pour tout le monde, pour le pauvre comme pour le riche. Si l'on considère comme immoral de trafiquer des grâces d'un souverain de la terre, est-il plus licite de vendre celles du souverain de l'univers ?

Les prières payées ont un autre inconvénient ; c'est que celui qui les achète se croit, le plus souvent, dispensé de prier lui-même, parce qu'il se regarde comme quitte quand il a donné son argent. On sait que les Esprits sont touchés par la ferveur de la pensée de celui qui s'intéresse à eux ; quelle peut être la ferveur de celui qui charge un tiers de prier pour lui en payant ? quelle est la ferveur de ce tiers quand il délègue son mandat à un autre, celui-ci à un autre, et ainsi de suite ? N'est-ce pas réduire l'efficacité de la prière à la valeur d'une monnaie courante ?

 

Vendeurs chassés du temple

5. Ils vinrent ensuite à Jérusalem, et Jésus étant entré dans le temple, commença par chasser ceux qui y vendaient et qui y achetaient ; il renversa les tables des changeurs et les sièges de ceux qui vendaient des colombes ; - et il ne permettait pas que personne transportât aucun ustensile par le temple. - Il les instruisit aussi en leur disant : N'est-il pas écrit : Ma maison sera appelée la maison de prières pour toutes les nations ? Et cependant vous en avez fait une caverne de voleurs. - Ce que les princes des prêtres ayant entendu, ils cherchaient un moyen de le perdre ; car ils le craignaient, parce que tout le peuple était ravi en admiration de sa doctrine. (Saint Marc, ch. XI, v. de 15 à 18. - Saint Matthieu, ch. XXI, v. 12, 13.)

6. Jésus a chassé les vendeurs du temple ; par là il condamne le trafic des choses saintes sous quelque forme que ce soit. Dieu ne vend ni sa bénédiction, ni son pardon, ni l'entrée du royaume des cieux ; l'homme n'a donc pas le droit de les faire payer.

 

Médiumnité gratuite

7. Les médiums modernes, - car les apôtres aussi avaient la médiumnité, - ont également reçu de Dieu un don gratuit, celui d'être les interprètes des Esprits pour l'instruction des hommes, pour leur montrer la route du bien et les amener à la foi, et non pour leur vendre des paroles qui ne leur appartiennent pas, parce qu'elles ne sont pas le produit de leur conception, ni de leurs recherches, ni de leur travail personnel. Dieu veut que la lumière arrive à tout le monde ; il ne veut pas que le plus pauvre en soit déshérité et puisse dire : Je n'ai pas la foi, parce que je n'ai pas pu la payer ; je n'ai pas eu la consolation de recevoir les encouragements et les témoignages d'affection de ceux que je pleure, parce que je suis pauvre. Voilà pourquoi la médiumnité n'est point un privilège, et se trouve partout ; la faire payer, serait donc la détourner de son but providentiel.

8. Quiconque connaît les conditions dans lesquelles les bons Esprits se communiquent, leur répulsion pour tout ce qui est d'intérêt égoïste, et qui sait combien il faut peu de chose pour les éloigner, ne pourra jamais admettre que des Esprits supérieurs soient à la disposition du premier venu qui les appellerait à tant la séance ; le simple bon sens repousse une telle pensée. Ne serait-ce pas aussi une profanation d'évoquer à prix d'argent les êtres que nous respectons ou qui nous sont chers ? Sans doute on peut avoir ainsi des manifestations, mais qui pourrait en garantir la sincérité ? Les Esprits légers, menteurs, espiègles, et toute la cohue des Esprits inférieurs, fort peu scrupuleux, viennent toujours, et sont tout prêts à répondre à ce que l'on demande sans se soucier de la vérité. Celui donc qui veut des communications sérieuses doit d'abord les demander sérieusement, puis s'édifier sur la nature des sympathies du médium avec les êtres du monde spirituel ; or la première condition pour se concilier la bienveillance des bons Esprits, c'est l'humilité, le dévouement, l'abnégation, le désintéressement moral et matériel le plus absolu.

9. A côté de la question morale se présente une considération effective non moins importante qui tient à la nature même de la faculté. La médiumnité sérieuse ne peut être et ne sera jamais une profession, non seulement parce qu'elle serait discréditée moralement, et bientôt assimilée aux diseurs de bonne aventure, mais parce qu'un obstacle matériel s'y oppose ; c'est une faculté essentiellement mobile, fugitive et variable, sur la permanence de laquelle nul ne peut compter. Ce serait donc, pour l'exploiteur, une ressource tout à fait incertaine, qui peut lui manquer au moment où elle lui serait le plus nécessaire. Autre chose est un talent acquis par l'étude et le travail, et qui, par cela même, est une propriété dont il est naturellement permis de tirer parti. Mais la médiumnité n'est ni un art ni un talent, c'est pourquoi elle ne peut devenir une profession ; elle n'existe que par le concours des Esprits ; si ces Esprits font défaut, il n'y a plus de médiumnité ; l'aptitude peut subsister, mais l'exercice en est annulé ; aussi n'est-il pas un seul médium au monde qui puisse garantir l'obtention d'un phénomène spirite à un instant donné. Exploiter la médiumnité, c'est donc disposer d'une chose dont on n'est réellement pas maître ; affirmer le contraire, c'est tromper celui qui paye ; il y a plus, ce n'est pas de soi-même qu'on dispose, ce sont les Esprits, les âmes des morts dont le concours est mis à prix ; cette pensée répugne instinctivement. C'est ce trafic, dégénéré en abus, exploité par le charlatanisme, l'ignorance, la crédulité et la superstition, qui a motivé la défense de Moïse. Le spiritisme moderne, comprenant le côté sérieux de la chose, par le discrédit qu'il a jeté sur cette exploitation, a élevé la médiumnité au rang de mission. (Voy. Livre des Médiums, ch. XXVIII, - Ciel et Enfer, ch. XII)

10. La médiumnité est une chose sainte qui doit être pratiquée saintement, religieusement. S'il est un genre de médiumnité qui requière cette condition d'une manière encore plus absolue, c'est la médiumnité guérissante. Le médecin donne le fruit de ses études, qu'il a faites au prix de sacrifices souvent pénibles ; le magnétiseur donne son propre fluide, souvent même sa santé : ils peuvent y mettre un prix ; le médium guérisseur transmet le fluide salutaire des bons Esprits : il n'a pas le droit de le vendre. Jésus et les apôtres, quoique pauvres, ne faisaient point payer les guérisons qu'ils opéraient.

Que celui donc qui n'a pas de quoi vivre cherche des ressources ailleurs que dans la médiumnité ; qu'il n'y consacre, s'il le faut, que le temps dont il peut disposer matériellement. Les Esprits lui tiendront compte de son dévouement et de ses sacrifices, tandis qu'ils se retirent de ceux qui espèrent s'en faire un marchepied.

CHAPITRE XXVII
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DEMANDEZ ET VOUS OBTIENDREZ

Qualités de la prière. - Efficacité de la prière. - Action de la prière. Transmission de la pensée. - Prières intelligibles. - De la prière pour les morts et les Esprits souffrants. - Instructions des Esprits : Manière de prier. - Bonheur de la prière.

 

Qualités de la prière

1. Lorsque vous priez, ne ressemblez pas aux hypocrites qui affectent de prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues pour être vus des hommes. Je vous dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. - Mais lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre, et la porte étant fermée, priez votre Père dans le secret ; et votre Père, qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense.

N'affectez point de prier beaucoup dans vos prières, comme font les Païens, qui s'imaginent que c'est par la multitude des paroles qu'ils sont exaucés. - Ne vous rendez donc pas semblables à eux, parce que votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. (Saint Matthieu, ch. VI, v. de 5 à 8.)

2. Lorsque vous vous présentez pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin que votre Père, qui est dans les cieux, vous pardonne aussi vos péchés. - Si vous ne pardonnez, votre Père, qui est dans les cieux, ne vous pardonnera point non plus vos péchés. (Saint Marc, ch. XI, v. 25, 26.)

3. Il dit aussi cette parabole à quelques-uns qui mettaient leur confiance en eux-mêmes, comme étant justes, et méprisaient les autres :

Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était pharisien et l'autre publicain. - Le pharisien, se tenant debout, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je vous rends grâce de ce que je ne suis point comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères, ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine ; je donne la dîme de tout ce que je possède.

Le publicain, au contraire, se tenant éloigné, n'osait pas même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine, en disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur.

Je vous déclare que celui-ci s'en retourna chez lui justifié, et non pas l'autre ; car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. (Saint Luc, chap. XVIII, v. de 9 à 14.)

4. Les qualités de la prière sont clairement définies par Jésus ; lorsque vous priez, dit-il, ne vous mettez point en évidence, mais priez dans le secret ; n'affectez point de prier beaucoup, car ce n'est pas par la multiplicité des paroles que vous serez exaucés, mais par leur sincérité ; avant de prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, car la prière ne saurait être agréable à Dieu si elle ne part d'un coeur purifié de tout sentiment contraire à la charité ; priez enfin avec humilité, comme le publicain, et non avec orgueil, comme le pharisien ; examinez vos défauts et non vos qualités, et si vous vous comparez aux autres, cherchez ce qu'il y a de mal en vous. (Ch. X, n° 7 et 8.)

 

Efficacité de la prière

5. Quoi que ce soit que vous demandiez dans la prière, croyez que vous l'obtiendrez, et il vous sera accordé. (Saint Marc, ch. XI, v. 24.)

6. Il y a des gens qui contestent l'efficacité de la prière, et ils se fondent sur ce principe que, Dieu connaissant nos besoins, il est superflu de les lui exposer. Ils ajoutent encore que, tout s'enchaînant dans l'univers par des lois éternelles, nos voeux ne peuvent changer les décrets de Dieu.

Sans aucun doute, il y a des lois naturelles et immuables que Dieu ne peut abroger selon le caprice de chacun ; mais de là à croire que toutes les circonstances de la vie sont soumises à la fatalité, la distance est grande. S'il en était ainsi, l'homme ne serait qu'un instrument passif, sans libre arbitre et sans initiative. Dans cette hypothèse, il n'aurait qu'à courber la tête sous le coup de tous les événements, sans chercher à les éviter ; il n'aurait pas dû chercher à détourner la foudre. Dieu ne lui a pas donné le jugement et l'intelligence pour ne pas s'en servir, la volonté pour ne pas vouloir, l'activité pour rester dans l'inaction. L'homme étant libre d'agir dans un sens ou dans un autre, ses actes ont pour lui-même et pour autrui des conséquences subordonnées à ce qu'il fait ou ne fait pas ; par son initiative, il y a donc des événements qui échappent forcément à la fatalité, et qui ne détruisent pas plus l'harmonie des lois universelles, que l'avance ou le retard de l'aiguille d'une pendule ne détruit la loi du mouvement sur laquelle est établi le mécanisme. Dieu peut donc accéder à certaines demandes sans déroger à l'immuabilité des lois qui régissent l'ensemble, son accession restant toujours subordonnée à sa volonté.

7. Il serait illogique de conclure de cette maxime : «Quoi que ce soit que vous demandiez par la prière, il vous sera accordé,» qu'il suffit de demander pour obtenir, et injuste d'accuser la Providence si elle n'accède pas à toute demande qui lui est faite, car elle sait mieux que nous ce qui est pour notre bien. Ainsi en est-il d'un père sage qui refuse à son enfant les choses contraires à l'intérêt de celui-ci. L'homme, généralement, ne voit que le présent ; or, si la souffrance est utile à son bonheur futur, Dieu le laissera souffrir, comme le chirurgien laisse le malade souffrir d'une opération qui doit amener la guérison.

Ce que Dieu lui accordera, s'il s'adresse à lui avec confiance, c'est le courage, la patience et la résignation. Ce qu'il lui accordera encore, ce sont les moyens de se tirer lui-même d'embarras, à l'aide des idées qu'il lui fait suggérer par les bons Esprits, lui en laissant ainsi le mérite ; il assiste ceux qui s'aident eux-mêmes, selon cette maxime : «Aide-toi, le ciel t'aidera,» et non ceux qui attendent tout d'un secours étranger sans faire usage de leurs propres facultés ; mais la plupart du temps on préférerait être secouru par un miracle sans avoir rien à faire. (Ch. XXV, nº 1 et suiv.)

8. Prenons un exemple. Un homme est perdu dans un désert ; il souffre horriblement de la soif ; il se sent défaillir, se laisse tomber à terre ; il prie Dieu de l'assister, et attend ; mais aucun ange ne vient lui apporter à boire. Cependant un bon Esprit lui suggère la pensée de se lever, de suivre un des sentiers qui se présentent devant lui ; alors par un mouvement machinal, rassemblant ses forces, il se lève et marche à l'aventure. Arrivé sur une hauteur, il découvre au loin un ruisseau ; à cette vue il reprend courage. S'il a la foi, il s'écriera : «Merci, mon Dieu, de la pensée que vous m'avez inspirée, et de la force que vous m'avez donnée.» S'il n'a pas la foi, il dira ; «Quelle bonne pensée j'ai eue là ! Quelle chance j'ai eue de prendre le sentier de droite plutôt que celui de gauche ; le hasard nous sert vraiment bien quelquefois ! Combien je me félicite de mon courage et de ne m'être pas laissé abattre !»

Mais, dira-t-on, pourquoi le bon Esprit ne lui a-t-il pas dit clairement : «Suis ce sentier, et au bout tu trouveras ce dont tu as besoin ?» Pourquoi ne s'est-il pas montré à lui pour le guider et le soutenir dans sa défaillance ? De cette manière il l'aurait convaincu de l'intervention de la Providence. C'était d'abord pour lui apprendre qu'il faut s'aider soi-même et faire usage de ses propres forces. Puis, par l'incertitude, Dieu met à l'épreuve la confiance en lui et la soumission à sa volonté. Cet homme était dans la situation d'un enfant qui tombe, et qui, s'il aperçoit quelqu'un, crie et attend qu'on vienne le relever ; s'il ne voit personne, il fait des efforts et se révèle tout seul.

Si l'ange qui accompagna Tobie lui eût dit : «Je suis envoyé par Dieu pour te guider dans ton voyage et te préserver de tout danger,» Tobie n'aurait eu aucun mérite ; se fiant sur son compagnon, il n'aurait même pas eu besoin de penser ; c'est pourquoi l'ange ne s'est fait connaître qu'au retour.

 

Action de la prière. Transmission de la pensée

9. La prière est une invocation ; par elle on se met en rapport de pensée avec l'être auquel on s'adresse. Elle peut avoir pour objet une demande, un remerciement ou une glorification. On peut prier pour soi-même ou pour autrui, pour les vivants ou pour les morts. Les prières adressées à Dieu sont entendues des Esprits chargés de l'exécution de ses volontés ; celles qui sont adressées aux bons Esprits sont reportées à Dieu. Lorsqu'on prie d'autres êtres que Dieu, ce n'est qu'à titre d'intermédiaires, d'intercesseurs, car rien ne peut se faire sans la volonté de Dieu.

10. Le Spiritisme fait comprendre l'action de la prière en expliquant le mode de transmission de la pensée, soit que l'être prié vienne à notre appel, soit que notre pensée lui parvienne. Pour se rendre compte de ce qui se passe en cette circonstance, il faut se représenter tous les êtres incarnés et désincarnés plongés dans le fluide universel qui occupe l'espace, comme ici-bas nous le sommes dans l'atmosphère. Ce fluide reçoit une impulsion de la volonté ; c'est le véhicule de la pensée, comme l'air est le véhicule du son, avec cette différence que les vibrations de l'air sont circonscrites, tandis que celles du fluide universel s'étendent à l'infini. Lors donc que la pensée est dirigée vers un être quelconque, sur la terre ou dans l'espace, d'incarné à désincarné, ou de désincarné à incarné, un courant fluidique s'établit de l'un à l'autre, transmettant la pensée, comme l'air transmet le son.

L'énergie du courant est en raison de celle de la pensée et de la volonté. C'est ainsi que la prière est entendue des Esprits à quelque endroit qu'ils se trouvent, que les Esprits communiquent entre eux, qu'ils nous transmettent leurs inspirations, que des rapports s'établissent à distance entre les incarnés.

Cette explication est surtout en vue de ceux qui ne comprennent pas l'utilité de la prière purement mystique ; elle n'a point pour but de matérialiser la prière, mais d'en rendre l'effet intelligible, en montrant qu'elle peut avoir une action directe et effective ; elle n'en reste pas moins subordonnée à la volonté de Dieu, juge suprême en toutes choses, et qui seul peut rendre son action efficace.

11. Par la prière, l'homme appelle à lui le concours des bons Esprits qui viennent le soutenir dans ses bonnes résolutions, et lui inspirer de bonnes pensées ; il acquiert ainsi la force morale nécessaire pour vaincre les difficultés et rentrer dans le droit chemin s'il en est écarté ; et par là aussi il peut détourner de lui les maux qu'il s'attirerait par sa propre faute. Un homme, par exemple, voit sa santé ruinée par les excès qu'il a commis, et traîne, jusqu'à la fin de ses jours, une vie de souffrance ; a-t-il droit de se plaindre s'il n'obtient pas sa guérison ? Non, car il aurait pu trouver dans la prière la force de résister aux tentations.

12. Si l'on fait deux parts des maux de la vie, l'une de ceux que l'homme ne peut éviter, l'autre des tribulations dont il est lui-même la première cause par son incurie et ses excès (chap. V, nº 4), on verra que celle-ci l'emporte de beaucoup en nombre sur la première. Il est donc bien évident que l'homme est l'auteur de la plus grande partie de ses afflictions, et qu'il se les épargnerait s'il agissait toujours avec sagesse et prudence.

Il n'est pas moins certain que ces misères sont le résultat de nos infractions aux lois de Dieu, et que si nous observions ponctuellement ces lois, nous serions parfaitement heureux. Si nous ne dépassions pas la limite du nécessaire dans la satisfaction de nos besoins, nous n'aurions pas les maladies qui sont la suite des excès, et les vicissitudes qu'entraînent ces maladies ; si nous mettions des bornes à notre ambition, nous ne craindrions pas la ruine ; si nous ne voulions pas monter plus haut que nous ne le pouvons, nous ne craindrions pas de tomber ; si nous étions humbles, nous ne subirions pas les déceptions de l'orgueil abaissé ; si nous pratiquions la loi de charité, nous ne serions ni médisants, ni envieux, ni jaloux, et nous éviterions les querelles et les dissensions ; si nous ne faisions de mal à personne, nous ne craindrions pas les vengeances, etc.

Admettons que l'homme ne puisse rien sur les autres maux ; que toute prière soit superflue pour s'en préserver, ne serait-ce pas déjà beaucoup d'être affranchi de tous ceux qui proviennent de son fait ? Or, ici l'action de la prière se conçoit aisément, parce qu'elle a pour effet d'appeler l'inspiration salutaire des bons Esprits, de leur demander la force de résister aux mauvaises pensées dont l'exécution peut nous être funeste. Dans ce cas, ce n'est pas le mal qu'ils détournent, c'est nous-mêmes qu'ils détournent de la pensée qui peut causer le mal ; ils n'entravent en rien les décrets de Dieu, ils ne suspendent point le cours des lois de la nature, c'est nous qu'ils empêchent d'enfreindre ces lois, en dirigeant notre libre arbitre ; mais ils le font à notre insu, d'une manière occulte, pour ne pas enchaîner notre volonté. L'homme se trouve alors dans la position de celui qui sollicite de bons conseils et les met en pratique, mais qui est toujours libre de les suivre ou non ; Dieu veut qu'il en soit ainsi pour qu'il ait la responsabilité de ses actes et lui laisser le mérite du choix entre le bien et le mal. C'est là ce que l'homme est toujours certain d'obtenir s'il le demande avec ferveur, et ce à quoi peuvent surtout s'appliquer ces paroles : «Demandez et vous obtiendrez.»

L'efficacité de la prière, même réduite à cette proportion, n'aurait-elle pas un résultat immense ? Il était réservé au Spiritisme de nous prouver son action par la révélation des rapports qui existent entre le monde corporel et le monde spirituel. Mais là ne se bornent pas seulement ses effets.

La prière est recommandée par tous les Esprits ; renoncer à la prière, c'est méconnaître la bonté de Dieu ; c'est renoncer pour soi-même à leur assistance, et pour les autres au bien qu'on peut leur faire.

13. En accédant à la demande qui lui est adressée, Dieu a souvent en vue de récompenser l'intention, le dévouement et la foi de celui qui prie ; voilà pourquoi la prière de l'homme de bien a plus de mérite aux yeux de Dieu, et toujours plus d'efficacité, car l'homme vicieux et mauvais ne peut prier avec la ferveur et la confiance que donne seul le sentiment de la vraie piété. Du coeur de l'égoïste, de celui qui prie des lèvres, ne sauraient sortir que des mots, mais non les élans de charité qui donnent à la prière toute sa puissance. On le comprend tellement que, par un mouvement instinctif, on se recommande de préférence aux prières de ceux dont on sent que la conduite doit être agréable à Dieu, parce qu'ils en sont mieux écoutés.

14. Si la prière exerce une sorte d'action magnétique, on pourrait en croire l'effet subordonné à la puissance fluidique ; or il n'en est point ainsi. Puisque les Esprits exercent cette action sur les hommes, ils suppléent, quand cela est nécessaire, à l'insuffisance de celui qui prie, soit en agissant directement en son nom, soit en lui donnant momentanément une force exceptionnelle, lorsqu'il est jugé digne de cette faveur, ou que la chose peut être utile.

L'homme qui ne se croit pas assez bon pour exercer une influence salutaire ne doit pas s'abstenir de prier pour autrui, par la pensée qu'il n'est pas digne d'être écouté. La conscience de son infériorité est une preuve d'humilité toujours agréable à Dieu, qui tient compte de l'intention charitable qui l'anime. Sa ferveur et sa confiance en Dieu sont un premier pas vers le retour au bien dans lequel les bons Esprits sont heureux de l'encourager. La prière qui est repoussée est celle de l'orgueilleux qui a foi en sa puissance et ses mérites, et croit pouvoir se substituer à la volonté de l'Eternel.

15. La puissance de la prière est dans la pensée ; elle ne tient ni aux paroles, ni au lieu, ni au moment où on la fait. On peut donc prier partout et à toute heure, seul ou en commun. L'influence du lieu ou du temps tient aux circonstances qui peuvent favoriser le recueillement. La prière en commun a une action plus puissante quand tous ceux qui prient s'associent de coeur à une même pensée et ont un même but, car c'est comme si beaucoup crient ensemble et à l'unisson ; mais qu'importe d'être réunis en grand nombre si chacun agit isolément et pour son compte personnel ! Cent personnes réunies peuvent prier comme des égoïstes, tandis que deux ou trois, unies dans une commune aspiration, prieront comme de véritables frères en Dieu, et leur prière aura plus de puissance que celle des cent autres. (Ch. XXVIII, nº 4, 5.)

 

Prières intelligibles

16. Si je n'entends pas ce que signifient les paroles, je serai barbare à celui à qui je parle, et celui qui me parle me sera barbare. - Si je prie en une langue que je n'entends pas, mon coeur prie, mais mon intelligence est sans fruit. - Si vous ne louez Dieu que du coeur, comment un homme du nombre de ceux qui n'entendent que leur propre langue répondra-t-il amen, à la fin de votre action de grâce, puisqu'il n'entend pus ce que vous dites ? - Ce n'est pas que votre action ne soit bonne, mais les autres n'en sont pas édifiés. (Saint Paul, 1° aux Corinth., ch. XIV, v. 11, 14, 16, 17.)

17. La prière n'a de valeur que par la pensée qu'on y attache ; or il est impossible d'attacher une pensée à ce que l'on ne comprend pas, car ce que l'on ne comprend pas ne peut toucher le coeur. Pour l'immense majorité, les prières en une langue incomprise ne sont que des assemblages de mots qui ne disent rien à l'esprit. Pour que la prière touche, il faut que chaque mot réveille une idée, et si on ne la comprend pas, elle ne peut en réveiller aucune. On la répète comme une simple formule qui a plus ou moins de vertu selon le nombre de fois qu'elle est répétée ; beaucoup prient par devoir, quelques-uns même pour se conformer à l'usage ; c'est pourquoi ils se croient quittes quand ils ont dit une prière un nombre de fois déterminé et dans tel ou tel ordre. Dieu lit au fond des coeurs ; il voit la pensée et la sincérité, et c'est le rabaisser de le croire plus sensible à la forme qu'au fond. (Ch. XXVIII, nº 2.)

 

De la prière pour les morts et les Esprits souffrants

18. La prière est réclamée par les Esprits souffrants ; elle leur est utile, parce qu'en voyant qu'on pense à eux, ils se sentent moins délaissés, ils sont moins malheureux. Mais la prière a sur eux une action plus directe : elle relève leur courage, excite en eux le désir de s'élever par le repentir et la réparation, et peut les détourner de la pensée du mal ; c'est en ce sens qu'elle peut non seulement alléger, mais abréger leurs souffrances. (Voyez : Ciel et Enfer, 2° partie : Exemples.)

