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 Tourments de l'obsession

31/3/2009

tourment

Tourments de l'obsession

 

Les pensées réunies dans ce recueil sont :

  • PREFACE
  • ERREUR ET PUNITION
  • L’HOPITAL ESPERANCA
  • REMINISCENCE
  • NOUVELLES DÉCOUVERTES

 

 

              TOURMENTS DE L’OBSESSION

 

                                                     Manoel Philomeno de Miranda

 

 

 

… « Chez quelques-uns, les liens de la matière sont encore trop tenaces pour permettre à l’Esprit de se dégager des choses de la terre ; le brouillard qui les environne leur dérobe la vue de l’infini, c’est pourquoi ils ne rompent facilement ni avec leurs goûts ni avec leurs habitudes, ne comprenant pas quelque chose de mieux que ce qu’ils ont ; la croyance aux Esprits est pour eux un simple fait, mais ne modifie que peu ou point leurs tendances instinctives ; en un mot, ils ne voient qu’un rayon de la lumière, insuffisant pour les conduire et leur donner une aspiration puissante, capable de vaincre leurs penchants. Ils s’attachent aux phénomènes plus qu’à la morale, qui leur semble banale et monotone ; ils demandent aux Esprits de les initier sans cesse à de nouveaux mystères, sans se demander s’ils se sont rendus dignes d’être mis dans les secrets du Créateur. Ce sont les spirites imparfaits, dont quelques-uns restent en chemin ou s’éloignent de leurs frères en croyance, parce qu’ils reculent devant l’obligation de se réformer eux-mêmes, ou bien il réservent leurs sympathies pour ceux qui partagent leurs faiblesses ou leurs préventions. Cependant l’acceptation du principe de la doctrine est un premier pas qui leur rendra le second plus facile dans une autre existence. Celui que l’on peut, avec raison, qualifier de vrai et sincère spirite, est à un degré supérieur d’avancement moral ; l’Esprit qui domine plus complètement la matière lui donne une perception plus claire de l’avenir ; les principes de la doctrine font vibrer en lui des fibres qui restent muettes chez les premiers ; en un mot « il est touché au cœur » ; aussi sa foi est-elle inébranlable. L’un est comme le musicien qui s’émeut à certains accords, tandis qu’un autre n’entend que des sons. On reconnaît le vrai spirite à sa transformation morale, et aux efforts qu’il fait pour dompter ses mauvaises inclinations. »

 

Allan KARDEC

L’Evangile selon le spiritisme Ch. XVII n° 4.

 

 

 

 

PREFACE

 

L’obsession domine la Terre, en raison de l’infériorité de certains Esprits qui y habitent.

Monde d’épreuves et d’expiations, selon Allan Kardec, c’est aussi l’école bénie de la récupération et de la rééducation, où s’inscrivent les prisonniers et les acharnés au mal, qui évolueront vers le bonheur après avoir subi les afflictions qui leur sont indispensables.

Alertés par l’accomplissement des devoirs moraux et spirituels qui font partie du programme d’évolution intérieure de chaque être, seuls quelques-uns optent pour un comportement salutaire qui constitue une psychothérapie préventive contre les souffrances auxquelles ils peuvent être amenés. Cependant, ceux qui font abstraction des compromis d’auto-illumination et de paix suivent les sentiers de l’abus des facultés organiques, émotionnelles et mentales, et se compromettent lamentablement avec les lois souveraines de la Vie à travers l’agression et le manque de respect vis-à-vis de leurs frères de marche évolutive.

Il n’y a donc rien d’étrange à ce que ceux qui, en raison de leur infériorité, souffrent des injustices et des trahisons, des tromperies et des persécutions, s’arment des instruments lâches de la vengeance et de la persécution, quand, dépourvus de l’enveloppe charnelle, ils se vengent de ceux qui, en d’autres temps, ont été motifs de leur souffrance.

S’ils comprenaient, la nécessité de l’amour, ils surmonteraient ces circonstances néfastes en pardonnant à leurs adversaires et en leur donnant l’occasion de réparer leurs offenses pratiquées contre la Conscience Divine. Mais, primaires dans leurs sentiments, ils optent pour la vengeance, et se jettent dans les rudes combats de l’obsession dans lesquels ils deviennent, à leur tour, les proies des passions malheureuses qu’ils combattent chez leurs ennemis.

L’intelligence et les sentiments démontrent qu’il est plus facile d’aimer, d’être fidèle, de construire la paix, d’implanter le devoir, de réaliser et de contribuer en faveur de son propre bonheur et de celui d’autrui, que de semer la discorde, de cultiver l’amertume, d’étendre la haine et les ressentiments. Néanmoins, l’égoïsme et la cruauté, qui font encore partie des êtres humains, s’expriment presque toujours dans leurs comportements maladifs, responsables de leur future disgrâce, les poussant à perdre la raison  pour les mener à la ruine.

En niant ces sentiments élevés, l’être transite dans les antres tumultueux du désespoir auquel il se livre alors qu’il pourrait accéder à l’harmonie qui l’attend avec plénitude.

Tant que cet état perdure dans le comportement humain, les obsessions se transforment en de vraies tortures pour tous ceux qui restent prisonniers de leurs entraves.

L’obsession se présente sous plusieurs formes, devenant chaque fois plus grave dans la société actuelle, opiniâtre à ne pas la reconnaître et à ne pas la prendre en considération.

Des religieux, attachés au fanatisme injustifiable, ne lui donnent pas d’importance et se croient capables de la résoudre, là où elle se manifeste, moyennant le pouvoir de la foi et de l’autorité qu’ils s’attribuent.

Des académiciens sceptiques quant à l’immortalité de l’Esprit, dans divers domaines et plus particulièrement dans les dénommées sciences de l’âme, se refusent à l’accepter, soumettant l’être humain à une situation réductrice, matérialiste, que la mort consomme, en le détruisant.

Des antireligieux, grisés par l’illusion des sens ou porteurs d’orgueil, s’affirment immunisés contre cette traître infirmité, indifférents aux phénomènes spirituels élevés qui se multiplient intensément et qui sont déconsidérés.

La multitude des désinformés des réalités de la vie participe à des comportements excentriques et immoraux qui produisent de futures calamités pour chacun de ses membres.

…Même de nombreux adeptes du spiritisme porteurs de profondes connaissances et orientations, optent pour l’étourderie et l’arrogance, se compromettant lamentablement avec leurs guides restés dans l’attente, trompés, dépouillés, maltraités par leur manque de raison.

La vie invite toujours à la réparation tous ceux qui se risquent à entraver les statuts supérieurs. Perturbant l’ordre, nul ne restera sans souffrir des conséquences d’une attitude irréfléchie. Chaque être humain porte en lui la croix de sa souffrance qu’il peut transformer en instrument d’ascension, selon son comportement pendant son périple sur Terre.

Les souffrances, qui surprennent les Esprits après avoir quitté l’enveloppe physique, sont la conséquence naturelle de leurs propres actes, ainsi que les bonheurs et les bénédictions dont ils peuvent bénéficier. Il ne s’agit donc pas de punitions sévères imposées par la Divinité, mais d'un processus naturel de réparation, tout comme le bonheur et les bénédictions ne sont que des concessions offertes gratuitement à des privilégiés. L’Amour est en tout. A ceux qui sont dans l’erreur, il facilite les sublimes mécanismes de la réparation de leurs fautes et l’édification dans le Bien qui se trouve à la portée de tous.

En conséquence, nous pouvons dire, que l’obsession peut être considérée comme le choc en retour de l’action malheureuse commise contre quelqu’un qui est devenu fou de douleur et de révolte, nécessitant un traitement adéquat et urgent.

Ce livre est un nouveau cri d’alerte aux compagnons de passage sur le plan physique, pour qu’ils ne négligent pas leurs devoirs vis-à-vis de Dieu, de leur prochain et d’eux-mêmes.

Toute graine de haine, lancée au hasard, se transforme toujours en germe de malheurs, générant l’amertume. Seul l’amour a la précieuse capacité de concéder l’harmonie et le bonheur de vivre.

Nous avons réuni dans cette oeuvre, plusieurs expériences vécues, sur le plan spirituel, à l’Hôpital Esperança où sont internés de nombreux frères, échoués et redevables envers leur prochain, dans de lamentables états de perturbation, les uns assoiffés de vengeance, les autres dilacérés par le désir de représailles, pris d’un profond désespoir auxquels ils se sont livrés pendant leur réincarnation, après avoir abandonné de nobles engagements, remplacés par l’hallucination et par la confusion morale, attitudes qu’ils se sont permis d’adopter.

Dans cet Hôpital spirituel se trouvent accueillis, plus particulièrement, des spirites déchus. C’est grâce à la bonté du bienfaiteur Euripedes Barsanulfo qu’a été édifiée cette structure, lui donnant des conditions de sanctuaire pour la santé mentale et morale. Il la gère avec une incomparable abnégation, aidé par d’autres serviteurs dévoués au Bien et à la Charité.

Nous présentons la narration de plusieurs vies qui sont des histoires réelles, dans l’espoir que ces récits sensibiliseront tous ceux qui nous honorent de leur attention à la lecture de ces quelques pages, les aidant à ne pas se permettre d’adopter des attitudes aussi désastreuses.

Les expériences que nous avons recueillies seront utiles à tous les individus intéressés par leur bonheur personnel, ils seront ainsi rappelés aux dispositions élevées qu’ils ont assumées devant la Conscience Cosmique et leurs guides spirituels avant leur renaissance physique. Pour d’autres, qui connaissent la lumineuse orientation du spiritisme, les compromis seront plus vifs et pénétrants, parce qu’ils témoignent de l’importance de la croyance. Cependant l’expérience des postulats enregistrés dans la Codification a un caractère d’urgence et ne peut, ni ne doit être retardée.

Pour de nombreux compagnons engagés dans la lutte spirite ces informations paraîtront étranges, à d’autres elles paraîtront des fantaisies d’un mental perturbé, car ils n’auront pas trouvé, dans les œuvres préliminaires de la Doctrine spirite, des informations identiques et détaillées, oubliant que l’illustre Maître de Lyon avait affirmé qu’il ne présentait pas la première, ni la dernière parole sur les thèmes traités ; que le futur se chargerait de confirmer ce qui était enregistré pour élargir les informations ou pour corriger ce qui serait en désaccord avec la science. Comme les affirmations doctrinaires offertes par Allan Kardec n’ont pu être dépassées ou considérées inexactes, à ce jour, il est juste d’incorporer de nouvelles leçons spirituelles, donnant suite aux mémorables expériences de vie Au-delà du tombeau, comme celles qui se trouvent dans l’admirable œuvre « Le Ciel et l’Enfer », narrées avec l’assurance de la plume sage et vigoureuse du codificateur.

Dans l’espoir que notre contribution spirituelle pourra aider certains lecteurs qui nous honorent de leur attention, conscients que nous sommes de la responsabilité qui nous incombe, nous supplions toutes les bénédictions du sublime Thérapeute, Jésus.

Ses patients en récupération.   

 

Salvador, le 15 Janvier 2001

Manoel Philomeno de Miranda

ERREUR ET PUNITION

      

Lors de nos réunions avec nos chers amis du devoir, il nous est arrivé d’orienter nos conversations vers les questions qui traitent de la justice humaine et de la justice divine, sujets palpitants qui nous concernent tous.

Erreurs et punitions, culpabilité et châtiment, tromperies et revendications font partie des thèmes que nous réservons à l’analyse et aux débats, considérant le processus d’évolution de chaque individu en particulier et de la collectivité en général.

Très intéressé par la problématique de l’obsession, face aux circonstances du quotidien terrestre, mon attention est attirée par la grave interférence des désincarnés dans le comportement des êtres humains.

Les titres sensationnalistes et effrayants présentés par les périodiques de la grande presse, le journal perturbateur des nouvelles télévisées, révèlent, avec exagération et effroi, quelques expressions du sadomasochisme de leurs divulgateurs, dans la manière de présenter les tragédies et les malheurs de l’actualité. Les commentaires autour de la violence créant plus d’indignation et de révolte que de propositions de solutions, ceci éveille en moi un sentiment progressif de consternation pour les créatures, s’ajoutant à la lamentable méconnaissance des diverses psychopathologies dont ils sont victimes, ainsi que des obsessions dont ils se rendent esclaves.

Avec des amis, voués aux études sociologiques, psychologiques et pénales de notre champ d’action, j’ai attendu l’occasion propice pour m’enquérir auprès d’un noble spécialiste dans ce domaine, afin d’obtenir des données complémentaires, pour élargir les informations et les études auprès des chers lecteurs incarnés, également attentifs aux thérapies préventives et guérisseuses de cette infirmité épidémique et punitive.

Dans cet état d’esprit, j’ai, opportunément, été invité, par un ami serviteur de notre communauté, à rencontrer cet honorable Esprit qu’est le docteur Bezerra de Menezes dont le dévouement pour l’Humanité, dans sa condition de désincarné, approchait de près d’un siècle d’humanitarisme ininterrompu, voué au travail de la charité et de l’illumination de la conscience terrestre.

La réunion a été réservée à un petit groupe de chercheurs traitant des thérapeutiques adéquates de la criminalité et de ses conséquences chez les êtres humains réincarnés, tous dévoués à cette importante tâche.

C’est dans un espace à l’air libre, réservé aux réunions privées réalisées dans l’Hôpital, programmées pour ceux qui souffrent d’obsession, terrassés par les épreuves terrestres et qui se sont  désincarnés sous l’empreinte de puissants désordres psychiques de cette nature, qu’eut lieu cette rencontre bénie.

Construit, grâce aux efforts et aux sacrifices de l’éminent Esprit Euripedes Barsanulfo, entre 1930 et 1940, cet hospice accueille depuis les victimes de leur propre négligence, devenant un laboratoire vif et palpitant pour l’analyse profonde des aliénations spirituelles.

Le missionnaire sacramentel avait constaté, alors, un nombre significatif d’âmes déchues dans leurs nobles engagements, qui, après avoir reçu les lumières du Consolateur, retournaient à la patrie spirituelle dans un état lamentable de déséquilibre, souffrant sans consolation dans l’errance inférieure. Dans un élan de compassion, il arriva à sensibiliser une équipe importante de collaborateurs spirituels voués à la psychiatrie, au secours de ces naufragés de l’illusion et du manque de respect des lois souveraines de la Vie, dignes d’aide et de miséricorde.

Médiums étourdis qui n’ont pas respecté le mandat dont ils étaient porteurs, divulgateurs qui ont manqué à leur responsabilité d’élucidation spirituelle, serviteurs qui ont failli à l’exécution d’importantes tâches de bienfaisance, écrivains équipés d’instruments culturels qui devaient modeler des images dignes et qui se sont abandonnés à des discussions stériles et des agressions injustifiables, cœurs qui se sont responsabilisés par l’édification de l’honneur, embrassant la foi rénovatrice, et qui ont commis des délits, mercenaires de la charité belle et pure, là se trouvent recueillis les agents de la simonie et du christianisme restauré. Nombre d’entre eux après avoir naufragé dans l’expérience charnelle, pour ne pas avoir supporté les pressions des Esprits vengeurs, persécuteurs incléments qu’ils auraient dû conquérir au lieu de devenir leurs victimes, s’écartent du droit chemin du devoir sous leurs injonctions perverses.

Normalement, dans cette Institution de santé spirituelle sont réalisées des rencontres explicatives concernant les malheureuses expériences de ses patients.

Parfois, des candidats à la réincarnation, souhaitant assumer des tâches bien définies dans l’exercice de la médiumnité, suivent des stages dans ces pavillons. Ils observent les compagnons de route qui se sont trompés et qui ont été vaincus, les écoutant à l’éveil de leur conscience lorsqu’ils se rendent compte du préjudice qu’ils ont causé à eux-mêmes, ainsi qu’à d’autres qu’ils ont entraînés dans leur vertigineuse hallucination.

Véritable Hôpital-Ecole, il s’agit d’un signal d’avertissement pour les voyageurs du véhicule organique promis aux nobles activités et à l’amour.

Par une nuit transparente, couronnée d’étoiles, illuminée par un passage de lumière ignoré, dans un agréable lieu arboré, nous avons entendu l’Apôtre de la charité associant des considérations sur l’erreur et la punition qui s’ensuit.

Me connaissant déjà, il m’a reçu avec son habituelle tendresse et son émouvante sagesse, tout comme les autres membres du groupe attentionné.

Après de brefs instants de salutations affectueuses et quelques mots d’introduction concernant le thème à traiter l’estimable Maître expliqua :

 - La problématique du comportement moral de l’être humain est liée à son niveau de progrès spirituel. Pour cette raison, Jésus a souligné qu’il sera beaucoup demandé à celui qui a beaucoup reçu partant du degré de responsabilité personnelle, en raison des facteurs favorables et prépondérants au comportement moral. Chaque individu est une histoire vivante de ses actes passés. L’addition de ses expériences donne forme au caractère, aux aspirations, à la connaissance et à la responsabilité morale. Invariablement, à côté des conquêtes significatives atteintes à chaque étape, de chaque réincarnation, des vexations et des chutes troublent la pureté de ses gloires, constituant des difficultés pour un avancement plus expressif. 

Une brise parfumée soufflait doucement, le Maître resta silencieux quelques secondes, pour ensuite continuer :

- En raison de cette attitude, les Esprits renaissent dans le climat moral qu’ils méritent, dans les groupes familiaux compatibles avec leurs nécessités. Ils sont porteurs d’engagements qui leur sont propres au développement des valeurs éthiques et morales proéminentes. Ne pouvant éliminer leurs antécédents, ils sont accompagnés d’amis ou d’adversaires qui restent liés à leur organisation évolutive. Il est certain que le secours divin, l’inspiration et les moyens appropriés pour atteindre la réussite ne manquent jamais et à personne. Mais, nombre d’entre eux, aussitôt éveillés dans la chair et atteignant l’âge de la raison, sont, à nouveau, attirés vers les endroits d’où ils devraient s’enfuir, amenés à souffrir des vicissitudes qui leur appartient de vaincre…

Les tendances innées, que sont les réflexes des compromis passés, nous incitent aux comportements qui semblent être les plus agréables et qui n’exigent pas d’efforts pour les vaincre. Les connexions psychiques par affinités, facilitent l’échange avec les ennemis du passé et sans le nécessaire engagement qui impose, parfois, le sacrifice et le renoncement, ils nous font tomber dans des agissements que nous étions bien déterminés à surmonter, vaincus dans la réalisation qui devrait être libératrice. 

A nouveau le Maître fit une pause, et regardant la grande et significative construction hospitalière, avec une compassion profonde pour ses internes, dont on ne pourra jamais douter, il continua :

- La justice est innée en l’homme et le développement moral de l’être élargit les contenus sublimes de la conscience. L’application des codes de la justice sur Terre est en fonction du degré de responsabilité de l’homme et de son perfectionnement moral. Des punitions grotesques et cruelles du barbarisme et du Moyen Age, à la vision moderne de la science pénale, une plus grande identification du mental humain avec la justice divine s’est lentement incorporée aux codes légaux terrestres. On est encore loin d’une justice salutaire et égale pour tous, néanmoins, maintenant, on pense aux directives humanitaires à utiliser pour rendre sa dignité au délinquant qui jusqu’alors ne recevait que la punition. Ceci parce que le concept de la justice de Dieu, moyennant l’évolution de la pensée et de la conscience, élimine l’arbitraire et la cruauté qui lui ont été attribués, afin de le présenter comme étant miséricordieux et plein d’amour, offrant des méthodes de rééducation constructives et thérapeutiques pour tous les maux, conformément à ce qui a été révélé par la doctrine de la réincarnation.

Presque toujours, lorsque l’on pense justice, immédiatement après vient à l’esprit le système de punition, comme si celle-ci était la finalité du châtiment, et jamais à l’impartialité ou à la préservation de l’ordre et du devoir. Ce réflexe lui est tellement associé, qu’il se confond avec l’objectif de garantir l’équilibre de l’individu, des masses et des nations, en optant pour des mesures répressives de liberté, de récessions, d’embargos alimentaires et de médicaments ou de dilacérations physiques, psychologiques et morales, destructrices du sens de la vie.

Une étude approfondie, à la lumière de la psychologie, permet d’identifier chez le délinquant un malade émotionnel dont les racines du déséquilibre se trouvent dans les expériences des existences précédentes. Culpabilité, remords, dysharmonie intérieure, manque d’amour, ces sentiments qui ont été vécus, se reflètent sous forme de comportements déséquilibrés et d’attitudes malheureuses qui débordent dans différentes expressions du crime. En conséquence, une assistance psychologique spécifique devrait être mise en application afin de récupérer le malade malheureux pour lui donner le droit à la réhabilitation en rachetant son erreur devant la victime et la société.