19. Certaines personnes n'admettent pas la prière pour les morts, parce que, dans leur croyance, il n'y a pour l'âme que deux alternatives : être sauvée ou condamnée aux peines éternelles, et que, dans l'un et l'autre cas, la prière est inutile. Sans discuter la valeur de cette croyance, admettons pour un instant la réalité de peines éternelles et irrémissibles, et que nos prières soient impuissantes pour y mettre un terme. Nous demandons si, dans cette hypothèse, il est logique, il est charitable, il est chrétien de rejeter la prière pour les réprouvés ? Ces prières, tout impuissantes qu'elles seraient pour les délivrer, ne sont-elles pas pour eux une marque de pitié qui peut adoucir leur souffrance ? Sur la terre, lorsqu'un homme est condamné à perpétuité, alors même qu'il n'y aurait aucun espoir d'obtenir sa grâce, est-il défendu à une personne charitable d'aller soutenir ses fers pour lui en alléger le poids ? Lorsque quelqu'un est atteint d'un mal incurable faut-il, parce qu'il n'offre aucun espoir de guérison, l'abandonner sans aucun soulagement ? Songez que parmi les réprouvés peut se trouver une personne qui vous a été chère, un ami, peut-être un père, une mère ou un fils, et parce que, selon vous, il ne pourrait espérer sa grâce, vous lui refuseriez un verre d'eau pour étancher sa soif ? un baume pour sécher ses plaies ? Vous ne feriez pas pour lui ce que vous feriez pour un galérien ? Vous ne lui donneriez pas un témoignage d'amour, une consolation ? Non, cela ne serait pas chrétien. Une croyance qui dessèche le coeur ne peut s'allier avec celle d'un Dieu qui met au premier rang des devoirs l'amour du prochain.

La non-éternité des peines n'implique point la négation d'une pénalité temporaire, car Dieu, dans sa justice, ne peut confondre le bien et le mal ; or nier, dans ce cas, l'efficacité de la prière serait nier l'efficacité de la consolation, des encouragements et des bons conseils ; ce serait nier la force que l'on puise dans l'assistance morale de ceux qui nous veulent du bien.

20. D'autres se fondent sur une raison plus spécieuse : l'immuabilité des décrets divins. Dieu, disent-ils, ne peut changer ses décisions à la demande de ses créatures ; sans cela rien ne serait stable dans le monde. L'homme n'a donc rien à demander à Dieu, il n'a qu'à se soumettre et à l'adorer.

Il y a dans cette idée une fausse application de l'immuabilité de la loi divine, ou mieux, ignorance de la loi en ce qui concerne la pénalité future. Cette loi est révélée par les Esprits du Seigneur, aujourd'hui que l'homme est mûr pour comprendre ce qui, dans la foi, est conforme ou contraire aux attributs divins.

Selon le dogme de l'éternité absolue des peines, il n'est tenu au coupable aucun compte de ses regrets ni de son repentir ; pour lui, tout désir de s'améliorer est superflu : il est condamné à rester dans le mal à perpétuité. S'il est condamné pour un temps déterminé, la peine cessera quand le temps sera expiré ; mais qui dit qu'alors il sera revenu à de meilleurs sentiments ? qui dit qu'à l'exemple de beaucoup de condamnés de la terre, à leur sortie de prison, il ne sera pas aussi mauvais qu'auparavant ? Dans le premier cas, ce serait maintenir dans la douleur du châtiment un homme revenu au bien ; dans le second, gracier celui qui est resté coupable. La loi de Dieu est plus prévoyante que cela ; toujours juste, équitable et miséricordieuse, elle ne fixe aucune durée à la peine, quelle qu'elle soit ; elle se résume ainsi :

21. «L'homme subit toujours la conséquence de ses fautes ; il n'est pas une seule infraction à la loi de Dieu qui n'ait sa punition.

La sévérité du châtiment est proportionnée à la gravité de la faute.

La durée du châtiment pour toute faute quelconque est indéterminée ; elle est subordonnée au repentir du coupable et à son retour au bien ; la peine dure autant que l'obstination dans le mal ; elle serait perpétuelle si l'obstination était perpétuelle ; elle est de courte durée si le repentir est prompt.

Dès que le coupable crie miséricorde ! Dieu l'entend et lui envoie l'espérance. Mais le simple regret du mal ne suffit pas : il faut la réparation ; c'est pourquoi le coupable est soumis à de nouvelles épreuves dans lesquelles il peut, toujours par sa volonté, faire le bien en réparation du mal qu'il a fait.

L'homme est ainsi constamment l'arbitre de son propre sort ; il peut abréger son supplice ou le prolonger indéfiniment ; son bonheur ou son malheur dépend de sa volonté de faire le bien.»

Telle est la loi ; loi immuable et conforme à la bonté et à la justice de Dieu.

L'Esprit coupable et malheureux peut ainsi toujours se sauver lui-même : la loi de Dieu lui dit à quelle condition il peut le faire. Ce qui lui manque le plus souvent, c'est la volonté, la force, le courage ; si, par nos prières, nous lui inspirons cette volonté, si nous le soutenons et l'encourageons ; si, par nos conseils, nous lui donnons les lumières qui lui manquent, au lieu de solliciter Dieu de déroger à sa loi, nous devenons les instruments pour l'exécution de sa loi d'amour et de charité, à laquelle il nous permet ainsi de participer en donnant nous-mêmes une preuve de charité. (Voyez, Ciel et Enfer, 1° partie, ch. IV, VII, VIII.)

 

INSTRUCTIONS DES ESPRITS

Manière de prier

22. Le premier devoir de toute créature humaine, le premier acte qui doit signaler pour elle le retour à la vie active de chaque jour, c'est la prière. Vous priez presque tous, mais combien peu savent prier ! Qu'importe au Seigneur les phrases que vous reliez les unes aux autres machinalement, parce que vous en avez l'habitude, que c'est un devoir que vous remplissez, et que, comme tout devoir, il vous pèse.

La prière du chrétien, du Spirite de quelque culte que ce soit, doit être faite dès que l'Esprit a repris le joug de la chair ; elle doit s'élever aux pieds de la majesté divine avec humilité, avec profondeur, dans un élan de reconnaissance pour tous les bienfaits accordés jusqu'à ce jour : pour la nuit écoulée et pendant laquelle il vous a été permis, quoique à votre insu, de retourner près de vos amis, de vos guides, pour puiser dans leur contact plus de force et de persévérance. Elle doit s'élever humble aux pieds du Seigneur, pour lui recommander votre faiblesse, lui demander son appui, son indulgence, sa miséricorde. Elle doit être profonde, car c'est votre âme qui doit s'élever vers le Créateur, qui doit se transfigurer comme Jésus au Thabor, et parvenir blanche et rayonnante d'espoir et d'amour.

Votre prière doit renfermer la demande des grâces dont vous avez besoin, mais un besoin réel. Inutile donc de demander au Seigneur d'abréger vos épreuves, de vous donner les joies et la richesse ; demandez-lui de vous accorder les biens plus précieux de la patience, de la résignation et de la foi. Ne dites point, comme cela arrive à beaucoup d'entre vous : «Ce n'est pas la peine de prier, puisque Dieu ne m'exauce pas.» Que demandez-vous à Dieu, la plupart du temps ? Avez-vous souvent pensé à lui demander votre amélioration morale ? Oh ! non, très peu ; mais vous songez plutôt à lui demander la réussite dans vos entreprises terrestres, et vous vous êtes écriés : «Dieu ne s'occupe pas de nous ; s'il s'en occupait, il n'y aurait pas tant d'injustices.» Insensés ! ingrats ! si vous descendiez dans le fond de votre conscience, vous trouveriez presque toujours en vous-mêmes le point de départ des maux dont vous vous plaignez ; demandez donc, avant toutes choses, votre amélioration, et vous verrez quel torrent de grâces et de consolations se répandra sur vous. (Ch. V, nº 4.)

Vous devez prier sans cesse, sans pour cela vous retirer dans votre oratoire ou vous jeter à genoux dans les places publiques. La prière de la journée, c'est l'accomplissement de vos devoirs, de vos devoirs sans exception, de quelque nature qu'ils soient. N'est-ce pas un acte d'amour envers le Seigneur que d'assister vos frères dans un besoin quelconque, moral ou physique ? N'est-ce pas faire un acte de reconnaissance que d'élever votre pensée vers lui quand un bonheur vous arrive, qu'un accident est évité, qu'une contrariété même vous effleure seulement, si vous dites par la pensée : Soyez béni, mon Père ! N'est-ce pas un acte de contrition que de vous humilier devant le juge suprême quand vous sentez que vous avez failli, ne fût-ce que par une pensée fugitive, et de lui dire : Pardonnez-moi, mon Dieu, car j'ai péché (par orgueil, par égoïsme ou par manque de charité) ; donnez-moi la force de ne plus faillir et le courage de réparer ?

Ceci est indépendant des prières régulières du matin et du soir, et des jours consacrés ; mais, comme vous le voyez, la prière peut être de tous les instants, sans apporter aucune interruption à vos travaux ; ainsi dite, elle les sanctifie, au contraire. Et croyez bien qu'une seule de ces pensées partant du coeur est plus écoutée de votre Père céleste que les longues prières dites par habitude, souvent sans cause déterminante, et auxquelles l'heure convenue vous rappelle machinalement. (V. MONOD. Bordeaux, 1862.)

 

Bonheur de la prière

23. Venez, vous qui voulez croire : les Esprits célestes accourent et viennent vous annoncer de grandes choses ; Dieu, mes enfants, ouvre ses trésors pour vous donner tous ses bienfaits. Hommes incrédules ! si vous saviez combien la foi fait de bien au coeur et porte l'âme au repentir et à la prière ! La prière ! ah ! combien sont touchantes les paroles qui sortent de la bouche à l'heure où l'on prie ! La prière, c'est la rosée divine qui détruit la trop grande chaleur des passions ; fille aînée de la foi, elle nous mène dans le sentier qui conduit à Dieu. Dans le recueillement et la solitude, vous êtes avec Dieu ; pour vous, plus de mystère : il se dévoile à vous. Apôtres de la pensée, pour vous c'est la vie ; votre âme se détache de la matière et roule dans ces mondes infinis et éthérés que les pauvres humains méconnaissent.

Marchez, marchez dans les sentiers de la prière, et vous entendrez les voix des anges. Quelle harmonie ! Ce n'est plus le bruit confus et les accents criards de la terre ; ce sont les lyres des archanges ; ce sont les voix douces et suaves des séraphins, plus légères que les brises du matin quand elles se jouent dans la feuillée de vos grands bois. Dans quelles délices ne marcherez-vous pas ! vos langues ne pourront définir ce bonheur, tant il entrera par tous les pores, tant la source à laquelle on boit en priant est vive et rafraîchissante ! Douces voix, enivrants parfums que l'âme entend et savoure quand elle s'élance dans ces sphères inconnues et habitées par la prière ! Sans mélange de désirs charnels, toutes les aspirations sont divines. Et vous aussi, priez comme Christ portant sa croix du Golgotha au Calvaire ; portez votre croix, et vous sentirez les douces émotions qui passaient dans son âme, quoique chargé d'un bois infamant ; il allait mourir, mais pour vivre de la vie céleste dans le séjour de son Père. (SAINT AUGUSTIN. Paris, 1861.)

CHAPITRE XXVIII
-
RECUEIL DE PRIERES SPIRITES

Préambule

1. Les Esprits ont toujours dit : «La forme n'est rien, la pensée est tout. Priez chacun selon vos convictions et le mode qui vous touche le plus ; une bonne pensée vaut mieux que de nombreuses paroles où le coeur n'est pour rien.»

Les Esprits ne prescrivent aucune formule absolue de prières ; lorsqu'ils en donnent, c'est afin de fixer les idées, et surtout pour appeler l'attention sur certains principes de la doctrine spirite. C'est aussi dans le but de venir en aide aux personnes qui sont embarrassées pour rendre leurs idées, car il en est qui ne croiraient pas avoir réellement prié si leurs pensées n'étaient pas formulées.

Le recueil de prières contenues dans ce chapitre est un choix fait parmi celles qui ont été dictées par les Esprits en différentes circonstances ; ils ont pu en dicter d'autres, et en d'autres termes, appropriées à certaines idées ou à des cas spéciaux, mais peu importe la forme, si la pensée fondamentale est la même. Le but de la prière est d'élever notre âme à Dieu ; la diversité des formules ne doit établir aucune différence entre ceux qui croient en lui, et encore moins entre les adeptes du Spiritisme, car Dieu les accepte toutes lorsqu'elles sont sincères.

Il ne faut donc point considérer ce recueil comme un formulaire absolu, mais comme une variété parmi les instructions que donnent les Esprits. C'est une application des principes de la morale évangélique développés dans ce livre, un complément à leurs dictées sur les devoirs envers Dieu et le prochain, où sont rappelés tous les principes de la doctrine.

Le Spiritisme reconnaît comme bonnes les prières de tous les cultes quand elles sont dites par le coeur et non par les lèvres ; il n'en impose aucune et n'en blâme aucune ; Dieu est trop grand, selon lui, pour repousser la voix qui l'implore ou qui chante ses louanges, parce qu'elle le fait d'une manière plutôt que d'une autre. Quiconque lancerait l'anathème contre les prières qui ne sont pas dans son formulaire prouverait qu'il méconnaît la grandeur de Dieu. Croire que Dieu tient à une formule, c'est lui prêter la petitesse et les passions de l'humanité.

Une condition essentielle de la prière, selon saint Paul (ch. XXVII, n° 16), est d'être intelligible, afin qu'elle puisse parler à notre esprit ; pour cela il ne suffit pas qu'elle soit dite en une langue comprise de celui qui prie ; il est des prières en langue vulgaire qui ne disent pas beaucoup plus à la pensée que si elles étaient en langue étrangère, et qui, par cela même, ne vont pas au coeur ; les rares idées qu'elles renferment sont souvent étouffées sous la surabondance des mots et le mysticisme du langage.

La principale qualité de la prière est d'être claire, simple et concise, sans phraséologie inutile, ni luxe d'épithètes qui ne sont que des parures de clinquant ; chaque mot doit avoir sa portée, réveiller une idée, remuer une fibre : en un mot, elle doit faire réfléchir ; à cette seule condition la prière peut atteindre son but, autrement ce n'est que du bruit. Aussi voyez avec quel air de distraction et quelle volubilité elles sont dites la plupart du temps ; on voit les lèvres qui remuent ; mais, à l'expression de la physionomie, au son même de la voix, on reconnaît un acte machinal, purement extérieur, auquel l'âme reste indifférente.

Les prières réunies dans ce recueil sont divisées en cinq catégories : 1° Prières générales ; 2° Prières pour soi-même ; 3° Prières pour les vivants ; 4° Prières pour les morts ; 5° Prières spéciales pour les malades et les obsédés.

Dans le but d'appeler plus particulièrement l'attention sur l'objet de chaque prière, et d'en mieux faire comprendre la portée, elles sont toutes précédées d'une instruction préliminaire, sorte d'exposé des motifs, sous le titre de préface.

 

I. PRIERES GENERALES

Oraison dominicale

2. PREFACE. Les Esprits ont recommandé de placer l'Oraison dominicale en tête de ce recueil, non seulement comme prière, mais comme symbole. De toutes les prières, c'est celle qu'ils mettent au premier rang, soit parce qu'elle vient de Jésus lui-même (saint Matthieu, ch. VI , v. de 9 à 13), soit parce qu'elle peut les suppléer toutes selon la pensée qu'on y attache ; c'est le plus parfait modèle de concision, véritable chef-d'oeuvre de sublimité dans sa simplicité. En effet, sous la forme la plus restreinte, elle résume tous les devoirs de l'homme envers Dieu, envers lui-même et envers le prochain ; elle renferme une profession de foi, un acte d'adoration et de soumission, la demande des choses nécessaires à la vie, et le principe de la charité. La dire à l'intention de quelqu'un, c'est demander pour lui ce qu'on demanderait pour soi.

Cependant, en raison même de sa brièveté, le sens profond renfermé dans les quelques mots dont elle se compose échappe à la plupart ; c'est pourquoi on la dit généralement sans diriger sa pensée sur les applications de chacune de ses parties ; on la dit comme une formule dont l'efficacité est proportionnée au nombre de fois qu'elle est répétée ; or c'est presque toujours un des nombres cabalistiques trois, sept ou neuf, tirés de l'antique croyance superstitieuse à la vertu des nombres, et en usage dans les opérations de la magie.

Pour suppléer au vague que la concision de cette prière laisse dans la pensée, d'après le conseil et avec l'assistance des bons Esprits, il a été ajouté à chaque proposition un commentaire qui en développe le sens et en montre les applications. Selon les circonstances et le temps disponible, on peut donc dire l'Oraison dominicale simple ou développée.

3. PRIERE. - I. Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié !

Nous croyons en vous, Seigneur, parce que tout révèle votre puissance et votre bonté. L'harmonie de l'univers témoigne d'une sagesse, d'une prudence et d'une prévoyance qui surpassent toutes les facultés humaines ; le nom d'un être souverainement grand et sage est inscrit dans toutes les oeuvres de la création, depuis le brin d'herbe et le plus petit insecte jusqu'aux astres qui se meuvent dans l'espace ; partout nous voyons la preuve d'une sollicitude paternelle ; c'est pourquoi aveugle est celui qui ne vous reconnaît pas dans vos oeuvres, orgueilleux celui qui ne vous glorifie pas, et ingrat celui qui ne vous rend pas des actions de grâce.

II. Que votre règne arrive !

Seigneur, vous avez donné aux hommes des lois pleines de sagesse et qui feraient leur bonheur s'ils les observaient. Avec ces lois, ils feraient régner entre eux la paix et la justice ; ils s'entraideraient mutuellement, au lieu de se nuire comme ils le font ; le fort soutiendrait le faible au lieu de l'écraser ; ils éviteraient les maux qu'engendrent les abus et les excès de tous genres. Toutes les misères d'ici-bas viennent de la violation de vos lois, car il n'est pas une seule infraction qui n'ait ses conséquences fatales.

Vous avez donné à la brute l'instinct qui lui trace la limite du nécessaire, et elle s'y conforme machinalement ; mais à l'homme, outre cet instinct, vous avez donné l'intelligence et la raison ; vous lui avez aussi donné la liberté d'observer ou d'enfreindre celles de vos lois qui le concernent personnellement, c'est-à-dire de choisir entre le bien et le mal, afin qu'il ait le mérite et la responsabilité de ses actions.

Nul ne peut prétexter ignorance de vos lois, car, dans votre prévoyance paternelle, vous avez voulu qu'elles fussent gravées dans la conscience de chacun, sans distinction de culte ni de nations ; ceux qui les violent, c'est qu'ils vous méconnaissent.

Un jour viendra où, selon votre promesse, tous les pratiqueront ; alors l'incrédulité aura disparu ; tous vous reconnaîtront pour le souverain Maître de toutes choses, et le règne de vos lois sera votre règne sur la terre.

Daignez, Seigneur, hâter son avènement, en donnant aux hommes la lumière nécessaire pour les conduire sur le chemin de la vérité.

III. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel !

Si la soumission est un devoir du fils à l'égard du père, de l'inférieur envers son supérieur, combien ne doit pas être plus grande celle de la créature à l'égard de son Créateur ! Faire votre volonté, Seigneur, c'est observer vos lois et se soumettre sans murmure à vos décrets divins ; l'homme s'y soumettra quand il comprendra que vous êtes la source de toute sagesse, et que sans vous il ne peut rien ; alors il fera votre volonté sue la terre comme les élus dans le ciel.

IV. Donnez-nous notre pain de chaque jour.

Donnez-nous la nourriture pour l'entretien des forces du corps ; donnez-nous aussi la nourriture spirituelle pour le développement de notre Esprit.

La brute trouve sa pâture, mais l'homme la doit à sa propre activité et aux ressources de son intelligence, parce que vous l'avez créé libre.

Vous lui avez dit : «Tu tireras ta nourriture de la terre à la sueur de ton front ;» par là, vous lui avez fait une obligation du travail, afin qu'il exerçât son intelligence par la recherche des moyens de pourvoir à ses besoins et à son bien-être, les uns par le travail matériel, les autres par le travail intellectuel ; sans le travail, il resterait stationnaire et ne pourrait aspirer à la félicité des Esprits supérieurs.

Vous secondez l'homme de bonne volonté qui se confie à vous pour le nécessaire, mais non celui qui se complaît dans l'oisiveté et voudrait tout obtenir sans peine, ni celui qui cherche le superflu. (Ch. XXV.)

Combien en est-il qui succombent par leur propre faute, par leur incurie, leur imprévoyance ou leur ambition, et pour n'avoir pas voulu se contenter de ce que vous leur aviez donné ! Ceux-là sont les artisans de leur propre infortune et n'ont pas le droit de se plaindre, car ils sont punis par où ils ont péché. Mais ceux-là mêmes, vous ne les abandonnez pas, parce que vous êtes infiniment miséricordieux ; vous leur tendez une main secourable dès que, comme l'enfant prodigue, ils reviennent sincèrement à vous. (Ch. V, n° 4.)

Avant de nous plaindre de notre sort, demandons-nous s'il n'est pas notre ouvrage ; à chaque malheur qui nous arrive, demandons-nous s'il n'eût pas dépendu de nous de l'éviter ; mais disons aussi que Dieu nous a donné l'intelligence pour nous tirer du bourbier, et qu'il dépend de nous d'en faire usage.

Puisque la loi du travail est la condition de l'homme sur la terre, donnez-nous le courage et la force de l'accomplir ; donnez-nous aussi la prudence, la prévoyance et la modération, afin de n'en pas perdre le fruit.

Donnez-nous donc, Seigneur, notre pain de chaque jour, c'est-à-dire les moyens d'acquérir, par le travail, les choses nécessaires à la vie, car nul n'a droit de réclamer le superflu.

Si le travail nous est impossible, nous nous confions en votre divine providence.

S'il entre dans vos desseins de nous éprouver par les plus dures privations, malgré nos efforts, nous les acceptons comme une juste expiation des fautes que nous avons pu commettre dans cette vie ou dans une vie précédente, car vous êtes juste ; nous savons qu'il n'y a point de peines imméritées, et que vous ne châtiez jamais sans cause.

Préservez-nous, ô mon Dieu, de concevoir de l'envie contre ceux qui possèdent ce que nous n'avons pas, ni même contre ceux qui ont le superflu, alors que nous manquons du nécessaire. Pardonnez-leur s'ils oublient la loi de charité et d'amour du prochain que vous leur avez enseignée. (Ch. XVI, n° 8.) Ecartez aussi de notre esprit la pensée de nier votre justice, en voyant la prospérité du méchant et le malheur qui accable parfois l'homme de bien. Nous savons maintenant, grâce aux nouvelles lumières qu'il vous a plu de nous donner, que votre justice reçoit toujours son accomplissement et ne fait défaut à personne ; que la prospérité matérielle du méchant est éphémère comme son existence corporelle, et qu'elle aura de terribles retours, tandis que la joie réservée à celui qui souffre avec résignation sera éternelle. (Ch. V, n° 7, 9, 12, 18.)

V. Remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous doivent. - Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Chacune de nos infractions à vos lois, Seigneur, est une offense envers vous, et une dette contractée qu'il nous faudra tôt ou tard acquitter. Nous en sollicitons la remise de votre infinie miséricorde, sous la promesse de faire nos efforts pour n'en pas contracter de nouvelles.

Vous nous avez fait une loi expresse de la charité ; mais la charité ne consiste pas seulement à assister son semblable dans le besoin ; elle est aussi dans l'oubli et le pardon des offenses. De quel droit réclamerions-nous votre indulgence, si nous en manquons nous-mêmes à l'égard de ceux dont nous avons à nous plaindre ?

Donnez-nous, ô mon Dieu, la force d'étouffer dans notre âme tout ressentiment, toute haine et toute rancune ; faites que la mort ne nous surprenne pas avec un désir de vengeance dans le coeur. S'il vous plaît de nous retirer aujourd'hui même d'ici-bas, faites que nous puissions nous présenter à vous purs de toute animosité, à l'exemple du Christ, dont les dernières paroles furent pour ses bourreaux. (Ch. X.)

Les persécutions que nous font endurer les méchants font partie de nos épreuves terrestres ; nous devons les accepter sans murmure, comme toutes les autres épreuves, et ne pas maudire ceux qui, par leurs méchancetés, nous frayent le chemin du bonheur éternel, car vous nous avez dit, par la bouche de Jésus : «Bienheureux ceux qui souffrent pour la justice !» Bénissons donc la main qui nous frappe et nous humilie, car les meurtrissures du corps fortifient notre âme, et nous serons relevés de notre humilité. (Ch. XII, n° 4.)

Béni soit votre nom, Seigneur, de nous avoir appris que notre sort n'est point irrévocablement fixé après la mort ; que nous trouverons dans d'autres existences les moyens de racheter et de réparer nos fautes passées, d'accomplir dans une nouvelle vie ce que nous ne pouvons faire en celle-ci pour notre avancement. (Ch. IV ; ch. V, n° 5.)

Par là s'expliquent enfin toutes les anomalies apparentes de la vie ; c'est la lumière jetée sur notre passé et notre avenir, le signe éclatant de votre souveraine justice et de votre bonté infinie.

VI. Ne nous abandonnez point à la tentation, mais délivrez-nous du mal.

Donnez-nous, Seigneur, la force de résister aux suggestions des mauvais Esprits qui tenteraient de nous détourner de la voie du bien en nous inspirant de mauvaises pensées.

Mais nous sommes nous-mêmes des Esprits imparfaits, incarnés sur cette terre pour expier et nous améliorer. La cause première du mal est en nous, et les mauvais Esprits ne font que profiter de nos penchants vicieux, dans lesquels ils nous entretiennent, pour nous tenter.

Chaque imperfection est une porte ouverte à leur influence, tandis qu'ils sont impuissants et renoncent à toute tentative contre les êtres parfaits. Tout ce que nous pourrions faire pour les écarter est inutile, si nous ne leur opposons une volonté inébranlable dans le bien, et un renoncement absolu au mal. C'est donc contre nous-mêmes qu'il faut diriger nos efforts, et alors les mauvais Esprits s'éloigneront naturellement, car c'est le mal qui les attire, tandis que le bien les repousse. (V. ci-après, Prières pour les obsédés.)

Seigneur, soutenez-nous dans notre faiblesse ; inspirez-nous, par la voix de nos anges gardiens et des bons Esprits, la volonté de nous corriger de nos imperfections, afin de fermer aux Esprits impurs l'accès de notre âme. (V. ci-après, n° 11.)

Le mal n'est point votre ouvrage, Seigneur, car la source de tout bien ne peut rien engendrer de mauvais ; c'est nous-mêmes qui le créons en enfreignant vos lois, et par le mauvais usage que nous faisons de la liberté que vous nous avez donnée. Quand les hommes observeront vos lois, le mal disparaîtra de la terre, comme il a déjà disparu dans les mondes plus avancés.

Le mal n'est une nécessité fatale pour personne, et il ne paraît irrésistible qu'à ceux qui s'y abandonnent avec complaisance. Si nous avons la volonté de le faire, nous pouvons avoir aussi celle de faire le bien ; c'est pourquoi, ô mon Dieu, nous demandons votre assistance et celle des bons Esprits pour résister à la tentation.

VII. Ainsi soit-il.

Plaise à vous, Seigneur, que nos désirs s'accomplissent ! Mais nous nous inclinons devant votre sagesse infinie. Sur toutes les choses qu'il ne nous est pas donné de comprendre, qu'il soit fait selon votre sainte volonté, et non selon la nôtre, car vous ne voulez que notre bien, et vous savez mieux que nous ce qui nous est utile.

Nous vous adressons cette prière, ô mon Dieu ! pour nous-mêmes ; nous vous l'adressons aussi pour toutes les âmes souffrantes, incarnées ou désincarnées, pour nos amis et nos ennemis, pour tous ceux qui réclament notre assistance, et en particulier pour N....

Nous appelons sur tous votre miséricorde et votre bénédiction.

Nota. On peut formuler ici ce dont on remercie Dieu, et ce que l'on demande pour soi-même ou pour autrui. (Voir ci-après les prières n° 26, 27.)

 

Réunions spirites

4. En quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je m'y trouve au milieu d'elles. (Saint Matthieu, ch. XVIII, v. 20.)

5. PREFACE. Etre assemblés au nom de Jésus ne veut pas dire qu'il suffit d'être réunis matériellement, mais de l'être spirituellement, par la communauté d'intention et de pensées pour le bien ; alors Jésus se trouve au milieu de l'assemblée, lui ou les purs Esprits qui le représentent. Le Spiritisme nous fait comprendre comment les Esprits peuvent être parmi nous. Ils y sont avec leur corps fluidique ou spirituel, et avec l'apparence qui nous les ferait connaître s'ils se rendaient visibles. Plus ils sont élevés dans la hiérarchie, plus est grande leur puissance de rayonnement ; c'est ainsi qu'ils possèdent le don d'ubiquité et qu'ils peuvent se trouver sur plusieurs points simultanément : il suffit pour cela d'un rayon de leur pensée.

Par ces paroles, Jésus a voulu montrer l'effet de l'union et de la fraternité ; ce n'est pas le plus ou moins grand nombre qui l'attire, puisque, au lieu de deux ou trois personnes, il aurait pu dire dix ou vingt, mais le sentiment de charité qui les anime à l'égard les unes des autres ; or, pour cela, il suffit qu'il y en ait deux. Mais si ces deux personnes prient chacune de leur côté, bien qu'elles s'adressent à Jésus, il n'y a point entre elles communion de pensées, si surtout elles ne sont pas mues par un sentiment de bienveillance mutuelle ; si même elles se voient d'un mauvais oeil, avec haine, envie ou jalousie, les courants fluidiques de leurs pensées se repoussent au lieu de s'unir par un commun élan de sympathie, et alors Elles ne sont point assemblées au nom de Jésus ; Jésus n'est que le prétexte de la réunion, et non le véritable mobile. (Ch. XXVII, n° 9.)

Ceci n'implique point qu'il soit sourd à la voix d'une seule personne ; s'il n'a point dit : «Je viendrai vers quiconque m'appellera,» c'est qu'il exige avant tout l'amour du prochain dont on peut donner plus de preuves quand on est plusieurs que dans l'isolement, et que tout sentiment personnel l'éloigne ; il s'ensuit que si, dans une assemblée nombreuse, deux ou trois personnes seulement s'unissent de coeur par le sentiment d'une véritable charité, tandis que les autres s'isolent et se concentrent dans des pensées égoïstes ou mondaines, il sera avec les premières et non avec les autres. Ce n'est donc pas la simultanéité des paroles, des chants ou des actes extérieurs qui constitue la réunion au nom de Jésus, mais la communion de pensées conformes à l'esprit de charité personnifié dans Jésus. (Ch. X, n° 7, 8 ; ch. XXVII, n° 2, 3, 4.)

Tel doit être le caractère des réunions spirites sérieuses, de celles où l'on veut sincèrement le concours des bons Esprits.

6. PRIERE. (Au commencement de la réunion). - Nous prions le Seigneur Dieu Tout-Puissant de nous envoyer de bons Esprits pour nous assister, d'éloigner ceux qui pourraient nous induire en erreur, et de nous donner la lumière nécessaire pour distinguer la vérité de l'imposture.

Ecartez aussi les Esprits malveillants, incarnés ou désincarnés, qui pourraient tenter de jeter la désunion parmi nous, et nous détourner de la charité et de l'amour du prochain. Si quelques-uns cherchaient à s'introduire ici, faites qu'ils ne trouvent accès dans le coeur d'aucun de nous.

Bons Esprits qui daignez venir nous instruire, rendez-nous dociles à vos conseils ; détournez-nous de toute pensée d'égoïsme, d'orgueil, d'envie et de jalousie ; inspirez-nous l'indulgence et la bienveillance pour nos semblables présents ou absents, amis ou ennemis ; faites enfin qu'aux sentiments dont nous serons animés, nous reconnaissions votre salutaire influence.

Donnez aux médiums que vous chargerez de nous transmettre vos enseignements la conscience de la sainteté du mandat qui leur est confié et de la gravité de l'acte qu'ils vont accomplir, afin qu'ils y apportent la ferveur et le recueillement nécessaires.

Si, dans l'assemblée, il se trouvait des personnes qui y fussent attirées par d'autres sentiments que celui du bien, ouvrez leurs yeux à la lumière, et pardonnez-leur, comme nous leur pardonnons si elles venaient avec des intentions malveillantes.

Nous prions notamment l'Esprit de N..., notre guide spirituel, de nous assister et de veiller sur nous.

7. (A la fin de la réunion). - Nous remercions les bons Esprits qui ont bien voulu venir se communiquer à nous ; nous les prions de nous aider à mettre en pratique les instructions qu'ils nous ont données, et de faire qu'en sortant d'ici chacun de nous se sente fortifié dans la pratique du bien et de l'amour du prochain.

Nous désirons également que ces instructions soient profitables aux Esprits souffrants, ignorants ou vicieux, qui ont pu assister à cette réunion, et sur lesquels nous appelons la miséricorde de Dieu.

 

Pour les médiums

8. Dans les derniers temps, dit le Seigneur, je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront ; vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards des songes. - En ces jours-là je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront. (Actes, ch. II, v. 17, 18.)

9. PREFACE. Le Seigneur a voulu que la lumière se fît pour tous les hommes et pénétrât partout par la voix des Esprits, afin que chacun pût acquérir la preuve de l'immortalité ; c'est dans ce but que les Esprits se manifestent aujourd'hui sur tous les points de la terre, et la médiumnité qui se révèle chez des personnes de tous âges et de toutes conditions, chez les hommes et chez les femmes, chez les enfants et chez les vieillards, est un des signes de l'accomplissement des temps prédits.

Pour connaître les choses du monde visible et découvrir les secrets de la nature matérielle, Dieu a donné à l'homme la vue du corps, les sens et des instruments spéciaux ; avec le télescope il plonge ses regards dans les profondeurs de l'espace, et avec le microscope il a découvert le monde des infiniment petits. Pour pénétrer dans le monde invisible, il lui a donné la médiumnité.

Les médiums sont les interprètes chargés de transmettre aux hommes les enseignements des Esprits ; ou mieux, ce sont les organes matériels par lesquels s'expriment les Esprits pour se rendre intelligibles aux hommes. Leur mission est sainte, car elle a pour but d'ouvrir les horizons de la vie éternelle.

Les Esprits viennent instruire l'homme sur ses destinées futures, afin de le ramener dans la voie du bien, et non pour lui épargner le travail matériel qu'il doit accomplir ici-bas pour son avancement, ni pour favoriser son ambition et sa cupidité. Voilà ce dont les médiums doivent se bien pénétrer, pour ne pas mésuser de leur faculté. Celui qui comprend la gravité du mandat dont il est investi, l'accomplit religieusement ; sa conscience lui reprocherait, comme un acte sacrilège, de faire un amusement et une distraction, pour lui ou les autres, d'une faculté donnée dans un but aussi sérieux, et qui le met en rapport avec les êtres d'outre-tombe.

Comme interprètes de l'enseignement des Esprits, les médiums doivent jouer un rôle important dans la transformation morale qui s'opère ; les services qu'ils peuvent rendre sont en raison de la bonne direction qu'ils donnent à leur faculté, car ceux qui sont dans une mauvaise voie sont plus nuisibles qu'utiles à la cause du Spiritisme ; par les mauvaises impressions qu'ils produisent, ils retardent plus d'une conversion. C'est pourquoi il leur sera demandé compte de l'usage qu'ils auront fait d'une faculté qui leur avait été donnée pour le bien de leurs semblables.

Le médium qui veut conserver l'assistance des bons Esprits doit travailler à sa propre amélioration ; celui qui veut voir grandir et développer sa faculté doit lui-même grandir moralement, et s'abstenir de tout ce qui tendrait à la détourner de son but providentiel.

Si les bons Esprits se servent parfois d'instruments imparfaits, c'est pour donner de bons conseils et tâcher de les ramener au bien ; mais s'ils trouvent des coeurs endurcis, et si leurs avis ne sont pas écoutés, ils se retirent, et les mauvais ont alors le champ libre. (Ch. XXIV, n° 11 , 12).

L'expérience prouve que, chez ceux qui ne mettent pas à profit les conseils qu'ils reçoivent des bons Esprits, les communications, après avoir jeté quelque éclat pendant un certain temps, dégénèrent peu à peu, et finissent par tomber dans l'erreur, le verbiage ou le ridicule, signe incontestable de l'éloignement des bons Esprits.

Obtenir l'assistance des bons Esprits, écarter les Esprits légers et menteurs, tel doit être l'objet des efforts constants de tous les médiums sérieux ; sans cela la médiumnité est une faculté stérile, qui peut même tourner au préjudice de celui qui la possède, car elle peut dégénérer en obsession dangereuse.

Le médium qui comprend son devoir, au lieu de s'enorgueillir d'une faculté qui ne lui appartient pas, puisqu'elle peut lui être retirée, rapporte à Dieu les bonnes choses qu'il obtient. Si ses communications méritent des éloges, il n'en tire pas vanité, parce qu'il sait qu'elles sont indépendantes de son mérite personnel, et il remercie Dieu d'avoir permis que de bons Esprits vinssent se manifester à lui. Si elles donnent lieu à la critique, il ne s'en offense pas, parce qu'elles ne sont pas l'oeuvre de son propre Esprit ; il se dit qu'il n'a pas été un bon instrument, et qu'il ne possède pas toutes les qualités nécessaires pour s'opposer à l'immixtion des mauvais Esprits ; c'est pourquoi il cherche à acquérir ces qualités, et demande, par la prière, la force qui lui manque.

10. PRIERE - Dieu Tout-Puissant, permettez aux bons Esprits de m'assister dans la communication que je sollicite. Préservez-moi de la présomption de me croire à l'abri des mauvais Esprits ; de l'orgueil qui pourrait m'abuser sur la valeur de ce que j'obtiens ; de tout sentiment contraire à la charité à l'égard des autres médiums. Si je suis induit en erreur, inspirez à quelqu'un la pensée de m'en avertir, et à moi l'humilité qui me fera accepter la critique avec reconnaissance, et prendre pour moi-même, et non pour les autres, les conseils que voudront bien me dicter les bons Esprits.

Si j'étais tenté d'abuser en quoi que ce soit, ou de tirer vanité de la faculté qu'il vous a plu de m'accorder, je vous prie de me la retirer, plutôt que de permettre qu'elle soit détournée de son but providentiel, qui est le bien de tous, et mon propre avancement moral.

 

II. PRIERES POUR SOI-MEME

Aux Anges gardiens et aux Esprits protecteurs

11. PREFACE. Nous avons tous un bon Esprit qui s'est attaché à nous dès notre naissance et nous a pris sous sa protection. Il remplit auprès de nous la mission d'un père auprès de son enfant : celle de nous conduire dans la voie du bien et du progrès à travers les épreuves de la vie. Il est heureux quand nous répondons à sa sollicitude ; il gémit quand il nous voit succomber.

Son nom nous importe peu, car il peut n'avoir point de nom connu sur la terre ; nous l'invoquons alors comme notre ange gardien, notre bon génie ; nous pouvons même l'invoquer sous le nom d'un Esprit supérieur quelconque pour lequel nous nous sentons plus particulièrement de la sympathie.

Outre notre ange gardien, qui est toujours un Esprit supérieur, nous avons des Esprits protecteurs qui, pour être moins élevés, n'en sont pas moins bons et bienveillants ; ce sont, ou des parents, ou des amis, ou quelquefois des personnes que nous n'avons pas connues dans notre existence actuelle. Ils nous assistent par leurs conseils, et souvent par leur intervention dans les actes de notre vie.

Les Esprits sympathiques sont ceux qui s'attachent à nous par une certaine similitude de goûts et de penchants ; ils peuvent être bons ou mauvais, selon la nature des inclinations qui les attirent vers nous.

Les Esprits séducteurs s'efforcent de nous détourner de la voie du bien, en nous suggérant de mauvaises pensées. Ils profitent de toutes nos faiblesses comme d'autant de portes ouvertes qui leur donnent accès dans notre âme. Il en est qui s'acharnent après nous comme sur une proie, mais ils s'éloignent lorsqu'ils reconnaissent leur impuissance à lutter contre notre volonté.

Dieu nous a donné un guide principal et supérieur dans notre ange gardien, et des guides secondaires dans nos Esprits protecteurs et familiers ; mais c'est une erreur de croire que nous avons forcément un mauvais génie placé près de nous pour contrebalancer les bonnes influences. Les mauvais Esprits viennent volontairement, selon qu'ils trouvent prise sur nous par notre faiblesse ou notre négligence à suivre les inspirations des bons Esprits ; c'est donc nous qui les attirons. Il en résulte qu'on n'est jamais privé de l'assistance des bons Esprits, et qu'il dépend de nous d'écarter les mauvais. Par ses imperfections, l'homme étant la première cause des misères qu'il endure est le plus souvent son propre mauvais génie. (Ch. V, n° 4).

La prière aux anges gardiens et aux Esprits protecteurs doit avoir pour but de solliciter leur intervention auprès de Dieu, de leur demander la force de résister aux mauvaises suggestions, et leur assistance dans les besoins de la vie.

12. PRIERE.- Esprits sages et bienveillants, messagers de Dieu, dont la mission est d'assister les hommes et de les conduire dans la bonne voie, soutenez-moi dans les épreuves de cette vie ; donnez-moi la force de les subir sans murmure ; détournez de moi les mauvaises pensées, et faites que je ne donne accès à aucun des mauvais Esprits qui tenteraient de m'induire au mal. Eclairez ma conscience sur mes défauts, et levez de dessus mes yeux le voile de l'orgueil qui pourrait m'empêcher de les apercevoir et de me les avouer à moi-même.

Vous surtout, N..., mon ange gardien, qui veillez plus particulièrement sur moi, et vous tous, Esprits protecteurs qui vous intéressez à moi, faites que je me rende digne de votre bienveillance. Vous connaissez mes besoins, qu'il y soit satisfait selon la volonté de Dieu.

13. (Autre). - Mon Dieu, permettez aux bons Esprits qui m'entourent de venir à mon aide lorsque je suis dans la peine, et de me soutenir si je chancelle. Faites, Seigneur, qu'ils m'inspirent la foi, l'espérance et la charité ; qu'ils soient pour moi un appui, un espoir et une preuve de votre miséricorde ; faites enfin que je trouve près d'eux la force qui me manque dans les épreuves de la vie, et, pour résister aux suggestions du mal, la foi qui sauve et l'amour qui console.

14. (Autre). - Esprits bien-aimés, anges gardiens, vous à qui Dieu, dans son infinie miséricorde, permet de veiller sur les hommes, soyez nos protecteurs dans les épreuves de notre vie terrestre. Donnez-nous la force, le courage et la résignation ; inspirez-nous tout ce qui est bon, retenez-nous sur la pente du mal ; que votre douce influence pénètre notre âme ; faites que nous sentions qu'un ami dévoué est là, près de nous, qu'il voit nos souffrances et partage nos joies.

Et vous, mon bon ange, ne m'abandonnez pas ; j'ai besoin de toute votre protection pour supporter avec foi et amour les épreuves qu'il plaira à Dieu de m'envoyer.

 

Pour éloigner les mauvais Esprits

15. Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et que vous êtes au-dedans pleins de rapines et d'impuretés. - Pharisiens aveugles, nettoyez premièrement le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors en soit net aussi. - Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites ! parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au-dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais qui, au-dedans, sont pleins de toutes sortes de pourriture. - Ainsi, au-dehors vous paraissez justes aux yeux des hommes, mais au-dedans vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquités. (Saint Matthieu, ch. XIII, v. 25 à 28.)

16. PREFACE. Les mauvais Esprits ne vont que là où ils trouvent à satisfaire leur perversité ; pour les éloigner, il ne suffit pas de le demander, ni même de le leur commander : il faut ôter de soi ce qui les attire. Les mauvais Esprits flairent les plaies de l'âme, comme les mouches flairent les plaies du corps ; de même que vous nettoyez le corps pour éviter la vermine, nettoyez aussi l'âme de ses impuretés pour éviter les mauvais Esprits. Comme nous vivons dans un monde où pullulent les mauvais Esprits, les bonnes qualités du coeur ne mettent pas toujours à l'abri de leurs tentatives, mais elles donnent la force de leur résister.

17. PRIERE. - Au nom de Dieu Tout-Puissant, que les mauvais Esprits s'éloignent de moi, et que les bons me servent de rempart contre eux !

Esprits malfaisants qui inspirez aux hommes de mauvaises pensées ; Esprits fourbes et menteurs qui les trompez ; Esprits moqueurs qui vous jouez de leur crédulité, je vous repousse de toutes les forces de mon âme et ferme l'oreille à vos suggestions ; mais j'appelle sur vous la miséricorde de Dieu.

Bons Esprits qui daignez m'assister, donnez-moi la force de résister à l'influence des mauvais Esprits, et les lumières nécessaires pour n'être pas dupe de leurs fourberies. Préservez-moi de l'orgueil et de la présomption ; écartez de mon coeur la jalousie, la haine, la malveillance et tout sentiment contraire à la charité, qui sont autant de portes ouvertes à l'Esprit du mal.

 

Pour demander à se corriger d'un défaut

18. PREFACE. Nos mauvais instincts sont le résultat de l'imperfection de notre propre Esprit, et non de notre organisation, autrement l'homme échapperait à toute espèce de responsabilité. Notre amélioration dépend de nous, car tout homme qui a la jouissance de ses facultés a, pour toutes choses, la liberté de faire ou de ne pas faire ; il ne lui manque, pour faire le bien, que la volonté. (Ch. XV, n°10 ; ch. XIX, n°12.)

19. PRIERE. - Vous m'avez donné, ô mon Dieu, l'intelligence nécessaire pour distinguer ce qui est bien de ce qui est mal ; or, du moment que je reconnais qu'une chose est mal, je suis coupable de ne pas m'efforcer d'y résister.

Préservez-moi de l'orgueil qui pourrait m'empêcher de m'apercevoir de mes défauts, et des mauvais Esprits qui pourraient m'exciter à y persévérer.

Parmi mes imperfections, je reconnais que je suis particulièrement enclin à ..., et si je ne résiste pas à cet entraînement, c'est par l'habitude que j'ai contractée d'y céder.

Vous ne m'avez pas créé coupable, parce que vous êtes juste, mais avec une aptitude égale pour le bien et pour le mal ; si j'ai suivi la mauvaise voie, c'est par un effet de mon libre arbitre. Mais par la raison que j'ai eu la liberté de faire le mal, j'ai celle de faire le bien, par conséquent j'ai celle de changer de route.

Mes défauts actuels sont un reste des imperfections que j'ai gardées de mes précédentes existences ; c'est mon péché originel dont je puis me débarrasser par ma volonté et avec l'assistance des bons Esprits.

Bons Esprits qui me protégez, et vous surtout mon ange gardien, donnez-moi la force de résister aux mauvaises suggestions, et de sortir victorieux de la lutte.

Les défauts sont les barrières qui nous séparent de Dieu, et chaque défaut dompté est un pas fait dans la voie de l'avancement qui doit me rapprocher de lui.

Le Seigneur, dans son infinie miséricorde, a daigné m'accorder l'existence actuelle pour qu'elle servît à mon avancement ; bons Esprits, aidez-moi à la mettre à profit, afin qu'elle ne soit pas perdue pour moi, et que, lorsqu'il plaira à Dieu de m'en retirer, j'en sorte meilleur que je n'y suis entré. (Ch. V, n°5 ; ch. XVII, n°3.)

 

Pour demander à résister à une tentation

20. PREFACE. Toute mauvaise pensée peut avoir deux sources : la propre imperfection de notre âme, ou une funeste influence qui agit sur elle ; dans ce dernier cas, c'est toujours l'indice d'une faiblesse qui nous rend propres à recevoir cette influence, et par conséquent d'une âme imparfaite ; de telle sorte que celui qui faillit ne saurait invoquer pour excuse l'influence d'un Esprit étranger, puisque cet Esprit ne l'aurait point sollicité au mal, s'il l'avait jugé inaccessible à la séduction.

Quand une mauvaise pensée surgit en nous, nous pouvons donc nous représenter un Esprit malveillant nous sollicitant au mal, et auquel nous sommes tout aussi libres de céder ou de résister que s'il s'agissait des sollicitations d'une personne vivante. Nous devons en même temps nous représenter notre ange gardien, ou Esprit protecteur qui, de son côté, combat en nous la mauvaise influence, et attend avec anxiété la décision que nous allons prendre. Notre hésitation à faire le mal est la voix du bon Esprit qui se fait entendre par la conscience.

On reconnaît qu'une pensée est mauvaise quand elle s'écarte de la charité, qui est la base de toute vraie morale ; quand elle a pour principe l'orgueil, la vanité ou l'égoïsme ; quand sa réalisation peut causer un préjudice quelconque à autrui ; quand, enfin, elle nous sollicite à faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît. (Ch. XXVIII, n°15 ; ch. XV, n°10.)

21. PRIERE. - Dieu Tout-Puissant, ne me laissez pas succomber à la tentation que j'ai de faillir. Esprits bienveillants qui me protégez, détournez de moi cette mauvaise pensée, et donnez-moi la force de résister à la suggestion du mal. Si je succombe, j'aurai mérité l'expiation de ma faute en cette vie et en l'autre, parce que je suis libre de choisir.

 

Action de grâces pour une victoire obtenue sur une tentation

22. PREFACE. Celui qui a résisté à une tentation le doit à l'assistance des bons Esprits dont il a écouté la voix. Il doit en remercier Dieu et son ange gardien.

23. PRIERE. - Mon Dieu, je vous remercie de m'avoir permis de sortir victorieux de la lutte que je viens de soutenir contre le mal ; faites que cette victoire me donne la force de résister à de nouvelles tentations.

Et vous, mon ange gardien, je vous remercie de l'assistance que vous m'avez donnée. Puisse ma soumission à vos conseils me mériter de nouveau votre protection !

 

Pour demander un conseil

24. PREFACE. Lorsque nous sommes indécis de faire ou de ne pas faire une chose, nous devons avant tout nous poser à nous-mêmes les questions suivantes :

1° La chose que j'hésite à faire peut-elle porter un préjudice quelconque à autrui ?

2° Peut-elle être utile à quelqu'un ?

3° Si quelqu'un faisait cette chose à mon égard, en serais-je satisfait ?

Si la chose n'intéresse que soi, il est permis de mettre en balance la somme des avantages et des inconvénients personnels qui peuvent en résulter.

Si elle intéresse autrui, et qu'en faisant du bien à l'un elle puisse faire du mal à un autre, il faut également peser la somme du bien et du mal pour s'abstenir ou agir.

Enfin, même pour les meilleures choses, il faut encore considérer l'opportunité et les circonstances accessoires, car une chose bonne en elle-même peut avoir de mauvais résultats entre des mains inhabiles, et si elle n'est pas conduite avec prudence et circonspection. Avant de l'entreprendre, il convient de consulter ses forces et ses moyens d'exécution.

Dans tous les cas, on peut toujours réclamer l'assistance de ses Esprits protecteurs en se souvenant de cette sage maxime : Dans le doute, abstiens-toi. (Ch. XXVIII, n°38.)

25. PRIERE. - Au nom de Dieu Tout-Puissant, bons Esprits qui me protégez, inspirez-moi la meilleure résolution à prendre dans l'incertitude où je suis. Dirigez ma pensée vers le bien, et détournez l'influence de ceux qui tenteraient de m'égarer.

 

Dans les afflictions de la vie

26. PREFACE. Nous pouvons demander à Dieu des faveurs terrestres, et il peut nous les accorder lorsqu'elles ont un but utile et sérieux ; mais comme nous jugeons l'utilité des choses à notre point de vue, et que notre vue est bornée au présent, nous ne voyons pas toujours le mauvais côté de ce que nous souhaitons. Dieu, qui voit mieux que nous, et ne veut que notre bien, peut donc nous refuser, comme un père refuse à son enfant ce qui pourrait lui nuire. Si ce que nous demandons ne nous est pas accordé, nous ne devons en concevoir aucun découragement ; il faut penser, au contraire, que la privation de ce que nous désirons nous est imposée comme épreuve ou comme expiation, et que notre récompense sera proportionnée à la résignation avec laquelle nous l'aurons supportée. (Ch. XXVII, n°6 ; ch. 2, n°5, 6, 7.)