Réfléchissant, comme s’il était en train de mieux organiser ses arguments, il fit une nouvelle pause pour ensuite continuer :

- Au-delà de ces facteurs psychologiques, il en est d’autres, qui défaillants, contribuent à jeter dans l’erreur la créature humaine, tels que : l’éducation au foyer et la cohabitation familiale, le milieu social, les ressources financières et le travail, les loisirs et la santé, jouant un rôle d’une grande importance dans la construction de la personnalité et dans le développement des sentiments. Dans une société juste, les gouvernants, pour accomplir honorablement leurs devoirs, donnent la priorité à la prédominance des valeurs en assumant leurs responsabilités devant le peuple, restant toujours vigilants envers les masses. Malheureusement, cette conscience ne se révèle pas encore d’une manière générale, comme le montrent les hauts indices de violence et de criminalité constatés, en raison des fuites spectaculaires dans les drogues chimiques, dans l’anarchie, dans l’excès des passions qui dominent les individus plus fragiles moralement. Ceci les amène plus facilement à l’éventualité de la pratique du délit, comme on peut le constater dans la littérature du passé et du présent. Fiodor Dostoiewski, dans sa fameuse œuvre « Crime et Châtiment », décrit bien les tourments du personnage Raskolnikof qui, bien qu’il soit un homme honorable et porteur de sentiments nobles, finit par commettre des atrocités sans limites contre ses victimes, afin de s’approprier les valeurs qu’ils possédaient et en particulier concernant l’usurière tourmentée qu’il finit par détester. De nombreux auteurs, comme Victor Hugo, Charles Dickens, Arthur Müller et bien d’autres encore, utilisant ce facteur éventuel, ont présenté des criminels qui sont devenus sympathiques à leurs lecteurs parce qu’ils ont été amenés au crime par des circonstances occasionnelles ; bien que porteurs de principes élevés, ils se sont retrouvés dans la contingence de l’erreur, recevant en échange des punitions perverses et injustes.

L’erreur est l’ombre qui suit celui qui la pratique jusqu’à ce qu’il se transforme à travers la lumière de la réparation. Disposant de moyens habiles pour la rénovation du fautif, en le rééduquant à la cohabitation sociale, il est juste de lui accorder l’opportunité de continuer en construisant le futur dès qu’il se sent libéré du déséquilibre pratiqué.

Afin de nous concéder l’opportunité de bien approfondir nos réflexions, notre chaleureux ami fit une nouvelle pause et conclut :

- Le jour viendra où les analystes du comportement criminel de la créature humaine se rendront compte, qu’au-delà de ces facteurs qui mènent à la délinquance, un autre d’une plus grande gravité et bien plus subtil nécessite des études approfondies, afin que se créent de nouveaux codes de justice pour ceux qui ont transgressé et ont été touchés par cette incidence. Nous nous référons à l’obsession quand des Esprits adversaires, désirant interrompre la marche évolutive, induisent les êtres humains à la pratique de délits de tout ordre, devenant les coauteurs de nombreuses agressions criminelles qui souvent excèdent en occurrences malheureuses, irréversibles. Travaillant lentement le champ mental des victimes qui sont leurs hôtes psychiques, ils finissent par leur inspirer des sentiments méprisables, en les armant contre ceux qui, dans des circonstances particulières, deviennent leurs ennemis, avec ou sans raison. En se transformant en adversaires infatigables, obstinés, ils les poursuivent ou les affrontent en combats violents qui finissent en tragédies… Sous un autre angle, ces Esprits utilisent les êtres avec qui ils ont une syntonie mentale et morale, pour se venger de ceux qui jadis leur ont porté préjudice, et maintenant ne sont pas atteints par leur cruauté ou par leur perversité, pratiquant ainsi des homicides spirituels répulsifs. Les obsessions, dans ce domaine, sont très expressives. Il serait intéressant d’examiner si le personnage de Dostoiewski n’avait pas été victime d’un adversaire personnel désincarné ou s’il n’avait été en syntonie avec des entités qui se complaisaient à haïr ceux qui tombaient dans de cruelles perversités ! 

L’erreur, en soi, gère un climat psychique tragique qui attire des Esprits semblables à celui qui se compromet moralement et qui restent systématiquement en syntonie dans un commerce émotionnel continu. Le châtiment général appliqué à tous ceux qui sont victimes de la criminalité, sans distinction de situation ou de contenu spirituel, devenant injuste et même haïssable, transfère au plan astral les effets de ces alliances désastreuses.

La Divinité toutefois veille, et Ses Lois pleines de sagesse atteignent sans appel tous les êtres de la Création, contribuant aux processus évolutifs, rendant possible le bonheur auquel ils aspirent.

Gardons-nous, tous autant que nous sommes, en nous préservant du mal, et supplions le secours divin, conformément aux propos de l’incomparable Maître, dans Sa Prière dominicale, en lui demandant l’aide et l’inspiration afin de pouvoir parcourir avec équilibre les chemins difficiles de l’ascension spirituelle .

L’ami bienveillant se tut, nous laissant ce matériel expressif pour réflexion.

Il nous quitta momentanément, mais nous promît de poursuivre notre entretien sur ce thème fascinant qu’est l’obsession sous cet aspect presque méconnu.

 

 

 

L’HOPITAL ESPERANCA

 

L’entretien terminé avec le vénérable et bienfaiteur docteur Bezerra de Menezes, nous avons continué nos commentaires sur le sujet abordé, lorsque j’ai ressenti le besoin d’approfondir mes connaissances concernant l’Hôpital Esperança, où jadis j’avais eu l’occasion de réaliser des études sur l’obsession et de participer à d’autres activités spirituelles.

Bien qu’informé de la finalité de cet admirable Hôpital, je ne connaissais pas les détails de sa fondation. L’occasion était propice, étant donné la présence dans notre groupe de l’un de ses actuels directeurs, le docteur Ignácio Ferreira, qui sur Terre avait été un éminent médecin « uberabense». C’est alors que j’interrogeai ce gentil ami, sur l’histoire de ce Sanctuaire tourné vers la santé mentale, et qui me répondit avec bonté :

- A l’heure où il était encore réincarné, Euripedes Barsanulfo était doté d’une véritable médiumnité. Il conduisit les facultés médiumniques dont il était l’instrument, conformément aux principes de dignité, de charité et d’amour, marqués par une vie couronnée d’exemples de renoncement et d’abnégation. Il fut aussi un éducateur émérite. En raison de ses admirables capacités, il se consacra aux porteurs d’aliénation mentale, psychique et aux troubles d’obsession. A ces fins, fut construit un Hôpital pour les secourir dans la ville où il était né. Il arriva, à cette époque à des résultats peu ordinaires, permettant à de nombreux infirmes la reconquête de leur équilibre. En dépit de la thérapeutique académique en vigueur et du fait qu’il ne pouvait pas l’appliquer, n’étant pas habilité à exercer la médecine dans ce domaine, c’est par sa propre force morale qu’il obtint le plus grand nombre de récupérations, par la bonté qui le caractérisait vis-à-vis des patients désincarnés, ainsi que par la miséricorde qu’il manifesta pour aider ceux qui souffraient de graves tourments psychiques.

Tel un être « interexistant », il a vécu comme l’apôtre de la charité ;  possédant un potentiel extraordinaire de guérisseur et une acuité spéciale, il prescrivait des ordonnances spirituelles et se consacrait au réconfort des moins heureux. Il n’a jamais refusé de porter secours à qui ce soit, même à ceux qui le poursuivaient de manière inclémente, et qui, devenant infirmes, ne trouvant les recours nécessaires à leur rééquilibre, se tournaient alors vers lui, recevant ainsi le concours supérieur dont ils avaient besoin pour continuer leur marche évolutive.

Désincarné encore jeune, victime de l’épidémie de la grippe espagnole qui a dévasté le monde, il poursuivit comme missionnaire de Jésus aidant des milliers de vies qui se liaient à lui ; et plus particulièrement dans la région où il déambula dans sa récente existence en tant qu’incarné. Son nom devint le drapeau de l’espoir et avec un groupe de coopérateurs dévoués au Bien, il a élargi le champ d’action du travail secouriste, élargissant son domaine d’aide sous l’inspiration du Psychothérapeute par excellence, Jésus.

Sincèrement ému, face à l’évocation de ces actes de charité, l’éminent Esprit, continua avec sérénité son récit.

- Ne se limitant pas à secourir exclusivement les voyageurs du véhicule physique, il accompagnait, aussi, après leur désincarnation, nombre de ceux qui reçurent son aide, constatant avec regret l’état déplorable dans lequel ils retournaient à la patrie spirituelle, vaincus par les persécuteurs cruels qui les obsédaient, ou victime de terribles idéoplasties dérivées des actes auxquels ils s’étaient livrés, devenant fou de honte, de douleur et de désespoir après avoir passé la porte du tombeau.

Constituant de véritables légions d’aliénés mentaux qui s’agressaient les uns les autres, plongeant dans un paysage d’ombre et d’angoisse, forgé par des abîmes de souffrances insupportables, il fut plus particulièrement pris de compassion, pour avoir remarqué que nombre d’entre eux avaient reçu le patrimoine de la médiumnité illuminée par les leçons libératrices du spiritisme ; mais ils avaient préféré suivre l’obscurité de l’irresponsabilité,  utilisant la médiumnité, aptitude supérieure, pour leur plaisir personnel et pour assouvir les passions les plus misérables qu’ils s’étaient mis à cultiver. D’autres encore pervertirent la parole de lumière dont ils se faisaient l’instrument, l’utilisant pour répondre à des intérêts mystérieux ou pour négocier des faveurs terrestres méprisant l’opportunité d’édification de plusieurs vies qui attendaient leur contribution. Certains marchandaient les dons spirituels, tombant sous le vampirisme des bourreaux du passé, qui se complaisaient à les pousser aux plus graves propos, compromettant ainsi leur réincarnation.

Devant la masse immense de désespérés qui ont connu les chemins menant au bonheur, moyennant le service digne et rénovateur des enseignements de Jésus, mais qui ont préféré les jeux maladifs des plaisirs extrêmes, le missionnaire compatissant chercha l’appui des Bienfaiteurs du plus Haut, pour qu’ils conduisent à Jésus leur proposition, caractérisée par le souhait de fonder un Hôpital Spirituel, spécialisé dans la folie, pour tous ceux qui après la mort du corps physique, présentent des états de déséquilibre. Il servirait aussi d’Ecole vivante, ainsi que de laboratoire, pour la préparation de leurs réincarnations futures dans des conditions moins douloureuses et avec des possibilités plus sûres de récupération.

Après avoir obtenu l’approbation à sa demande bienfaisante, il se tourna alors vers le noble Esprit Augustin d’Hippone, qui sur Terre l’avait aidé et inspiré dans le ministère qu’il avait adopté,  pour qu’il devienne l’intermédiaire des futures nécessités de l’Institution en création auprès du Médecin divin, Jésus, à qui il supplia sa bénédiction en faveur de son œuvre.

Le sage chrétien, auteur des « Confessions » et de bien d’autres œuvres mémorables, accepta l’offre de médiation des collaborateurs du Bien auprès du Seigneur Jésus. Ainsi fut permise l’édification du refuge, un abri spécial pour les malades de l’âme qui souffraient de violentes hallucinations dans les cavités mystérieuses de l’errance inférieure. 

Le bienveillant narrateur fit une pause pour nous permettre d’appréhender cette surprenante histoire, puis il continua :

- Euripedes prit des mesures pour convier d’admirables psychologues désincarnés qui avaient sur Terre soigné de provocantes pathologies de l’obsession, et d’auto obsession, de sorte que, une fois l’Equipe préparée, toutes les précautions furent prises pour l’édification de l’Hôpital, situé dans cette sphère loin du mouvement de la communauté spirituelle, afin que les bénédictions de la Nature puissent contribuer, avec leurs propres éléments, à apaiser leurs répugnantes hallucinations et apporter la rénovation et la paix.

Obéissant à un plan bien conçu, plusieurs blocs furent élevés, où devaient être prises en charge les pathologies spécifiques telles que les délires graves, possessions de longue portée, consciences autopunitives, désespoir par conflits intimes, fixations morbides, confusion mentale, autisme résultant de regrets tardifs, schizophrénies ténébreuses, obsessions compulsives, etc.

La région, abondamment arborée, absorbe l’impact vibratoire des tourments qui s’extériorisent des édifices bien dessinés et des cliniques de repos où sont transférés ceux qui se trouvent en processus de récupération.

De compétents psychothérapeutes exercent dans ce complexe béni, aidés par un corps paramédical dévoué, habilement préparé à ce ministère de haute magnitude, démontrant ainsi combien est forte la relation du devoir exercé avec amour pour les traitements du désespoir et de la folie.

La vie s’exprime avec intensité dans le corps et hors du corps ; cela veut dire que, dans sa réalité causale, les plus significatives et les plus vigoureuses sont les énergies qui composent la créature, produisant des résonances dans le futur organisme somatique qui vivra toutes les actions développées.

De sorte que, les méthodes d’aide aux infirmes spirituels sont fondées sur la profonde connaissance de l’être, de ses besoins, des facteurs qui mènent à l’échec des réalisations nobles, des circonstances pénibles provoquées par l’échange avec les Entités malheureuses et perverses, des déséquilibres intimes par accommodation et acceptation de la vulgarité et du crime.

Un grand nombre de compagnons malades, ici internés, porteurs d’autres pathologies, ont bénéficié du don de la constatation de la continuité de la vie après le passage tombal, et, malgré cette connaissance, ils ont utilisé les facultés médiumniques pour laisser place aux tourments du passé, encore vivants dans leur inconscient, qu’ils auraient du vaincre à n’importe quel prix. 

Alors que ce gentil psychiatre interrompait ses observations pour quelques instants, je me mis à réfléchir :

- Ce qui a toujours attiré mon attention ce sont ces frères victimes de tendances sexuelles déséquilibrées, qui n’ont pas su canaliser noblement ces énergies reproductrices, se laissant ronger par les vices sordides qui les troublent profondément. Beaucoup d’entre eux ont maintenu pendant l’existence charnelle, l’ambiguïté de comportement, se présentant à l’extérieur de manière correcte, tout en vivant de sordides liaisons mentales avec des Entités en toute promiscuité, dans d’extravagantes et continuelles perversions auxquelles ils se livraient pendant leur sommeil, de sorte qu’une communion étroite avec celles-ci, qui avaient dégénéré, les attiraient dans les lieux les plus ignobles, tels que les lupanars anciens et les motels modernes, qui leur servaient d’habitation…

Profitant alors, de cette brève pause, j’interrogeai avec intérêt : 

- Est-ce qu’ici sont aussi hébergés des porteurs de dysfonctionnements sexuels qui ont contribué à de désastreuses conduites dans le domaine de la médiumnité ? 

Toujours aimable, notre cher médecin expliqua :

- Comme nous le savons, le sexe est le sanctuaire de la vie, il ne peut être perturbé sans provoquer de profonds tourments pour son dépositaire. En conséquence, de nombreux troubles de comportement trouvent leurs origines dans les mécanismes sexuels intimes. Leurs aspects et leurs sinistres soumissions produisent toujours une douloureuse componction, pour se nier à l’éveil de la réalité, débilités et éprouvés dans des états d’exténuation énergétique vitale, même quand ils sont secourus et soutenus… Le vice s’installe dans les tissus délicats de l’Esprit, tel un besoin semblable aux processus tourmentés de la toxicomanie et de l’alcoolisme si préjudiciables à l’Humanité terrestre en stage dans le corps physique et en dehors de celui-ci.

De sérieux spécialistes en sexologie travaillent ici et étudient les diverses énergies qui composent le complexe spirituel de chaque individu, aidant ceux qui sont envoyés à ce Centre de secours, utilisant  les ressources propres à chacun et correspondant à chaque situation, de sorte à agir sur les causes des drames qui se sont développés dans le temps, revigorant chaque patient conformément aux incomparables leçons de Jésus.

A nouveau il se tut. Puis tout de suite après continua son intéressante narration.

- Face à son profond attachement vis-à-vis du Divin Médecin, Euripedes a fait graver, à l’entrée du vaste pavillon central, une inscription lapidaire du concept de Kardec : « Hors la Charité point de salut », revivant les exemples du Seigneur, que chacun devraient garder avec vigueur dans son for intérieur, afin que l’amour ne diminue jamais d’intensité dans le ministère secouriste, quels que soient les résultats du travail en développement ou l’affrontement des défis.

Des équipes entraînées accueillent fréquemment de nouveaux patients selon les possibilités que ceux-ci leur offrent, dans les régions punitives où ils se sont précipités, leur accordant l’honneur de la miséricorde d’élévation qui procède du Père magnanime toujours en attente du fils négligent ou rebelle.

Un grand nombre arrivent ici, dans un état certes déplorable, luttant contre des idées entretenues lors de leur incarnation et tourmentés par des visions qu’ils cultivent pendant leur séjour charnel, présentant dans leur périsprit toutes les disgrâces causées par leur manque de respect vis-à-vis des lois souveraines de la Vie. Beaucoup sont installés ici, entretenant la magnétisation psychique avec des ennemis cruels qui eux aussi reçoivent une assistance appropriée, les libérant peu à peu d’incroyables fixations et du vampirisme auxquels ils s’adonnent.

A dessein, une ample infirmerie reçoit tous les nouveaux arrivants. Après quoi, ils sont examinés par de diligents psychothérapeutes qui les acheminent vers les centres respectifs où ils pourront jouir de l’aide correspondant à leurs besoins.

Tous, sans exception, bénéficient d’une assistance très chaleureuse, et en aucune manière, le libre arbitre du persécuteur ou de ceux qui se sont laissés dominer ne cessera d’être respecté. 

Alors qu’il fit une nouvelle pause, comme s’il espérait quelques questions, pour plus d’éclaircissements, j’ai osé lui demander :

- Est-ce que du fait d’avoir pris en charge ces Esprits infirmes, surviennent, parfois, des évasions ou des retours aux endroits d’où ils venaient ? 

Sans paraître ennuyé, le bienveillant psychiatre élucida :

- Face au respect du libre arbitre de chacun, il n’est pas rare que des internes, attirés psychiquement par leurs bourreaux, par une parfaite identification d’intérêt et d’affinité morale maintenues entre eux, retournent aux zones de vices d’où ils ont été retirés… Rien ne les en empêche, chacun a le droit d’évoluer selon ses propres possibilités, en dépit des impositions expiatoires, qui l’heure venue, altèrent le comportement de ceux qui se permettent de faiblir dans l’indifférence, loin de toute intention de rénovation…

En plus de l’activité de récupération des patients mentaux et en raison de sa spécialité, de nombreux candidats à la réincarnation tels que des futurs psychothérapeutes et des chercheurs de l’âme, partageant la vision des Doctrines modernes transpersonnelles, viennent ici en stage. Ils souhaitent ainsi acquérir les connaissances nécessaires au combat des nombreux problèmes de l’obsession, des perturbations psychologiques et psychopathologiques qui se manifestent de façon de plus en plus dominatrice dans la société contemporaine.

De plus, de nobles pionniers en hypnose tels ceux qui étudient l’hystérie, la psychiatrie, la psychanalyse ou d’autres doctrines corrélatives, visitent avec une certaine fréquence ce respectable Hôpital. Ils y recueillent des données, améliorent leurs connaissances, changent ou approfondissent les informations restées stationnaires dans leur esprit lorsqu’ils ont quitté le corps charnel sur Terre…

De Thomas Willis, le psychiatre anglais du XVII siècle à Philippe Pinel, de Mesmer à James Braid, de Wilhelm Griesinger à Kraepelin, à Charcot, à Freud, à Jung, pour ne citer que quelques-uns des illustres visiteurs reçus, de nombreux cours sont donnés. Des débats sont organisés pour trouver les meilleures méthodes thérapeutiques en vue d’une application immédiate, non seulement pour les internes mais aussi pour les voyageurs de la Terre, vu la fragilité des forces morales de nombreux candidats à l’équilibre et à la fidélité aux postulats du devoir quand ils plongent dans la chair.

Combien de maîtres du passé ayant contribué à élargir la connaissance autour de la psyché humaine se rendaient, et se rendent encore compte du spectacle trompeur et grandiose de la vie victorieuse sur la matière transitoire, de la sagesse incomparable de Jésus quand il exhortait les créatures à l’amour, à la compassion et à une conduite droite en faveur de la vie future, indestructible, conformément à ce qu’il a démontré par Sa propre résurrection…

Nombre d’entre eux n’ont pas connu le travail hors du commun d’Allan Kardec, notamment en ce qui concerne la psychopathologie par obsession, aussi traitée par Jésus, et rares sont ceux qui auraient pu contribuer à l’importante recherche du maître Lyonnais, mais ils ne l’ont pas fait par préjugés académiques, et tout ce qu’ils ignoraient dans ce domaine ils préféraient le considérer comme étant du ressort de l’Occultisme, mot prononcé de manière dépréciative.

Quelques-unes des tentatives thérapeutiques qui ont été créées par ces visiteurs et ces maîtres notoires sont, maintenant, appliquées ici avec efficacité car elles produisent l’effet désiré dans le champ énergétique d’où proviennent les phénomènes psychologiques et psychiatriques, siège de l’être intégral, spirituel que sont toutes les créatures.