27. PRIERE. - Dieu Tout-Puissant qui voyez nos misères, daignez écouter favorablement les voeux que je vous adresse en ce moment. Si ma demande est inconsidérée, pardonnez-la-moi ; si elle est juste et utile à vos yeux, que les bons Esprits qui exécutent vos volontés me viennent en aide pour son accomplissement.

Quoi qu'il en advienne, mon Dieu, que votre volonté soit faite. Si mes désirs ne sont pas exaucés, c'est qu'il entre dans vos desseins de m'éprouver, et je me soumets sans murmure. Faites que je n'en conçoive aucun découragement, et que ni ma foi ni ma résignation n'en soient ébranlées.

(Formuler sa demande.)

 

Action de grâces pour une faveur obtenue

28. PREFACE. Il ne faut point considérer seulement comme des événements heureux les choses de grande importance ; les plus petites en apparence sont souvent celles qui influent le plus sur notre destinée. L'homme oublie aisément le bien, et se souvient plutôt de ce qui l'afflige. Si nous enregistrions jour par jour les bienfaits dont nous sommes l'objet, sans les avoir demandés, nous serions souvent étonnés d'en avoir tant reçu qui se sont effacés de notre mémoire, et humiliés de notre ingratitude.

Chaque soir, en élevant notre âme à Dieu, nous devons rappeler en nous-mêmes les faveurs qu'il nous a accordées pendant la journée, et l'en remercier. C'est surtout au moment même où nous éprouvons l'effet de sa bonté et de sa protection que, par un mouvement spontané, nous devons lui en témoigner notre gratitude ; il suffit pour cela d'une pensée lui reportant le bienfait, sans qu'il soit besoin de se détourner de son travail.

Les bienfaits de Dieu ne consistent pas seulement dans les choses matérielles ; il faut également le remercier des bonnes idées, des inspirations heureuses qui nous sont suggérées. Tandis que l'orgueilleux s'en fait un mérite, que l'incrédule les attribue au hasard, celui qui a la foi en rend grâce à Dieu et aux bons Esprits. Pour cela, de longues phrases sont inutiles : «Merci, mon Dieu, de la bonne pensée qui m'est inspirée,» en dit plus que beaucoup de paroles. L'élan spontané qui nous fait reporter à Dieu ce qui nous arrive de bien témoigne d'une habitude de reconnaissance et d'humilité qui nous concilie la sympathie des bons Esprits. (Ch. XXVII, n°7, 8.)

29. PRIERE. - Dieu infiniment bon, que votre nom soit béni pour les bienfaits que vous m'avez accordés ; j'en serais indigne si je les attribuais au hasard des événements ou à mon propre mérite.

Bons Esprits qui avez été les exécuteurs des volontés de Dieu, et vous surtout, mon ange gardien, je vous remercie. Détournez de moi la pensée d'en concevoir de l'orgueil, et d'en faire un usage qui ne serait pas pour le bien.

Je vous remercie notamment de ....

 

Acte de soumission et de résignation

30. PREFACE. Quand un sujet d'affliction nous arrive, si nous en cherchons la cause, nous trouverons souvent qu'il est la suite de notre imprudence, de notre imprévoyance ou d'une action antérieure ; dans ce cas, nous ne devons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Si la cause d'un malheur est indépendante de toute participation qui soit notre fait, c'est ou une épreuve pour cette vie, ou l'expiation d'une existence passée, et, dans ce dernier cas, la nature de l'expiation peut nous faire connaître la nature de la faute, car nous sommes toujours punis par où nous avons péché. (Ch. V, n°4, 6 et suivants.)

Dans ce qui nous afflige, nous ne voyons en général que le mal présent, et non les conséquences ultérieures favorables que cela peut avoir. Le bien est souvent la suite d'un mal passager, comme la guérison d'un malade est le résultat des moyens douloureux que l'on emploie pour l'obtenir. Dans tous les cas, nous devons nous soumettre à la volonté de Dieu, supporter avec courage les tribulations de la vie, si nous voulons qu'il nous en soit tenu compte, et que cette parole du Christ nous soit appliquée : Bienheureux ceux qui souffrent. (Ch. V, n°18.)

31. PRIERE. - Mon Dieu, vous êtes souverainement juste ; toute souffrance ici-bas doit donc avoir sa cause et son utilité. J'accepte le sujet d'affliction que je viens d'éprouver comme une expiation de mes fautes passées et une épreuve pour l'avenir.

Bons Esprits qui me protégez, donnez-moi la force de le supporter sans murmure ; faites qu'il soit pour moi un avertissement salutaire ; qu'il accroisse mon expérience ; qu'il combatte en moi l'orgueil, l'ambition, la sotte vanité et l'égoïsme, et qu'il contribue ainsi à mon avancement.

32. (Autre.) - Je sens, ô mon Dieu, le besoin de vous prier pour me donner la force de supporter les épreuves qu'il vous a plu de m'envoyer. Permettez que la lumière se fasse assez vive en mon esprit pour que j'apprécie toute l'étendue d'un amour qui m'afflige pour vouloir me sauver. Je me soumets avec résignation, ô mon Dieu ; mais, hélas ! la créature est si faible que, si vous ne me soutenez, je crains de succomber. Ne m'abandonnez pas, Seigneur, car sans vous je ne puis rien.

33. (Autre.) - J'ai levé mes regards vers toi, ô Eternel, et je me suis senti fortifié. Tu es ma force, ne m'abandonne pas ; ô Dieu ! je suis écrasé sous le poids de mes iniquités ! aide-moi ; tu connais la faiblesse de ma chair, et tu ne détournes pas tes regards de dessus moi !

Je suis dévoré d'une soif ardente ; fais jaillir la source d'eau vive, et je serai désaltéré. Que ma bouche ne s'ouvre que pour chanter tes louanges et non pour murmurer dans les afflictions de ma vie. Je suis faible, Seigneur, mais ton amour me soutiendra.

O Eternel ! toi seul es grand, toi seul es la fin et le but de ma vie. Ton nom soit béni, si tu me frappes, car tu es le maître et moi le serviteur infidèle ; je courberai mon front sans me plaindre, car toi seul es grand, toi seul es le but.

 

Dans un péril imminent

34. PREFACE. Par les dangers que nous courons, Dieu nous rappelle notre faiblesse et la fragilité de notre existence. Il nous montre que notre vie est entre ses mains, et qu'elle tient à un fil qui peut se briser au moment où nous nous y attendons le moins. Sous ce rapport, il n'y a de privilège pour personne, car le grand et le petit sont soumis aux mêmes alternatives.

Si l'on examine la nature et les conséquences du péril, on verra que le plus souvent ces conséquences, si elles se fussent accomplies, auraient été la punition d'une faute commise ou d'un devoir négligé.

35. PRIERE. - Dieu Tout-Puissant, et vous, mon ange gardien, secourez-moi ! Si je dois succomber, que la volonté de Dieu soit faite. Si je suis sauvé, que le reste de ma vie répare le mal que j'ai pu faire et dont je me repens.

 

Action de grâces après avoir échappé à un danger

36. PREFACE. Par le danger que nous avons couru, Dieu nous montre que nous pouvons d'un moment à l'autre être appelés à rendre compte de l'emploi que nous avons fait de la vie ; il nous avertit ainsi de rentrer en nous-mêmes et de nous amender.

37. PRIERE. - Mon Dieu, et vous, mon ange gardien, je vous remercie du secours que vous m'avez envoyé dans le péril qui m'a menacé. Que ce danger soit pour moi un avertissement, et qu'il m'éclaire sur les fautes qui ont pu me l'attirer. Je comprends, Seigneur, que ma vie est entre vos mains, et que vous pouvez me la retirer quand il vous plaira. Inspirez-moi, par les bons Esprits qui m'assistent, la pensée d'employer utilement le temps que vous m'accordez encore ici-bas.

Mon ange gardien, soutenez-moi dans la résolution que je prends de réparer mes torts et de faire tout le bien qui sera en mon pouvoir, afin d'arriver chargé de moins d'imperfections dans le monde des Esprits quand il plaira à Dieu de m'y appeler.

 

Au moment de s'endormir

38. PREFACE. Le sommeil est le repos du corps, mais l'Esprit n'a pas besoin de repos. Pendant que les sens sont engourdis, l'âme se dégage en partie de la matière, et jouit de ses facultés d'Esprit. Le sommeil a été donné à l'homme pour la réparation des forces organiques et pour celle des forces morales. Pendant que le corps récupère les éléments qu'il a perdus par l'activité de la veille, l'Esprit va se retremper parmi les autres Esprits ; il puise dans ce qu'il voit, dans ce qu'il entend et dans les conseils qu'on lui donne, des idées qu'il retrouve au réveil à l'état d'intuition ; c'est le retour temporaire de l'exilé dans sa véritable patrie ; c'est le prisonnier momentanément rendu à la liberté.

Mais il arrive, comme pour le prisonnier pervers, que l'Esprit ne met pas toujours à profit ce moment de liberté pour son avancement ; s'il a de mauvais instincts, au lieu de chercher la compagnie des bons Esprits, il cherche celle de ses pareils, et va visiter les lieux où il peut donner un libre cours à ses penchants.

Que celui qui est pénétré de cette vérité élève sa pensée au moment où il sent les approches du sommeil ; qu'il fasse appel aux conseils des bons Esprits et de ceux dont la mémoire lui est chère, afin qu'ils viennent se réunir à lui dans le court intervalle qui lui est accordé, et au réveil il se sentira plus de force contre le mal, plus de courage contre l'adversité.

39. PRIERE. - Mon âme va se trouver un instant avec les autres Esprits. Que ceux qui sont bons viennent m'aider de leurs conseils. Mon ange gardien, faites qu'à mon réveil j'en conserve une impression durable et salutaire.

 

En prévision de sa mort prochaine

40. PREFACE. La foi en l'avenir, l'élévation de la pensée, pendant la vie, vers les destinées futures, aident au prompt dégagement de l'Esprit, en affaiblissant les liens qui le retiennent au corps, et souvent la vie corporelle n'est point encore éteinte que l'âme, impatiente, a déjà pris son essor vers l'immensité. Chez l'homme, au contraire, qui concentre toutes ses pensées sur les choses matérielles, ces liens sont plus tenaces, la séparation est pénible et douloureuse, et le réveil d'outre-tombe est plein de trouble et d'anxiété.

41. PRIERE. - Mon Dieu, je crois en vous et en votre bonté infinie ; c'est pourquoi je ne puis croire que vous avez donné à l'homme l'intelligence de vous connaître et l'aspiration vers l'avenir pour le plonger dans le néant.

Je crois que mon corps n'est que l'enveloppe périssable de mon âme, et que, lorsqu'il aura cessé de vivre, je me réveillerai dans le monde des Esprits.

Dieu Tout-Puissant, je sens se briser les liens qui unissent mon âme à mon corps, et bientôt je vais avoir à rendre compte de l'emploi de la vie que je quitte.

Je vais subir les conséquences du bien et du mal que j'ai fait ; là, il n'y a plus d'illusion, plus de subterfuge possible ; tout mon passé va se dérouler devant moi, et je serai jugé selon mes oeuvres.

Je n'emporterai rien des biens de la terre ; honneurs, richesses, satisfactions de la vanité et de l'orgueil, tout ce qui tient au corps enfin va rester ici-bas ; pas la moindre parcelle ne me suivra, et rien de tout cela ne me sera du moindre secours dans le monde des Esprits. Je n'emporterai avec moi que ce qui tient à l'âme, c'est-à-dire les bonnes et les mauvaises qualités qui seront pesées dans la balance d'une rigoureuse justice, et je serai jugé avec d'autant plus de sévérité que ma position sur la terre m'aura donné plus d'occasions de faire le bien que je n'ai pas fait. (Ch. XVI, n°9.)

Dieu de miséricorde, que mon repentir parvienne jusqu'à vous ! Daignez étendre sur moi votre indulgence.

S'il vous plaisait de prolonger mon existence, que le reste soit employé à réparer autant qu'il est en moi le mal que j'ai pu faire. Si mon heure est sonnée sans retour, j'emporte la pensée consolante qu'il me sera permis de me racheter par de nouvelles épreuves, afin de mériter un jour le bonheur des élus.

S'il ne m'est pas donné de jouir immédiatement de cette félicité sans mélange qui n'est le partage que du juste par excellence, je sais que l'espoir ne m'est pas interdit pour toujours, et qu'avec le travail j'arriverai au but, plus tôt ou plus tard, selon mes efforts.

Je sais que de bons Esprits et mon ange gardien sont là, près de moi, pour me recevoir ; dans peu je les verrai comme ils me voient. Je sais que je retrouverai ceux que j'ai aimés sur la terre, si je l'ai mérité, et que ceux que j'y laisse viendront me rejoindre pour être un jour tous à jamais réunis, et qu'en attendant je pourrai venir les visiter.

Je sais aussi que je vais retrouver ceux que j'ai offensés ; puissent-ils me pardonner ce qu'ils peuvent avoir à me rapprocher : mon orgueil, ma dureté, mes injustices, et ne pas m'accabler de honte par leur présence !

Je pardonne à ceux qui m'ont fait ou voulu du mal sur la terre ; je n'emporte aucune haine contre eux, et je prie Dieu de leur pardonner.

Seigneur, donnez-moi la force de quitter sans regrets les joies grossières de ce monde qui ne sont rien auprès des joies pures du monde où je vais entrer. Là, pour le juste, il n'est plus de tourments, plus de souffrances, plus de misères ; le coupable seul souffre, mais il lui reste l'espérance.

Bons Esprits, et vous, mon ange gardien, ne me laissez pas faillir en ce moment suprême ; faites luire à mes yeux la divine lumière, afin de ranimer ma foi si elle venait à s'ébranler.

Nota. - Voir ci-après paragraphe V : Prières pour les malades et les obsédés.

 

III. PRIERES POUR AUTRUI

Pour quelqu'un qui est dans l'affliction

42. S'il est dans l'intérêt de l'affligé que son épreuve suive son cours, elle ne sera pas abrégée à notre demande ; mais ce serait faire acte d'impiété si l'on se décourageait parce que la demande n'est pas exaucée ; d'ailleurs, à défaut de cessation de l'épreuve, on peut espérer obtenir quelque autre consolation qui en tempère l'amertume. Ce qui est véritablement utile pour celui qui est dans la peine, c'est le courage et la résignation, sans lesquels ce qu'il endure est sans profit pour lui, parce qu'il sera obligé de recommencer l'épreuve. C'est donc vers ce but qu'il faut surtout diriger ses efforts, soit en appelant les bons Esprits à son aide, soit en remontant soi-même le moral de l'affligé par des conseils et des encouragements, soit enfin en l'assistant matériellement, si cela se peut. La prière, dans ce cas, peut en outre avoir un effet direct, en dirigeant sur la personne un courant fluidique en vue de fortifier son moral. (Ch. V, n°5, 27 ; ch. XXVII, n°6, 10.)

43. PRIERE. - Mon Dieu, dont la bonté est infinie, daignez adoucir l'amertume de la position de N..., si telle peut être votre volonté.

Bons Esprits, au nom de Dieu Tout-Puissant, je vous supplie de l'assister dans ses afflictions. Si, dans son intérêt, elles ne peuvent lui être épargnées, faites-lui comprendre qu'elles sont nécessaires à son avancement. Donnez-lui la confiance en Dieu et en l'avenir qui les lui rendra moins amères. Donnez-lui aussi la force de ne pas succomber au désespoir qui lui en ferait perdre le fruit et rendrait sa position future encore plus pénible. Conduisez ma pensée vers lui, et qu'elle aide à soutenir son courage.

 

Action de grâces pour un bienfait accordé à autrui

44. PREFACE. Celui qui n'est pas dominé par l'égoïsme se réjouit du bien qui arrive à son prochain, alors même qu'il ne l'aurait pas sollicité par la prière.

45. PRIERE. - Mon Dieu, soyez béni pour le bonheur qui est arrivé à N...

Bons Esprits, faites qu'il y voie un effet de la bonté de Dieu. Si le bien qui lui arrive est une épreuve, inspirez-lui la pensée d'en faire un bon usage et de ne pas en tirer vanité, afin que ce bien ne tourne pas à son préjudice pour l'avenir.

Vous, mon bon génie qui me protégez et désirez mon bonheur, écartez de ma pensée tout sentiment d'envie et de jalousie.

 

Pour nos ennemis et ceux qui nous veulent du mal

46. PREFACE. Jésus a dit : Aimez même vos ennemis. Cette maxime est le sublime de la charité chrétienne ; mais par là Jésus n'entend point que nous devons avoir pour nos ennemis la tendresse que nous avons pour nos amis ; il nous dit par Ces paroles d'oublier leurs offenses, de leur pardonner le mal qu'ils nous font, de leur rendre le bien pour le mal. Outre le mérite qui en résulte aux yeux de Dieu, c'est montrer aux yeux des hommes la véritable supériorité. (Ch. XII, n°3, 4.)

47. PRIERE. - Mon Dieu, je pardonne à N... le mal qu'il m'a fait et celui qu'il a voulu me faire, comme je désire que vous me pardonniez et qu'il me pardonne lui-même les torts que je puis avoir. Si vous l'avez placé sur ma route comme une épreuve, que votre volonté soit faite.

Détournez de moi, ô mon Dieu, l'idée de le maudire et tout souhait malveillant contre lui. Faites que je n'éprouve aucune joie des malheurs qui pourraient lui arriver, ni aucune peine des biens qui pourront lui être accordés, afin de ne point souiller mon âme par des pensées indignes d'un chrétien.

Puisse votre bonté, Seigneur, en s'étendant sur lui, le ramener à de meilleurs sentiments envers moi !

Bons Esprits, inspirez-moi l'oubli du mal et le souvenir du bien. Que ni la haine, ni la rancune, ni le désir de lui rendre le mal pour le mal n'entrent dans mon coeur, car la haine et la vengeance n'appartiennent qu'aux mauvais Esprits incarnés et désincarnés ! Que je sois prêt, au contraire, à lui tendre une main fraternelle, à lui rendre le bien pour le mal, et à lui venir en aide si cela est en mon pouvoir !

Je désire, pour éprouver la sincérité de mes paroles, que l'occasion me soit offerte de lui être utile ; mais surtout, ô mon Dieu, préservez-moi de le faire par orgueil ou ostentation, en l'accablant par une générosité humiliante, ce qui me ferait perdre le fruit de mon action, car alors je mériterais que cette parole du Christ me fût appliquée : Vous avez déjà reçu votre récompense. (Ch. XIII, n°1 et suivants.)

 

Action de grâces pour le bien accordé à nos ennemis

48. PREFACE. Ne point souhaiter de mal à ses ennemis, c'est n'être charitable qu'à moitié ; la vraie charité veut que nous leur souhaitions du bien, et que nous soyons heureux de celui qui leur arrive. (Ch. XII, n°7, 8.)

49. PRIERE. - Mon Dieu, dans votre justice, vous avez cru devoir réjouir le coeur de N... Je vous en remercie pour lui, malgré le mal qu'il m'a fait ou qu'il a cherché à me faire. S'il en profitait pour m'humilier, je l'accepterais comme une épreuve pour ma charité.

Bons Esprits qui me protégez, ne permettez pas que j'en conçoive aucun regret ; détournez de moi l'envie et la jalousie qui abaissent ; inspirez-moi, au contraire, la générosité qui élève. L'humiliation est dans le mal et non dans le bien, et nous savons que, tôt ou tard, justice sera rendue à chacun selon ses oeuvres.

 

Pour les ennemis du Spiritisme

50. Bienheureux ceux qui sont affamés de justice, parce qu'ils seront rassasiés.

Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux.

Vous serez heureux lorsque les hommes vous chargeront de malédictions, et qu'ils vous persécuteront, et qu'ils diront faussement toutes sortes de mal contre vous à cause de moi. - Réjouissez-vous alors, parce qu'une grande récompense vous est réservée dans les cieux, car c'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous. (Saint Matthieu, ch. V, v. 6, 10, 11, 12.)

Ne craignez point ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; mais craignez plutôt celui qui peut perdre l'âme et le corps dans l'enfer. (Saint Matthieu, ch. X, v. 28.)

51. PREFACE. De toutes les libertés, la plus inviolable est celle de penser, qui comprend aussi la liberté de conscience. Jeter l'anathème à ceux qui ne pensent pas comme nous, c'est réclamer cette liberté pour soi et la refuser aux autres, c'est violer le premier commandement de Jésus : la charité et l'amour du prochain. Les persécuter pour leur croyance, c'est attenter au droit le plus sacré qu'a tout homme de croire à ce qui lui convient, et d'adorer Dieu comme il l'entend. Les contraindre à des actes extérieurs semblables aux nôtres, c'est montrer qu'on tient plus à la forme qu'au fond, aux apparences qu'à la conviction. L'abjuration forcée n'a jamais donné la foi : elle ne peut faire que des hypocrites ; c'est un abus de la force matérielle qui ne prouve pas la vérité ; la vérité est sûre d'elle-même : elle convainc et ne persécute pas, parce qu'elle n'en a pas besoin.

Le Spiritisme est une opinion, une croyance ; fût-il même une religion, pourquoi n'aurait-on pas la liberté de se dire spirite comme on a celle de se dire catholique, juif ou protestant, partisan de telle ou telle doctrine philosophique, de tel ou tel système économique ? Cette croyance est fausse ou elle est vraie ; si elle est fausse, elle tombera d'elle-même, parce que l'erreur ne peut prévaloir contre la vérité quand la lumière se fait dans les intelligences ; si elle est vraie, la persécution ne la rendra pas fausse.

La persécution est le baptême de toute idée nouvelle grande et juste ; elle croît avec la grandeur et l'importance de l'idée. L'acharnement et la colère des ennemis de l'idée est en raison de la crainte qu'elle leur inspire. C'est pour cette raison que le Christianisme fut persécuté jadis et que le Spiritisme l'est aujourd'hui, avec cette différence, toutefois, que le Christianisme le fut par les Païens, tandis que le Spiritisme l'est par des Chrétiens. Le temps des persécutions sanglantes est passé, il est vrai, mais si on ne tue plus le corps, on torture l'âme ; on l'attaque jusque dans ses sentiments les plus intimes, dans ses affections les plus chères ; on divise les familles, on excite la mère contre la fille, la femme contre le mari ; on attaque même le corps dans ses besoins matériels en lui ôtant son gagne-pain pour le prendre par la famine. (Ch. XXIII, n°9 et suivants.)

Spirites, ne vous affligez point des coups qu'on vous porte, car ils prouvent que vous êtes dans la vérité, sans cela on vous laisserait tranquilles, et l'on ne vous frapperait pas. C'est une épreuve pour votre foi, car c'est à votre courage, à votre résignation, à votre persévérance que Dieu vous reconnaîtra parmi ses fidèles serviteurs, dont il fait aujourd'hui le dénombrement pour faire à chacun la part qui lui revient selon ses oeuvres.

A l'exemple des premiers Chrétiens, soyez donc fiers de porter votre croix. Croyez en la parole du Christ, qui a dit : «Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Ne craignez point ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme.» Il a dit aussi : «Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous font du mal, et priez pour ceux qui vous persécutent.» Montrez que vous êtes ses véritables disciples, et que votre doctrine est bonne en faisant ce qu'il dit et ce qu'il a fait lui-même.

La persécution n'aura qu'un temps ; attendez donc patiemment le lever de l'aurore, car déjà l'étoile du matin se montre à l'horizon. (Ch. XXIV, n°13 et suivants.)

52. PRIERE. - Seigneur, vous nous avez fait dire par la bouche de Jésus, votre Messie : «Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice ; pardonnez à vos ennemis ; priez pour ceux qui vous persécutent ;» et lui-même nous a montré le chemin en priant pour ses bourreaux.

A son exemple, mon Dieu, nous appelons votre miséricorde sur ceux qui méconnaissent vos divins préceptes, les seuls qui puissent assurer la paix en ce monde et en l'autre. Comme Christ, nous vous disons : «Pardonnez-leur, mon père, car ils ne savent ce qu'ils font.»

Donnez-nous la force de supporter avec patience et résignation, comme des épreuves pour notre foi et notre humilité, leurs railleries, leurs injures, leurs calomnies et leurs persécutions ; détournez-nous de toute pensée de représailles, car l'heure de votre justice sonnera pour tous, et nous l'attendons en nous soumettant à votre sainte volonté.

 

Prière pour un enfant qui vient de naître

53. PREFACE. Les Esprits n'arrivent à la perfection qu'après avoir passé par les épreuves de la vie corporelle ; ceux qui sont errants attendent que Dieu leur permette de reprendre une existence qui doit leur fournir un moyen d'avancement, soit par l'expiation de leurs fautes passées au moyen des vicissitudes auxquelles ils sont soumis, soit en remplissant une mission utile à l'humanité. Leur avancement et leur bonheur futur seront proportionnés à la manière dont ils auront employé le temps qu'ils doivent passer sur la terre. La charge de guider leurs premiers pas, et de les diriger vers le bien, est confiée à leurs parents, qui répondront devant Dieu de la manière dont ils auront accompli leur mandat. C'est pour en faciliter l'exécution que Dieu a fait de l'amour paternel et de l'amour filial une loi de la nature, loi qui n'est jamais violée impunément.

54. PRIERE. (Par les parents.) - Esprit qui s'est incarné dans le corps de notre enfant, sois le bienvenu parmi nous. Dieu Tout-Puissant qui l'avez envoyé, soyez béni.

C'est un dépôt qui nous est confié et dont nous devrons compte un jour. S'il appartient à la nouvelle génération des bons Esprits qui doivent peupler la terre, merci, ô mon Dieu, de cette faveur ! Si c'est une âme imparfaite, notre devoir est de l'aider à progresser dans la voie du bien par nos conseils et par nos bons exemples ; s'il tombe dans le mal par notre faute, nous en répondrons devant vous, car nous n'aurons pas accompli notre mission envers lui.

Seigneur, soutenez-nous dans notre tâche, et donnez-nous la force et la volonté de la remplir. Si cet enfant doit être un sujet d'épreuves pour nous, que votre volonté soit faite !

Bons Esprits qui êtes venus présider à sa naissance et qui devez l'accompagner pendant la vie, ne l'abandonnez pas. Ecartez de lui les mauvais Esprits qui tenteraient de l'induire au mal ; donnez-lui la force de résister à leurs suggestions, et le courage de subir avec patience et résignation les épreuves qui l'attendent sur la terre. (Ch. XIV, n° 9).

55. Autre. - Mon Dieu, vous m'avez confié le sort d'un de vos Esprits ; faites, Seigneur, que je sois digne de la tâche qui m'est imposée ; accordez-moi votre protection ; éclairez mon intelligence, afin que je puisse discerner de bonne heure les tendances de celui que je dois préparer à entrer dans votre paix.

56. Autre. - Dieu très bon, puisqu'il t'a plu de permettre à l'Esprit de cet enfant de venir de nouveau subir les épreuves terrestres destinées à le faire progresser, donne-lui la lumière, afin qu'il apprenne à te connaître, à t'aimer et à t'adorer. Fais, par ta toute-puissance, que cette âme se régénère à la source de tes divines instructions, que, sous l'égide de son ange gardien, son intelligence grandisse, se développe et le fasse aspirer à se rapprocher de plus en plus de toi ; que la science du Spiritisme soit la brillante lumière qui l'éclaire à travers les écueils de la vie ; qu'il sache enfin apprécier toute l'étendue de ton amour qui nous éprouve pour nous purifier.

Seigneur, jette un regard paternel sur la famille à laquelle tu as confié cette âme ; puisse-t-elle comprendre l'importance de sa mission, et faire germer en cet enfant les bonnes semences jusqu'au jour où il pourra, par ses propres aspirations, s'élever seul vers toi.

Daigne, ô mon Dieu, exaucer cette humble prière au nom et par les mérites de Celui qui a dit : «Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent.»

 

Pour un agonisant

57. PREFACE. L'agonie est le prélude de la séparation de l'âme et du corps ; on peut dire qu'à ce moment l'homme n'a plus qu'un pied en ce monde, et qu'il en a déjà un dans l'autre. Ce passage est quelquefois pénible pour ceux qui tiennent à la matière et ont plus vécu pour les biens de ce monde que pour ceux de l'autre, ou dont la conscience est agitée par les regrets et les remords ; pour ceux, au contraire, dont les pensées se sont élevées vers l'infini, et se sont détachées de la matière, les liens sont moins difficiles à rompre, et les derniers moments n'ont rien de douloureux ; l'âme alors ne tient au corps que par un fil, tandis que, dans l'autre position, elle y tient par de profondes racines ; dans tous les cas la prière exerce une action puissante sur le travail de la séparation. (V. ci-après, Prières pour les malades. - Ciel et Enfer, 2° part., ch. I, Le passage).

58. PRIERE. - Dieu puissant et miséricordieux, voilà une âme qui quitte son enveloppe terrestre pour retourner dans le monde des Esprits, sa véritable patrie ; puisse-t-elle y rentrer en paix et votre miséricorde s'étendre sur elle.

Bons Esprits qui l'avez accompagnée sur la terre, ne l'abandonnez pas à ce moment suprême ; donnez-lui la force de supporter les dernières souffrances qu'elle doit endurer ici-bas pour son avancement futur ; inspirez-la pour qu'elle consacre au repentir de ses fautes les dernières lueurs d'intelligence qui lui restent, ou qui pourraient momentanément lui revenir.

Dirigez ma pensée, afin que son action rende moins pénible le travail de la séparation, et qu'elle porte dans son âme, au moment de quitter la terre, les consolations de l'espérance.

 

IV. PRIERES POUR CEUX QUI NE SONT PLUS SUR LA TERRE

Pour quelqu'un qui vient de mourir

59. PREFACE. Les prières pour les Esprits qui viennent de quitter la terre n'ont pas seulement pour but de leur donner un témoignage de sympathie, mais elles ont encore pour effet d'aider à leur dégagement, et, par là, d'abréger le trouble qui suit toujours la séparation, et de rendre le réveil plus calme. Mais là encore, comme en toute autre circonstance, l'efficacité est dans la sincérité de la pensée, et non dans l'abondance de paroles dites avec plus ou moins de pompe, et auxquelles, le plus souvent, le coeur n'a aucune part.

Les prières qui partent du coeur résonnent autour de l'Esprit, dont les idées sont encore confuses comme les voix amies qui viennent nous tirer du sommeil. (Ch. XXVII, n° 10.)

60. PRIERE. - Dieu Tout-Puissant, que votre miséricorde s'étende sur l'âme de N..., que vous venez de rappeler à vous. Puissent les épreuves qu'il (ou elle) a subies sur la terre lui être comptées, et nos prières adoucir et abréger les peines qu'il peut encore endurer comme Esprit !

Bons Esprits qui êtes venus le recevoir, et vous surtout son ange gardien, assistez-le pour l'aider à se dépouiller de la matière ; donnez-lui la lumière et la conscience de lui-même, afin de le tirer du trouble qui accompagne le passage de la vie corporelle à la vie spirituelle. Inspirez-lui le repentir des fautes qu'il a pu commettre, et le désir qu'il lui soit permis de les réparer pour hâter son avancement vers la vie éternelle bienheureuse.

N..., vous venez de rentrer dans le monde des Esprits, et cependant vous êtes ici présent parmi nous ; vous nous voyez et nous entendez, car il n'y a de moins entre vous et nous que le corps périssable que vous venez de quitter et qui bientôt sera réduit en poussière.

Vous avez quitté la grossière enveloppe sujette aux vicissitudes et à la mort, et vous n'avez conservé que l'enveloppe éthérée, impérissable et inaccessible aux souffrances. Si vous ne vivez plus par le corps, vous vivez de la vie des Esprits, et cette vie est exempte des misères qui affligent l'humanité.

Vous n'avez plus le voile qui dérobe à nos veux les splendeurs de la vie future ; vous pourrez désormais contempler de nouvelles merveilles, tandis que nous sommes encore plongés dans les ténèbres.

Vous allez parcourir l'espace et visiter les mondes en toute liberté, tandis que nous rampons péniblement sur la terre, où nous retient notre corps matériel, semblable pour nous à un lourd fardeau.

L'horizon de l'infini va se dérouler devant vous, et en présence de tant de grandeur vous comprendrez la vanité de nos désirs terrestres, de nos ambitions mondaines et des joies futiles dont les hommes font leurs délices.

La mort n'est entre les hommes qu'une séparation matérielle de quelques instants. Du lieu d'exil où nous retient encore la volonté de Dieu, ainsi que les devoirs que nous avons à remplir ici-bas, nous vous suivrons par la pensée jusqu'au moment où il nous sera permis de vous rejoindre comme vous avez rejoint ceux qui vous ont précédés.

Si nous ne pouvons aller auprès de vous, vous pouvez venir auprès de nous. Venez donc parmi ceux qui vous aiment et que vous avez aimés ; soutenez-les dans les épreuves de la vie ; veillez sur ceux qui vous sont chers ; protégez-les selon votre pouvoir, et adoucissez leurs regrets par la pensée que vous êtes plus heureux maintenant, et la consolante certitude d'être un jour réunis à vous dans un monde meilleur.

Dans le monde où vous êtes, tous les ressentiments terrestres doivent s'éteindre. Puissiez-vous, pour votre bonheur futur, y être désormais inaccessible ! Pardonnez donc à ceux qui ont pu avoir des torts envers vous, comme ils vous pardonnent ceux que vous pouvez avoir eus envers eux.

 

Nota. On peut ajouter à cette prière, qui s'applique à tous, quelques paroles spéciales selon les circonstances particulières de famille ou de relation et la position du défunt.

S'il s'agit d'un enfant, le Spiritisme nous apprend que ce n'est point un Esprit de création récente, mais qu'il a déjà vécu et qu'il peut être déjà très avancé. Si sa dernière existence a été courte, c'est qu'elle n'était qu'un complément d'épreuve, ou devait être une épreuve pour les parents. (Ch. V, n° 21).

 

61. Autre. - Seigneur Tout-Puissant, que votre miséricorde s'étende sur nos frères qui viennent de quitter la terre ! que votre lumière luise à leurs yeux ! Sortez-les des ténèbres ; ouvrez leurs yeux et leurs oreilles ! que vos bons Esprits les entourent et leur fassent entendre des paroles de paix et d'espérance !

Seigneur, quelque indigne que nous soyons, nous osons implorer votre miséricordieuse indulgence en faveur de celui de nos frères qui vient d'être rappelé de l'exil ; faites que son retour soit celui de l'enfant prodigue. Oubliez, ô mon Dieu ! les fautes qu'il a pu commettre pour vous souvenir du bien qu'il a pu faire. Votre justice est immuable, nous le savons, mais votre amour est immense ; nous vous supplions d'apaiser votre justice par cette source de bonté qui découle de vous.

Que la lumière se fasse pour vous, mon frère, qui venez de quitter la terre ! que les bons Esprits du Seigneur descendent vers vous, vous entourent et vous aident à secouer vos chaînes terrestres ! Comprenez et voyez la grandeur de notre maître ; soumettez-vous sans murmure à sa justice, mais ne désespérez jamais de sa miséricorde. Frère ! qu'un sérieux retour sur votre passé vous ouvre les portes de l'avenir en vous faisant comprendre les fautes que vous laissez derrière vous, et le travail qui vous reste à faire pour les réparer ! Que Dieu vous pardonne, et que ses bons Esprits vous soutiennent et vous encouragent ! Vos frères de la terre prieront pour vous et vous demandent de prier pour eux.

 

Pour les personnes que l'on a affectionnées

62. PREFACE. Qu'elle est affreuse l'idée du néant ! Qu'ils sont à plaindre ceux qui croient que la voix de l'ami qui pleure son ami se perd dans le vide et ne trouve aucun écho pour lui répondre ! Ils n'ont jamais connu les pures et saintes affections, ceux qui pensent que tout meurt avec le corps ; que le génie qui a éclairé le monde de sa vaste intelligence est un jeu de la matière qui s'éteint à tout jamais comme un souffle ; que de l'être le plus cher, d'un père, d'une mère ou d'un enfant adoré il ne reste qu'un peu de poussière que le temps dissipe sans retour !

Comment un homme de coeur peut-il rester froid à cette pensée ? Comment l'idée d'un anéantissement absolu ne le glace-t-elle pas d'effroi et ne lui fait-elle pas au moins désirer qu'il n'en soit pas ainsi ? Si jusqu'à ce jour sa raison n'a pas suffi pour lever ses doutes, voilà que le Spiritisme vient dissiper toute incertitude sur l'avenir par les preuves matérielles qu'il donne de la survivance de l'âme et de l'existence des êtres d'outre-tombe. Aussi partout ces preuves sont-elles accueillies avec joie ; la confiance renaît, car l'homme sait désormais que la vie terrestre n'est qu'un court passage qui conduit à une vie meilleure ; que ses travaux d'ici-bas ne sont pas perdus pour lui, et que les plus saintes affections ne sont pas brisées sans espoir. (Ch. IV, n° 18 ; ch. V, n° 21).

63. PRIERE. - Daignez, ô mon Dieu, accueillir favorablement la prière que je vous adresse pour l'Esprit de N... ; faites-lui entrevoir vos divines clartés, et rendez-lui facile le chemin de la félicité éternelle. Permettez que les bons Esprits lui portent mes paroles et ma pensée.

Toi qui m'étais cher en ce monde, entends ma voix qui t'appelle pour te donner un nouveau gage de mon affection. Dieu a permis que tu fusses délivré le premier : je ne saurais m'en plaindre sans égoïsme, car ce serait regretter pour toi les peines et les souffrances de la vie. J'attends donc avec résignation le moment de notre réunion dans le monde plus heureux où tu m'as précédé.

Je sais que notre séparation n'est que momentanée, et que, si longue qu'elle puisse me paraître, sa durée s'efface devant l'éternité de bonheur que Dieu promet à ses élus. Que sa bonté me préserve de rien faire qui puisse retarder cet instant désiré, et qu'il m'épargne ainsi la douleur de ne pas te retrouve. au sortir de ma captivité terrestre.

Oh ! qu'elle est douce et consolante la certitude qu'il n'y a entre nous qu'un voile matériel qui te dérobe à ma vue ! que tu peux être là, à mes côtés, me voir et m'entendre comme autrefois, et mieux encore qu'autrefois ; que tu ne m'oublies pas plus que je ne t'oublie moi-même ; que nos pensées ne cessent pas de se confondre, et que la tienne me suit et me soutient toujours.

Que la paix du Seigneur soit avec toi.

 

Pour les âmes souffrantes qui demandent des prières

64. PREFACE. Pour comprendre le soulagement que la prière peut procurer aux Esprits souffrants, il faut se rapporter à son mode d'action qui est expliqué ci-dessus. (Ch. XXVII, n° 9, 18 et suivants). Celui qui est pénétré de cette vérité prie avec plus de ferveur par la certitude de ne pas prier en vain.

65. PRIERE. - Dieu clément et miséricordieux, que votre bonté s'étende sur tous les Esprits qui se recommandent à nos prières, et notamment sur l'âme de N...

Bons Esprits, dont le bien est l'unique occupation, intercédez avec moi pour leur soulagement. Faites luire à leurs yeux un rayon d'espérance, et que la divine lumière les éclaire sur les imperfections qui les éloignent du séjour des bienheureux. Ouvrez leur coeur au repentir et au désir de s'épurer pour hâter leur avancement. Faites-leur comprendre que, par leurs efforts, ils peuvent abréger le temps de leurs épreuves.

Que Dieu, dans sa bonté, leur donne la force de persévérer dans leurs bonnes résolutions !

Puissent ces paroles bienveillantes adoucir leurs peines, en leur montrant qu'il est sur la terre des êtres qui savent y compatir et qui désirent leur bonheur.

66. Autre. - Nous vous prions, Seigneur, de répandre sur tous ceux qui souffrent, soit dans l'espace comme Esprits errants, soit parmi nous comme Esprits incarnés, les grâces de votre amour et de votre miséricorde. Prenez en piété nos faiblesses. Vous nous avez faits faillibles, mais vous nous avez donné la force de résister au mal et de le vaincre. Que votre miséricorde s'étende sur tous ceux qui n'ont pu résister à leurs mauvais penchants, et sont encore entraînés dans une mauvaise voie. Que vos bons Esprits les entourent ; que votre lumière luise à leurs yeux, et qu'attirés par sa chaleur vivifiante, ils viennent se prosterner à vos pieds, humbles, repentants et soumis.

Nous vous prions également, Père de miséricorde, pour ceux de nos frères qui n'ont pas eu la force de supporter leurs épreuves terrestres. Vous nous donnez un fardeau à porter, Seigneur, et nous ne devons le déposer qu'à vos pieds ; mais notre faiblesse est grande, et le courage nous manque quelquefois en route. Ayez pitié de ces serviteurs indolents qui ont abandonné l'oeuvre avant l'heure ; que votre justice les épargne et permette à vos bons Esprits de leur apporter le soulagement, les consolations et l'espoir de l'avenir. La vue du pardon est fortifiante pour l'âme ; montrez-le, Seigneur, aux coupables qui désespèrent, et soutenus par cette espérance, ils puiseront des forces dans la grandeur même de leurs fautes et de leurs souffrances, pour racheter leur passé et se préparer à conquérir l'avenir.

 

Pour un ennemi mort

67. PREFACE. La charité envers nos ennemis doit les suivre au-delà de la tombe. Il faut songer que le mal qu'ils nous ont fait a été pour nous une épreuve qui a pu être utile à notre avancement, si nous avons su en profiter. Elle a pu nous être encore plus profitable que les afflictions purement matérielles, en ce que, au courage et à la résignation, elle nous a permis d'y joindre la charité et l'oubli des offenses. (Ch. X, n° 6 ; ch. XII, n° 5, 6).

68. PRIERE. - Seigneur, il vous a plu de rappeler avant moi l'âme de N... Je lui pardonne le mal qu'il m'a fait et ses mauvaises intentions à mon égard ; puisse-t-il en avoir du regret, maintenant qu'il n'a plus les illusions de ce monde.

Que votre miséricorde, mon Dieu, s'étende sur lui, et éloignez de moi la pensée de me réjouir de sa mort. Si j'ai eu des torts envers lui, qu'il me les pardonne, comme j'oublie ceux qu'il a eus envers moi.

 

Pour un criminel

69. PREFACE. Si l'efficacité des prières était proportionnée à leur longueur, les plus longues devraient être réservées pour les plus coupables, parce qu'ils en ont plus besoin que ceux qui ont saintement vécu. Les refuser aux criminels, c'est manquer de charité et méconnaître la miséricorde de Dieu ; les croire inutiles, parce qu'un homme aura commis telle ou telle faute, c'est préjuger la justice du Très-Haut. (Ch. XI, n° 14.)

70. PRIERE. - Seigneur, Dieu de miséricorde, ne repoussez pas ce criminel qui vient de quitter la terre ; la justice des hommes a pu le frapper, mais elle ne l'affranchit pas de votre justice, si son coeur n'a pas été touché par le remords.

Levez le bandeau qui lui cache la gravité de ses fautes ; puisse son repentir trouver grâce devant vous et alléger les souffrances de son âme ! Puissent aussi nos prières et l'intercession des bons Esprits lui porter l'espérance et la consolation ; lui inspirer le désir de réparer ses mauvaises actions dans une nouvelle existence, et lui donner la force de ne pas succomber dans les nouvelles luttes qu'il entreprendra !

Seigneur, ayez pitié de lui !

 

Pour un suicidé

74. PREFACE. L'homme n'a jamais le droit de disposer de sa propre vie, car à Dieu seul appartient de le tirer de la captivité terrestre quand il le juge à propos. Toutefois la justice divine peut adoucir ses rigueurs en faveur des circonstances, mais elle réserve toute sa sévérité pour celui qui a voulu se soustraire aux épreuves de la vie. Le suicidé est comme le prisonnier qui s'évade de sa prison avant l'expiration de sa peine, et qui, lorsqu'il est repris, est tenu plus sévèrement. Ainsi en est-il du suicidé, qui croit échapper aux misères présentes et se plonge dans des malheurs plus grands. (Ch. V, n° 14 et suiv.)

72. PRIERE. - Nous savons, ô mon Dieu, le sort réservé à ceux qui violent vos lois en abrégeant volontairement leurs jours ; mais nous savons aussi que votre miséricorde est infinie : daignez l'étendre sur l'âme de N... Puissent nos prières et votre commisération adoucir l'amertume des souffrances qu'il endure pour n'avoir pas eu le courage d'attendre la fin de ses épreuves !

Bons Esprits, dont la mission est d'assister les malheureux, prenez-le sous votre protection ; inspirez-lui le regret de sa faute, et que votre assistance lui donne la force de supporter avec plus de résignation les nouvelles épreuves qu'il aura à subir pour la réparer. Ecartez de lui les mauvais Esprits qui pourraient de nouveau le porter au mal, et prolonger ses souffrances en lui faisant perdre le fruit de ses futures épreuves.

Vous, dont le malheur fait l'objet de nos prières, puisse notre commisération en adoucir l'amertume, et faire naître en vous l'espérance d'un avenir meilleur ! Cet avenir est entre vos mains ; confiez-vous en la bonté de Dieu, dont le sein est ouvert à tous les repentirs, et ne reste fermé qu'aux coeurs endurcis.

 

Pour les Esprits repentants

73. PREFACE. Il serait injuste de ranger dans la catégorie des mauvais Esprits les Esprits souffrants et repentants qui demandent des prières ; ceux-là ont pu être mauvais, mais ils ne le sont plus du moment qu'ils reconnaissent leurs fautes et les regrettent : ils ne sont que malheureux ; quelques-uns même commencent à jouir d'un bonheur relatif.

74. PRIERE. - Dieu de miséricorde, qui acceptez le repentir sincère du pécheur, incarné ou désincarné, voici un Esprit qui s'était complu au mal, mais qui reconnaît ses torts et entre dans la bonne voie ; daignez, ô mon Dieu, le recevoir comme un entant prodigue et lui pardonner.

Bons Esprits dont il a méconnu la voix, il veut vous écouter désormais ; permettez-lui d'entrevoir la félicité des élus du Seigneur, afin qu'il persiste dans le désir de se purifier pour y atteindre ; soutenez-le dans ses bonnes résolutions, et donnez-lui la force de résister à ses mauvais instincts.

Esprit de N..., nous vous félicitons de votre changement et nous remercions les bons Esprits qui vous ont aidé !

Si vous vous complaisiez autrefois à faire le mal, c'est que vous ne compreniez pas combien est douce la jouissance de faire le bien ; vous vous sentiez aussi trop bas pour espérer y atteindre. Mais dès l'instant où vous avez mis le pied dans la bonne route, une lumière nouvelle s'est faite pour vous ; vous avez commencé à goûter d'un bonheur inconnu, et l'espérance est entrée dans votre coeur. C'est que Dieu écoute toujours la prière du pécheur repentant ; il ne repousse aucun de ceux qui viennent à lui.

Pour rentrer complètement en grâce auprès de lui, appliquez-vous désormais, non seulement à ne plus faire de mal, mais à faire le bien, et surtout à réparer le mal que vous avez fait ; alors vous aurez satisfait à la justice de Dieu ; chaque bonne action effacera une de vos fautes passées.

La premier pas est fait ; maintenant, plus vous avancerez plus le chemin vous semblera facile et agréable. Persévérez donc, et un jour vous aurez la gloire de compter parmi les bons Esprits et les Esprits bienheureux.

 

Pour les Esprits endurcis

75. PREFACE. Les mauvais Esprits sont ceux que le repentir n'a point encore touchés ; qui se plaisent au mal et n'en conçoivent aucun regret ; qui sont insensibles aux reproches, repoussent la prière et souvent blasphèment le nom de Dieu. Ce sont ces âmes endurcies qui, après la mort, se vengent sur les hommes des souffrances qu'elles endurent, et poursuivent de leur haine ceux à qui ils en ont voulu pendant leur vie, soit par l'obsession, soit par une funeste influence quelconque. (Ch. X, n° 6 ; ch. XII, n° 5, 6.)

Parmi les Esprits pervers, il y a deux catégories bien distinctes : ceux qui sont franchement mauvais et ceux qui sont hypocrites. Les premiers sont infiniment plus faciles à ramener au bien que les seconds ; ce sont le plus souvent des natures brutes et grossières, comme on en voit parmi les hommes, qui font le mal plus par instinct que par calcul, et ne cherchent pas à se faire passer pour meilleurs qu'ils ne sont ; mais il y a en eux un germe latent qu'il faut faire éclore, et l'on y parvient presque toujours avec la persévérance, la fermeté jointe à la bienveillance, par les conseils, les raisonnements et la prière. Dans la médiumnité, la difficulté qu'ils ont à écrire le nom de Dieu est l'indice d'une crainte instinctive, d'une voix intime de la conscience qui leur dit qu'ils en sont indignes ; celui qui en est là est sur le seuil de la conversion, et l'on peut tout espérer de lui : il suffit de trouver le point vulnérable du coeur.

Les Esprits hypocrites sont presque toujours très intelligents, mais ils n'ont au coeur aucune fibre sensible ; rien ne les touche ; ils simulent tous les bons sentiments pour capter la confiance, et sont heureux quand ils trouvent des dupes qui les acceptent comme de saints Esprits et qu'ils peuvent gouverner à leur gré. Le nom de Dieu, loin de leur inspirer la moindre crainte, leur sert de masque pour couvrir leurs turpitudes. Dans le monde invisible, comme dans le monde visible, les hypocrites sont les êtres les plus dangereux, parce qu'ils agissent dans l'ombre, et qu'on ne s'en méfie pas. Ils n'ont que les apparences de la foi, mais point de foi sincère.

76. PRIERE. - Seigneur, daignez jeter un regard de bonté sur les Esprits imparfaits qui sont encore dans les ténèbres de l'ignorance et vous méconnaissent, et notamment sur celui de N....

Bons Esprits, aidez-nous à lui faire comprendre qu'en induisant les hommes au mal, en les obsédant et en les tourmentant, il prolonge ses propres souffrances ; faites que l'exemple du bonheur dont vous jouissez soit un encouragement pour lui.

Esprit qui vous complaisez encore au mal, vous venez d'entendre la prière que nous faisons pour vous ; elle doit vous prouver que nous désirons vous faire du bien, quoique vous fassiez du mal.

Vous êtes malheureux, car il est impossible d'être heureux en faisant le mal ; pourquoi donc rester dans la peine quand il dépend de vous d'en sortir ? Regardez les bons Esprits qui vous entourent ; voyez combien ils sont heureux, et s'il ne serait pas plus agréable pour vous de jouir du même bonheur ?

Vous direz que cela vous est impossible ; mais rien n'est impossible à celui qui veut, car Dieu vous a donné, comme à toutes ses créatures, la liberté de choisir entre le bien et le mal, c'est-à-dire entre le bonheur et le malheur, et nul n'est condamné à faire le mal. Si vous avez la volonté de le faire, vous pouvez avoir celle de faire le bien et d'être heureux.