Nous n’ignorons pas, nous tous qui sommes en stage ici, que, quel que soit le type d’infirmité, elle trouve son origine dans l’esprit, face à une conduite mentale qui produit une perturbation vibratoire qui se reflètera dans le domaine correspondant du corps périspirituel et plus tard dans le corps physique. Ce n’est qu’en agissant au même niveau et sur le même champ vibratoire, adoptant simultanément un changement d’attitude psychique et comportementale que le patient peut espérer des résultats satisfaisants dans les manifestations correspondantes de la santé. 

De nouveau il interrompit sa surprenante explication, pour poursuivre :

- La musicothérapie, la thérapie de la prière, la thérapie de l’amour sont les bases de toutes les procédures pratiquées ici, qui se multiplient en diversifiant les méthodes de prise en charge aux souffrants, selon les syndromes, l’extension du désordre, la gravité du problème. Simultanément, les indiscutables thérapies désobsessives reçoivent une attention très spéciale, plus particulièrement dans les processus de vampirisme permettant de retirer ceux qui soumettent leurs victimes, les internant tout de suite après pour un traitement de longue durée. La chirurgie périspirituelle enlève les implants perturbateurs qui ont été fixés dans le cerveau et qui continuent à vibrer dans le domaine correspondant du psychosoma ; le traitement se fait par des régressions pondérées dans les expériences passées qui trouvent leur origine dans les affrontements de la vie et la haine générée, démontrant que face à la Conscience Cosmique, les innocents n’existent pas réellement ; par la libération de l’hypnose profonde ; par la restructuration de la pensée détériorée par les hautes charges de vibrations préjudiciables lors de la vie physique ; par les rencontres avec des êtres chers préoccupés par la récupération de chacun de ceux qui appartiennent à leur famille émotionnelle…

D’un autre côté, la fluidothérapie très bien appliquée produit des effets surprenants, tenant compte de ceux qui l’utilisent ;  actionnant les énergies internes et travaillant celles de la Nature qui sont dirigées vers les centres périspirituels et les chakras ; agissant dans un mécanisme entrelacé de forces énergétiques que constitue l’Esprit.

L’amour, toutefois, et la patience, - dit-il avec intonation et emphase – assument la priorité dans tous les processus secouristes ; cherchant à diminuer l’angoisse et le désespoir de ceux qui se sont trompés eux-mêmes et en souffrent les lamentables conséquences.

Invités spéciaux, pour la psychothérapie à travers des leçons émouvantes et riches d’enseignements libérateurs de vices, évoquant images et événements historiques qui méritent d’être repensés, sont présentés avec assiduité, en faisant partie du programme thérapeutique de ce Centre d’Esperança qui  symbolise toujours l’Amour qui ne manque jamais et qui attend patiemment. 

Restant silencieux, quelque peu ému, il nous laisse le réconfort qui exhale de la bonté de Dieu qui n’abandonne jamais les fils rebelles qui préfèrent les chemins tourmentés alors qu’ils pourraient prendre la route du bien et du devoir sans obstacles.

Et comme la nuit était couronnée d’étoiles et qu’un parfum balsamique flottait dans l’air, au fur et à mesure que le groupe se diluait, certains allant se reposer, alors que d’autres retournaient aux activités qu’ils devraient accomplir, nous continuâmes dans le local, méditatifs.

 

 

REMINISCENCE

 

 

Les informations du docteur Ignácio Ferreira nous ont donné la dimension parfaite de la grandeur spirituelle d’Euripedes Barsanulfo dont le dévouement profond à l’Evangile, à la lumière du spiritisme, a fait de lui un grand apôtre de l’Ere Nouvelle.

Poursuivant sa tâche en propageant l’amour à l’égard du Maître divin, au travers de son prochain pris dans la tourmente de l’hallucination, avec un groupe de dévoués messagers de la lumière, il a bâti, sans mesurer ses efforts, cet Hôpital consacré au secours des malades de l’âme et à l’étude préventive de la folie, ainsi qu’aux thérapies propres, avec des spécificités dans le domaine des troubles de l’obsession de nature médiumnique tourmentée.

La médiumnité, faculté inhérente à l’esprit dont tous les êtres humains, d’une certaine manière, sont porteurs, doit être honorée en étant exercée correctement.

Quand la médiumnité s’exprime plus ostensiblement, en raison des compromis spirituels antérieurs, c’est un domaine très vaste à explorer scrupuleusement, exigeant un comportement approprié en fonction de la magnitude dont elle est revêtue. En même temps, en raison des abandons et des conquêtes morales de son possesseur, se situant à un niveau vibratoire correspondant à son degré évolutif, elle produit des syntonies avec des Entités qui correspondent aux appels d’ondes énergétiques équivalentes.

Ceci étant, elle devient le véhicule de pensées et d’inductions propres à la syntonie de tous ceux, incarnés ou non, qui s’identifient aux sentiments du médium.

Pour cette même raison, quand la médiumnité se manifeste, il n’est pas rare qu’elle se transforme en de graves troubles pour son porteur qui entre dans une fréquence différente de l’habituel l’exposant aux conduites morales et mentales les plus diverses, provenant du monde spirituel, et qui se succèdent de manière intense et perturbatrice.

Dépourvu de connaissances et de ressources pour équilibrer les ondes psychiques et les sensations physiques qui sont à l’origine de celles-ci, il ressent des troubles nerveux, tels que l’anxiété, la dépression, l’insécurité, le malaise physique, les céphalées, les problèmes d’estomac, d’intestins, les vertiges qui résultent de l’absorption des énergies négatives qui lui sont dirigées par ses propres adversaires, ainsi que par d’autres Esprits, les uns pervers, d’autres moqueurs, presque tous malveillants…

Il est certain que grâce à la miséricorde divine, l’amour ne fait jamais défaut, il se manifeste aussi par l’inspiration de son Guide spirituel, par les incitations à la pratique du bien, à la prière et au devoir, mais qui ne sont pas toujours captées et décodées comme cela serait nécessaire pour l’obtention de résultats immédiats.

Sa tendance à la facilité et face aux mauvaises inclinaisons qui resurgissent du passé d’où chacun provient, font qu’il donne plus facilement refuge aux liaisons malveillantes qu’aux comportements supérieurs.

Cependant, quand le médium prend connaissance des leçons éducatives du spiritisme, notamment à travers les directives sûres du « Livre des Médiums », d’Allan Kardec, le parcours de sécurité se dessine avec plus d’efficacité, l’invitant à se soumettre au compromis sérieux du travail pour son propre bien ainsi que pour le bien commun.

Au fur et à mesure que le médium se moralise, il acquiert des résistances pour vaincre les persécutions spirituelles qui sont un grand obstacle à la réussite de son ministère, plus particulièrement face aux passions inférieures qui représentent un grand défi à affronter à tous moments.

La médiumnité, pourtant, peut être une épreuve douloureuse qui se transforme en tâche d’ascension ou en un sublime travail missionnaire qui, même ainsi, n’exempte pas l’individu des épreuves, des difficultés, des renoncements et de la vigilance constante qu’il doit maintenir.

Pendant mon plus récent séjour sur Terre travaillant avec des porteurs de la médiumnité, nous avons suivi de nombreux individus qui étaient tombés dans de terribles tromperies, poursuivis par leurs ennemis désincarnés qui ne leur accordaient pas de repos. Ceci arrivait parce qu’ils trouvaient en eux des prises psychiques ce qui leur permettaient un échange systématique et continu.

Je me rappelle, par exemple, du frère Ludgério qui avait pris l’habitude destructrice de boire dans sa jeunesse.

Porteur de facultés médiumniques tourmentées, par nécessité réparatrice, il a été retrouvé par ses ennemis désincarnés qui, très tôt, à l’âge de douze ans approximativement, l’ont induit à l’ingestion de boissons alcoolisées, initialement dans les fêtes de familles, puis à celles à caractère populaire très communes dans le village où il habitait, pour l’amener, les années passant, aux plus ignobles comportements et aux expériences les plus malheureuses.

Quand, pour la première fois, nous avons eu un contact personnel avec ce patient, il était excité et provocateur dans la salle de conférences doctrinaires de la Maison spirite où nous travaillions habituellement.

La réunion consacrée à l’étude du « Livre des Esprits » d’Allan Kardec était terminée, quand brusquement il est entré dans la salle, visiblement ivre, agressif, utilisant des mots vulgaires et des gestes grossiers pour se faire remarquer.

Gentiment reçu par un des membres de l’Institution, brutalement il commença à crier et devint menaçant, créant un malaise général parmi les personnes qui sortaient et d’autres qui parlaient ou prenaient congé.

Le déférent directeur de la Maison, le frère José Petitinga donnait des explications sur le thème abordé pendant la séance à un groupe d’intéressés quand son attention a été attirée par la confusion inhabituelle. Il s’approcha alors du frère Ludgério afin de l’accueillir. Avec beaucoup d’habilité, en lui touchant le bras et l’enveloppant de son subtil magnétisme, il l’éloigna de la salle publique, et l’emmena dans une pièce plus discrète, où il chercha à dialoguer avec patience et miséricorde.

Il était totalement impossible d’avoir une conversation constructive, en raison de l’état d’alcoolisme du visiteur inopiné dont les centres de discernement et de la logique se trouvaient bloqués. Les bienveillantes paroles du directeur attentionné provoquèrent une plus grande révolte chez les comparses spirituels, qui se satisfaisaient des vapeurs alcooliques qu’ils absorbaient par l’intermédiaire du souffrant de l’âme. Finalement, ils le laissèrent, après l’avoir maudit et lui avoir fait des promesses de vengeance en criant à haute voix, sans pour autant intimider ou perturber le psychothérapeute  serein.

Le patient, sans le soutien fluidique de ses persécuteurs, entra dans une légère convulsion, il tremblait et vomissait violemment, occasionnant une profonde compassion. Tout de suite après, il s’est évanoui, inconscient pendant quelques instants, son teint devint livide et sa respiration difficile.

Formant un cercle de prière, Petitinga, d’autres compagnons et moi-même, l’avons enveloppé de vibrations vigoureuses, en lui appliquant des passes restauratrices d’énergies qui lui permirent de reprendre conscience.

Une fois les instants les plus graves passés, la charité chrétienne le secoura, compte tenu des circonstances, l’enveloppant d’espoirs et de promesses de paix.

Après lui avoir donné de quoi s’acheter quelque chose à manger, Ludgério s’éloigna en regagnant la rue ensoleillée…

L’impression qu’il nous avait laissée, était très douloureuse. Il s’agissait d’un jeune d’approximativement vingt-huit ans, mais qui montrait déjà des signes d’usure produite par l’alcoolisme et le manque d’assurance, dérivés du processus d’obsession qui persistait avec violence.

Après cet incident, inspiré par les Guides spirituels, lorsqu’il était en mesure de se comporter avec un calme relatif, il est revenu de temps en temps, en état de sobriété, aux réunions doctrinaires. Le phénomène d’obsession étant avancé, on pressentait déjà des marques irréversibles dans les images mentales du patient. Ceci l’amena à confondre les paroles qu’il entendait et à se supposer facilement offensé quand quelque chose ne lui plaisait pas.

Il était généralement, d’un caractère irritable, ses manières étaient rudes et il était doté d’un ego très susceptible qui l’armait contre les autres personnes qui, par ailleurs, ne pouvaient même pas le regarder sans qu’il ne se fasse des idées, pensant toujours qu’elles le censuraient.

Etant donné la complexité de ce problème d’obsession, nous avons dû faire face tout d’abord à un patient arrogant, dont la douleur n’avait pas altéré sa conduite lors de son existence antérieure quand il s’était perdu dans une ligne de comportements obstinés et violents, trahissant le souvenir du pouvoir et de l’ostentation qui lui donnaient un aspect presque ridicule de prépondérance dans ses guenilles et sa saleté ; et ensuite, aux ennemis insolents et pervers, ceux qui avaient souffert de ses mains sans pitié, et qui aujourd’hui cherchaient à se venger sans aucun scrupule. Le combat s’installa quand, identifié dans l’actuelle réincarnation par ses anciennes victimes, il passa à la cohabitation psychique dominatrice, le conduisant au vice, dans lequel il éprouvait du plaisir, lui permettant de libérer des complexes d’excentricités qui étaient restés dans son inconscient.

On pouvait se rendre compte de la force de la haine qui existait entre eux, comparses de compromis, et quand il prenait conscience de l’interférence de ces Esprits sur sa conduite, Ludgério réagissait entre les blâmes et les malédictions qui dénotaient la révolte qui lui était propre, facilitant ainsi le rapport de champ vibratoire spécifique pour un plus grand échange avec ses persécuteurs. Ceux-ci, à leur tour, désiraient chaque fois plus sa défaite, ne se contentant pas de le voir dans la ruine physique, mentale et économique, sans aucun ami, dormant dans de véritables porcheries, dans les rues sales de l’horripilant bas fond où il restait à demi hébété… Ils avaient planifié de le recevoir, après avoir pompé ses énergies animales par vampirisme, au-delà de la porte du tombeau pour donner suite à leur vengeance.

A une autre occasion alors qu’il était plus lucide et relativement calme, nous avons eu une conversation plus posée, ayant ainsi recueilli des données très importantes pour une anamnèse de son cas et une étude attentive sur la question qui a toujours éveillé en moi un profond intérêt spirituel.

Il nous raconta que, depuis sa petite enfance, il faisait des cauchemars horribles, dans lesquels des êtres monstrueux le poursuivaient et menaçaient de le détruire, se présentant sous les formes les plus terribles que l’on puisse imaginer. Il se réveillait toujours, de ces sombres et mauvais rêves, trempé de sueur froide, paniqué. Les ombres de la nuit devinrent un incomparable tourment.

N’étant pas né dans un foyer équilibré, conséquence compréhensible, procédant du comportement antérieurement vécu, ses parents ne lui offraient pas la tendresse nécessaire. Ils le réprimandaient, le battaient, sans motif apparent, et l’obligeaient à rester silencieux devant la souffrance qui commençait à devenir insupportable, au point qu’il passa à appréhender les nuits et le sommeil. Lentement se sont installés en lui des sentiments de révolte vis-à-vis de ses géniteurs et de ses frères, avec qui il n’avait pas de bons rapports, conséquence possible de son propre tempérament.

Toujours dépressif et atterré, il fréquenta l’école publique primaire mais y manifestait un comportement antisocial, jusqu’au jour où il but sa première gorgée d’alcool à l’âge de douze ans, à l’occasion de l’anniversaire de son père. L’ignorance était si grande dans sa famille que ce jour là, vaincu par une hallucination, créant une telle confusion, il fut battu sans pitié. Il se mit alors, à prendre des boissons alcoolisées en cachette et à se livrer à des pensées vulgaires dans le domaine sexuel qui constituait pour lui un tourment cruel, en raison de la manifestation d’impuissance psychologique qui était aussi le résultat de la somatisation des conflits entretenus, ainsi que de l’effet de l’alcoolisme en installation dans son organisme affaibli.

Au fur et à mesure que les années passaient, il voyait diminuer les perspectives de vie joyeuse ou heureuse. Suite à des disputes familiales continues, quand sa présence devint insupportable dans sa difficile famille en raison de ses crises alcooliques qui devenaient longues et gravement dangereuses, il se sentit attiré par les quartiers de la prostitution.

A plusieurs reprises, il fut emmené en cellule par des policiers impitoyables qui l’avaient surpris dans des maisons lascives, dans des situations déplorables, ou alors pour avoir créé le désordre dans des bars, quand on refusait de lui servir des boissons qu’il ne pouvait payer.

Il était transformé en paria social, détesté par les uns et menacé par les autres, compagnons de malheur.

Il n’avait jamais entendu parler de spiritisme, cependant, il savait instinctivement que la mort n’était pas la fin de la vie ; pour cela, dans ses délires alcooliques, il arrivait à détecter ses ennemis qui l’angoissaient et qui l’amenaient à se souvenir des actes ignobles dont ils avaient souffert. Ils juraient de ne jamais lui pardonner, mais plutôt de se venger sans pitié jusqu’à ce qu’en rampant, il goûte au paroxysme des souffrances qu’ils lui imposeraient.

Il s’agissait, comme on le voit, d’une très difficile conjoncture spirituelle, dont l’altération dépendrait du patient soumis et sans résistances morales, face à la longue période de délivrance spontanée. Malgré cela, nous cherchions à l’envelopper de tendresse, en lui offrant les instruments puissants de l’Evangile de Jésus, en particulier l’amour et le pardon, qu’il devrait utiliser avec assurance, afin de reconquérir ceux qu’il avait maltraités, et qui maintenant commettaient la même erreur en se transformant en justiciers pour se venger.

Semblant se réveiller d’une longue transe, il  fréquenta les réunions dominicales d’exposés doctrinaires, débutant ainsi une période d’abstinence alcoolique. Secouru par notre Maison, qui cherchait à l’aider économiquement, il se sentait attiré par les antres du passé, quand ses compagnons de malheur l’incitaient à de nouvelles libations alcooliques, tombant plusieurs fois en récidives douloureuses.

Quelquefois, baigné de larmes, il nous disait qu’on refusait toujours de lui donner des aliments, tandis qu’on lui offrait plutôt ces maudites boissons. Sans résistances morales et dépendant des toxiques de l’alcool, il faiblissait, face aux désincarnés qui non seulement inspiraient les donateurs mais l’induisaient à sa chute…

Sincèrement sensibilisés par le cas de Ludgério, à une occasion propice, pendant nos réunions hebdomadaires de thérapie de désobsession, nous avons questionné le Bienfaiteur qui dirigeait la session, sur ce que l’on pourrait faire pour aider notre malade déséquilibré. Il nous expliqua qu’il amènerait lors de l’aide spirituelle l’un de ses ennemis, afin de nous donner une idée de la gravité perpétrée.

Quelques semaines plus tard, le désigné obsesseur incorpora l’un de nos médiums somnambuliques qui, criant, haletant et pris de rage sous l’emprise de la haine, déclara, de manière sauvage :

- Je suis là, pour répondre à la demande de M. Miranda qui ose se mêler de problèmes qui ne le regardent pas. Je n’ai jamais eu de défenseurs, j’ai étouffé mes peines pendant trop longtemps dans un silencieux sacrifice, et maintenant, je peux me venger du bandit qui conspira au fil des années, sans aucune pitié ou miséricorde. Que prétendez-vous, monsieur le bienfaiteur ?

Utilisant la parole avec prudence tout en faisant preuve de compréhension concernant le drame dont le malheureux, avait été victime, nous avons essayé de lui rappeler que personne n’échappe à la Justice Divine, et de prendre en considération la signification pour nous tous des instants présents, et nous offrir l’occasion de reconnaître la faillibilité de nos évaluations et de nos façons de voir la vie, dans une tentative d’aller jusqu’aux sentiments obnubilés.

Totalement désorienté, dans l’aveuglement qui le prenait, il se mit à raconter en détail les événements qui l’avaient rendu malheureux, tout comme d’autres victimes qui participaient maintenant au programme de vengeance.

Nous l’avons laissé extérioriser son malaise et ses rancunes et avec arrogance, il s’écria :

- Notre plan est un plan collectif auquel participent plusieurs adversaires qui le détestent. Nous allons l’armer contre quelqu’un, afin qu’il commette un crime sordide, pour lequel il n’y aura pas de pardon possible. Ceci réalisé, nous l’aurons pour toujours sous notre emprise.

- Mais les amis, avons-nous répondu avec patience, vous ne savez pas, par hasard, que les programmes divins sont autres, avec des caractéristiques très différentes de celles que vous établissez contre le frère soumis à votre obstination ?

- Bien sûr que nous le savons, riposta-t-il, démontrant une supériorité intellectuelle. En attendant, c’est lui le débiteur, à qui nous refusons des excuses, vu qu’il n’a jamais eu la moindre pitié pour ceux qui souffraient cruellement. Pervers et obstiné, capricieux et mauvais, se considérant au dessus des Lois, il a détruit d’innombrables vies qu’il aurait dû préserver, dominé par la folie du pouvoir qui aussitôt échappa de ses mains sinistres quand arriva la mort.

- Il est curieux d’observer, avons-nous analysé avec une pitié fraternelle, que l’ami le récrimine, mais au fond procède de la manière qui lui est reprochée, en utilisant les mêmes mesures dont il est accusé, vous exposant ainsi à votre tour à de futures condamnations, non moins malheureuses que celles dans lesquelles se trouve votre ancien ennemi. De même qu’il n’est de victime innocente, aucun bourreau ne sera exempté de ses crimes sinon au travers des mécanismes souverains de la Vie. Seul l’amour a la clé pour déchiffrer toutes les énigmes existentielles et solutionner les difficultés du chemin évolutif. Aussi, nous vous prions, vous et vos compagnons, de lui donner une chance au moins, pour qu’il se réhabilite pour le bien et qu’il puisse l’offrir à ceux à qui il a porté préjudice et plus particulièrement à ceux qui ont été offensés…

- Jamais ! Nous a-t-il interrompu, rudement. Il nous paiera, et ceci arrivera sans tarder… Nous allons utiliser la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent.