Tournez vos regards vers Dieu ; élevez-vous un seul instant vers lui par la pensée, et un rayon de sa divine lumière viendra vous éclairer. Dites avec nous ces simples paroles : Mon Dieu, je me repens, pardonnez-moi. Essayez du repentir et de faire le bien au lieu de faire le mal, et vous verrez qu'aussitôt sa miséricorde s'étendra sur vous, et qu'un bien-être inconnu viendra remplacer les angoisses que vous endurez.

Une fois que vous aurez fait un pas dans la bonne route, le reste du chemin vous semblera facile. Vous comprendrez alors combien de temps vous avez perdu par votre faute pour votre félicité ; mais un avenir radieux et plein d'espérance s'ouvrira devant vous et vous fera oublier votre misérable passé, plein de trouble et de tortures morales qui seraient pour vous l'enfer si elles devaient durer éternellement. Un jour viendra que ces tortures seront telles qu'à tout prix vous voudrez les faire cesser ; mais plus vous attendrez, plus cela vous sera difficile.

Ne croyez pas que vous resterez toujours dans l'état où vous êtes ; non, cela est impossible ; vous avez devant vous deux perspectives : l'une de souffrir beaucoup plus que vous ne le faites maintenant, l'autre d'être heureux comme les bons Esprits qui sont autour de vous : la première est inévitable si vous persistez dans votre obstination ; un simple effort de votre volonté suffit pour vous tirer du mauvais pas où vous êtes. Hâtez-vous donc, car chaque jour de retard est un jour perdu pour votre bonheur.

Bons Esprits, faites que ces paroles trouvent accès dans cette âme encore arriérée, afin qu'elles l'aident à se rapprocher de Dieu. Nous vous en prions au nom de Jésus-Christ, qui eut un si grand pouvoir sur les mauvais Esprits.

 

V. POUR LES MALADES ET LES OBSEDES

Pour les malades

77. PREFACE. Les maladies font partie des épreuves et des vicissitudes de la vie terrestre ; elles sont inhérentes à la grossièreté de notre nature matérielle et à l'infériorité du monde que nous habitons. Les passions et les excès de tous genres sèment en nous des germes malsains souvent héréditaires. Dans les mondes plus avancés physiquement ou moralement, l'organisme humain, plus épuré et moins matériel, n'est pas sujet aux mêmes infirmités, et le corps n'est pas miné sourdement par le ravage des passions (ch. III, n° 9). Il faut donc se résigner à subir les conséquences du milieu où nous place notre infériorité, jusqu'à ce nous ayons mérité d'en changer. Cela ne doit pas nous empêcher, en attendant, de faire ce qui dépend de nous pour améliorer notre position actuelle ; mais si, malgré nos efforts, nous n'y pouvons parvenir, le Spiritisme nous apprend à supporter avec résignation nos maux passagers.

Si Dieu n'avait pas voulu que les souffrances corporelles fussent dissipées ou adoucies dans certains cas, il n'aurait pas mis des moyens curatifs à notre disposition. Sa prévoyante sollicitude à cet égard, d'accord en cela avec l'instinct de conservation, indique qu'il est de notre devoir de les rechercher et de les appliquer.

A côté de la médication ordinaire, élaborée par la science, le magnétisme nous a fait connaître la puissance de l'action fluidique ; puis le Spiritisme est venu nous révéler une autre force dans la médiumnité guérissante et l'influence de la prière. (Voir ci-après la notice sur la médiumnité guérissante.)

78. PRIERE. (Par le malade.) - Seigneur, vous êtes toute justice ; la maladie qu'il vous a plu de m'envoyer, j'ai dû la mériter, parce que vous n'affligez jamais sans cause. Je m'en remets, pour ma guérison, à votre infinie miséricorde ; s'il vous plaît de me rendre la santé, que votre saint nom soit béni ; si, au contraire, je dois encore souffrir, qu'il soit béni de même ; je me soumets sans murmurer à vos divins décrets, car tout ce que vous faites ne peut avoir pour but que le bien de vos créatures.

Faites, ô mon Dieu, que cette maladie soit pour moi un avertissement salutaire, et me fasse faire un retour sur moi-même ; je l'accepte comme une expiation du passé, et comme une épreuve pour ma foi et ma soumission à votre sainte volonté. (V. la prière n° 40.)

79. PRIERE. (Pour le malade). - Mon Dieu, vos vues sont impénétrables, et dans votre sagesse vous avez cru devoir affliger N... par la maladie. Jetez, je vous en supplie, un regard de compassion sur ses souffrances, et daignez y mettre un terme.

Bons Esprits, ministres du Tout-Puissant, secondez, je vous prie, mon désir de le soulager ; dirigez ma pensée afin qu'elle aille verser un baume salutaire sur son corps et la consolation dans son âme.

Inspirez-lui la patience et la soumission à la volonté de Dieu ; donnez-lui la force de supporter ses douleurs avec une résignation chrétienne, afin qu'il ne perde pas le fruit de cette épreuve. (V. la prière n° 57.)

80. PRIERE. (Par le médium guérisseur.) - Mon Dieu, si vous daignez vous servir de moi, tout indigne que je suis, je puis guérir cette souffrance, si telle est votre volonté, parce que j'ai foi en vous ; mais sans vous je ne puis rien. Permettez à de bons Esprits de me pénétrer de leur fluide salutaire, afin que je le transmette à ce malade, et détournez de moi toute pensée d'orgueil et d'égoïsme qui pourrait en altérer la pureté.

 

Pour les obsédés

81. PREFACE. L'obsession est l'action persistante qu'un mauvais Esprit exerce sur un individu. Elle présente des caractères très différents, depuis la simple influence morale, sans signes extérieurs sensibles, jusqu'au trouble complet de l'organisme et des facultés mentales. Elle oblitère toutes les facultés médianimiques ; dans la médiumnité par l'écriture elle se traduit par l'obstination d'un Esprit à se manifester à l'exclusion de tous autres.

Les mauvais Esprits pullulent autour de la terre, par suite de l'infériorité morale de ses habitants. Leur action malfaisante fait partie des fléaux auxquels l'humanité est en butte ici-bas. L'obsession, comme les maladies, et toutes les tribulations de la vie, doit donc être considérée comme une épreuve ou une expiation, et acceptée comme telle.

De même que les maladies sont le résultat des imperfections physiques qui rendent le corps accessible aux influences pernicieuses extérieures, l'obsession est toujours celui d'une imperfection morale qui donne prise à un mauvais Esprit. A une cause physique on oppose une force physique ; à une cause morale il faut opposer une force morale. Pour préserver des maladies, on fortifie le corps ; pour garantir de l'obsession, il faut fortifier l'âme ; de là, pour l'obsédé, la nécessité de travailler à sa propre amélioration, ce qui suffit le plus souvent pour le débarrasser de l'obsesseur, sans le secours de personnes étrangères. Ce secours devient nécessaire quand l'obsession dégénère en subjugation et en possession, car alors le patient perd parfois sa volonté et son libre arbitre.

L'obsession est presque toujours le fait d'une vengeance exercée par un Esprit, et qui le plus souvent a sa source dans les rapports que l'obsédé a eus avec lui dans une précédente existence. (Voy. chap. X, n° 6 ; ch. XII, n° 5, 6).

Dans les cas d'obsession grave, l'obsédé est comme enveloppé et imprégné d'un fluide pernicieux qui neutralise l'action des fluides salutaires et les repousse. C'est de ce fluide dont il faut le débarrasser ; or un mauvais fluide ne peut être repoussé par un mauvais fluide. Par une action identique à celle du médium guérisseur dans les cas de maladie, il faut expulser le fluide mauvais à l'aide d'un fluide meilleur qui produit en quelque sorte l'effet d'un réactif. Ceci est l'action mécanique, mais qui ne suffit pas ; il faut aussi et surtout agir sur l'être intelligent auquel il faut avoir le droit de parler avec autorité, et cette autorité n'est donnée qu'à la supériorité morale. plus celle-ci est grande, plus l'autorité est grande.

Ce n'est pas tout encore ; pour assurer la délivrance, il faut amener l'Esprit pervers à renoncer à ses mauvais desseins ; il faut faire naître en lui l repentir et le désir du bien, à l'aide d'instructions habilement dirigées, dans des évocations particulières faites en vue de son éducation morale ; alors on peut avoir la double satisfaction de délivrer un incarné et de convertir un Esprit imparfait.

La tâche est rendue plus facile quand l'obsédé, comprenant sa situation, apporte son concours de volonté et de prière ; il n'en est pas ainsi quand celui-ci, séduit par l'Esprit trompeur, se fait illusion sur les qualités de celui qui le domine, et se complaît dans l'erreur où ce dernier le plonge ; car alors, loin de seconder, il repousse toute assistance. C'est le cas de la fascination toujours infiniment plus rebelle que la subjugation la plus violente. (Livre des médiums, ch. XXIII.)

Dans tous les cas d'obsession, la prière est le plus puissant auxiliaire pour agir contre l'Esprit obsesseur.

82. PRIERE. (Par l'obsédé.) - Mon Dieu, permettez aux bons Esprits de me délivrer de l'Esprit malfaisant qui s'est attaché à moi. Si c'est une vengeance qu'il exerce pour des torts que j'aurais eus jadis envers lui, vous le permettez, mon Dieu, pour ma punition, et je subis la conséquence de ma faute. Puisse mon repentir me mériter votre pardon et ma délivrance ! Mais, quel que soit son motif, j'appelle sur lui votre miséricorde ; daignez lui faciliter la route du progrès qui le détournera de la pensée de faire le mal. Puissé-je, de mon côté, en lui rendant le bien pour le mal, l'amener à de meilleurs sentiments.

Mais je sais aussi, ô mon Dieu, que ce sont mes imperfections qui me rendent accessible aux influences des Esprits imparfaits. Donnez-moi la lumière nécessaire pour les reconnaître ; combattez surtout en moi l'orgueil qui m'aveugle sur mes défauts.

Quelle ne doit pas être mon indignité, puisqu'un être malfaisant peut me maîtriser !

Faites, ô mon Dieu, que cet échec porté à ma vanité me serve de leçon à l'avenir ; qu'il me fortifie dans la résolution que je prends de m'épurer par la pratique du bien, de la charité et de l'humilité, afin d'opposer désormais une barrière aux mauvaises influences.

Seigneur, donnez-moi la force de supporter cette épreuve avec patience et résignation ; je comprends que, comme toutes les autres épreuves, elle doit aider à mon avancement si je n'en perds pas le fruit par mes murmures, puisqu'elle me fournit une occasion de montrer ma soumission, et d'exercer ma charité envers un frère malheureux, en lui pardonnant le mal qu'il me fait. (Ch. XII, n° 5, 6 ; ch. XXVIII, n°15 et suiv., 46, 47.)

83. PRIERE. (Pour l'obsédé.) - Dieu Tout-Puissant, daignez me donner le pouvoir de délivrer N... de l'Esprit qui l'obsède ; s'il entre dans vos desseins de mettre un terme à cette épreuve, accordez-moi la grâce de parler à cet Esprit avec autorité.

Bons Esprits qui m'assistez, et vous, son ange gardien, prêtez-moi votre concours ; aidez-moi à le débarrasser du fluide impur dont il est enveloppé.

Au nom de Dieu Tout-Puissant, j'adjure l'Esprit malfaisant qui le tourmente de se retirer.

84. PRIERE. (Pour l'Esprit obsesseur.) - Dieu infiniment bon, j'implore votre miséricorde pour l'Esprit qui obsède N..., faites-lui entrevoir les divines clartés, afin qu'il voie la fausse route où il s'est engagé. Bons Esprits, aidez-moi à lui faire comprendre qu'il a tout à perdre en faisant le mal, et tout à gagner en faisant le bien.

Esprit qui vous plaisez à tourmenter N..., écoutez-moi, car je vous parle au nom de Dieu.

Si vous voulez réfléchir, vous comprendrez que le mal ne peut l'emporter sur le bien, et que vous ne pouvez être plus fort que Dieu et les bons Esprits.

Ils auraient pu préserver N... de toute atteinte de votre part ; s'ils ne l'ont pas fait, c'est qu'il (ou elle) avait une épreuve à subir. Mais quand cette épreuve sera finie, ils vous enlèveront toute action sur lui ; le mal que vous lui avez fait, au lieu de lui nuire, aura servi à son avancement, et il n'en sera que plus heureux ; ainsi votre méchanceté aura été une pure perte pour vous, et tournera contre vous.

Dieu, qui est tout-puissant, et les Esprits supérieurs ses délégués, qui sont plus puissants que vous, pourront donc mettre un terme à cette obsession quand ils le voudront, et votre ténacité se brisera devant cette suprême autorité. Mais, par cela même que Dieu est bon, il veut bien vous laisser le mérite de cesser de votre propre volonté. C'est un répit qui vous est accordé ; si vous n'en profitez pas, vous en subirez les déplorables conséquences ; de grands châtiments et de cruelles souffrances vous attendent ; vous serez forcé d'implorer leur pitié et les prières de votre victime, qui déjà vous pardonne et prie pour vous, ce qui est un grand mérite aux yeux de Dieu, et hâtera sa délivrance.

Réfléchissez donc pendant qu'il en est temps encore, car la justice de Dieu s'appesantira sur vous comme sur tous les Esprits rebelles. Songez que le mal que vous faites en ce moment aura forcément un terme, tandis que, si vous persistez dans votre endurcissement, vos souffrances iront sans cesse en augmentant.

Quand vous étiez sur la terre, n'auriez-vous pas trouvé stupide de sacrifier un grand bien pour une petite satisfaction d'un moment ? Il en est de même maintenant que vous êtes Esprit. Que gagnez-vous à ce que vous faites ? Le triste plaisir de tourmenter quelqu'un, ce qui ne vous empêche pas d'être malheureux, quoi que vous puissiez dire, et vous rendra plus malheureux encore.

A côté de cela, voyez ce que vous perdez ; regardez les bons Esprits qui vous entourent, et voyez si leur sort n'est pas préférable au vôtre ? Le bonheur dont ils jouissent sera votre partage quand vous le voudrez. Que faut-il pour cela ? Implorer Dieu, et faire le bien au lieu de faire le mal. Je sais que vous ne pouvez pas vous transformer tout d'un coup ; mais Dieu ne demande pas l'impossible ; ce qu'il veut, c'est de la bonne volonté. Essayez donc, et nous vous aiderons. Faites que bientôt nous puissions dire pour vous la prière pour les Esprits repentants (n° 73), et ne plus vous ranger parmi les mauvais Esprits, en attendant que vous puissiez compter parmi les bons.

(Voir aussi, ci-dessus, n° 75, la prière pour les Esprits endurcis.)

Remarque. La cure des obsessions graves requiert beaucoup de patience, de persévérance et de dévouement ; elle exige aussi du tact et de l'habileté pour amener au bien des Esprits souvent très pervers, endurcis et astucieux, car il en est de rebelles au dernier degré ; dans la plupart des cas, il faut se guider selon les circonstances ; mais, quel que soit le caractère de l'Esprit, il est un fait certain, c'est qu'on n'obtient rien par la contrainte ou la menace ; toute l'influence est dans l'ascendant moral. Une autre vérité, également constatée par l'expérience aussi bien que par la logique, c'est la complète inefficacité des exorcismes, formules, paroles sacramentelles, amulettes, talismans, pratiques extérieures ou signes matériels quelconques.

L'obsession longtemps prolongée peut occasionner des désordres pathologiques, et requiert parfois un traitement simultané ou consécutif soit magnétique, soit médical, pour rétablir l'organisme. La cause étant détruite, il reste à combattre les effets. (V. Livre des médiums, ch. XXIII ; de l'obsession. - Revue spirite, février et mars 1864 ; avril 1865 : exemples de cures d'obsessions.)

 

FIN

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Catégorie : L'évangile selon le spiritisme

 L'évangile selon le spiritisme (act IV)

2/11/2008

CHAPITRE XVII
-
SOYEZ PARFAITS

Caractères de la perfection. - L'homme de bien. - Les bons spirites. - Parabole de la semence. - Instructions des Esprits : Le devoir. - La vertu. - Les supérieurs et les inférieurs. - L'homme dans le monde. - Soignez le corps et l'esprit.

 

Caractères de la perfection

1. Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient ; - car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous ? Les publicains ne le font-ils pas aussi ? - Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous en cela de plus que les autres ? Les Païens ne le font-ils pas aussi ? - Soyez donc, vous autres, parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (Saint Matthieu, ch. V, v. 44, 46, 47, 48.)

2. Puisque Dieu possède la perfection infinie en toutes choses, cette maxime : «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait,» prise à la lettre, présupposerait la possibilité d'atteindre à la perfection absolue. S'il était donné à la créature d'être aussi parfaite que le Créateur, elle lui deviendrait égale, ce qui est inadmissible. Mais les hommes auxquels s'adressait Jésus n'auraient point compris cette nuance ; il se borne à leur présenter un modèle et leur dit de s'efforcer de l'atteindre.

Il faut donc entendre par ces paroles la perfection relative, celle dont l'humanité est susceptible et qui la rapproche le plus de la Divinité. En quoi consiste cette perfection ? Jésus le dit : «Aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, prier pour ceux qui nous persécutent.» Il montre par là que l'essence de la perfection, c'est la charité dans sa plus large acception, parce qu'elle implique la pratique de toutes les autres vertus.

En effet, si l'on observe les résultats de tous les vices, et même des simples défauts, on reconnaîtra qu'il n'en est aucun qui n'altère plus ou moins le sentiment de la charité, parce que tous ont leur principe dans l'égoïsme et l'orgueil, qui en sont la négation ; car tout ce qui surexcite le sentiment de la personnalité détruit, ou tout au moins affaiblit les éléments de la vraie charité, qui sont : la bienveillance, l'indulgence, l'abnégation et le dévouement. L'amour du prochain, porté jusqu'à l'amour de ses ennemis, ne pouvant s'allier avec aucun défaut contraire à la charité, est, par cela même, toujours l'indice d'une plus ou moins grande supériorité morale ; d'où il résulte que le degré de la perfection est en raison de l'étendue de cet amour ; c'est pourquoi Jésus, après avoir donné à ses disciples les règles de la charité dans ce qu'elle a de plus sublime, leur dit : «Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait.»

 

L'homme de bien

3. Le véritable homme de bien est celui qui pratique la loi de justice, d'amour et de charité dans sa plus grande pureté. S'il interroge sa conscience sur ses propres actes, il se demande s'il n'a point violé cette loi ; s'il n'a point fait de mal ; s'il a fait tout le bien qu'il a pu ; s'il a négligé volontairement une occasion d'être utile ; si nul n'a à se plaindre de lui ; enfin s'il a fait à autrui tout ce qu'il eût voulu qu'on fît pour lui.

Il a foi en Dieu, en sa bonté, en sa justice et en sa sagesse ; il sait que rien n'arrive sans sa permission, et il se soumet en toutes choses à sa volonté.

Il a foi en l'avenir ; c'est pourquoi il place les biens spirituels au-dessus des biens temporels.

Il sait que toutes les vicissitudes de la vie, toutes les douleurs, toutes les déceptions, sont des épreuves ou des expiations, et il les accepte sans murmures.

L'homme pénétré du sentiment de charité et d'amour du prochain fait le bien pour le bien, sans espoir de retour, rend le bien pour le mal, prend la défense du faible contre le fort, et sacrifie toujours son intérêt à la justice.

Il trouve sa satisfaction dans les bienfaits qu'il répand, dans les services qu'il rend, dans les heureux qu'il fait, dans les larmes qu'il tarit, dans les consolations qu'il donne aux affligés. Son premier mouvement est de penser aux autres avant de penser à lui, de chercher l'intérêt des autres avant le sien propre. L'égoïste, au contraire, calcule les profits et les pertes de toute action généreuse.

Il est bon, humain et bienveillant pour tout le monde, sans acception de races ni de croyances, parce qu'il voit des frères dans tous les hommes.

Il respecte en autrui toutes les convictions sincères, et ne jette point l'anathème à ceux qui ne pensent pas comme lui.

En toutes circonstances la charité est son guide ; il se dit que celui qui porte préjudice à autrui par des paroles malveillantes, qui froisse la susceptibilité de quelqu'un par son orgueil et son dédain, qui ne recule pas à l'idée de causer une peine, une contrariété, même légère, quand il peut l'éviter, manque au devoir de l'amour du prochain, et ne mérite pas la clémence du Seigneur.

Il n'a ni haine, ni rancune, ni désir de vengeance ; à l'exemple de Jésus, il pardonne et oublie les offenses, et ne se souvient que des bienfaits ; car il sait qu'il lui sera pardonné comme il aura pardonné lui-même.

Il est indulgent pour les faiblesses d'autrui, parce qu'il sait qu'il a lui-même besoin d'indulgence, et se rappelle cette parole du Christ : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.

Il ne se complaît point à rechercher les défauts d'autrui ni à les mettre en évidence. Si la nécessité l'y oblige, il cherche toujours le bien qui peut atténuer le mal.

Il étudie ses propres imperfections, et travaille sans cesse à les combattre. Tous ses efforts tendent à pouvoir se dire le lendemain qu'il y a en lui quelque chose de mieux que la veille.

Il ne cherche à faire valoir ni son esprit, ni ses talents aux dépens d'autrui ; il saisit, au contraire, toutes les occasions de faire ressortir ce qui est à l'avantage des autres.

Il ne tire aucune vanité ni de sa fortune, ni de ses avantages personnels, parce qu'il sait que tout ce qui lui a été donné peut lui être retiré.

Il use, mais n'abuse point des biens qui lui sont accordés, parce qu'il sait que c'est un dépôt dont il devra compte, et que l'emploi le plus préjudiciable qu'il en puisse faire pour lui-même, c'est de les faire servir à la satisfaction de ses passions.

Si l'ordre social a placé des hommes sous sa dépendance, il les traite avec bonté et bienveillance, parce que ce sont ses égaux devant Dieu ; il use de son autorité pour relever leur moral, et non pour les écraser de son orgueil ; il évite tout ce qui pourrait rendre leur position subalterne plus pénible.

Le subordonné, de son côté, comprend les devoirs de sa position, et se fait un scrupule de les remplir consciencieusement. (Ch. XVII, nº 9.)

L'homme de bien, enfin, respecte dans ses semblables tous les droits que donnent les lois de la nature, comme il voudrait qu'on les respectât envers lui.

Là n'est pas l'énumération de toutes les qualités qui distinguent l'homme de bien, mais quiconque s'efforce de posséder celles-ci est sur la voie qui conduit à toutes les autres.

 

Les bons spirites

4. Le spiritisme bien compris, mais surtout bien senti, conduit forcément aux résultats ci-dessus, qui caractérisent le vrai spirite comme le vrai chrétien, l'un et l'autre ne faisant qu'un. Le spiritisme ne crée aucune morale nouvelle ; il facilite aux hommes l'intelligence et la pratique de celle du Christ, en donnant une foi solide et éclairée à ceux qui doutent ou qui chancellent.

Mais beaucoup de ceux qui croient aux faits des manifestations n'en comprennent ni les conséquences ni la portée morale, ou, s'ils les comprennent, ils ne se les appliquent point à eux-mêmes. A quoi cela tient-il ? Est-ce à un défaut de précision de la doctrine ? Non, car elle ne contient ni allégories, ni figures qui puissent donner lieu à de fausses interprétations ; son essence même est la clarté, et c'est ce qui fait sa puissance, parce qu'elle va droit à l'intelligence. Elle n'a rien de mystérieux, et ses initiés ne sont en possession d'aucun secret caché au vulgaire.

Faut-il donc, pour la comprendre, une intelligence hors ligne ? Non, car on voit des hommes d'une capacité notoire qui ne la comprennent pas, tandis que des intelligences vulgaires, des jeunes gens même à peine sortis de l'adolescence, en saisissent avec une admirable justesse les nuances les plus délicates. Cela vient de ce que la partie en quelque sorte matérielle de la science ne requiert que des yeux pour observer, tandis que la partie essentielle veut un certain degré de sensibilité qu'on peut appeler la maturité du sens moral, maturité indépendante de l'âge et du degré d'instruction, parce qu'elle est inhérente au développement, dans un sens spécial, de l'Esprit incarné.

Chez quelques-uns, les liens de la matière sont encore trop tenaces pour permettre à l'Esprit de se dégager des choses de la terre ; le brouillard qui les environne leur dérobe la vue de l'infini ; c'est pourquoi ils ne rompent facilement ni avec leurs goûts, ni avec leurs habitudes, ne comprenant pas quelque chose de mieux que ce qu'ils ont ; la croyance aux Esprits est pour eux un simple fait, mais ne modifie que peu ou point leurs tendances instinctives ; en un mot, ils ne voient qu'un rayon de la lumière, insuffisant pour les conduire et leur donner une aspiration puissante, capable de vaincre leurs penchants. Ils s'attachent aux phénomènes plus qu'à la morale, qui leur semble banale et monotone ; ils demandent aux Esprits de les initier sans cesse à de nouveaux mystères, sans se demander s'ils se sont rendus dignes d'être mis dans les secrets du Créateur. Ce sont les spirites imparfaits, dont quelques-uns restent en chemin ou s'éloignent de leurs frères en croyance, parce qu'ils reculent devant l'obligation de se réformer eux-mêmes, ou bien ils réservent leurs sympathies pour ceux qui partagent leurs faiblesses ou leurs préventions. Cependant l'acceptation du principe de la doctrine est un premier pas qui leur rendra le second plus facile dans une autre existence.

Celui que l'on peut, avec raison, qualifier de vrai et sincère spirite, est à un degré supérieur d'avancement moral ; l'Esprit qui domine plus complètement la matière lui donne une perception plus claire de l'avenir ; les principes de la doctrine font vibrer en lui des fibres qui restent muettes chez les premiers ; en un mot, il est touché au coeur ; aussi sa foi est-elle inébranlable. L'un est comme le musicien qui s'émeut à certains accords, tandis qu'un autre n'entend que des sons. On reconnaît le vrai spirite à sa transformation morale, et aux efforts qu'il fait pour dompter ses mauvaises inclinations ; tandis que l'un se complaît dans son horizon borné, l'autre, qui comprend quelque chose de mieux, s'efforce de s'en détacher, et il y parvient toujours quand il en a la ferme volonté.

 

Parabole de la semence

5. Ce même jour, Jésus, étant sorti de la maison, s'assit auprès de la mer ; - et il s'assembla autour de lui une grande foule de peuple ; c'est pourquoi il monta sur une barque, où il s'assit, tout le peuple se tenant sur le rivage ; - et il leur dit beaucoup de choses en paraboles, leur parlant de cette sorte :

Celui qui sème s'en alla semer ; - et pendant qu'il semait, quelque partie de la semence tomba le long du chemin, et les oiseaux du ciel étant venus la mangèrent.

Une autre tomba dans des lieux pierreux où elle n'avait pas beaucoup de terre ; et elle leva aussitôt, parce que la terre où elle était n'avait pas de profondeur. - Mais le soleil s'étant levé ensuite, elle en fut brûlée ; et comme elle n'avait point de racine, elle sécha.

Une autre tomba dans des épines, et les épines venant à croître l'étouffèrent.

Une autre enfin tomba dans de bonne terre, et elle porta du fruit, quelques grains rendant cent pour un, d'autres soixante, et d'autres trente.

Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre. (Saint Matthieu, ch. XIII, v. de 1 à 9.)

Ecoutez donc, vous autres, la parabole de celui qui sème.

Quiconque écoute la parole du royaume et n'y fait point d'attention, l'esprit malin vient et enlève ce qui avait été semé dans son coeur ; c'est celui-là qui a reçu la semence le long du chemin.

Celui qui reçoit la semence au milieu des pierres, c'est celui qui écoute la parole, et qui la reçoit à l'heure même avec joie ; - mais il n'a point en soi de racine, et il n'est que pour un temps ; et lorsqu'il survient des traverses et des persécutions à cause de la parole, il en prend aussitôt un sujet de scandale et de chute.

Celui qui reçoit la semence parmi les épines, c'est celui qui entend la parole ; mais ensuite les sollicitudes de ce siècle et l'illusion des richesses étouffent en lui cette parole et la rendent infructueuse.

Mais celui qui reçoit la semence dans une bonne terre, c'est celui qui écoute la parole, qui y fait attention et qui porte du fruit, et rend cent, ou soixante, ou trente pour un. (Saint Matthieu, ch. XIII, v. de 18 à 23.)

6. La parabole de la semence représente parfaitement les nuances qui existent dans la manière de mettre à profit les enseignements de l'Evangile. Combien est-il de gens, en effet, pour lesquels ce n'est qu'une lettre morte qui, pareille à la semence tombée sur le roc, ne produit aucun fruit !

Elle trouve une application non moins juste dans les différentes catégories de spirites. N'est-elle pas l'emblème de ceux qui ne s'attachent qu'aux phénomènes matériels, et n'en tirent aucune conséquence, parce qu'ils n'y voient qu'un objet de curiosité ? de ceux qui ne cherchent que le brillant dans les communications des Esprits, et ne s'y intéressent qu'autant qu'elles satisfont leur imagination, mais qui, après les avoir entendues, sont aussi froids et indifférents qu'auparavant ? qui trouvent les conseils fort bons et les admirent, mais en font l'application aux autres et non à eux-mêmes ? de ceux, enfin, pour qui ces instructions sont comme la semence tombée dans la bonne terre, et produisent des fruits ?

 

INSTRUCTIONS DES ESPRITS

Le devoir

7. Le devoir est l'obligation morale, vis-à-vis de soi d'abord, et des autres ensuite. Le devoir est la loi de la vie ; il se retrouve dans les plus infimes détails, aussi bien que dans les actes élevés. Je ne veux parler ici que du devoir moral, et non de celui qu'imposent les professions.

Dans l'ordre des sentiments, le devoir est très difficile à remplir, parce qu'il se trouve en antagonisme avec les séductions de l'intérêt et du coeur ; ses victoires n'ont pas de témoins, et ses défaites n'ont pas de répression. Le devoir intime de l'homme est abandonné à son libre arbitre ; l'aiguillon de la conscience, cette gardienne de la probité intérieure, l'avertit et le soutient, mais elle demeure souvent impuissante devant les sophismes de la passion. Le devoir du coeur, fidèlement observé, élève l'homme ; mais ce devoir, comment le préciser ? Où commence-t-il ? où s'arrête-t-il ? Le devoir commence précisément au point où vous menacez le bonheur ou le repos de votre prochain ; il se termine à la limite que vous ne voudriez pas voir franchir pour vous-même.

Dieu a créé tous les hommes égaux pour la douleur ; petits ou grands, ignorants ou éclairés, souffrent par les mêmes causes, afin que chacun juge sainement le mal qu'il peut faire. Le même critérium n'existe pas pour le bien, infiniment plus varié dans ses expressions. L'égalité devant la douleur est une sublime prévoyance de Dieu, qui veut que ses enfants, instruits par l'expérience commune, ne commettent pas le mal en arguant de l'ignorance de ses effets.

Le devoir est le résumé pratique de toutes les spéculations morales ; c'est une bravoure de l'âme qui affronte les angoisses de la lutte ; il est austère et souple ; prompt à se plier aux complications diverses, il demeure inflexible devant leurs tentations. L'homme qui remplit son devoir aime Dieu plus que les créatures, et les créatures plus que lui-même ; il est à la fois juge et esclave dans sa propre cause.

Le devoir est le plus beau fleuron de la raison ; il relève d'elle, comme le fils relève de sa mère. L'homme doit aimer le devoir, non parce qu'il préserve des maux de la vie, auxquels l'humanité ne peut se soustraire, mais parce qu'il donne à l'âme la vigueur nécessaire à son développement.

Le devoir grandit et rayonne sous une forme plus élevée dans chacune des étapes supérieures de l'humanité ; l'obligation morale ne cesse jamais de la créature à Dieu ; elle doit refléter les vertus de l'Eternel qui n'accepte pas une ébauche imparfaite, parce qu'il veut que la beauté de son oeuvre resplendisse devant lui. (LAZARE. Paris, 1863.)

 

La vertu

8. La vertu, à son plus haut degré, comporte l'ensemble de toutes les qualités essentielles qui constituent l'homme de bien. Etre bon, charitable, laborieux, sobre, modeste, ces qualités sont de l'homme vertueux. Malheureusement elles sont souvent accompagnées de petites infirmités morales qui les déparent et les atténuent. Celui qui fait parade de sa vertu n'est pas vertueux, puisqu'il lui manque la qualité principale : la modestie, et qu'il a le vice le plus contraire : l'orgueil. La vertu vraiment digne de ce nom n'aime pas à s'étaler ; on la devine, mais elle se dérobe dans l'obscurité et fuit l'admiration des foules. Saint Vincent de Paul était vertueux ; le digne curé d'Ars était vertueux, et beaucoup d'autres peu connus du monde, mais connus de Dieu. Tous ces hommes de bien ignoraient eux-mêmes qu'ils fussent vertueux ; ils se laissaient aller au courant de leurs saintes inspirations, et pratiquaient le bien avec un désintéressement complet et un entier oubli d'eux-mêmes.

C'est à la vertu ainsi comprise et pratiquée que je vous convie, mes enfants ; c'est à cette vertu vraiment chrétienne et vraiment spirite que je vous engage à vous consacrer ; mais éloignez de vos coeurs la pensée de l'orgueil, de la vanité, de l'amour-propre qui déparent toujours les plus belles qualités. N'imitez pas cet homme qui se pose comme un modèle et prône lui-même ses propres qualités à toutes les oreilles complaisantes. Cette vertu d'ostentation dérobe souvent une foule de petites turpitudes et d'odieuses lâchetés.

En principe, l'homme qui s'exalte lui-même, qui élève une statue à sa propre vertu, annihile par ce fait seul tout le mérite effectif qu'il peut avoir. Mais que dirai-je de celui dont toute la valeur est de paraître ce qu'il n'est pas ? Je veux bien admettre que l'homme qui fait le bien en ressente au fond du coeur une satisfaction intime, mais dès que cette satisfaction se traduit au-dehors pour en recueillir des éloges, elle dégénère en amour-propre.

O vous tous que la foi spirite a réchauffés de ses rayons, et qui savez combien l'homme est loin de la perfection, ne donnez jamais dans un pareil travers. La vertu est une grâce que je souhaite à tous les sincères spirites, mais je leur dirai : Mieux vaut moins de vertus avec la modestie que beaucoup avec de l'orgueil. C'est par l'orgueil que les humanités successives se sont perdues, c'est par l'humilité qu'elles doivent se racheter un jour. (FRANÇOIS, NICOLAS, MADELEINE. Paris, 1863.)

 

Les supérieurs et les inférieurs

9. L'autorité, de même que la fortune, est une délégation dont il sera demandé compte à celui qui en est revêtu ; ne croyez pas qu'elle lui soit donnée pour lui procurer le vain plaisir de commander, ni, ainsi que le croient faussement la plupart des puissants de la terre, comme un droit, une propriété. Dieu, cependant, leur prouve assez que ce n'est ni l'un ni l'autre, puisqu'il la leur retire quand cela lui plaît. Si c'était un privilège attaché à leur personne, elle serait inaliénable. Nul ne peut donc dire qu'une chose lui appartient, quand elle peut lui être ôtée sans son consentement. Dieu donne l'autorité à titre de mission ou d'épreuve quand cela lui convient, et la retire de même.

Quiconque est dépositaire de l'autorité, de quelque étendue qu'elle soit, depuis le maître sur son serviteur jusqu'au souverain sur son peuple, ne doit pas se dissimuler qu'il a charge d'âmes ; il répondra de la bonne ou de la mauvaise direction qu'il aura donnée à ses subordonnés, et les fautes que ceux-ci pourront commettre, les vices auxquels ils seront entraînés par suite de cette direction ou des mauvais exemples, retomberont sur lui, tandis qu'il recueillera les fruits de sa sollicitude pour les amener au bien. Tout homme a sur la terre une mission petite ou grande ; quelle qu'elle soit, elle est toujours donnée pour le bien ; c'est donc y faillir que de la fausser dans son principe.

Si Dieu demande au riche : Qu'as-tu fait de la fortune qui devait être entre tes mains une source répandant la fécondité tout à l'entour ? il demandera à celui qui possède une autorité quelconque : Quel usage as-tu fait de cette autorité ? quel mal as-tu arrêté ? quel progrès as-tu fait faire ? Si je t'ai donné des subordonnés, ce n'était pas pour en faire les esclaves de ta volonté, ni les instruments dociles de tes caprices ou de ta cupidité ; je t'ai fait fort, et je t'ai confié des faibles pour les soutenir et les aider à monter vers moi.

Le supérieur qui est pénétré des paroles du Christ ne méprise aucun de ceux qui sont au-dessous de lui, parce qu'il sait que les distinctions sociales n'en établissent pas devant Dieu. Le spiritisme lui apprend que s'ils lui obéissent aujourd'hui, ils ont pu lui commander, ou pourront lui commander plus tard, et qu'alors il sera traité comme il les aura traités lui-même.

Si le supérieur a des devoirs à remplir, l'inférieur en a de son côté qui ne sont pas moins sacrés. Si ce dernier est spirite, sa conscience lui dira mieux encore qu'il n'en est pas dispensé, alors même que son chef ne remplirait pas les siens, parce qu'il sait qu'on ne doit pas rendre le mal pour le mal, et que les fautes des uns n'autorisent pas les fautes des autres. S'il souffre de sa position, il se dit qu'il l'a sans doute méritée, parce que lui-même a peut-être abusé jadis de son autorité, et qu'il doit ressentir à son tour les inconvénients de ce qu'il a fait souffrir aux autres. S'il est forcé de subir cette position, faute d'en trouver une meilleure, le spiritisme lui apprend à s'y résigner comme à une épreuve pour son humilité, nécessaire à son avancement. Sa croyance le guide dans sa conduite ; il agit comme il voudrait que ses subordonnés agissent envers lui s'il était chef. Par cela même il est plus scrupuleux dans l'accomplissement de ses obligations, car il comprend que toute négligence dans le travail qui lui est confié est un préjudice pour celui qui le rémunère et à qui il doit son temps et ses soins ; en un mot, il est sollicité par le sentiment du devoir que lui donne sa foi, et la certitude que toute déviation du droit chemin est une dette qu'il faudra payer tôt ou tard. (FRANCOIS, NICOLAS, MADELEINE, card. MORLOT, Paris, 1863.)

 

L'homme dans le monde

10. Un sentiment de piété doit toujours animer le coeur de ceux qui se réunissent sous les yeux du Seigneur et implorent l'assistance des bons Esprits. Purifiez donc vos coeurs ; n'y laissez séjourner aucune pensée mondaine ou futile ; élevez votre esprit vers ceux que vous appelez, afin que, trouvant en vous les dispositions nécessaires, ils puissent jeter à profusion la semence qui doit germer dans vos coeurs et y porter des fruits de charité et de justice.

Ne croyez pas pourtant qu'en vous excitant sans cesse à la prière et à l'évocation mentale, nous vous engagions à vivre d'une vie mystique qui vous tienne en dehors des lois de la société où vous êtes condamnés à vivre. Non, vivez avec les hommes de votre époque, comme doivent vivre des hommes ; sacrifiez aux besoins, aux frivolités même du jour, mais sacrifiez-y avec un sentiment de pureté qui puisse les sanctifier.

Vous êtes appelés à vous trouver en contact avec des esprits de nature différente, des caractères opposés : ne heurtez aucun de ceux avec lesquels vous vous trouvez. Soyez gais, soyez heureux, mais de la gaieté que donne une bonne conscience, du bonheur de l'héritier du ciel comptant les jours qui le rapprochent de son héritage.

La vertu ne consiste pas à revêtir un aspect sévère et lugubre, à repousser les plaisirs que vos conditions humaines permettent ; il suffit de rapporter tous les actes de sa vie au Créateur qui a donné cette vie ; il suffit, quand on commence ou achève une oeuvre, d'élever sa pensée vers ce Créateur et de lui demander, dans un élan de l'âme, soit sa protection pour réussir, soit sa bénédiction pour l'oeuvre achevée. Quoi que vous fassiez, remontez vers la source de toutes choses ; ne faites jamais rien sans que le souvenir de Dieu ne vienne purifier et sanctifier vos actes.

La perfection est tout entière, comme l'a dit le Christ, dans la pratique de la charité absolue ; mais les devoirs de la charité s'étendent à toutes les positions sociales, depuis le plus petit jusqu'au plus grand. L'homme qui vivrait seul n'aurait pas de charité à exercer ; ce n'est que dans le contact de ses semblables, dans les luttes les plus pénibles qu'il en trouve l'occasion. Celui donc qui s'isole se prive volontairement du plus puissant moyen de perfection ; n'ayant à penser qu'à lui, sa vie est celle d'un égoïste. (Chap. V, nº 26.)

Ne vous imaginez donc pas que pour vivre en communication constante avec nous, pour vivre sous l'oeil du Seigneur, il faille revêtir le cilice et se couvrir de cendres ; non, non, encore une fois ; soyez heureux suivant les nécessités de l'humanité, mais que dans votre bonheur il n'entre jamais ni une pensée, ni un acte qui puisse l'offenser, ou faire voiler la face de ceux qui vous aiment et qui vous dirigent. Dieu est amour et bénit ceux qui aiment saintement. (UN ESPRIT PROTECTEUR. Bordeaux, 1863.)

 

Soigner le corps et l'esprit

11. La perfection morale consiste-t-elle dans la macération du corps ? Pour résoudre cette question, je m'appuie sur les principes élémentaires, et je commence par démontrer la nécessité de soigner le corps, qui, selon les alternatives de santé et de maladie, influe d'une manière très importante sur l'âme, qu'il faut considérer comme captive dans la chair. Pour que cette prisonnière vive, s'ébatte et conçoive même les illusions de la liberté, le corps doit être sain, dispos, vaillant. Suivons la comparaison : Les voici donc en parfait état tous les deux ; que doivent-ils faire pour maintenir l'équilibre entre leurs aptitudes et leurs besoins si différents ?

Ici deux systèmes sont en présence : celui des ascétiques, qui veulent terrasser le corps, et celui des matérialistes, qui veulent abaisser l'âme : deux violences qui sont presque aussi insensées l'une que l'autre. A côté de ces grands partis fourmille la nombreuse tribu des indifférents, qui, sans conviction et sans passion, aiment avec tiédeur et jouissent avec économie. Où donc est la sagesse ? Où donc est la science de vivre ? Nulle part ; et ce grand problème resterait tout entier à résoudre si le spiritisme ne venait en aide aux chercheurs en leur démontrant les rapports qui existent entre le corps et l'âme, et en disant que, puisqu'ils sont nécessaires l'un à l'autre, il faut les soigner tous les deux. Aimez donc votre âme, mais soignez aussi le corps, instrument de l'âme ; méconnaître les besoins qui sont indiqués par la nature elle-même, c'est méconnaître la loi de Dieu. Ne le châtiez pas pour les fautes que votre libre arbitre lui a fait commettre, et dont il est aussi irresponsable que l'est le cheval mal dirigé, des accidents qu'il cause. Serez-vous donc plus parfaits si, tout en martyrisant le corps, vous n'en restez pas moins égoïstes, orgueilleux et peu charitables pour votre prochain ? Non, la perfection n'est pas là ; elle est tout entière dans les réformes que vous ferez subir à votre Esprit ; pliez-le, soumettez-le, humiliez-le, mortifiez-le : c'est le moyen de le rendre docile à la volonté de Dieu et le seul qui conduise à la perfection. GEORGES, ESPRIT PROTECTEUR. Paris, 1863.)

CHAPITRE XVIII
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BEAUCOUP D'APPELES ET PEU D'ELUS

Parabole du festin de noces. - La porte étroite. - Ceux qui disent : Seigneur ! Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux. - On demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. - Instructions des Esprits : On donnera à celui qui a. - On reconnaît le chrétien à ses oeuvres.

 

Parabole du festin de noces

1. Jésus parlant encore en parabole, leur dit :

Le royaume des cieux est semblable à un roi, qui voulant faire les noces de son fils, - envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui y étaient conviés ; mais ils refusèrent d'y venir. - Il envoya encore d'autres serviteurs avec ordre de dire de sa part aux conviés : J'ai préparé mon dîner ; j'ai fait tuer mes boeufs et tout ce que j'avais fait engraisser ; tout est prêt, venez aux noces. - Mais eux, ne s'en mettant point en peine, s'en allèrent, l'un à sa maison des champs, et l'autre à son négoce. - Les autres se saisirent de ses serviteurs, et les tuèrent après leur avoir fait plusieurs outrages. - Le roi l'ayant appris en fut ému de colère, et ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers et brûla leur ville.

Alors il dit à ses serviteurs : Le festin de noces est tout prêt ; mais ceux qui y avaient été appelés n'en ont pas été dignes. Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. - Ses serviteurs s'en allant alors par les rues, assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons et mauvais ; et la salle de noces fut remplie de personnes qui se mirent à table.

Le roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient à table, et y ayant aperçu un homme qui n'était pas revêtu de la robe nuptiale, - il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ? Et cet homme resta muet. - Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents ; - car il y en a beaucoup d'appelés et peu d'élus. (Saint Matthieu, ch. XXII, v. de 1 à 14.)

2. L'incrédule sourit à cette parabole qui lui semble d'une puérile naïveté, car il ne comprend pas qu'on puisse faire tant de difficultés pour assister à un festin, et encore moins que des invités poussent la résistance jusqu'à massacrer les envoyés du maître de la maison. «Les paraboles, dit-il, sont sans doute des figures, mais encore faut-il qu'elles ne sortent pas des limites du vraisemblable.»

On peut en dire autant de toutes les allégories, des fables les plus ingénieuses, si on ne les dépouille pas de leur enveloppe pour en chercher le sens caché. Jésus puisait les siennes dans les usages les plus vulgaires de la vie, et les adaptait aux moeurs et au caractère du peuple auquel il parlait ; la plupart ont pour but de faire pénétrer dans les masses l'idée de la vie spirituelle ; le sens n'en paraît souvent inintelligible que parce qu'on ne part pas de ce point de vue.

Dans cette parabole, Jésus compare le royaume des cieux, où tout est joie et bonheur, à un festin. Par les premiers conviés, il fait allusion aux Hébreux que Dieu avait appelés les premiers à la connaissance de sa loi. Les envoyés du maître sont les prophètes qui venaient les exhorter à suivre la route de la vraie félicité ; mais leurs paroles étaient peu écoutées ; leurs avertissements étaient méprisés ; plusieurs même furent massacrés comme les serviteurs de la parabole. Les invités qui s'excusent sur les soins à donner à leurs champs et à leur négoce, sont l'emblème des gens du monde qui, absorbés par les choses terrestres, sont indifférents sur les choses célestes.

C'était une croyance, chez les Juifs d'alors, que leur nation devait acquérir la suprématie sur toutes les autres. Dieu n'avait-il pas, en effet, promis à Abraham que sa postérité couvrirait toute la terre ? Mais toujours, prenant la forme pour le fond, ils croyaient à une domination effective et matérielle.

Avant la venue du Christ, à l'exception des Hébreux, tous les peuples étaient idolâtres et polythéistes. Si quelques hommes supérieurs au vulgaire conçurent l'idée de l'unité divine, cette idée resta à l'état de système personnel, mais nulle part elle ne fut acceptée comme vérité fondamentale, si ce n'est par quelques initiés qui cachaient leurs connaissances sous un voile mystérieux impénétrable aux masses. Les Hébreux furent les premiers qui pratiquèrent publiquement le monothéisme ; c'est à eux que Dieu transmit sa loi, d'abord par Moïse, puis par Jésus ; c'est de ce petit foyer qu'est partie la lumière qui devait se répandre sur le monde entier, triompher du paganisme, et donner à Abraham une postérité spirituelle «aussi nombreuse que les étoiles du firmament.» Mais les Juifs, tout en repoussant l'idolâtrie, avaient négligé la loi morale pour s'attacher à la pratique plus facile des formes extérieures. Le mal était à son comble ; la nation asservie était déchirée par les factions, divisée par les sectes ; l'incrédulité même avait pénétré jusque dans le sanctuaire. C'est alors que parut Jésus, envoyé pour les rappeler à l'observation de la loi, et leur ouvrir les horizons nouveaux de la vie future ; conviés des premiers au grand banquet de la foi universelle, ils repoussèrent la parole du céleste Messie, et le firent périr ; c'est ainsi qu'ils perdirent le fruit qu'ils eussent recueilli de leur initiative.

Il serait injuste, toutefois, d'accuser le peuple entier de cet état de choses ; la responsabilité en incombe principalement aux Pharisiens et aux Sadducéens qui ont perdu la nation, par l'orgueil et le fanatisme des uns, et par l'incrédulité des autres. Ce sont eux surtout que Jésus assimile aux invités qui refusent de se rendre au repas de noces. Puis il ajoute : «Le Maître voyant cela, fit convier tous ceux que l'on trouva dans les carrefours, bons et mauvais ;» il entendait par là que la parole allait être prêchée à tous les autres peuples, païens et idolâtres, et que ceux-ci l'acceptant seraient admis au festin à la place des premiers conviés.

Mais il ne suffit pas d'être invité ; il ne suffit pas de porter le nom de chrétien, ni de s'asseoir à la table pour prendre part au céleste banquet ; il faut avant tout, et de condition expresse, être revêtu de la robe nuptiale, c'est-à-dire avoir la pureté du coeur, et pratiquer la loi selon l'esprit ; or cette loi est tout entière dans ces mots : Hors la charité point de salut. Mais parmi tous ceux qui entendent la parole divine, combien peu en est-il qui la gardent et la mettent à profit ! Combien peu se rendent dignes d'entrer dans le royaume des cieux ! C'est pourquoi Jésus dit : Il y aura beaucoup d'appelés et peu d'élus.

 

La porte étroite

3. Entrez par la porte étroite, parce que la porte de la perdition est large, et le chemin qui y mène est spacieux, et il y en a beaucoup qui y entrent. - Que la porte de la vie est petite ! que la voie qui y mène est étroite ! et qu'il y en a peu qui la trouvent ! (Saint Matthieu, ch. VII, v. 13, 14.)

4. Quelqu'un lui ayant fait cette demande : Seigneur, y en aura-t-il peu de sauvés ? Il leur répondit : - Faites effort pour entrer par la porte étroite, car je vous assure que plusieurs chercheront à y entrer, et ne le pourront pas. - Et quand le père de famille sera entré et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à heurter, en disant : Seigneur, ouvrez-nous ; il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes. - Alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé et bu en votre présence, et vous avez enseigné dans nos places publiques. - Et il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité.

Ce sera alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez qu'Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes seront dans le royaume de Dieu, et que vous autres vous serez chassés dehors. - Il en viendra d'Orient et d'Occident, du Septentrion et du Midi, qui auront place au festin dans le royaume de Dieu. - Alors ceux qui sont les derniers seront les premiers, et ceux qui sont les premiers seront les derniers. (Saint Luc, ch. XIII, v. de 23 à 30.)

5. La porte de la perdition est large, parce que les mauvaises passions sont nombreuses, et que la route du mal est fréquentée par le plus grand nombre. Celle du salut est étroite, parce que l'homme qui veut la franchir doit faire de grands efforts sur lui-même pour vaincre ses mauvaises tendances, et que peu s'y résignent ; c'est le complément de la maxime : Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus.