- L’ami a oublié l’amour, avons-nous dit avec pitié, comme nous l’a enseigné Jésus. Seul l’amour possède les mécanismes qui désagrègent les constructions du mal,  engendrant la bénédiction tout en  harmonisant le bien.

Le communicant, pris alors d’un rire moqueur, ajouta avec ironie :

- Ne me parlez pas d’amour, ni au nom de Jésus. Lui aussi se disait chrétien, le lâche, qui, après avoir pratiqué des crimes ténébreux contre ceux qui lui déplaisaient, courut au culte religieux auquel il était lié et demanda pardon à son confesseur également infâme, qui l’écouta, alors que ses victimes étaient dilacérées par le fouet, trucidées par des méthodes pleines de perversité. Où est l’amour de ce Jésus ?

Profondément consternés, nous avons expliqué :

- Nous ne pouvons pas confondre la Doctrine du Maître avec les hommes qui l’utilisent pour justifier de leurs propres misères et des passions passagères. Loin des sentiments qu’ils proclament, ils exploitent et mentent, se trompant eux-mêmes et ceux qui se laissent conduire par ces fantaisies, sont également intéressés par cette union d’illusions et d’hypocrisies. Le Maître s’est offert en holocauste et cela même alors qu’il était abandonné de tous.

- Jamais nous ne lui donnerons l’occasion de répéter ce qu’il a déjà fait, et nous sommes pressés de conclure la tâche commencée. Riposta-t-il avec colère et nervosité.

Nous avons gardé le silence. Le moment n’était propice à aucune discussion verbale, ni à un débat qui serait inutile. Recueillis dans la prière, nous avons écouté ses paroles finales clamant des représailles.

- Le mal dévore ceux qui le nourrissent, nous le savons. Tant que n’arrive pas notre tour, nous devenons des instruments habiles pour que ces lois s’accomplissent sans aucune déviation.

Comme il n’existe pas de violences dans nos compromis avec la vie, nous ne pouvions le retenir, il décida de s’éloigner du médium d’où il a été retiré tendrement par le Mentor. Cette tâche restant inachevée nous laissait un sentiment de frustration.

Postérieurement, notre Instructeur nous expliqua que le moment était grave, et que seul l’effort du patient pourrait modifier la vengeance élaborée par ses ennemis, ce qui paraissait assez difficile…

A peine deux semaines plus tard, nous avons été informés de la tragédie dans laquelle s’engagea le pauvre Ludgério, mettant fin à son existence physique.

Discutant un soir avec un autre compagnon tout aussi ivre, comparse de ses extravagances alcooliques, dans un des bars où ils se réfugiaient Ludgério a été pris d’une crise de folie, complètement halluciné, il a attrapé un couteau posé sur le comptoir du taudis et en a frappé, plusieurs fois, le tenancier, le tuant sur le coup.

La scène de sang, outrageante et horrifiante, provoqua la colère des personnes présentes et des habitués de cet horrible local qui, inspirés par les Esprits vampires pervers, se jetèrent contre l’alcoolique, le lynchant sans aucun sentiment d’humanité ; avant même que la police qui fréquentait les lieux n’ait pu intervenir.

Tout lynchage démontre le primitivisme dans lequel vit encore l’être humain, et résulte de l’explosion de la haine qui assaille les imprévoyants, qui en viennent à se servir d’instruments inconscients inspirés par les nomades spirituels pervers qui donnent évasion aux mauvais sentiments à travers des passions déséquilibrées…

La sordide scène du Calvaire est bien l’exemple de ce phénomène de primitivisme dans lequel beaucoup d’individus se situent. Cet homme là, qui ne faisait que le bien et aimait au delà de tout et de tous, a été trompé, abandonné et crucifié, après un jugement arbitraire, appuyé par la masse qui avait tant reçu de Lui. Et même sur la croix, inspirée par les bandes sauvages de l’erraticité inférieure, la foule, devenue son ennemie du dernier instant, criait ironiquement dans un hallucinant rire macabre et hypocrite :

- N’es-tu pas le Messie ? Descends alors de ta croix pour qu’on puisse voir et croire.

Les journaux ont fait beaucoup de bruit sur ce malheureux événement, qui pour nous qui connaissions Ludgério, nous a beaucoup sensibilisé, nous laissant un témoignage lourd de réflexions et d’interrogations qu’il nous serait possible de comprendre qu’après sa mort.

A cette occasion, nous nous sommes demandés s’il n’y avait pas eu une faille dans l’aide spirituelle qui avait commencé en vue d’atténuer le processus d’obsession. Pourquoi les ennemis avaient-ils réussi à atteindre les objectifs établis ? Pourquoi n’avons-nous pas été en mesure d’approfondir les thérapies plus efficaces en faveur des désincarnés quand eut lieu la communication psychophonique avec l’un d’entre eux ? D’autres questions sont restées en suspens, jusqu’à ce que le grand consolateur, nous apporte la lumière souveraine de la logique du spiritisme.

Après sa mort physique, encore intéressés par le cas Ludgério, nous avons essayé de le retrouver, sans succès. Nous avons su, finalement, que celui, qui avait été victime de l’odieux homicide, le tenancier, était l’un de ses comparses de jadis qui n’était pas d’accord quant au partage des terres qui avaient été volées aux paysans modestes qui souffraient de la domination arbitraire, et qui devinrent également ses adversaires. Depuis, unis par les crimes, un pont d’animosité s’était établi entre eux. Comme les adversaires spirituels étaient liés à Ludgério et au tenancier, ils avaient trouvé un champ vibratoire propice pour l’assassinat de caractère spirituel.

Face à cette pénible histoire, dans d’autres circonstances, je me suis toujours demandé comment les lois terriennes jugeraient les criminels qui avaient été victimes de leurs ennemis désincarnés ? Puniraient-elles l’homicide visible qui, à son tour, est victime d’autres accusés criminels ? Et comment atteindre ceux qui se trouvent au delà des ombres terriennes dans des paysages immortels douloureux, et qui restant odieux, manquent de ressources propres pour analyser et comprendre leur état dans ces régions ?

Voilà les questions qui restaient en suspens et nous souhaitions toujours obtenir des réponses, en raison de la fréquente répétition des délits de cet ordre et autres crimes sous l’inspiration d’êtres spirituels désincarnés. Nous pouvons également prendre en considération les cas de suicides dont la traître présence et l’induction des bourreaux désincarnés, responsables de tant de tourments,  assaillent journellement une grande part de la société dans le monde entier …

Maintenant, certainement, nous pensions enfin avoir l’occasion de trouver des réponses grâce aux admirables chercheurs sur ce sujet, grâce aux détails obtenus concernant les quelques frères délinquants internés à l’Hôpital spirituel.

Et parce que la nuit avançait incessante et généreuse, je cherchai le repos, espérant la bénédiction du lever du jour.

 

 

NOUVELLES DÉCOUVERTES

 

 

Une semaine à peine après la nuit conviviale et réconfortante avec le docteur Bezerra de Menezes, nous avons reçu une nouvelle invitation, émanant du docteur Ignacio Ferreira, pour participer à une autre rencontre qui devait se dérouler dans la salle de conférences de l’Hôpital et dont le thème avait pour titre Les homicides spirituels.

 A l’heure convenue, nous nous sommes dirigés vers l’Hôpital Esperança.

En arrivant, nous avons rencontré quelques amis qui avaient participé à l’événement précèdent. Ensemble nous nous sommes rendus dans le local où se réalisaient diverses conférences et débats sur des sujets d’intérêt commun, relatifs aux tourments d’obsessions.

Certains d’entre eux avaient exercé une profession médicale sur Terre, dans le domaine de la psychiatrie. Ils avaient réussi à concilier la connaissance académique avec les informations salutaires de la  doctrine spirite  qui élucidaient mieux la psychogenèse des diverses perturbations psychiques, y incluant la cruelle obsession.

Quand nous sommes arrivés au local, un léger murmure parcourait les galeries. Une anxiété salutaire planait dans l’air dans l’attente de la présence du conférencier qui, sur Terre, avait participé aux activités encore pionnières dans ce domaine délicat de la santé mentale.

Alors qu’il était encore incarné, le docteur Ignacio Ferreira avait pratiqué avec beaucoup de soins le traitement de diverses psychopathologies, incluant les obsessions opiniâtres, dans l’hôpital psychiatrique qu’il avait édifié dans la ville d’Uberaba et qui lui fut un précieux laboratoire pour les études et approfondissements de la psyché humaine, spécialement en ce qui concerne l’intercommunication entre créatures et Esprits désincarnés.

Maria Modesto Cravo a été initiée par le noble Esprit du docteur Euripedes Barsanulfo quand des phénomènes insolites commencèrent à la perturber, et, grâce à sa faculté précieuse, elle se révéla être un dévoué serviteur du Bien. Les bons Esprits utilisaient sa médiumnité éprouvée, et tout particulièrement Euripedes lui-même, pour apporter des éclaircissements aux chercheurs, ainsi que pour la mise en pratique de la charité.

Cette gentille dame, de religion catholique, dotée d’une ferveur caractéristique du cœur féminin, fut subitement assaillie par la clairvoyance lucide ainsi que par des phénomènes électriques qui l’affligeaient, et cela à chaque fois qu’elle touchait des objets métalliques, provoquant des chocs particuliers. Après avoir vu quelques médecins locaux qui ignoraient complètement la cause de tels phénomènes, désorientée et cela était compréhensible, elle consulta avec beaucoup de gêne le psychiatre spirite qui la soumit immédiatement à une soigneuse anamnèse, constatant la médiumnité responsable des occurrences afflictives.

Après l’avoir éclairée sur la cause de ses troubles, il lui proposa une sérieuse étude du spiritisme, ce qu’elle fit avec respect et considération, ainsi qu’à son époux qui était intrigué par la singularité de ces manifestations vraiment étranges.

Lors de l’une des expériences d’éducation de la médiumnité où se trouvait la respectable dame en transe profonde, le noble Euripedes se manifesta, et expliqua les raisons de la phénoménologie tout en faisant des recommandations de soins compatibles afin que cette personne puisse exercer correctement le compromis supérieur qu’elle avait programmé avant son actuelle réincarnation, et contribuer avec efficacité en faveur des infirmes mentaux et de bien d’autres personnes porteuses de troubles transitoires de comportement.

Pendant plusieurs années cette digne femme se soumit aux instructions de ses dévoués Mentors, incarnés et désincarnés, travaillant avec discipline et dévouement. A sa désincarnation, ayant obtenu le triomphe de la victoire, elle fut convoquée plus tard à donner suite à ce même service dans notre sphère d’action.

Avant que ne débute la conférence, sont entrés dans l’auditorium, avec le conférencier, le respectable Euripedes et Madame Maria Modesto. Immédiatement Euripedes proféra une prière émouvante, puis il présenta l’orateur qui prit place à la tribune, pendant que ses collègues s’asseyaient autour de la table, à côté de celui qui présidait la réunion.

Le docteur Ignacio était serein et rayonnant. Face au silence qui se fit naturellement, il commença son exposé, utilisant les salutations qui caractérisaient les rencontres entre les chrétiens de la première heure :

- Que la paix du Seigneur soit avec nous !

Pèlerins sur le chemin des réincarnations, cherchant l’illumination et la paix, nous nous sommes plongés dans la vie physique et corporelle et nous en sommes sortis, grâce au dévouement des généreux Guides qui se responsabilisent de nos tentatives évolutives. Ainsi, la Terre sera toujours pour nous la mère tendre et généreuse que nous n’avons pas tous su préserver en un concept élevé.

Honorés par les occasions successives de croissance intérieure, nous nous présentons toujours selon les conquêtes réalisées lors des expériences antérieures qui marquent nos pas et qui nous aident à rompre avec le joug tenace de l’ignorance, de la perversité et du primitivisme. Jugulés en raison des actions que nous n’avons pas su pratiquer avec l’élévation nécessaire, nous répétons les comportements ou avançons toujours en vu de la conquête intérieure de valeurs encore endormies. Victimes de la paresse mentale, pour beaucoup nous n’arrivons pas à avancer quand cela serait nécessaire, et, pour cela, nous formons des groupes de répétiteurs de leçons qui restent sans profits. L’égoïsme, ce bourreau implacable qui est en chacun de nous, est l’adversaire déclaré de notre processus de développement spirituel. Face à sa domination, nous déclinons vers l’orgueil, la présomption ; ensuite nous nous éveillons à la raison, en nous attribuant des qualités que nous sommes loin de posséder. En conséquence, nous devenons susceptibles dans notre conduite personnelle, disputant des crédits que nous ne possédons pas au détriment d’autres créatures, nos sœurs.

Ce comportement malsain génère des antipathies qui auraient pu être évitées, heurts qui ne se trouvaient pas programmés, préjugés qui nous retiennent en arrière. Incapables que nous sommes de discerner ce que nous pouvons faire par rapport à ce que nous devons faire, nous nous allouons des recours dont nous ne disposons pas ; plutôt que faire des efforts pour vivre une authentique fraternité, nous nous séparons en groupes qui s’agressent réciproquement, semant la discorde et le divisionnisme ingrats qui pour nous se transforment en menottes d’ombre et de douleur.

Et cela même, quand, invités par Jésus à un changement de conduite salutaire, les vanités intellectuelles recueillies dans les Académies ou en dehors de celles-ci nous assaillent et nous amènent à l’excès en nous faisant mépriser le Maître  que les écoles spécialisées   considèrent comme un mythe ou un archétype introduit dans notre inconscient. Face à cette attitude perturbatrice, nous dérapons dans de lamentables situations d’angoisse et de déséquilibre, qui nous maintiennent loin de la connaissance profonde de l’Esprit, seule capable de nous libérer totalement de la dictature de l’ego. Cette attitude maladive est créée par la vanité et soutenue par les illusions du corps, nous déviant du chemin que nous aurions dû suivre afin de conquérir définitivement la plénitude dans la vie éternelle.

Sonne le moment approprié de notre  détermination spirituelle face aux défis qui surviennent et aux appels qui nous sont  adressés de toute part, soit des cœurs affligés  incarnés, soit encore par d’autres qui se sont perdus dans les labyrinthes des passions primitives dont ils n’ont pas encore pu se libérer. N’est-ce pas, de cette manière, par hasard, que nous sommes ici réunis une fois de plus sous les bénédictions du Sage médecin qu’est Jésus. 

Il y eut une brève pause pour nous permettre  de suivre avec attention les exposés.

Une brise légère, parcourait la salle de conférences. Tous restaient sereins et attentifs, en syntonie avec la pensée de l’exposant qui aussitôt continua :

- La grandeur de la vie s’exprime avec une telle force qu’enveloppé par le corps physique ou sans lui, l’être spirituel vibre riche de vie. Cependant plongé dans l’épais voile de la chair, une partie du discernement est engourdie et la vision globale lui devient limitée. Mais en se dépouillant de l’enveloppe matérielle, la plénitude des fonctions est alors récupérée, pouvant évaluer le résultat des expériences vécues, des constructions édifiées et des plans antérieurement tracés et mesurer s’ils ont été exécutés selon leur élaboration ou s’il y a eu échec entre l’intention et l’action. Pourtant et toujours, la lumière de la divine miséricorde soutient, inspire, conduit, désirant le développement infini de l’esprit. Cependant, face à la rébellion qui demeure dans la conduite d’une expressive majorité, ceux-ci retardent le bonheur, se trompant, pour après réparer, se compromettant, pour plus tard se rattraper, en acquérant des résistances, pour vaincre le mal qui est encore, avançant toujours et sans cesse. Même dans les apparentes existences malmenées, l’être acquiert des valeurs qui contribueront à sa pleine réalisation car rien n’est inutile dans ce processus d’ascension. L’apprentissage, pour cela même, est obtenu au travers de l’erreur et de la sagesse, de la perception du fait et de comment le réaliser, ainsi que de l’illumination qui sont les vraies méthodologies pour améliorer chaque élève de l’Ecole de la Vie.

Et quand il y a équivoque de cette façon d’agir et de se repentir, surgissent les  unions douloureuses, exigeant des réparations également afflictives.

Cela parce que l’erreur est rarement individuelle. Presque toujours d’autres personnes sont impliquées avec lesquelles l’être cohabite ou auprès de qui a été établi un programme d’affectivité, d’intérêts communs, de luttes nécessaires. Et chaque fois que quelqu’un trahit la confiance ou que quiconque se moque du respect et de la dignité d’autrui, s’établissent des liaisons perturbatrices entre l’agent et sa victime. Cette dernière, destituée d’élévation morale, au lieu d’oublier et de pardonner, se tourmente dans le désir de vengeance, voulant faire payer les maux dont elle se croit l’objet. N’étant pas préparée pour comprendre que le mécanisme du progrès exige discipline et témoignage, les tempéraments arbitraires se rebellent et se proposent de faire justice avec leurs propres mains, un attentat grave contre l’ordre établi et contre la propre Vie. Cependant personne ne peut être le juge honnête de sa propre cause, par l’impossibilité d’harmoniser ou d’éliminer les émotions qui dictent presque toujours des comportements égoïstes et perturbateurs. Alors, les mailles du filet de l’obsession s’établissent, attachant négativement les uns aux autres les individus qui s’agressent et se déconsidèrent.

Par conséquent, l’obsession est la pandémie qui reste presque ignorée malgré sa virulence et pour laquelle, dans sa terrible irruption, les hommes n’ont pas encore  réfléchi à un projet de vaccination préventive ou de thérapies guérisseuses. Aussi ancienne et lointaine que la propre existence terrestre - en vertu des affinités perturbatrices entre les hommes - tous les Guides religieux lui attribuaient différentes désignations, utilisant toujours les mêmes méthodes pour son éradication, tels que : l’amour, la pitié, la patience et la charité envers ceux qui sont  enserrés dans cette terrible trame. Une fois passées les périodes vécues, presque immédiatement, ils ont oublié de mettre en avant la pratique des leçons spécifiques reçues. Face à la tendance vers un engagement émotionnel avec la mythologie, ils confondent la révélation du phénomène médiumnique avec les idées d’archétypes qui restent semi-endormies dans l’inconscient et qui occupent les paysages mentaux, sans les critères correspondants de la compréhension, pour investir des efforts dans son équation, les transférant ainsi à la galerie du fantastique et du surnaturel. 

Souhaitant que l’auditorium absorbe les réflexions psychologiques et historiques de son exposé, il s’arrêta quelques secondes, poursuivant ensuite :

- Grâce à la grandiose contribution scientifique du spiritisme dans le laboratoire de la médiumnité, en constatant la survie de l’être et son échange avec les créatures terrestres, l’obsession sort du temple mythique pour faire partie du quotidien de tous ceux qui pensent. Cette infirmité d’origine morale exige une thérapie spécifique approfondie dans la transformation spirituelle de tous ceux qui en souffrent. Il arrive, cependant, comme il est facile de le prévoir, que cette psychopathologie, qui succède à beaucoup d’autres, présente toujours chez le patient qui en souffre de graves oppositions à son traitement. Quand, encore lucide, celui-ci se refuse à recevoir l’orientation convenable, et, qu’au fur et à mesure qu’il devient plus tenace, les résistances intérieures deviennent plus vigoureuses. D’une part, en raison de sa vanité personnelle, pour ne pas paraître porteur de la folie car c’est ainsi qu’il se sent, et d’autre part parce qu’il subit  des martèlements obsessionnels, -l’agent du trouble opposant des difficultés à l’infirme en lui transmettant des réactions violentes pour que le traitement spécial n’aboutisse pas. Dans tous les cas, cependant, le temps exerce le rôle d’éducateur pour convaincre la victime de la parasitose spirituelle, au travers de la souffrance punitive, et quant à la nécessité de se soumettre aux soins libérateurs.

Commençant de façon subtile et perverse, l’obsession, sauf dans les cas d’agression violente, s’installe dans la toile mentale au travers des délicats tissus énergétiques du périsprit pour atteindre les structures neurales, troublant les synapses et l’harmonie de l’ensemble encéphalique. Ceci fait, le chimisme neuronique perd son harmonie, face à la production déséquilibrée des enzymes qui surchargeront le système nerveux central, faisant place aux troubles de la raison et des sentiments. D’autres fois, l’incidence de l’énergie mentale de l’obsesseur sur le patient non vigilant atteindra par le système nerveux central, certains organes physiques qui souffriront de déséquilibres et perturbations, enregistrant des dystonies correspondantes et des comportements altérés. Quand il s’agit d’Esprits sans expérience, persécuteurs sans structures, l’action magnétique est automatiquement due à l’affinité existante entre l’incarné et le désincarné, créant des décompensations mentales et émotionnelles. Toutefois, au fur et à mesure que l’Esprit acquière les commandes du mental de sa victime, il s'aperçoit qu'il existe des méthodes beaucoup plus efficaces pour une action profonde, passant alors à les mettre soigneusement en pratique. Encore que, dans ce cas, il apprend avec d’autres comparses plus pervers et plus entraînés dans les mécanismes de l’obsession, les meilleures techniques d'affliction, agissant consciencieusement dans les domaines périspirituels de l’ennemi, dans lesquels il implante de délicates cellules actionnées par télécommande qui se mettent à fonctionner comme des foyers destructeurs de l’architecture psychique, propageant et amplifiant le champ vibratoire néfaste, qui atteindra d’autres régions de l'encéphale, se prolongeant par le réseau lymphatique à tout l’organisme qui souffrira de dommages dans les domaines affectés.