Tel est l'état actuel de l'humanité terrestre, parce que la terre étant un monde d'expiation le mal y domine ; quand elle sera transformée, la route du bien sera la plus fréquentée. Ces paroles doivent donc s'entendre dans le sens relatif et non dans le sens absolu. Si tel devait être l'état normal de l'humanité, Dieu aurait volontairement voué à la perdition l'immense majorité de ses créatures ; supposition inadmissible, dès lors qu'on reconnaît que Dieu est toute justice et toute bonté.

Mais de quels méfaits cette humanité aurait-elle pu se rendre coupable pour mériter un sort si triste, dans son présent et dans son avenir, si elle était toute reléguée sur la terre, et si l'âme n'avait pas eu d'autres existences ? Pourquoi tant d'entraves semées sur sa route ? Pourquoi cette porte si étroite qu'il est donné au plus petit nombre de franchir, si le sort de l'âme est fixé pour jamais après la mort ? C'est ainsi qu'avec l'unité d'existence on est incessamment en contradiction avec soi-même et avec la justice de Dieu. Avec l'antériorité de l'âme et la pluralité des mondes, l'horizon s'élargit ; la lumière se fait sur les points les plus obscurs de la foi ; le présent et l'avenir sont solidaires du passé ; alors seulement on peut comprendre toute la profondeur, toute la vérité et toute la sagesse des maximes du Christ.

 

Ceux qui disent : Seigneur ! Seigneur !

6. Ceux qui me disent : Seigneur ! Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux ; mais celui-là seulement entrera qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. - Plusieurs me diront ce jour-là : Seigneur ! Seigneur ! n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? n'avons-nous pas chassé les démons en votre nom, et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom ? - Et alors je leur dirai hautement : Retirez-vous de moi, vous qui faites des oeuvres d'iniquité. (Saint Matthieu, ch. VII, v. 21, 22, 23.)

7. Quiconque donc entend ces paroles que je dis et les pratique, sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre ; - et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. - Mais quiconque entend ces paroles que je dis et ne les pratique point, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable ; et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée, et sa ruine a été grande. (Saint Matthieu, ch. VII, v. de 24 à 27. - Saint Luc, ch. VI, v. de 46 à 49.)

8. Celui donc qui violera un de ces moindres commandements, et qui apprendra aux hommes à les violer, sera regardé dans le royaume des cieux comme le dernier ; mais celui qui fera et enseignera sera grand dans le royaume des cieux. (Saint Matthieu, ch. V, v. 19.)

9. Tous ceux qui confessent la mission de Jésus disent : Seigneur ! Seigneur ! Mais à quoi sert de l'appeler Maître ou Seigneur si l'on ne suit pas ses préceptes ? Sont-ils chrétiens ceux qui l'honorent par des actes extérieurs de dévotion et sacrifient en même temps à l'orgueil, à l'égoïsme, à la cupidité et à toutes leurs passions ? Sont-ils ses disciples ceux qui passent des journées en prières et n'en sont ni meilleurs, ni plus charitables, ni plus indulgents pour leurs semblables ? Non, car, ainsi que les Pharisiens, ils ont la prière sur les lèvres et non dans le coeur. Avec la forme, ils peuvent en imposer aux hommes, mais non à Dieu. C'est en vain qu'ils diront à Jésus : «Seigneur, nous avons prophétisé, c'est-à-dire enseigné en votre nom ; nous avons chassé les démons en votre nom ; nous avons bu et mangé avec vous ;» il leur répondra : «Je ne sais qui vous êtes ; retirez-vous de moi, vous qui commettez des iniquités, vous qui démentez vos paroles par vos actions, qui calomniez votre prochain, qui spoliez les veuves et commettez l'adultère ; retirez-vous de moi, vous dont le coeur distille la haine et le fiel, vous qui répandez le sang de vos frères en mon nom, qui faites couler des larmes au lieu de les sécher. Pour vous il y aura des pleurs et des grincements de dents, car le royaume de Dieu est pour ceux qui sont doux, humbles et charitables. N'espérez pas fléchir la justice du Seigneur par la multiplicité de vos paroles et de vos génuflexions ; la seule voie qui vous est ouverte pour trouver grâce devant lui, c'est la pratique sincère de la loi d'amour et de charité.»

Les paroles de Jésus sont éternelles, parce qu'elles sont la vérité. Elles sont non seulement la sauvegarde de la vie céleste, mais le gage de la paix, de la tranquillité et de la stabilité dans les choses de la vie terrestre ; c'est pourquoi toutes les institutions humaines, politiques, sociales et religieuses qui s'appuieront sur ces paroles seront stables comme la maison bâtie sur la pierre ; les hommes les conserveront parce qu'ils y trouveront leur bonheur ; mais celles qui en seront la violation, seront comme la maison bâtie sur le sable : le vent des révolutions et le fleuve du progrès les emporteront.

 

On demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu

10. Le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qui néanmoins ne se sera pas tenu prêt et n'aura pas fait ce qu'il désirait de lui, sera battu rudement ; - mais celui qui n'aura pas su sa volonté, et qui aura fait des choses dignes de châtiment, sera moins battu. On demandera beaucoup à celui à qui on aura beaucoup donné, et on fera rendre un plus grand compte à celui à qui on aura confié plus de choses. (Saint Luc, ch. XII, v. 47, 48.)

11. Je suis venu dans ce monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. - Quelques pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : Sommes-nous donc aussi aveugles ? - Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous n'auriez point de péché ; mais maintenant vous dites que vous voyez, et c'est pour cela que votre péché demeure en vous. (Saint Jean, ch. IX, v. 39, 40, 41.)

12. Ces maximes trouvent surtout leur application dans l'enseignement des Esprits. Quiconque connaît les préceptes du Christ est coupable assurément de ne pas les pratiquer ; mais outre que l'Evangile qui les contient n'est répandu que dans les sectes chrétiennes, parmi celles-ci, combien est-il de gens qui ne le lisent pas, et parmi ceux qui le lisent, combien en est-il qui ne le comprennent pas ! Il en résulte que les paroles même de Jésus sont perdues pour le plus grand nombre.

L'enseignement des Esprits qui reproduit ces maximes sous différentes formes, qui les développe et les commente pour les mettre à la portée de tous, a cela de particulier qu'il n'est point circonscrit, et que chacun, lettré ou illettré, croyant ou incrédule, chrétien ou non, peut le recevoir, puisque les Esprits se communiquent partout ; nul de ceux qui le reçoivent, directement ou par entremise, ne peut prétexter ignorance ; il ne peut s'excuser ni sur son défaut d'instruction, ni sur l'obscurité du sens allégorique. Celui donc qui ne les met pas à profit pour son amélioration, qui les admire comme choses intéressantes et curieuses sans que son coeur en soit touché, qui n'en est ni moins vain, ni moins orgueilleux, ni moins égoïste, ni moins attaché aux biens matériels, ni meilleur pour son prochain, est d'autant plus coupable qu'il a plus de moyens de connaître la vérité.

Les médiums qui obtiennent de bonnes communications sont encore plus répréhensibles de persister dans le mal, parce que souvent ils écrivent leur propre condamnation, et que, s'ils n'étaient aveuglés par l'orgueil, ils reconnaîtraient que c'est à eux que les Esprits s'adressent. Mais, au lieu de prendre pour eux les leçons qu'ils écrivent, ou qu'ils voient écrire, leur unique pensée est de les appliquer aux autres, réalisant ainsi cette parole de Jésus : «Vous voyez une paille dans l'oeil de votre voisin, et vous ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre.» (Ch. X, nº 9.)

Par cette autre parole : «Si vous étiez aveugles vous n'auriez point péché», Jésus entend que la culpabilité est en raison des lumières que l'on possède ; or, les Pharisiens, qui avaient la prétention d'être, et qui étaient, en effet, la partie la plus éclairée de la nation, étaient plus répréhensibles aux yeux de Dieu que le peuple ignorant. Il en est de même aujourd'hui.

Aux spirites, il sera donc beaucoup demandé, parce qu'ils ont beaucoup reçu, mais aussi à ceux qui auront profité il sera beaucoup donné.

La première pensée de tout spirite sincère doit être de chercher, dans les conseils donnés par les Esprits, s'il n'y a pas quelque chose qui puisse le concerner.

Le spiritisme vient multiplier le nombre des appelés ; par la foi qu'il donne, il multipliera aussi le nombre des élus.

 

INSTRUCTIONS DES ESPRITS

On donnera à celui qui a

13. Ses disciples s'approchant, lui dirent : Pourquoi leur parlez-vous en paraboles ? - Et leur répondant, il leur dit : C'est parce que pour vous autres, il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, mais pour eux, il ne leur a pas été donné. - Car quiconque a déjà, on lui donnera encore, et il sera dans l'abondance ; mais pour celui qui n'a point, on lui ôtera même ce qu'il a. - C'est pourquoi je leur parle en paraboles ; parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en écoutant ils n'entendent ni ne comprennent point. - Et la prophétie d'Isaïe s'accomplit en eux, lorsqu'il dit : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n'entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. (Saint Matthieu, ch. XIII, v. 10 à 14.)

14. Prenez bien garde à ce que vous entendez ; car on se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servis envers les autres, et il vous sera donné encore davantage ; - car on donnera à celui qui a déjà, et pour celui qui n'a point, on lui ôtera même ce qu'il a. (Saint Marc, ch. IV, v. 24, 25.)

15. «On donne à celui qui a déjà et on retire à celui qui n'a pas ;» méditez ces grands enseignements qui vous ont souvent semblé paradoxaux. Celui qui a reçu est celui qui possède le sens de la parole divine ; il n'a reçu que parce qu'il a tenté de s'en rendre digne, et que le Seigneur, dans sou amour miséricordieux, encourage les efforts qui tendent au bien. Ces efforts soutenus, persévérants, attirent les grâces du Seigneur ; c'est un aimant qui appelle à lui le mieux progressif, les grâces abondantes qui vous rendent forts pour gravir la montagne sainte, au sommet de laquelle est le repos après le travail.

«On ôte à celui qui n'a rien, ou qui a peu ;» prenez ceci comme une opposition figurée. Dieu ne retire pas à ses créatures le bien qu'il a daigné leur faire. Hommes aveugles et sourds ! ouvrez vos intelligences et vos coeurs ; voyez par votre esprit ; entendez par votre âme, et n'interprétez pas d'une manière aussi grossièrement injuste les paroles de celui qui a fait resplendir à vos yeux la justice du Seigneur. Ce n'est pas Dieu qui retire à celui qui avait peu reçu, c'est l'Esprit lui-même qui, prodigue et insouciant, ne sait pas conserver ce qu'il a, et augmenter, en la fécondant, l'obole tombée dans son coeur.

Celui qui ne cultive pas le champ que le travail de son père lui a gagné et dont il hérite, voit ce champ se couvrir d'herbes parasites. Est-ce son père qui lui reprend les récoltes qu'il n'a pas voulu préparer ? S'il a laissé les graines destinées à produire dans ce champ moisir faute de soin, doit-il accuser son père si elles ne produisent rien ? Non, non ; au lieu d'accuser celui qui avait tout préparé pour lui, de reprendre ses dons, qu'il accuse le véritable auteur de ses misères, et qu'alors, repentant et actif, il se mette à l'oeuvre avec courage ; qu'il brise le sol ingrat par l'effort de sa volonté ; qu'il le laboure jusqu'au coeur à l'aide du repentir et de l'espérance ; qu'il y jette avec confiance la graine qu'il aura choisie bonne entre les mauvaises, qu'il l'arrose de son amour et de sa charité, et Dieu, le Dieu d'amour et de charité, donnera à celui qui a déjà reçu. Alors il verra ses efforts couronnés de succès, et un grain en produire cent, et un autre mille. Courage, laboureurs ; prenez vos herses et vos charrues ; labourez vos coeurs ; arrachez-en l'ivraie ; semez-y le bon grain que le Seigneur vous confie, et la rosée d'amour lui fera porter des fruits de charité. (UN ESPRIT AMI. Bordeaux, 1862.)

 

On reconnaît le chrétien à ses oeuvres

16. «Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous au royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.»

Ecoutez cette parole du maître, vous tous qui repoussez la doctrine spirite comme une oeuvre du démon. Ouvrez vos oreilles, le moment d'entendre est arrivé.

Suffit-il de porter la livrée du Seigneur pour être un fidèle serviteur ? Suffit-il de dire : «Je suis chrétien,» pour suivre Christ ? Cherchez les vrais chrétiens et vous les reconnaîtrez à leurs oeuvres. «Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits.» - «Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu.» Voilà les paroles du maître ; disciples de Christ, comprenez-les bien. Quels sont les fruits que doit porter l'arbre du christianisme, arbre puissant dont les rameaux touffus couvrent de leur ombre une partie du monde, mais n'ont pas encore abrité tous ceux qui doivent se ranger autour de lui ? Les fruits de l'arbre de vie sont des fruits de vie, d'espérance et de foi. Le christianisme, tel qu'on l'a fait depuis bien des siècles, prêche toujours ces divines vertus ; il cherche à répandre ses fruits, mais combien peu les cueillent ! L'arbre est toujours bon, mais les jardiniers sont mauvais. Ils ont voulu le façonner à leur idée ; ils ont voulu le modeler suivant leurs besoins ; ils l'ont taillé, rapetissé, mutilé ; ses branches stériles ne portent pas de mauvais fruits, mais elles n'en portent plus. Le voyageur altéré qui s'arrête sous son ombre pour chercher le fruit d'espérance qui doit lui rendre la force et le courage, n'aperçoit que des branches arides faisant pressentir la tempête. En vain il demande le fruit de vie à l'arbre de vie : les feuilles tombent desséchées ; la main de l'homme les a tant maniées qu'elle les a brûlées !

Ouvrez donc vos oreilles et vos coeurs, mes bien-aimés ! Cultivez cet arbre de vie dont les fruits donnent la vie éternelle. Celui qui l'a planté vous engage à le soigner avec amour, et vous le verrez porter encore avec abondance ses fruits divins. Laissez-le tel que Christ vous l'a donné : ne le mutilez pas ; son ombre immense veut s'étendre sur l'univers : ne raccourcissez pas ses rameaux. Ses fruits bienfaisants tombent en abondance pour soutenir le voyageur altéré qui veut atteindre le but, ne les ramassez pas, ces fruits, pour les enfermer et les laisser pourrir afin qu'ils ne servent à aucun. «Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus ;» c'est qu'il y a des accapareurs pour le pain de vie, comme il y en a souvent pour le pain matériel. Ne vous rangez pas de ce nombre ; l'arbre qui porte de bons fruits doit les répandre pour tous. Allez donc chercher ceux qui sont altérés ; amenez-les sous les rameaux de l'arbre et partagez avec eux l'abri qu'il vous offre. - «On ne cueille pas de raisins sur les épines.» Mes frères, éloignez-vous donc de ceux qui vous appellent pour vous présenter les ronces du chemin, et suivez ceux qui vous conduisent à l'ombre de l'arbre de vie.

Le divin Sauveur, le juste par excellence, l'a dit, et ses paroles ne passeront pas : «Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais ceux-là seuls qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux.»

Que le Seigneur de bénédiction vous bénisse ; que le Dieu de lumière vous éclaire ; que l'arbre de vie répande sur vous ses fruits avec abondance ! Croyez et priez. (SIMEON, Bordeaux, 1863.)

CHAPITRE XIX
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LA FOI TRANSPORTE LES MONTAGNES

Puissance de la foi. - La foi religieuse. Condition de la foi inébranlable. - Parabole du figuier desséché. - Instructions des Esprits : La foi mère de l'espérance et de la charité. - La foi divine et la foi humaine.

 

Puissance de la foi

1. Lorsqu'il fut venu vers le peuple, un homme s'approcha de lui, qui se jeta à genoux à ses pieds, et lui dit : Seigneur, ayez pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre beaucoup, car il tombe souvent dans le feu et souvent dans l'eau. Je l'ai présenté à vos disciples, mais ils n'ont pu le guérir. - Et Jésus répondit en disant : O race incrédule et dépravée, jusqu'à quand serai-je avec vous ? jusqu'à quand vous souffrirai-je ? Amenez-moi ici cet enfant. - Et Jésus ayant menacé le démon, il sortit de l'enfant, lequel fut guéri au même instant. - Alors les disciples vinrent trouver Jésus en particulier, et lui dirent : Pourquoi n'avons-nous pu, nous autres, chasser ce démon ? - Jésus leur répondit : C'est à cause de votre incrédulité. Car je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle s'y transporterait, et rien ne vous serait impossible. (Saint Matthieu, ch. XVII, v. de 14 à 19.)

2. Au sens propre, il est certain que la confiance en ses propres forces rend capable d'exécuter des choses matérielles qu'on ne peut faire quand on doute de soi ; mais ici c'est uniquement dans le sens moral qu'il faut entendre ces paroles. Les montagnes que la foi soulève sont les difficultés, les résistances, le mauvais vouloir, en un mot, que l'on rencontre parmi les hommes, alors même qu'il s'agit des meilleures choses ; les préjugés de la routine, l'intérêt matériel, l'égoïsme, l'aveuglement du fanatisme, les passions orgueilleuses sont autant de montagnes qui barrent le chemin de quiconque travaille au progrès de l'humanité. La foi robuste donne la persévérance, l'énergie et les ressources qui font vaincre les obstacles, dans les petites choses comme dans les grandes ; celle qui est chancelante donne l'incertitude, l'hésitation dont profitent ceux que l'on veut combattre ; elle ne cherche pas les moyens de vaincre, parce qu'elle ne croit pas pouvoir vaincre.

3. Dans une autre acception la foi se dit de la confiance que l'on a dans l'accomplissement d'une chose, de la certitude d'atteindre un but ; elle donne une sorte de lucidité qui fait voir, dans la pensée, le terme vers lequel on tend et les moyens d'y arriver, de sorte que celui qui la possède marche pour ainsi dire à coup sûr. Dans l'un et l'autre cas elle peut faire accomplir de grandes choses.

La foi sincère et vraie est toujours calme ; elle donne la patience qui sait attendre, parce qu'ayant son point d'appui sur l'intelligence et la compréhension des choses, elle est certaine d'arriver ; la foi douteuse sent sa propre faiblesse ; quand elle est stimulée par l'intérêt, elle devient furibonde, et croit suppléer à la force par la violence. Le calme dans la lutte est toujours un signe de force et de confiance ; la violence, au contraire, est une preuve de faiblesse et de doute de soi-même.

4. Il faut se garder de confondre la foi avec la présomption. La vraie foi s'allie à l'humilité ; celui qui la possède met sa confiance en Dieu plus qu'en lui-même, parce qu'il sait que, simple instrument de la volonté de Dieu, il ne peut rien sans lui ; c'est pourquoi les bons Esprits lui viennent en aide. La présomption est moins la foi que l'orgueil, et l'orgueil est toujours châtié tôt ou tard par la déception et les échecs qui lui sont infligés.

5. La puissance de la foi reçoit une application directe et spéciale dans l'action magnétique ; par elle l'homme agit sur le fluide, agent universel ; il en modifie les qualités, et lui donne une impulsion pour ainsi dire irrésistible. C'est pourquoi celui qui, à une grande puissance fluidique normale, joint une foi ardente, peut, par la seule volonté dirigée vers le bien, opérer ces phénomènes étranges de guérisons et autres qui jadis passaient pour des prodiges, et ne sont cependant que les conséquences d'une loi naturelle. Tel est le motif pour lequel Jésus dit à ses apôtres : si vous n'avez pas guéri, c'est que vous n'aviez pas la foi.

 

La foi religieuse. Condition de la foi inébranlable

6. Au point de vue religieux, la foi est la croyance dans les dogmes particuliers, qui constituent les différentes religions ; toutes les religions ont leurs articles de foi. Sous ce rapport, la foi peut être raisonnée ou aveugle. La foi aveugle n'examinant rien, accepte sans contrôle le faux comme le vrai, et se heurte à chaque pas contre l'évidence et la raison ; poussée à l'excès, elle produit le fanatisme. Quand la foi repose sur l'erreur, elle se brise tôt ou tard ; celle qui a pour base la vérité est seule assurée de l'avenir, parce qu'elle n'a rien à redouter du progrès des lumières, attendu que ce qui est vrai dans l'ombre, l'est également au grand jour. Chaque religion prétend être en possession exclusive de la vérité ; préconiser la foi aveugle sur un point de croyance, c'est avouer son impuissance à démontrer qu'on a raison.

7. On dit vulgairement que la foi ne se commande pas, de là beaucoup de gens disent que ce n'est pas leur faute s'ils n'ont pas la foi. Sans doute la foi ne se commande pas, et ce qui est encore plus juste : la foi ne s'impose pas. Non, elle ne se commande pas, mais elle s'acquiert, et il n'est personne à qui il soit refusé de la posséder, même parmi les plus réfractaires. Nous parlons des vérités spirituelles fondamentales, et non de telle ou telle croyance particulière. Ce n'est pas à la foi à aller à eux, c'est à eux à aller au-devant de la foi, et s'ils la cherchent avec sincérité, ils la trouveront. Tenez donc pour certain que ceux qui disent : «Nous ne demanderions pas mieux que de croire, mais nous ne le pouvons pas,» le disent des lèvres et non du coeur, car en disant cela ils se bouchent les oreilles. Les preuves cependant abondent autour d'eux ; pourquoi donc refusent-ils de les voir ? Chez les uns c'est insouciance ; chez d'autres la crainte d'être forcés de changer leurs habitudes ; chez la plupart c'est l'orgueil qui refuse de reconnaître une puissance supérieure, parce qu'il leur faudrait s'incliner devant elle.

Chez certaines personnes, la foi semble en quelque sorte innée ; une étincelle suffit pour la développer. Cette facilité à s'assimiler les vérités spirituelles est un signe évident de progrès antérieur ; chez d'autres, au contraire, elles ne pénètrent qu'avec difficulté, signe non moins évident d'une nature en retard. Les premières ont déjà cru et compris ; elles apportent en renaissant l'intuition de ce qu'elles ont su : leur éducation est faite ; les secondes ont tout à apprendre : leur éducation est à faire ; elle se fera, et si elle n'est pas terminée dans cette existence, elle le sera dans une autre.

La résistance de l'incrédule, il faut en convenir, tient souvent moins à lui qu'à la manière dont on lui présente les choses. A la foi il faut une base, et cette base c'est l'intelligence parfaite de ce que l'on doit croire ; pour croire il ne suffit pas de voir, il faut surtout comprendre. La foi aveugle n'est plus de ce siècle ; or, c'est précisément le dogme de la foi aveugle qui fait aujourd'hui le plus grand nombre des incrédules, parce qu'elle veut s'imposer, et qu'elle exige l'abdication d'une des plus précieuses prérogatives de l'homme : le raisonnement et le libre arbitre. C'est cette foi contre laquelle surtout se raidit l'incrédule, et dont il est vrai de dire qu'elle ne se commande pas ; n'admettant pas de preuves, elle laisse dans l'esprit un vague d'où naît le doute. La foi raisonnée, celle qui s'appuie sur les faits et la logique, ne laisse après elle aucune obscurité ; on croit, parce qu'on est certain, et l'on n'est certain que lorsqu'on a compris ; voilà pourquoi elle ne fléchit pas ; car il n'y a de foi inébranlable que celle qui peut regarder la raison face à face à tous les âges de l'humanité.

C'est à ce résultat que conduit le spiritisme, aussi triomphe-t-il de l'incrédulité toutes les fois qu'il ne rencontre pas d'opposition systématique et intéressée.

 

Parabole du figuier desséché

8. Lorsqu'ils sortaient de Béthanie, il eut faim ; - et voyant de loin un figuier, il alla pour voir s'il pourrait y trouver quelque chose, et s'en étant approché, il n'y trouva que des feuilles, car ce n'était pas le temps des figues. - Alors Jésus dit au figuier : Que nul ne mange de toi aucun fruit ; ce que ses disciples entendirent. - Le lendemain ils virent en passant le figuier qui était devenu sec jusqu'à la racine. - Et Pierre, se souvenant de la parole de Jésus, lui dit : Maître, voyez comme le figuier que vous avez maudit est devenu sec. - Jésus, prenant la parole, leur dit : Ayez la foi en Dieu. - Je vous dis en vérité, que quiconque dira à cette montagne : Ote-toi de là et te jette dans la mer, et cela sans hésiter dans son coeur, mais croyant fermement que tout ce qu'il aura dit arrivera, il le verra en effet arriver. (Saint Marc, ch. XI, v. 12, 13, 14, et de 20 à 23.)

9. Le figuier desséché est le symbole des gens qui n'ont que les apparences du bien, mais en réalité ne produisent rien de bon ; des orateurs qui ont plus de brillant que de solidité ; leurs paroles ont le vernis de la surface ; elles plaisent aux oreilles, mais quand on les scrute, on n'y trouve rien de substantiel pour le coeur ; après les avoir entendues, on se demande quel profit on en a retiré.

C'est encore l'emblème de tous les gens qui ont les moyens d'être utiles et ne le sont pas ; de toutes les utopies, de tous les systèmes vides, de toutes les doctrines sans base solide. Ce qui manque, la plupart du temps, c'est la vraie foi, la foi féconde, la foi qui remue les fibres du coeur, en un mot la foi qui transporte les montagnes. Ce sont des arbres qui ont des feuilles, mais point de fruits ; c'est pourquoi Jésus les condamne à la stérilité, car un jour viendra où ils seront desséchés jusqu'à la racine ; c'est-à-dire que tous les systèmes, toutes les doctrines qui n'auront produit aucun bien pour l'humanité, tomberont dans le néant ; que tous les hommes volontairement inutiles, faute d'avoir mis en oeuvre les ressources qui étaient en eux, seront traités comme le figuier desséché.

10. Les médiums sont les interprètes des Esprit