Les fixations mentales établies, le pensionnaire désincarné lentement assume le commandement des fonctions psychiques de son hôte, le manipulant à son bon plaisir. Ceci, toutefois, survient, en raison de l’acceptation parasitaire que l’infirme éprouve, mais, s'il réagissait autrement il pourrait changer de comportement pour son bien, et réussirait à annuler ou détruire les inductions négatives dont il est devenu victime.

Cependant, adapté à l’accommodation mentale, aux habitudes irrégulières, se complaisant dans le déséquilibre, il perd les commandes et le contrôle de lui-même, pendant que s’établit le contact entre l'attaquant désincarné et sa victime, alors qu’il ne lui manque que l’aspiration au bien, l’induction au changement de conduite morale, l'aspiration au bonheur. Victime, de lui-même, par auto-compassion ou par opposition systématique, il ne considère pas les orientations ennoblissantes qui lui sont envoyées, accueillant les insinuations maladives et perverses qu'il arrive à capter.

La parole de Jésus fait  abondamment défaut dans les cœurs et dans l’esprit des créatures humaines des deux côtés de la vie. Source d’extraordinaire sagesse, Ses leçons, quand elles sont vécues, offrent la santé et la plénitude de la paix, immunisant l’être de terribles troubles de tous ordres. Mais le monde ne comprend pas consciemment la valeur significative du Maître dans sa condition de Modèle et de Guide de l'humanité, ce qui est déplorable, et il souffre des conséquences de cette indifférence systématique. »

A nouveau l’orateur fit une pause opportune dans son allocution.

Pendant ce temps, mon cerveau bouillait d’interrogations sur ce thème palpitant. Cependant, ce n’était pas le moment de me couper de la réflexion inspirée par ses paroles.

Continuant, le docteur Ignacio Ferreira ajouta :

- Tout comme l’inspiration spirituelle est présente dans tous les phénomènes de la nature, activités humaines comprises, il est compréhensible qu’au delà des tourments de l’obsession très bien catalogués par Allan Kardec – simples, par fascination et par subjugation – les objectifs que les persécuteurs se proposent d’atteindre soient très variés. Voilà pourquoi leur méchanceté va jusqu’à certains crimes sordides, tels que : les suicides, les homicides, les guerres et bien d’autres calamités, par l’intervention qu'ils réalisent sur le comportement de tous ceux qui ont des affinités avec leurs plans néfastes. Ils agissent par des programmations habiles, intentionnellement élaborées, conquérant les résistances de leur dépendant mental, de sorte que, presque toujours, parce qu'il n’y a pas une réaction claire et définitive de la part de leur victime, ils atteignent les objectifs morbides auxquels ils se livrent fous de rage.

A l’occasion de ces graves interventions dans le psychisme de leur hébergeant, ces énergies nuisibles provoquent des taux plus élevés de sérotonine et de noradrénaline produits par les neurones qui contribuent à l'apparition de troubles psychotiques maniaco-dépressifs qui sont responsables des sautes d’humeur et qui dévitalisent le patient qui se trouve de plus en plus soumis à son agresseur. C’est à ce stade que la victime est induite au suicide, au travers de l’hypnose continue ; l’obsesseur se transforme alors en véritable assassin sans que l’infirme ne se rende compte de la situation dangereuse où il se trouve. Il ressent un vide dans les objectifs existentiels ; la mort se présente comme une solution pour ce mal être qui l’envahit, car il ne perçoit pas la captation cruelle de l’idée du suicide fixée dans son mental. Très souvent poussé au crime infâme de la destruction de son propre corps, il est victime du pouvoir de la force mentale de son adversaire désincarné. Il y a certainement, pour ce malheureux, des circonstances atténuantes, en raison du processus malsain dans lequel il s’est laissé incarcérer, en dépit des divines inspirations qui ne cessent d'être dirigées vers les créatures, et les avertissements qui arrivent de toutes parts, pour le respect de la vie dans toute sa noblesse.

Le même phénomène apparaît quand il s’agit de certains homicides planifiés dans le monde spirituel, dans lesquels les bourreaux utilisent des infirmes de l'obsession, les armant pour réaliser des crimes néfastes. Réalisant ce travail à long terme, ils interviennent sur la conduite mentale et morale de l'obsédé, au point d’interrompre le flux du raisonnement et de la logique, les étourdissant et les dominant. Aussi pervers que dénaturés, certains de ces persécuteurs malheureux utilisent l'incapacité de réaction des patients pour les incorporer, pouvant rassasier leur soif de vengeance contre ceux qui sont à leur portée. Utilisant les recours de l’invisibilité matérielle, ils déchargent lâchement la dague de la haine sur leurs victimes sans défense, tombant, plus tard, dans leur propre piège, car ils n’échapperont pas à la justice divine installée dans leur propre conscience et vibrant dans les Lois cosmiques qui les atteindront toujours.

De manière identique, ils déclenchent des guerres entre groupes, peuples et nations dont les dirigeants se trouvent en syntonie avec leurs terribles programmations, formant de vraies légions qui combattent dans des luttes sanguinaires visant à atteindre les malheureux objectifs auxquels ils se proposent. Ces causes étant inconnues des sociologues, des politiques, des psychologues, des religieux, ils n’arrivent pas à les détecter, mais elles sont vives et actives dans les paysages terrestres, que la réincarnation s’occupera de corriger sous la sublime direction de Jésus. »

Alors que l’orateur réfléchissait, nous nous rendions compte de la gravité de l’obsession génératrice de confusions et de malheurs collectifs, au travers de ceux qui devenaient leurs instruments dociles aux commandes dans la condition d’ennemis de l’Humanité. Le thème se présentait beaucoup plus profond et grave que nous avions pu l’imaginer, bien que par déduction, nous n’ignorions pas qu’il en fut ainsi.

Nous n’avions pas de temps pour de plus amples réflexions, le noble orateur continua.

- A l’origine des innombrables maux qui affectent la collectivité humaine, nous trouvons l'échange spirituel qui se manifeste avec assurance. Les obsessions dominent désordonnées. Ceci ne veut pas dire que les créatures terrestres sont à la merci des forces destructrices des errements inférieurs. Partout la miséricorde de Dieu est présente invitant au bien, à l’amour, au bonheur de vivre. Cependant, l’option malheureuse, d'un grand nombre de créatures est divergente de cette offre, ce qui facilite l’assimilation des idées ténébreuses qui leurs sont dirigées. Même ainsi, face à la préférence des terribles hallucinations, l'amour est présent, souverain, il attend, et lorsqu’il n’est pas capté, la douleur enchaîne les êtres, les conduisant à une juste attitude moyennant un éveil opportun.

Tous ces criminels spirituels, une fois achevées les batailles dans lesquelles ils se sont jetés, ressentent une frustration peu commune, pour avoir perdu les objectifs qu’ils s’étaient donnés ; ils se rendent compte alors des tourments intimes dans lesquels ils ont fait naufrage, ils découvrent qu’ils n’ont plus d’objectifs, ni de raison d’être… Mais comme ils ne peuvent fuir l’état dans lequel ils se trouvent, ils sont attirés par les douloureuses incarnations compulsionnelles et expérimentent les effets des hécatombes qu'ils ont aidé à mettre en place. Ils plongent, alors, dans la grande nuit terrestre de l'abandon, de la folie, des anomalies ; cloîtrés en infirmités réparatrices, ils vivent de rudes expiations qui leur seront une opportunité bénie pour retrouver le chemin du futur…

Le Maître Jésus a solennellement énoncé :

- Venez à moi vous qui êtes fatigués et je vous soulagerai, complétant avec assurance :

- En vérité je vous le dit, personne ne sortira de là (de l'abîme) sans avoir payé jusqu'au dernier centime. Il soulage tous ceux qui Le cherche sous le lourd fardeau des afflictions ; cependant, il est nécessaire que la dette morale contractée soit rachetée jusqu'au dernier sou, et ce ne sera que lorsque le débiteur se sentira équilibré pour cohabiter avec celui qui a souffert du manque de pitié. Etant pardonné, il se réconciliera avec sa propre conscience et son prochain. Toutefois, ce n’est qu’au travers du pardon et de la réconciliation, de la réparation et de l’édification du bien incessant que le fléau de l’obsession disparaîtra de la Terre d'aujourd’hui et de demain, ce à quoi nous devons tous nous engager dès maintenant. »

Montrant une émotion bien contrôlée, il conclut :

- L’amour est le bien éternel qui dépasse toutes les situations, même les plus calamiteuses, montrant le chemin et ouvrant les espaces pour la réalisation du bonheur total. Le vivre dans un climat d’abondance, c’est le devoir que nous devons nous proposer, nous inondant de sa sublime énergie qui provient de Dieu.

Que cet amour, procédant de notre Père, pénètre toutes nos pensées, paroles et actions, ce sont les vœux que nous formulons pour clore cette rapide analyse autour de ce thème palpitant. »

Il conclut ainsi avec simplicité et profondeur son exposé. Le noble Euripedes apparut à la tribune et transmit des paroles stimulantes aux personnes présentes et mit fin à la réunion par une profonde prière qui nous réconforta tous.

Différents auditeurs ont ensuite entouré le docteur Ignacio Ferreira pour lui poser quelques questions auxquelles il a répondu avec gentillesse. Voulant approfondir mes études sur le thème exposé et sur d'autres sujets qui avaient amené des patients désincarnés à entrer à l’hôpital spirituel, je demandai à cet aimable directeur s'il me permettrait de réaliser un stage dans ce local d’amour et de récupération mentale et émotionnelle.

S’attendant à une telle sollicitation, le dévoué médecin, avec joie et douceur, accepta immédiatement, se proposant, lui-même de m’accompagner, quand cela lui serait possible, et en cas d'impossibilité, il m'offrit l’aide d'un compétent psychiatre collaborateur, plein de dévouement et d'abnégation.

Sans hésiter, nous nous sommes mis d’accord puis nous avons pris congé. Quelques amis sortaient, nous les avons suivi regagnant les activités auxquelles nous sommes fortement liés.

La nuit, pleine d'étoiles et baignée d’un clair de lune, était une invitation aux profondes réflexions sur l’amour de notre Père, toujours plein de miséricorde et de sagesse.

Pénétré par cette magique clarté des astres, je pus voir notre chère planète Terre, d’où je venais, entourée d’ombre dans sa course autour de l’Astre Roi, et je ne sus contenir mon sentiment de gratitude et de nostalgie de ses paysages inoubliables.

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Catégorie : Tourments de l'obsession

 Qu'est-ce que le spiritisme ? (act V)

31/3/2009

QUALITES DES MEDIUMS

79. La faculté médianimique tient à l'organisme ; elle est indépendante des qualités morales du médium, et on la trouve développée chez les plus indignes comme chez les plus dignes. Il n'en est pas de même de la préférence donnée au médium par les bons Esprits.

80. Les bons Esprits se communiquent plus ou moins volontiers par tel ou tel médium, selon leur sympathie pour son propre Esprit. Ce qui constitue la qualité d'un médium, ce n'est point la facilité avec laquelle il obtient des communications, mais son aptitude à n'en recevoir que de bonnes et à n'être pas le jouet d'Esprits légers et trompeurs.

81. Les médiums qui laissent le plus à désirer au point de vue moral reçoivent quelquefois de très bonnes communications qui ne peuvent venir que de bons Esprits, ce dont on a tort de s'étonner : c'est souvent dans l'intérêt du médium et pour lui donner de sages avis ; s'il n'en profite pas, il n'en est que plus coupable, car il écrit sa propre condamnation. Dieu, dont la bonté est infinie, ne peut refuser assistance à ceux qui en ont le plus besoin. Le vertueux missionnaire qui va moraliser les criminels ne fait pas autre chose que ce que font les bons Esprits avec les médiums imparfaits.

D'un autre côté, les bons Esprits, voulant donner un enseignement utile à tout le monde, se servent de l'instrument qu'ils ont sous la main ; mais ils le quittent quand ils en trouvent un qui leur est plus sympathique et qui met à profit leurs leçons. Les bons Esprits se retirant, les Esprits inférieurs, peu soucieux des qualités morales qui les gênent, ont alors le champ libre.

Il en résulte que les médiums imparfaits moralement et qui ne s'amendent pas sont, tôt ou tard, la proie des mauvais Esprits qui, souvent, les conduisent à la ruine et aux plus grands malheurs en ce monde même. Quant à leur faculté, de belle qu'elle était, et qu'elle serait restée, elle se pervertit d'abord par l'abandon des bons Esprits et finit par se perdre.

82. Les médiums les plus méritants ne sont pas à l'abri des mystifications des Esprits trompeurs ; d'abord parce qu'il n'est personne d'assez parfait pour ne pas avoir un côté faible par lequel il puisse donner accès aux mauvais Esprits ; en second lieu, les bons Esprits le permettent quelquefois pour exercer le jugement, apprendre à discerner la vérité de l'erreur et tenir en défiance, afin qu'on n'accepte rien aveuglément et sans contrôle ; mais la tromperie ne vient jamais d'un bon Esprit, et tout nom respectable dont est signée une erreur est nécessairement apocryphe.

Ce peut encore être une épreuve pour la patience et la persévérance de tout spirite, médium ou non ; celui qui se découragerait pour quelques déceptions prouverait aux bons Esprits qu'ils ne peuvent pas compter sur lui.

83. Il n'est pas plus étonnant de voir de mauvais Esprits obséder des personnes méritantes qu'il n'est surprenant de voir de mauvaises gens s'acharner sur la terre après les hommes de bien.

Il est remarquable que, depuis la publication du Livre des Médiums, les médiums obsédés sont beaucoup moins nombreux, parce qu'étant prévenus, ils se tiennent sur leurs gardes et épient les moindres signes qui peuvent trahir la présence d'un Esprit trompeur. La plupart de ceux qui le sont, ou n'ont pas étudié préalablement, ou n'ont pas mis les conseils à profit.

84. Ce qui constitue le médium proprement dit, c'est la faculté ; sous ce rapport, il peut être plus ou moins formé, plus ou moins développé. Ce qui constitue le médium sûr, celui qu'on peut véritablement qualifier de bon médium, c'est l'application de la faculté, l'aptitude à servir d'interprète aux bons Esprits. Toute faculté à part, la puissance du médium pour attirer les bons Esprits et repousser les mauvais, est en raison de sa supériorité morale ; cette supériorité est proportionnée à la somme des qualités qui fait l'homme de bien ; par là il se concilie la sympathie des bons, et il exerce de l'ascendant sur les mauvais.

85. Par la même raison, la somme des imperfections morales du médium le rapprochant de la nature des mauvais Esprits, lui ôte l'influence nécessaire pour les éloigner ; au lieu que ce soit lui qui s'impose à eux, ce sont eux qui s'imposent à lui. Ceci s'applique non seulement aux médiums, mais à toute personne quelconque, puisqu'il n'en est aucune qui ne reçoive l'influence des Esprits. (Voir ci dessus n° 74 et 75.)

86. Pour s'imposer au médium, les mauvais Esprits savent exploiter habilement tous les travers moraux ; celui qui leur donne le plus de prise, c'est l'orgueil ; aussi est-ce le sentiment qui domine chez le plus grand nombre des médiums obsédés, mais surtout chez ceux qui sont fascinés. C'est l'orgueil qui les porte à croire à leur infaillibilité, et à repousser les avis. Ce sentiment est malheureusement excité par les éloges dont ils sont l'objet ; quand ils ont une faculté un peu transcendante, on les recherche, on les adule ; ils finissent par croire à leur importance ; ils se regardent comme indispensables, et c'est ce qui les perd.

87. Tandis que le médium imparfait s'enorgueillit des noms illustres, le plus souvent apocryphes, que portent les communications qu'il reçoit, et se regarde comme l'interprète privilégié des puissances célestes, le bon médium ne se croit jamais assez digne d'une telle faveur : il a toujours une salutaire défiance de ce qu'il obtient comme qualité, et ne s'en rapporte pas à son propre jugement ; n'étant qu'un instrument passif, il comprend que si c'est bon il ne peut s'en faire un mérite personnel, pas plus qu'il n'en peut être responsable si c'est mauvais, et qu'il serait ridicule de prendre fait et cause pour l'identité absolue des Esprits qui se manifestent à lui ; il laisse juger la question par des tiers désintéressés, sans que son amour propre ait plus à souffrir d'un jugement défavorable que l'acteur n'est passible du blâme infligé à la pièce dont il est l'interprète. Son caractère distinctif est la simplicité et la modestie ; il est heureux de la faculté qu'il possède, non pour en tirer vanité, mais parce qu'elle lui offre un moyen d'être utile, ce qu'il fait volontiers quand on lui en fournit l'occasion, mais sans jamais se formaliser si on ne le met pas au premier rang.

Les médiums sont les intermédiaires et les interprètes des Esprits ; il importe donc à l'évocateur, et même au simple observateur de pouvoir apprécier le mérite de l'instrument.

88. La faculté médianimique est un don de Dieu comme toutes les autres facultés, que l'on peut employer pour le bien comme pour le mal et dont on peut abuser. Elle a pour objet de nous mettre en rapport direct avec les âmes de ceux qui ont vécu, afin de recevoir leurs enseignements et de nous initier à la vie future. Comme la vue nous met en rapport avec le monde visible, la médianimité nous met en rapport avec le monde invisible. Celui qui s'en sert dans un but utile, pour son propre avancement et celui de ses semblables, remplit une véritable mission dont il aura la récompense. Celui qui en abuse et l'emploie à des choses futiles ou dans des vues d'intérêt matériel, la détourne de son but providentiel ; il en subit tôt ou tard la peine, comme celui qui fait un mauvais usage d'une faculté quelconque.

 

CHARLATANISME

89. Certaines manifestations spirites se prêtent assez facilement à l'imitation ; mais de ce qu'elles ont pu être exploitées, comme tant d'autres phénomènes, par la jonglerie et la prestidigitation, il serait absurde d'en conclure qu'elles n'existent pas. Pour celui qui a étudié et qui connaît les conditions normales dans lesquelles elles peuvent se produire, il est aisé de distinguer l'imitation de la réalité ; l'imitation, du reste, ne saurait jamais être complète et ne peut abuser que l'ignorant incapable de saisir les nuances caractéristiques du phénomène véritable.

90. Les manifestations qu'il est le plus facile d'imiter, sont certains effets physiques, et les effets intelligents vulgaires, tels que les mouvements, les coups frappés, les apports, l'écriture directe, les réponses banales, etc. ; il n'en est pas de même des communications intelligentes d'une haute portée ; pour imiter les premiers, il ne faut que de l'adresse ; pour simuler les autres, il faudrait presque toujours une instruction peu commune, une supériorité intellectuelle hors ligne, et une faculté d'improvisation pour ainsi dire universelle.

91. Ceux qui ne connaissent pas le spiritisme sont généralement portés à suspecter la bonne foi des médiums ; l'étude et l'expérience leur donnent les moyens de s'assurer de la réalité des faits ; mais en dehors de cela, la meilleure garantie qu'ils puissent trouver est dans le désintéressement absolu et l'honorabilité du médium ; il y a des personnes qui, par leur position et leur caractère, échappent à toute suspicion. Si l'appât du gain peut exciter à la fraude, le bon sens dit que là où il n'y a rien à gagner, le charlatanisme n'a rien à faire. (Livre des Médiums, chap. XXVIII, Charlatanisme et jonglerie, médiums intéressés, fraudes spirites, n° 300. - Revue spirite, 1862, page 52.)

92. Parmi les adeptes du spiritisme, on trouve des enthousiastes et des exaltés comme en toutes choses ; ce sont en général les plus mauvais propagateurs, parce qu'on se défie de leur facilité à tout accepter sans un examen approfondi. Le spirite éclairé se défend de l'enthousiasme qui aveugle ; il observe tout froidement et avec calme : c'est le moyen de n'être dupe ni des illusions, ni des mystificateurs. Toute question de bonne foi à part, l'observateur novice doit, avant tout, tenir compte de la gravité du caractère de ceux à qui il s'adresse.

 

IDENTITE DES ESPRITS

93. Puisqu'on trouve parmi les Esprits tous les travers de l'humanité, on y trouve aussi la ruse et le mensonge ; il en est qui ne se font aucun scrupule de se parer des noms les plus respectables pour inspirer plus de confiance. Il faut donc se garder de croire d'une manière absolue à l'authenticité de toutes les signatures.

94. L'identité est une des grandes difficultés du spiritisme pratique ; elle est souvent impossible à constater, surtout quand il s'agit d'Esprits supérieurs anciens par rapport à nous. Parmi ceux qui se manifestent, beaucoup n'ont pas de noms pour nous ; pour fixer nos idées, ils peuvent prendre celui d'un Esprit connu appartenant à la même catégorie ; de telle sorte que si un Esprit se communique sous le nom de saint Pierre, par exemple, rien ne prouve que ce soit précisément l'apôtre de ce nom ; ce peut être lui, comme ce peut être un Esprit du même ordre, ou envoyé par lui.

La question d'identité est, dans ce cas, tout à fait secondaire, et il y aurait de la puérilité à y attacher de l'importance ; ce qui importe, c'est la nature de l'enseignement ; est-il bon ou mauvais, digne ou indigne du personnage dont il porte le nom ; celui ci l'accepterait-il ou le désavouerait-il ? Là est toute la question.

95. L'identité est plus facile à constater quand il s'agit d'Esprits contemporains dont on connaît le caractère et les habitudes, car c'est par ces mêmes habitudes et les particularités de la vie privée que l'identité se révèle le plus sûrement et souvent d'une manière incontestable. Quand on évoque un parent ou un ami, c'est la personnalité qui intéresse, et il est tout naturel de chercher à constater l'identité ; mais les moyens qu'emploient généralement pour cela ceux qui ne connaissent qu'imparfaitement le spiritisme sont insuffisants et peuvent induire en erreur.

96. L'Esprit révèle son identité par une foule de circonstances qui ressortent des communications où se reflètent ses habitudes, son caractère, son langage et jusqu'à ses locutions familières. Elle se révèle encore par les détails intimes dans lesquels il entre spontanément avec les personnes qu'il affectionne : ce sont les meilleures ; mais il est très rare qu'il satisfasse aux questions directes qui lui sont adressées à ce sujet, surtout si elles le sont par des personnes qui lui sont indifférentes, dans un but de curiosité et d'épreuve. L'Esprit prouve son identité comme il veut, ou comme il peut, selon le genre de faculté de son interprète, et souvent ces preuves sont surabondantes ; le tort est de vouloir qu'il les donne à la manière de l'évocateur ; c'est alors qu'il se refuse de se soumettre à ses exigences. (Livre des Médiums, chap. XXIV : Identité des Esprits - Revue spirite, 1862, page 82 : Fait d'identité.)

 

CONTRADICTIONS

97. Les contradictions que l'on remarque assez fréquemment dans le langage des Esprits ne peuvent étonner que ceux qui n'ont de la science spirite qu'une connaissance incomplète. Elles sont la conséquence de la nature même des Esprits qui, ainsi que cela a été dit, ne savent les choses qu'en raison de leur avancement et dont quelques uns peuvent savoir moins que certains hommes. Sur une foule de points, ils ne peuvent émettre que leur opinion personnelle qui peut être plus ou moins juste, et conserver le reflet des préjugés terrestres dont ils ne sont pas dépouillés ; d'autres se font des systèmes à eux sur ce qu'ils ne savent pas encore, particulièrement en ce qui touche les questions scientifiques et l'origine des choses. Il n'y a donc rien de surprenant à ce qu'ils ne soient pas toujours d'accord.

98. On s'étonne de trouver des communications contradictoires signées du même nom. Les Esprits inférieurs peuvent seuls tenir, selon les circonstances, un langage différent, mais les Esprits supérieurs ne se contredisent jamais. Quiconque est tant soit peu initié aux mystères du monde spirituel, sait avec quelle facilité certains Esprits se parent de noms d'emprunt pour donner plus de crédit à leurs paroles ; on peut en induire avec certitude que si deux communications, radicalement contradictoires pour le fond de la pensée, portent le même nom respectable, l'une des deux est nécessairement apocryphe.

99. Deux moyens peuvent servir à fixer les idées sur les questions douteuses : le premier est de soumettre toutes les communications au contrôle sévère de la raison, du bon sens et de la logique ; c'est une recommandation que font tous les bons Esprits, et que se gardent bien de faire les Esprits trompeurs qui savent très bien ne pouvoir que perdre à un examen sérieux ; c'est pourquoi ils évitent la discussion et veulent être crus sur parole.

Le second critérium de la vérité est dans la concordance de l'enseignement. Lorsque le même principe est enseigné sur plusieurs points par différents Esprits et des médiums étrangers les uns aux autres, qui ne sont pas sous les mêmes influences, on peut en conclure qu'il est plus dans le vrai que celui qui émane d'une seule source et se trouve contredit par la majorité. (Livre des Médiums, chap. XXVII : Des contradictions et des mystifications. - Revue spirite, avril 1864, p. 99 : Autorité de la doctrine spirite. - La morale de l'Evangile selon le spiritisme, Introduction page VI).

CONSEQUENCES DU SPIRITISME

100. En présence de l'incertitude des révélations faites par les Esprits, on se demande à quoi peut servir l'étude du spiritisme ?

Elle sert à prouver matériellement l'existence du monde spirituel.

Le monde spirituel étant formé des âmes de ceux qui ont vécu, il en résulte la preuve de l'existence de l'âme et de sa survivance au corps.

Les âmes qui se manifestent révèlent leurs joies ou leurs souffrances selon la manière dont elles ont employé la vie terrestre ; il en résulte la preuve des peines et des récompenses futures.

Les âmes ou Esprits, en décrivant leur état et leur situation, rectifient les idées fausses que l'on s'était faites sur la vie à venir, et principalement sur la nature et la durée des peines.

La vie future étant ainsi passée de l'état de théorie vague et incertaine à l'état de fait acquis et positif, il en résulte la nécessité de travailler le plus possible, pendant la vie présente qui est de courte durée, au profit de la vie à venir qui est indéfinie.

Supposons qu'un homme de vingt ans ait la certitude de mourir à vingt-cinq, que fera-t-il pendant ces cinq années ? travaillera-t-il pour l'avenir ? assurément non ; il tâchera de jouir le plus possible : il regarderait comme une duperie de s'imposer de la fatigue et des privations sans but. Mais s'il a la certitude de vivre jusqu'à quatre-vingts ans, il agira tout autrement, parce qu'il comprendra la nécessité de sacrifier quelques instants du repos présent pour s'assurer le repos à venir pendant de longues années. Il en est de même de celui pour qui la vie future est une certitude.

Le doute touchant la vie future conduit naturellement à tout sacrifier aux jouissances du présent ; de là l'importance excessive attachée aux biens matériels.

L'importance attachée aux biens matériels excite la convoitise, l'envie, la jalousie de celui qui a peu contre celui qui a beaucoup. De la convoitise au désir de se procurer à tout prix ce que possède son voisin, il n'y a qu'un pas ; de là, les haines, les querelles, les procès, les guerres et tous les maux engendrés par l'égoïsme.

Avec le doute sur l'avenir, l'homme, accablé dans cette vie par le chagrin et l'infortune, ne voit que dans la mort le terme de ses souffrances ; n'espérant plus rien, il trouve rationnel de les abréger par le suicide.

Sans espoir de l'avenir, il est tout naturel que l'homme s'affecte, se désespère des déceptions qu'il éprouve. Les secousses violentes qu'il en ressent produisent dans son cerveau un ébranlement, cause de la plupart des cas de folie.

Sans la vie future, la vie présente est pour l'homme la chose capitale, l'unique objet de ses préoccupations ; il y rapporte tout : c'est pourquoi il veut à tout prix jouir, non seulement des biens matériels, mais des honneurs ; il aspire à briller, à s'élever au-dessus des autres, à éclipser ses voisins par son faste et par son rang ; de là, l'ambition désordonnée et l'importance qu'il attache aux titres et à tous les hochets de la vanité, pour lesquels il sacrifierait jusqu'à son honneur même, parce qu'il ne voit rien au-delà.

La certitude de la vie future et de ses conséquences change totalement l'ordre des idées et fait voir les choses sous un tout autre jour ; c'est un voile levé qui découvre un horizon immense et splendide. Devant l'infini et le grandiose de la vie d'outre-tombe, la vie terrestre s'efface comme la seconde devant les siècles, comme le grain de sable devant la montagne. Tout y devient petit, mesquin, et l'on s'étonne soi-même de l'importance qu'on attachait à des choses si éphémères et si puériles. De là, dans les événements de la vie, un calme, une tranquillité, qui est déjà du bonheur en comparaison des tracas, des tourments que l'on se donne, du mauvais sang que l'on se fait pour s'élever au-dessus des autres ; de là aussi, pour les vicissitudes et les déceptions, une indifférence même qui, ôtant toute prise au désespoir, écarte les cas les plus nombreux de folie, et détourne de la pensée du suicide. Avec la certitude de l'avenir, l'homme attend et se résigne ; avec le doute, il perd patience parce qu'il n'attend rien du présent.

L'exemple de ceux qui ont vécu prouvant que la somme du bonheur à venir est en raison du progrès moral accompli et du bien que l'on a fait sur la terre ; que la somme du malheur est en raison de la somme des vices et des mauvaises actions, il en résulte chez tous ceux qui sont bien convaincus de cette vérité, une tendance toute naturelle à faire le bien et à éviter le mal.

Quand la majorité des hommes sera imbue de cette idée, qu'elle professera ces principes et pratiquera le bien, il en résultera que le bien l'emportera sur le mal ici-bas ; que les hommes ne chercheront plus à se nuire mutuellement ; qu'ils régleront leurs institutions sociales en vue du bien de tous et non au profit de quelques-uns ; en un mot, ils comprendront que la loi de charité enseignée par le Christ est la source du bonheur, même en ce monde, et ils baseront les lois civiles sur la loi de charité.

La constatation du monde spirituel qui nous entoure et de son action sur le monde corporel, est la révélation d'une des puissances de la nature, et par conséquent la clef d'une foule de phénomènes incompris, dans l'ordre physique aussi bien que dans l'ordre moral.

Quand la science tiendra compte de cette nouvelle force, méconnue par elle jusqu'à ce jour, elle rectifiera une foule d'erreurs provenant de ce qu'elle attribue tout à une cause unique : la matière. La reconnaissance de cette nouvelle cause dans les phénomènes de la nature, sera un levier pour le progrès, et produira l'effet de la découverte de tout nouvel agent. Avec l'aide de la loi spirite, l'horizon de la science s'élargira, comme il s'est élargi à l'aide de la loi de gravitation.

Quand les savants, du haut de la chaire enseignante, proclameront l'existence du monde spirituel et son action dans les phénomènes de la vie, ils infiltreront dans la jeunesse le contre-poison des idées matérialistes, au lieu de la prédisposer à la négation de l'avenir.

Dans les leçons de philosophie classique, les professeurs enseignent l'existence de l'âme et ses attributs selon les différentes écoles, mais sans preuves matérielles, N'est-il pas étrange qu'alors que ces preuves arrivent, elles soient repoussées et traitées de superstitions par ces mêmes professeurs ? N'est-ce pas dire à leurs élèves : nous vous enseignons l'existence de l'âme, mais rien ne la prouve ? Lorsqu'un savant émet une hypothèse sur un point de la science, il recherche avec empressement, il accueille avec joie, les faits qui peuvent, de cette hypothèse, faire une vérité ; comment un professeur de philosophie, dont le devoir est de prouver à ses élèves qu'ils ont une âme, traite-t-il avec dédain les moyens de leur en donner une démonstration patente ?

101. Supposons donc que les Esprits soient incapables de rien nous apprendre que nous ne sachions déjà, ou que nous ne puissions savoir par nous-mêmes, on voit que la seule constatation de l'existence du monde spirituel conduit forcément à une révolution dans les idées ; or une révolution dans les idées amène forcément une révolution dans l'ordre des choses ; c'est cette révolution que prépare le spiritisme.

102. Mais les Esprits font plus que cela ; si leurs révélations sont entourées de certaines difficultés ; si elles exigent de minutieuses précautions pour en constater l'exactitude, il n'en est pas moins vrai que les Esprits éclairés, quand on sait les interroger, et quand cela leur est permis, peuvent nous révéler des faits ignorés, nous donner l'explication de choses incomprises, et nous mettre sur la voie d'un progrès plus rapide. C'est en cela. surtout, que l'étude complète et attentive de la science spirite est indispensable, afin de ne lui demander que ce qu'elle peut donner, et de la manière dont elle peut le donner ; c'est en dépassant les limites qu'on s'expose à être trompé.

103. Les plus petites causes peuvent produire les plus grands effets ; c'est ainsi que d'un petit grain peut sortir un arbre immense ; que la chute d'une pomme a fait découvrir la loi qui régit les mondes ; que des grenouilles sautant dans un plat ont révélé la puissance galvanique ; c'est de même ainsi que du vulgaire phénomène des tables tournantes est sortie la preuve du monde invisible, et de cette preuve une doctrine qui, en quelques années, a fait le tour du monde, et peut le régénérer par la seule constatation de la réalité de la vie future.

104. Le spiritisme enseigne peu ou point de vérités absolument nouvelles, en vertu de l'axiome qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Il n'y a de vérités absolues que celles qui sont éternelles ; celles qu'enseigne le spiritisme, étant fondées sur les lois de la nature, ont donc dû exister de tout temps ; c'est pourquoi de tout temps on en trouve les germes qu'une étude plus complète et des observations plus attentives ont développés. Les vérités enseignées par le spiritisme sont donc plutôt des conséquences que des découvertes.

Le spiritisme n'a ni découvert, ni inventé les Esprits ; il n'a pas davantage découvert le monde spirituel auquel on a cru dans tous les temps ; seulement, il le prouve par des faits matériels et le montre sous son véritable jour en le dégageant des préjugés et des idées superstitieuses, qui engendrent le doute et l'incrédulité.

Remarque. Ces explications, tout incomplètes qu'elles sont, suffisent pour montrer la base sur laquelle repose le spiritisme, le caractère des manifestations et le degré de confiance quelles peuvent inspirer selon les circonstances.

CHAPITRE III

SOLUTION DE QUELQUES PROBLEMES PAR LA DOCTRINE SPIRITE

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PLURALITE DES MONDES

105. Les différents mondes qui circulent dans l'espace sont-ils peuplés d'habitants comme la terre ?

Tous les Esprits l'affirment, et la raison dit qu'il doit en être ainsi. La terre n'occupant dans l'univers aucun rang spécial, ni par sa position, ni par son volume, rien ne pourrait justifier le privilège exclusif d'être habitée. D'un autre côté, Dieu ne peut avoir créé ces milliards de globes pour le seul plaisir de nos yeux ; d'autant moins que le plus grand nombre échappe à notre vue. (Livre des Esprits, n° 55. - Revue spirite, 1858, page 65 : Pluralité des mondes, par Flammarion.)

106. Si les mondes sont peuplés, peuvent-ils l'être d'habitants en tout semblables à ceux de la terre ? En un mot, ces habitants pourraient-ils vivre chez nous et nous chez eux ?

La forme générale pourrait être à peu près la même, mais l'organisme doit être adapté au milieu dans lequel ils doivent vivre, comme les poissons sont faits pour vivre dans l'eau et les oiseaux dans l'air. Si le milieu est différent, comme tout porte à le croire, et comme semblent le démontrer les observations astronomiques, l'organisation doit être différente ; il n'est donc pas probable que, dans leur état normal, ils pussent vivre les uns chez les autres avec les mêmes corps. C'est ce que confirment tous les Esprits.

107. En admettant que ces mondes soient peuplés, sont-ils, sous le rapport intellectuel et moral, au même rang que la terre ?

Selon l'enseignement des Esprits, les mondes sont à des degrés d'avancement très différents ; quelques-uns sont au même point que la terre ; d'autres sont plus arriérés : les hommes y sont encore plus bruts, plus matériels et plus enclins au mal. Il en est, au contraire, qui sont plus avancés moralement, intellectuellement et physiquement, où le mal moral est inconnu, où les arts et les sciences sont portés à un degré de perfection que nous ne pouvons comprendre, où l'organisation physique, moins matérielle, n'est sujette ni aux souffrances, ni aux maladies, ni aux infirmités ; les hommes y vivent en paix, sans chercher à se nuire, exempts des chagrins, des soucis, des afflictions et des besoins qui les assiègent sur la terre. Il en est enfin de plus avancés encore où l'enveloppe corporelle, presque fluidique, se rapproche de plus en plus de la nature des anges. Dans la série progressive des mondes, la terre n'est ni au premier, ni au dernier rang, mais elle est un des plus matériels et des plus arriérés (Revue spirite, 1858, p. 67, 108, 223. - Id., 1860, p. 318 et 320. - La morale de l'Evangile selon le Spiritisme, chap. III).

 

DE L'AME

108. Où est le siège de l'âme ?

L'âme n'est point, ainsi qu'on le croit généralement, localisée dans une partie du corps ; elle forme avec le périsprit un tout fluidique, pénétrable, s'assimilant au corps entier avec lequel elle constitue un être complexe dont la mort n'est en quelque sorte que le dédoublement. On peut se figurer deux corps semblables, pénétrés l'un par l'autre, confondus pendant la vie et séparés après la mort. A la mort, l'un est détruit et l'autre reste.

Pendant la vie, l'âme agit plus spécialement sur les organes de la pensée et du sentiment. Elle est à la fois interne et externe ; c'est-à-dire qu'elle rayonne au-dehors ; elle peut même s'isoler du corps, se transporter au loin et y manifester sa présence, ainsi que le prouvent l'observation et les phénomènes somnambuliques.

109. L'âme est-elle créée en même temps que le corps, ou antérieurement au corps ?

Après l'existence de l'âme, cette question est une des plus capitales, car de sa solution découlent les conséquences les plus importantes ; elle est la seule clef possible d'une foule de problèmes insolubles jusqu'à ce jour, faute de l'avoir posée.

De deux choses l'une, ou l'âme existait ou elle n'existait pas avant la formation du corps : il ne saurait y avoir de moyen terme. Avec la préexistence de l'âme, tout s'explique logiquement et naturellement ; sans la préexistence, il est même impossible de justifier certains dogmes de l'Eglise, et c'est l'impossibilité de cette justification qui conduit tant de gens qui raisonnent à l'incrédulité.

Les Esprits ont résolu la question affirmativement, et les faits, aussi bien que la logique, ne peuvent laisser de doute à cet égard. Qu'on n'admette cependant la préexistence de l'âme qu'à titre de simple hypothèse, si l'on veut, et l'on verra s'aplanir la plupart des difficultés.

110. Si l'âme est antérieure, avant son union avec le corps avait-elle son individualité et la conscience d'elle-même ?

Sans individualité et sans conscience d'elle-même, les résultats seraient les mêmes que si elle n'existait pas.

111. Avant son union avec le corps, l'âme a-t-elle accompli un progrès quelconque, ou bien est-elle restée stationnaire ?

Le progrès antérieur de l'âme est à la fois la conséquence de l'observation des faits et de l'enseignement des Esprits.

112. Dieu a-t-il créé les âmes égales, moralement et intellectuellement, ou bien en a-t-il fait de plus parfaites, de plus intelligentes les unes que les autres ?

Si Dieu avait fait des âmes plus parfaites les unes que les autres, cette préférence ne serait pas conciliable avec sa justice. Toutes étant ses créatures, pourquoi aurait-il affranchi les unes du travail qu'il impose à d'autres pour arriver au bonheur éternel ? L'inégalité des âmes à leur origine serait la négation de la justice de Dieu.

113. Si les âmes sont créées égales, comment expliquer la diversité des aptitudes et des prédispositions naturelles qui existe entre les hommes sur la terre ?

Cette diversité est la conséquence du progrès que l'âme a accompli avant son union avec le corps. Les âmes les plus avancées en intelligence et en moralité sont celles qui ont le plus vécu et le plus progressé avant leur incarnation.

114. Quel est l'état de l'âme à son origine ?

Les âmes sont créées simples et ignorantes, c'est-à-dire sans science et sans connaissance du bien et du mal, mais avec une égale aptitude pour tout. Dans le principe, elles sont dans une sorte d'enfance, sans volonté propre, et sans conscience parfaite de leur existence. Peu à peu le libre arbitre se développe en même temps que les idées. (Livre des Esprits, n° 114 et suivants).

115. L'âme a-t-elle accompli son progrès antérieur à l'état d'âme proprement dite, ou dans une précédente existence corporelle ?

Outre l'enseignement des Esprits sur ce point, l'étude des différents degrés d'avancement de l'homme sur la terre, prouve que le progrès antérieur de l'âme a dû s'accomplir dans une série d'existences corporelles plus ou moins nombreuses, selon le degré auquel elle est arrivée ; la preuve résulte de l'observation des faits que nous avons journellement sous les yeux. (Livre des Esprits, n° 166 à 222. - Revue spirite, avril 1862, pages 97-106).

 

L'HOMME PENDANT LA VIE TERRESTRE

116. Comment et à quel moment s'opère l'union de l'âme et du corps ?

Dès la conception, l'Esprit, quoique errant, tient par un lien fluidique au corps auquel il doit s'unir. Ce lien se resserre de plus en plus à mesure que le corps se développe. Dès ce moment, l'Esprit est saisi d'un trouble qui va sans cesse croissant ; aux approches de la naissance, le trouble est complet, l'Esprit perd la conscience de lui-même et ne recouvre ses idées que graduellement à partir du moment où l'enfant respire ; c'est alors que l'union est complète et définitive.

117. Quel est l'état intellectuel de l'âme de l'enfant au moment de sa naissance ?

Son état intellectuel et moral est ce qu'il était avant son union avec le corps, c'est-à-dire que l'âme possède toutes les idées acquises antérieurement, mais en raison du trouble qui accompagne son changement, ses idées sont momentanément à l'état latent. Elles s'éclaircissent peu à peu, mais ne peuvent se manifester que proportionnellement au développement des organes.

118. Quelle est l'origine des idées innées, des dispositions précoces, des aptitudes instinctives pour un art ou une science, abstraction faite de toute instruction ?

Les idées innées ne peuvent avoir que deux sources : la création d'âmes plus parfaites les unes que les autres, dans le cas où elles seraient créées en même temps que le corps, ou un progrès antérieur accompli avant l'union de l'âme et du corps. La première hypothèse étant incompatible avec la justice de Dieu, il ne reste que la seconde. Les idées innées sont le résultat des connaissances acquises dans les existences antérieures et qui sont restées à l'état d'intuition, pour servir de base à l'acquisition de nouvelles idées.

119. Comment des génies se révèlent-ils dans les classes de la société privées de toute culture intellectuelle ?

Ce fait prouve que les idées innées sont indépendantes du milieu où l'homme est élevé. Le milieu et l'éducation développent les idées innées, mais ne les donnent pas. L'homme de génie est l'incarnation d'un Esprit déjà avancé et qui avait beaucoup progressé ; c'est pourquoi l'éducation peut donner l'instruction qui manque, mais ne peut donner le génie quand il n'existe pas.

120. Pourquoi y a-t-il des enfants instinctivement bons dans un milieu pervers, et malgré les mauvais exemples, tandis que d'autres sont instinctivement vicieux dans un bon milieu, et malgré les bons conseils ?

C'est le résultat du progrès moral accompli, comme les idées innées sont le résultat du progrès intellectuel.

121. Pourquoi de deux enfants du même père, élevés dans les mêmes conditions, l'un est-il intelligent et l'autre stupide, l'un bon et l'autre mauvais ? Pourquoi le fils d'un homme de génie est-il quelquefois un sot, et celui d'un sot un homme de génie ?

Ce fait vient à l'appui de l'origine des idées innées ; il prouve en outre que l'âme de l'enfant ne procède nullement de celle des parents ; autrement, en vertu de l'axiome que la partie est de la même nature que le tout, les parents transmettraient à leurs enfants leurs qualités et leurs défauts, comme ils leur transmettent le principe des qualités corporelles. Dans la génération, le corps seul procède du corps, mais les âmes sont indépendantes les unes des autres.

122. Si les âmes sont indépendantes les unes des autres, d'où vient l'amour des parents pour leurs enfants et réciproquement ?

Les Esprits s'unissent par sympathie, et la naissance dans telle ou telle famille n'est point l'effet du hasard, mais dépend le plus souvent du choix de l'Esprit qui se réunit à ceux qu'il a aimés dans le monde des Esprits ou dans les existences antérieures. D'un autre côté, les parents ont pour mission d'aider au progrès des Esprits qui s'incarnent dans leurs enfants, et, pour les y exciter, Dieu leur inspire une affection mutuelle, mais beaucoup faillissent à leur mission et en sont punis. (Livre des Esprits, n° 379, de l'Enfance).

123. Pourquoi y a-t-il de mauvais pères et de mauvais fils ?

Ce sont des Esprits qui ne sont point unis à une famille par sympathie, mais pour se servir mutuellement d'épreuve, et souvent par punition de ce qu'ils ont été dans une précédente existence ; à l'un, il est donné un mauvais fils, parce que lui-même a peut-être été mauvais fils ; à l'autre, un mauvais père, parce qu'il aura été mauvais père, afin qu'ils subissent la peine du talion (Revue spirite, 1861, p. 270 : la Peine du talion).

124. Pourquoi trouve-t-on chez certaines personnes, nées dans une condition servile, des instincts de dignité et de grandeur, tandis que d'autres, nées dans les classes supérieures, ont des instincts de bassesse ?

C'est un souvenir intuitif de la position sociale que l'on avait occupée, et du caractère que l'on avait dans l'existence précédente.

125. Quelle est la cause des sympathies et des antipathies entre personnes qui se voient pour la première fois ?

Ce sont le plus souvent des personnes qui se sont connues, et quelquefois aimées, dans une existence précédente, et qui, se retrouvant, sont attirées l'une vers l'autre.

Les antipathies instinctives proviennent souvent aussi de relations antérieures.

Ces deux sentiments peuvent encore avoir une autre cause. Le périsprit rayonne autour du corps comme une sorte d'atmosphère imprégnée des qualités bonnes ou mauvaises de l'Esprit incarné. Deux personnes qui se rencontrent éprouvent, par le contact des fluides, l'impression de la sensitive ; cette impression est agréable ou désagréable ; les fluides tendent à se confondre ou à se repousser, selon leur nature semblable ou dissemblable.

C'est ainsi que l'on peut expliquer le phénomène de la transmission de la pensée. Par le contact des fluides, deux âmes lisent en quelque sorte l'une dans l'autre ; elles se devinent et se comprennent sans se parler.

126. Pourquoi l'homme n'a-t-il pas le souvenir de ses existences antérieures ? Ce souvenir ne serait-il pas nécessaire pour son progrès futur ?

(Voir ci-dessus, page 76*).

127. Quelle est l'origine du sentiment appelé la conscience ?

C'est un souvenir intuitif du progrès accompli dans les précédentes existences, et des résolutions prises par l'Esprit avant l'incarnation, résolutions qu'il n'a pas toujours la force de tenir comme homme.

128. L'homme a-t-il son libre arbitre, ou bien est-il soumis à la fatalité ?

Si la conduite de l'homme était soumise à la fatalité, il n'y aurait pour lui ni responsabilité du mal, ni mérite du bien, dès lors toute punition serait injuste et toute récompense un non-sens. Le libre arbitre de l'homme est une conséquence de la justice de Dieu, c'est l'attribut qui lui donne sa dignité et l'élève au-dessus de toutes les autres créatures. Cela est tellement vrai que l'estime des hommes les uns pour les autres est en raison du libre arbitre ; celui qui le perd accidentellement, par maladie, folie, ivresse ou idiotisme, est plaint ou méprisé.

Le matérialiste, qui fait dépendre toutes les facultés morales et intellectuelles de l'organisme, réduit l'homme à l'état de machine, sans libre arbitre, par conséquent sans responsabilité du mal et sans mérite du bien qu'il fait (Revue spirite, 1861, p. 76 : La tête de Garibaldi. Id., 1862, p. 97 : Phrénologie spiritualiste).

129. Dieu a-t-il créé le mal ?

Dieu n'a point créé le mal ; il a établi des lois, et ces lois sont toujours bonnes, parce qu'il est souverainement bon ; celui qui les observerait fidèlement serait parfaitement heureux ; mais les Esprits, ayant leur libre arbitre, ne les ont pas toujours observées, et le mal est résulté pour eux de leur infraction à ces lois.

130. L'homme est-il né bon ou mauvais ?

Il faut distinguer l'âme et l'homme. L'âme est créée simple et ignorante, c'est-à-dire ni bonne ni mauvaise, mais susceptible, en vertu de son libre arbitre, de prendre la route du bien ou celle du mal, autrement dit d'observer ou d'enfreindre les lois de Dieu. L'homme naît bon ou mauvais selon qu'il est l'incarnation d'un Esprit avancé ou arriéré.

131. Quelle est l'origine du bien et du mal sur la terre, et pourquoi y a-t-il plus de mal que de bien ?

L'origine du mal sur la terre vient de l'imperfection des Esprits qui y sont incarnés ; et la prédominance du mal vient de ce que, la terre étant un monde inférieur, la majorité des Esprits qui l'habitent sont eux-mêmes inférieurs ou qu'ils ont peu progressé. Dans les mondes plus avancés, où ne sont admis à s'incarner que des Esprits épurés, le mal y est ou inconnu, ou en minorité.

132. Quelle est la cause des maux qui affligent l'humanité ?

La terre peut être considérée à la fois comme un monde d'éducation pour des Esprits peu avancés, et d'expiation pour des Esprits coupables. Les maux de l'humanité sont la conséquence de l'infériorité morale de la majorité des Esprits incarnés. Par le contact de leurs vices, ils se rendent réciproquement malheureux et se punissent les uns par les autres.

133. Pourquoi le méchant prospère-t-il souvent, tandis que l'homme de bien est en butte à toutes les afflictions ?

Pour celui qui ne voit que la vie présente, et qui la croit unique, cela doit paraître une souveraine injustice. Il n'en est plus de même quand on considère la pluralité des existences et la brièveté de chacune par rapport à l'éternité. L'étude du spiritisme prouve que la prospérité du méchant a de terribles détours dans les existences suivantes ; que les afflictions de l'homme de bien sont au contraire suivies d'une félicité d'autant plus grande et durable, qu'il les a supportées avec plus de résignation ; c'est pour lui comme un jour malheureux dans toute une existence de prospérité.

134. Pourquoi les uns naissent-ils dans l'indigence, et d'autres dans l'opulence ? Pourquoi y a-t-il des gens qui naissent aveugles, sourds, muets ou affectés d'infirmités incurables, tandis que d'autres ont tous les avantages physiques ? Est-ce l'effet du hasard ou de la Providence ?

Si c'est l'effet du hasard, il n'y a pas de Providence ; si c'est l'effet de la Providence, on se demande où est sa bonté et sa justice ? Or, c'est faute de comprendre la cause de ces maux que tant de gens sont portés à l'accuser. On comprend que celui qui devient misérable ou infirme par ses imprudences ou ses excès soit puni par où il a péché ; mais si l'âme est créée en même temps que le corps, qu'a-t-elle fait pour mériter de pareilles afflictions dès sa naissance ou pour en être exemptée ? Si l'on admet la justice de Dieu, on doit admettre que cet effet a une cause ; si cette cause n'est pas pendant la vie, elle doit être avant la vie ; car en toutes choses la cause doit précéder l'effet ; pour cela il faut donc que l'âme ait vécu et qu'elle ait mérité une expiation. Les études spirites nous montrent, en effet, que plus d'un homme né dans la misère a été riche et considéré dans une existence antérieure, mais qu'il a fait un mauvais usage de la fortune que Dieu lui avait donné à gérer ; que plus d'un qui est né dans l'abjection a été orgueilleux et puissant ; elle nous le montre parfois soumis aux ordres de celui même auquel il avait commandé avec dureté en butte aux mauvais traitements et à l'humiliation qu'il avait fait subir aux autres.

Une vie pénible n'est pas toujours une expiation ; c'est souvent une épreuve choisie par l'Esprit, qui voit un moyen d'avancer plus rapidement s'il la supporte avec courage. La richesse est aussi une épreuve, mais plus dangereuse encore que la misère, par les tentations qu'elle donne et les abus auxquels elle provoque ; aussi, l'exemple de ceux qui ont vécu prouve que c'est une de celles d'où l'on sort le moins souvent victorieux.

La différence des positions sociales serait la plus grande des injustices, quand elle n'est pas le fait de la conduite actuelle, si elle ne devait pas avoir une compensation. C'est la conviction que l'on acquiert de cette vérité par le spiritisme, qui donne la force de supporter les vicissitudes de la vie et fait accepter son sort sans envier celui des autres.

135. Pourquoi y a-t-il des idiots et des crétins ?

La position des idiots et des crétins serait la moins conciliable avec la justice de Dieu, dans l'hypothèse de l'unité d'existence. Quelque misérable que soit la condition dans laquelle un homme est né, il peut s'en tirer par l'intelligence et le travail ; mais l'idiot et le crétin sont voués depuis la naissance jusqu'à la mort à l'abrutissement et au mépris ; il n'y a pour eux aucune compensation possible. Pourquoi donc leur âme aurait-elle été créée idiote ?

Les études spirites, faites sur les crétins et les idiots, prouvent que leur âme est tout aussi intelligente que celle des autres hommes ; que cette infirmité est une expiation infligée à des Esprits pour avoir abusé de leur intelligence, et qui souffrent cruellement de se sentir emprisonnés dans des liens qu'ils ne peuvent briser, et du mépris dont ils se voient l'objet, alors qu'ils ont peut-être été encensés dans leur précédente existence. (Revue spirite, 1860, page 173 : L'Esprit d'un idiot. - Id., 1861, p. 311 : Les crétins).

136. Quel est l'état de l'âme pendant le sommeil ?

Pendant le sommeil, le corps seul se repose, mais l'Esprit ne dort pas. Les observations pratiques prouvent qu'à cet instant l'Esprit jouit de toute sa liberté et de la plénitude de ses facultés ; il profite du repos du corps et des moments où sa présence n'y est pas nécessaire pour agir séparément et aller où il veut. Pendant la vie, à quelque distance qu'il se transporte, l'Esprit tient toujours au corps par un lien fluidique qui sert à l'y rappeler dès que sa présence est nécessaire ; ce lien n'est rompu qu'à la mort.

137. Quelle est la cause des rêves ?

Les rêves sont le résultat de la liberté de l'Esprit pendant le sommeil ; c'est quelquefois le souvenir des lieux et des personnes que l'Esprit a vus ou visités dans cet état. (Livre des Esprits : Emancipation de l'âme, sommeil, rêves, somnambulisme, seconde vue, léthargie, etc., n° 400 et suivants. - Livre des Médiums : Evocation des personnes vivantes, n° 284. - Revue spirite, 1860, page II : L'Esprit d'un côté et le corps de l'autre. - Id., 1860, page 81 : Etude sur l'Esprit des personnes vivantes).

138. D'où viennent les pressentiments ?

Ce sont des souvenirs vagues et intuitifs de ce que l'Esprit a appris dans ses moments de liberté, et quelquefois des avertissements occultes donnés par des Esprits bienveillants.

139. Pourquoi y a-t-il sur la terre des sauvages et des hommes civilisés ?

Sans la préexistence de l'âme, cette question est insoluble, à moins d'admettre que Dieu a créé des âmes sauvages et des âmes civilisées, ce qui serait la négation de sa justice. D'un autre côté, la raison refuse d'admettre qu'après la mort l'âme du sauvage reste perpétuellement dans un état d'infériorité, ni qu'elle soit au même rang que celle de l'homme éclairé.

En admettant, pour les âmes, un même point de départ, seule doctrine compatible avec la justice de Dieu, la présence simultanée de la sauvagerie et de la civilisation sur la terre est un fait matériel qui prouve le progrès que les uns ont accompli, et que les autres peuvent accomplir. L'âme du sauvage atteindra donc, avec le temps le degré de l'âme civilisée ; mais, comme il meurt tous les jours des sauvages, leur âme ne peut atteindre ce degré que dans des incarnations successives de plus en plus perfectionnées, et appropriées à leur avancement, et en suivant tous les degrés intermédiaires entre les deux points extrêmes.

140. Ne pourrait-on admettre, selon l'idée de quelques personnes, que l'âme ne s'incarne qu'une fois et qu'elle accomplit son progrès à l'état d'Esprit ou dans d'autres sphères ?

Cette proposition serait admissible s'il n'y avait sur la terre que des hommes au même degré moral et intellectuel, auquel cas on pourrait dire que la terre est affectée à un degré terminé ; or, on a devant soi la preuve du contraire. On ne comprendrait pas, en effet, que le sauvage ne pût atteindre la civilisation ici-bas, puisqu'il y a des âmes plus avancées incarnées sur le même globe ; d'où il faut conclure que la possibilité de la pluralité des existences terrestres résulte des exemples mêmes qu'on a sous les yeux. S'il en était autrement, il faudrait expliquer : 1° pourquoi la terre aurait seule le monopole des incarnations ? 2° pourquoi, ayant ce monopole, il s'y trouve des âmes incarnées à tous les degrés ?

141. Pourquoi trouve-t-on, au milieu des sociétés civilisées, des êtres d'une férocité pareille à celle des sauvages les plus barbares ?

Ce sont des Esprits très inférieurs, sortis des races barbares, et qui ont essayé de se réincarner dans un milieu qui n'est pas le leur, et où ils se trouvent déplacés, comme si un rustre se trouvait tout à coup transporté dans le grand monde.

Remarque. On ne pourrait admettre, sans denier à Dieu toute justice et toute bonté, que l'âme du criminel endurci ait, dans la vie actuelle, le même point de départ que celle d'un homme rempli de toutes les vertus. Si l'âme n'est point antérieure au corps, celle du criminel et celle de l'homme de bien sont tout aussi neuves l'une que l'autre ; pourquoi l'une serait-elle bonne et l'autre mauvaise ?

142. D'où vient le caractère distinctif des peuples ?

Ce sont des Esprits ayant à peu près les mêmes goûts et les mêmes penchants qui s'incarnent dans un milieu sympathique, et souvent dans le même milieu, où ils trouvent à satisfaire leurs inclinations.

143. Comment progressent et comment dégénèrent les peuples ?

Si l'âme est créée en même temps que le corps, celles des hommes d'aujourd'hui sont tout aussi neuves, tout aussi primitives que celles des hommes du moyen âge, et dès lors on se demande pourquoi elles ont des moeurs plus douces et une intelligence plus développée. Si, à la mort du corps, l'âme quitte définitivement la terre, on se demande encore quel serait le fruit du travail que l'on fait pour améliorer un peuple si c'était à recommencer avec toutes les âmes nouvelles qui arrivent tous les jours.

Les Esprits s'incarnent dans un milieu sympathique et en rapport avec le degré de leur avancement. Un Chinois, par exemple, qui a suffisamment progressé, et ne trouve plus dans sa race un milieu correspondant au degré qu'il a atteint, s'incarnera chez un peuple plus avancé. A mesure qu'une génération fait un pas en avant, elle attire par sympathie de nouveaux arrivants plus avancés et qui sont peut-être ceux qui avaient jadis vécu dans le même pays, s'ils ont progressé,* c'est ainsi que, de proche en proche, une nation avance. Si la majorité des nouveaux était d'une nature inférieure, les anciens s'en allant chaque jour et ne revenant pas dans un milieu plus mauvais, le peuple dégénérerait et finirait par s'éteindre.

Remarque. Ces questions en soulèvent d'autres qui trouvent leur solution dans le même principe ; par exemple, d'où vient la diversité des races sur la terre ? - Y a-t-il des races rebelles au progrès ? - La race nègre est-elle susceptible d'atteindre le niveau des races européennes ? - L'esclavage est-il utile au progrès des races inférieures ? - Comment peut s'opérer la transformation de l'humanité ? - (Livre des Esprits : Loi du progrès, n° 776 et suivants. - Revue spirite, 1862, p. 1 : Doctrine des anges déchus. - Id., 1862, p. 97 : Perfectibilité de la race nègre).

L'HOMME APRES LA MORT

144. Comment s'opère la séparation de l'âme et du corps ? S'opère-t-elle brusquement ou graduellement ?

Le dégagement s'opère graduellement et avec une lenteur variable, selon les individus et les circonstances de la mort. Les liens qui unissent l'âme au corps ne se rompent que peu à peu, et d'autant moins rapidement que la vie a été plus matérielle et plus sensuelle (Livre des Esprits, n° 155).

145. Quelle est la situation de l'âme immédiatement après la mort du corps ? A-t-elle instantanément la conscience d'elle-même ? En un mot, que voit-elle ? Qu'éprouve-t-elle ?

Au moment de la mort, tout est d'abord confus ; il faut à l'âme quelque temps pour se reconnaître ; elle est comme étourdie, et dans l'état d'un homme sortant d'un profond sommeil et qui cherche à se rendre compte de sa situation. La lucidité des idées et la mémoire du passé lui reviennent à mesure que s'efface l'influence de la matière dont elle vient de se dégager, et que se dissipe l'espèce de brouillard qui obscurcit ses pensées.

La durée du trouble qui suit la mort est très variable, il peut être de quelques heures seulement, comme de plusieurs jours, de plusieurs mois, et même de plusieurs années. Il est le moins long chez ceux qui se sont identifiés de leur vivant avec leur état futur, parce qu'ils comprennent immédiatement leur situation ; il est d'autant plus long que l'homme a vécu plus matériellement.

La sensation que l'âme éprouve à ce moment est aussi très variable ; le trouble qui suit la mort n'a rien de pénible pour l'homme de bien ; il est calme et en tout semblable à celui qui accompagne un réveil paisible. Pour celui dont la conscience n'est pas pure et qui s'est plus attaché à la vie corporelle qu'à la vie spirituelle, il est plein d'anxiété et d'angoisses qui augmentent à mesure qu'il se reconnaît ; car alors il est saisi de crainte et d'une sorte de terreur en présence de ce qu'il voit, et surtout de ce qu'il entrevoit.

La sensation qu'on pourrait appeler physique est celle d'un grand soulagement et d'un immense bien-être ; on est comme délivré d'un fardeau, et l'on est tout heureux de ne plus ressentir les douleurs corporelles que l'on éprouvait peu d'instants auparavant, de se sentir libre, dégagé et alerte comme celui auquel on viendrait d'enlever de lourdes chaînes.

Dans sa nouvelle situation, l'âme voit et entend ce qu'elle voyait et entendait avant la mort, mais elle voit et entend de plus des choses qui échappent à la grossièreté des organes corporels ; elle a des sensations et des perceptions qui nous sont inconnues (Revue spirite, 1859, page 244 : Mort d'un spirite. - Id., 1860, page 332 : Le réveil de l'Esprit. - Id. 1862, pages 129 et 171 : Obsèques de M. Sanson).

Remarque. Ces réponses, et toutes celles qui sont relatives à la situation de l'âme après la mort ou pendant la vie, ne sont pas le résultat d'une théorie ou d'un système, mais d'études directes faites sur des milliers de sujets observés dans toutes les phases et à toutes les périodes de leur existence spirituelle, depuis le plus bas jusqu'au plus haut degré de l'échelle, selon leurs habitudes pendant la vie terrestre, leur genre de mort, etc.. On dit souvent en parlant de la vie future, qu'on ne sait pas ce qui s'y passe, parce que personne n'en est revenu ; c'est une erreur, puisque ce sont précisément ceux qui s'y trouvent qui viennent nous en instruire, et Dieu le permet aujourd'hui plus qu'à aucune autre époque, comme dernier avertissement donné à l'incrédulité et au matérialisme.

146. L'âme qui a quitté le corps voit-elle Dieu ?

Les facultés perceptives de l'âme sont proportionnées à son épuration ; il n'est donné qu'aux âmes d'élite de jouir de la présence de Dieu.

147. Si Dieu est partout, pourquoi tous les Esprits ne peuvent-ils le voir ?

Dieu est partout, parce qu'il rayonne partout, et on peut dire que l'univers est plongé dans la divinité, comme nous sommes plongés dans la lumière solaire ; mais les Esprits arriérés sont environnés d'une sorte de brouillard qui le dérobe à leurs yeux, et ne se dissipe qu'à mesure qu'ils s'épurent et se dématérialisent. Les Esprits inférieurs sont, pour la vue, par rapport à Dieu, ce que les incarnés sont par rapport aux Esprits, de véritables aveugles.

148. Après la mort, l'âme a-t-elle la conscience de son individualité ; comment la constate-t-elle, et comment pouvons-nous la constater ?

Si les âmes n'avaient plus leur individualité après la mort, ce serait pour elles et pour nous absolument comme si elles n'existaient pas, et les conséquences morales seraient exactement les mêmes ; elles n'auraient aucun caractère distinctif, et celle du criminel serait au même rang que celle de l'homme de bien, d'où résulterait qu'on n'aurait nul intérêt à faire le bien.

L'individualité de l'âme est mise à découvert d'une manière pour ainsi dire matérielle, dans les manifestations spirites, par le langage et les qualités propres à chacune ; puisqu'elles pensent et agissent d'une manière différente, que les unes sont bonnes et les autres mauvaises, les unes savantes et les autres ignorantes, que les unes veulent ce que d'autres ne veulent pas, c'est la preuve évidente qu'elles ne sont pas confondues dans un tout homogène, sans parler des preuves patentes qu'elles nous donnent d'avoir animé tel ou tel individu sur la terre. Grâce au spiritisme expérimental, l'individualité de l'âme n'est plus une chose vague, mais un résultat d'observation.

L'âme constate elle-même son individualité, parce qu'elle a sa pensée et sa volonté propres, distinctes de celles des autres ; elle la constate encore par son enveloppe fluidique ou périsprit, sorte de corps limité qui en fait un être séparé.

Remarque. Certaines personnes croient échapper au reproche de matérialisme en admettant un principe intelligent universel, dont nous absorbons une partie en naissant, ce qui constitue l'âme, pour le rendre après la mort à la masse commune, où elles se confondent comme les gouttes d'eau dans l'Océan. Ce système, sorte de transaction, ne mérite même pas le nom de spiritualisme, car il est aussi désespérant que le matérialisme ; le réservoir commun du tout universel équivaudrait au néant, puisqu'il n'y aurait plus d'individualités.

149. Le genre de mort influe-t-il sur l'état de l'âme ?

L'état de l'âme varie considérablement selon le genre de mort, mais surtout selon la nature des habitudes pendant la vie. Dans la mort naturelle, le dégagement s'opère graduellement et sans secousse ; il commence même souvent avant que la vie soit éteinte. Dans la mort violente par supplice, suicide ou accident, les liens sont brusquement rompus ; l'Esprit, surpris à l'improviste, est comme étourdi du changement qui s'est opéré en lui, et ne s'explique pas sa situation. Un phénomène à peu près constant en pareil cas, c'est la persuasion où il est de n'être pas mort, et cette illusion peut durer plusieurs mois, et même plusieurs années. Dans cet état, il va, vient, et croit vaquer à ses affaires comme s'il était encore de ce monde, fort étonné qu'on ne lui réponde pas quand il parle. Cette illusion n'est pas exclusivement le cas des morts violentes ; on la rencontre chez beaucoup d'individus dont la vie a été absorbée par les jouissances ou les intérêts matériels. (Livre des Esprits, n° 165. - Revue spirite, 1858, page 166 : Le suicidé de la Samaritaine. - Id., 1858, page 326 : Un esprit au convoi de son corps. - Id., 1859, page 184 : Le Zouave de Magenta. - Id., 1859, page 319 : Un Esprit qui ne se croit pas mort. - Id., 1863, p. 97 : François Simon Louvet).

150. Où l'âme va-t-elle après avoir quitté le corps ?

Elle ne se perd point dans l'immensité de l'infini, ainsi qu'on se le figure généralement ; elle erre dans l'espace, et le plus souvent au milieu de ceux qu'elle a connus, et surtout de ceux qu'elle a aimés, tout en pouvant se transporter instantanément à des distances immenses.

151. L'âme conserve-t-elle les affections qu'elle avait sur la terre ?

Elle conserve toutes les affections morales ; elle n'oublie que les affections matérielles qui ne sont plus de son essence ; c'est pourquoi elle vient avec bonheur revoir ses parents et ses amis, et elle est heureuse de leur souvenir (Revue spirite, 1860, page 202 : Les amis ne nous oublient pas dans l'autre monde. II - Id., 1862, page 132).

152. L'âme conserve-t-elle le souvenir de ce qu'elle a fait sur la terre ; s'intéresse-t-elle aux travaux qu'elle a laissés inachevés ?

Cela dépend de son élévation et de la nature de ses travaux. Les Esprits dématérialisés se préoccupent peu des choses matérielles dont ils sont heureux d'être délivrés. Quant aux travaux qu'ils ont commencés, selon leur importance et leur utilité, ils inspirent quelquefois à d'autres la pensée de les terminer.

153. L'âme retrouve-t-elle dans le monde des Esprits ceux de ses parents et amis qui l'ont précédée ?

Non seulement elle les retrouve, mais elle en retrouve bien d'autres qu'elle avait connus dans ses précédentes existences. Généralement, ceux qui l'affectionnent le plus viennent la recevoir à son arrivée dans le monde des Esprits, et l'aident à se dégager des liens terrestres. Cependant, la privation de la vue des âmes les plus chères est quelquefois une punition pour celles qui sont coupables.

154. Quel est, dans l'autre vie, l'état intellectuel et moral de l'âme de l'enfant mort en bas âge ? Ses facultés sont-elles dans l'enfance, comme pendant la vie ?

Le développement incomplet des organes de l'enfant ne permettait pas à l'Esprit de se manifester complètement ; dégagé de cette enveloppe, ses facultés sont ce qu'elles étaient avant son incarnation. L'Esprit n'ayant fait que passer quelques instants dans la vie, ses facultés n'ont pu se modifier.

Remarque. Dans les communications spirites, l'Esprit d'un enfant peut donc parler comme celui d'un adulte, car ce peut être un Esprit très avancé. S'il prend quelquefois le langage enfantin, c'est pour ne pas ôter à la mère le charme qui s'attache à l'affection d'un être frêle et délicat, et paré des grâces de l'innocence (Revue spirite, 1858, page 17 : Mère ! je suis là !)

La même question pouvant être faite sur l'état intellectuel de l'âme des crétins, des idiots et des fous après la mort, elle trouve sa solution dans ce qui précède.

155. Quelle différence y a-t-il, après la mort, entre l'âme du savant et de l'ignorant, du sauvage et de l'homme civilisé ?

La même différence, à peu de chose près, qui existait entre elles pendant la vie ; car l'entrée dans le monde des Esprits ne donne pas à l'âme toutes les connaissances qui lui manquaient sur la terre.

156. Les âmes progressent-elles intellectuellement et moralement après la mort ?

Elles progressent plus ou moins, selon leur volonté, et quelques-unes progressent beaucoup ; mais elles ont besoin de mettre en pratique, pendant la vie corporelle, ce qu'elles ont acquis en science et en moralité. Celles qui sont restées stationnaires reprennent une existence analogue à celle qu'elles ont quittée ; celles qui ont progressé méritent une incarnation d'un ordre plus élevé.

Le progrès étant proportionné à la volonté de l'Esprit, il en est qui conservent pendant longtemps les goûts et les penchants qu'ils avaient pendant la vie, et qui poursuivent les mêmes idées. (Revue spirite, 1858, page 82 : La reine d'Oude. - Id., page 145 : L'Esprit et les héritiers. - Id., page 186 : Le tambour de la Béresina. - Id., 1859, page 344 : Un ancien charretier. - Id., 1860, page 325 : Progrès des Esprits. - Id., 1861, page 126 : Progrès d'un Esprit pervers).

157. Le sort de l'homme, dans la vie future, est-il irrévocablement fixé après la mort ?

La fixation irrévocable du sort de l'homme après la mort serait la négation absolue de la justice et de la bonté de Dieu, car il y en a beaucoup de qui il n'a pas dépendu de s'éclairer suffisamment, sans parler des idiots, des crétins et des sauvages, et des innombrables enfants qui meurent avant d'avoir entrevu la vie. Parmi les gens éclairés même, en est-il beaucoup qui puissent se croire assez parfaits pour être dispensés de rien faire de plus, et n'est-ce pas une preuve manifeste que Dieu donne de sa bonté, de permettre à l'homme de faire le lendemain ce qu'il n'a pu faire la veille ? Si le sort est irrévocablement fixé, pourquoi les hommes meurent-ils à des âges si différents, et pourquoi Dieu, dans sa justice, ne laisse-t-il pas à tous le temps de faire le plus de bien possible ou de réparer le mal qu'ils ont fait ? Qui sait si le coupable qui meurt à trente ans ne se serait pas repenti, et ne serait pas devenu un homme de bien s'il eût vécu jusqu'à soixante ans ? Pourquoi Dieu lui en ôte-t-il le moyen, tandis qu'il l'accorde à d'autres ? Le fait seul de la diversité de durée de la vie, et de l'état moral de la grande majorité des hommes, prouve l'impossibilité, si l'on admet la justice de Dieu, que le sort de l'âme soit irrévocablement fixé après la mort.

158. Quel est, dans la vie future, le sort des enfants qui meurent en bas âge ?

Cette question est une de celles qui prouvent le mieux la justice et la nécessité de la pluralité des existences. Une âme qui n'aurait vécu que quelques instants, n'ayant fait ni bien ni mal, ne mériterait ni récompense ni punition ; d'après la maxime du Christ, que chacun est puni ou récompensé selon ses oeuvres, il serait aussi illogique que contraire à la justice de Dieu d'admettre que, sans travail, elle fût appelée à jouir du bonheur parfait des anges, ou qu'elle pût en être privée, et pourtant elle doit avoir un sort quelconque ; un état mixte, pour l'éternité, serait tout aussi injuste. Une existence interrompue dès son principe ne pouvant donc avoir aucune conséquence pour l'âme, son sort actuel est celui qu'elle a mérité dans sa précédente existence, et son sort futur celui qu'elle méritera par ses existences ultérieures.

159. Les âmes ont-elles des occupations dans l'autre vie ? S'occupent-elles d'autres choses que de leurs joies ou de leurs souffrances ?

Si les âmes ne s'occupaient que d'elles-mêmes pendant l'Eternité, ce serait de l'égoïsme, et Dieu, qui condamne l'égoïsme, ne saurait approuver dans la vie spirituelle ce qu'il punit dans la vie corporelle. Les âmes ou Esprits ont des occupations en rapport avec leur degré d'avancement, en même temps qu'ils cherchent à s'instruire et à s'améliorer. (Livre des Esprits, n° 558 : Occupations et missions des Esprits).

160. En quoi consistent les souffrances de l'âme après la mort ? Les âmes coupables sont-elles torturées dans les flammes matérielles ?

L'Eglise reconnaît parfaitement aujourd'hui que le feu de l'Enfer est un feu moral et non un feu matériel, mais elle ne définit pas la nature des souffrances. Les communications spirites les mettent sous nos yeux ; par ce moyen, nous pouvons les apprécier et nous convaincre que, pour n'être pas le résultat d'un feu matériel, qui ne saurait en effet brûler des âmes immatérielles, elles n'en sont pas moins terribles dans certains cas. Ces peines ne sont point uniformes ; elles varient à l'infini, selon la nature et le degré des fautes commises, et ce sont presque toujours ces fautes mêmes qui servent au châtiment : c'est ainsi que certains meurtriers sont astreints à rester sur le lieu du crime et à avoir sans cesse leurs victimes sous les yeux ; que l'homme aux goûts sensuels et matériels conserve ces mêmes goûts, mais l'impossibilité de les satisfaire matériellement est pour lui une torture ; que certains avares croient souffrir le froid et les privations qu'ils ont endurés pendant la vie par avarice ; d'autres restent auprès des trésors qu'ils ont enfouis et sont dans des transes perpétuelles par la crainte qu'on ne les leur enlève ; en un mot, il n'y a pas un défaut, pas une imperfection morale, pas une mauvaise action qui n'ait, dans le monde des Esprits, sa contre-partie et ses conséquences naturelles ; et, pour cela, il n'est pas besoin d'un lieu déterminé et circonscrit : partout où il se trouve, l'Esprit pervers porte son enfer avec lui.

Outre les peines spirituelles, il y a les peines et les épreuves matérielles que l'Esprit, qui ne s'est pas épuré, subit dans une nouvelle incarnation, où il est placé dans une position à endurer ce qu'il a fait endurer aux autres : à être humilié s'il a été orgueilleux, misérable s'il a été mauvais riche, malheureux par ses enfants s'il a été mauvais fils, etc.. La terre, comme nous l'avons dit, est un des lieux d'exil et d'expiation, un purgatoire, pour les Esprits de cette nature, et dans lequel il dépend de chacun de ne pas revenir, en s'améliorant assez pour mériter d'aller dans un monde meilleur (Livre des Esprits, n° 237 : Perceptions, sensations et souffrances des Esprits. - Id., livre 4° : Espérances et consolations ; peines et jouissances futures. - Revue spirite, 1858, page 79 : L'assassin Lemaire. - Id., 1858, page 166 : Le suicidé de la Samaritaine. - Id., 1858, page 331 : Sensations des Esprits. - Id., 1859, page 275 : Le père Crépin. - Id., 1860, page 61 : Estelle Régnier. - Id., 1860, page 247 : Le suicidé de la rue Quincampoix. - Id., 1860, page 316 : Le Châtiment. - Id., 1860, page 325 : Entrée d'un coupable dans le monde des Esprits. - Id., 1860, page 384 : Châtiment de l'égoïste. - Id., 1861, page 53 : Suicide d'un athée. - Id., 1861, page 270 : La peine du talion).

161. La prière est-elle utile pour les âmes souffrantes ?

La prière est recommandée par tous les bons Esprits ; elle est en outre demandée par les Esprits imparfaits comme un moyen d'alléger leurs souffrances. L'âme pour laquelle on prie en éprouve du soulagement, parce que c'est un témoignage d'intérêt, et que le malheureux est toujours soulagé quand il trouve des coeurs charitables qui compatissent à ses douleurs. D'un autre côté, par la prière on l'excite au repentir et au désir de faire ce qu'il faut pour être heureux ; c'est en ce sens qu'on peut abréger sa peine, si, de son côté, il seconde par sa bonne volonté. (Livre des Esprits, n° 664. - Revue spirite, 1859, page 315 : Effets de la prière sur les Esprits souffrants).

162. En quoi consistent les jouissances des âmes heureuses ? Passent-elles l'éternité en contemplation ?

La justice veut que la récompense soit proportionnée au mérite, comme la punition à la gravité de la faute ; il y a donc des degrés infinis dans les jouissances de l'âme, depuis l'instant où elle entre dans la voie du bien jusqu'à ce qu'elle ait atteint la perfection.

Le bonheur des bons Esprits consiste à connaître toutes choses, à n'avoir ni haine, ni jalousie, ni envie, ni ambition, ni aucune des passions qui font le malheur des hommes. L'amour qui les unit est pour eux la source d'une suprême félicité. Ils n'éprouvent ni les besoins, ni les souffrances, ni les angoisses de la vie matérielle. Un état de contemplation perpétuelle serait un bonheur stupide et monotone ; ce serait celui de l'égoïste, puisque leur existence serait une inutilité sans terme. La vie spirituelle est, au contraire, une activité incessante par les missions que les Esprits reçoivent de l'Etre suprême, comme étant ses agents dans le gouvernement de l'univers ; missions qui sont proportionnées à leur avancement, et dont ils sont heureux, parce qu'elles leur fournissent les occasions de se rendre utiles et de faire le bien. (Livre des Esprits, n° 558 : Occupations et missions des Esprits. - Revue spirite, 1860, pages 321 et 322 : Les purs Esprits ; le séjour des bienheureux. - Id., 1861, page 179 : Madame Gourdon).

Remarque. Nous invitons les adversaires du spiritisme, et ceux qui n'admettent pas la réincarnation, à donner des problèmes ci-dessus une solution plus logique par tout autre principe que celui de la pluralité des existences.

FIN

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Catégorie : Qu'est-ce que le spiritisme ?

 Qu'est-ce que le spiritisme ? (act IV)

31/3/2009

CHAPITRE II

NOTIONS ELEMENTAIRES DE SPIRITISME

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OBSERVATIONS PRELIMINAIRES

1. C'est une erreur de croire qu'il suffit à certains incrédules de voir des phénomènes extraordinaires pour être convaincus. Ceux qui n'admettent pas d'âme ou d'Esprit en l'homme, ne peuvent en admettre hors de l'homme ; par conséquent, niant la cause, ils nient l'effet. Ils arrivent ainsi, presque toujours, avec une idée préconçue et un parti pris de dénégation qui les détourne d'une observation sérieuse et impartiale ; ils font des questions et des objections auxquelles il est impossible de répondre instantanément d'une manière complète, parce qu'il faudrait, pour chaque personne, faire une sorte de cours et reprendre les choses depuis le commencement. L'étude préalable a pour résultat de répondre d'avance aux objections, dont la plupart sont fondées sur l'ignorance de la cause des phénomènes, et des conditions dans lesquelles ils se produisent.

2. Ceux qui ne connaissent pas le spiritisme, se figurent qu'on produit des phénomènes spirites comme on fait des expériences de physique et de chimie. De là leur prétention de les soumettre à leur volonté, et leur refus de se placer dans les conditions nécessaires pour l'observation. N'admettant pas, en principe, l'existence et l'intervention des Esprits, ou tout au moins ne connaissant ni leur nature, ni leur mode d'action, ils agissent comme s'ils opéraient sur de la matière brute ; et de ce qu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils demandent, ils concluent qu'il n'y a pas d'Esprits.

En se plaçant à un autre point de vue, on comprendra que les Esprits étant les âmes des hommes, après la mort nous serons nous-mêmes Esprits, et que nous serions peu disposés à servir de jouet pour satisfaire les fantaisies des curieux.

3. Bien que certains phénomènes puissent être provoqués, par la raison qu'ils proviennent d'intelligences libres, ils ne sont jamais à la disposition absolue de qui que ce soit, et quiconque se ferait fort de les obtenir à volonté prouverait ou son ignorance ou sa mauvaise foi. Il faut les attendre, les saisir au passage, et souvent c'est au moment où l'on s'y attend le moins que se présentent les faits les plus intéressants et les plus concluants. Celui qui veut sérieusement s'instruire doit donc apporter, en cela comme en toutes choses, de la patience, de la persévérance, et faire ce qui est nécessaire, autrement mieux vaut pour lui ne pas s'en occuper.

4. Les réunions où l'on s'occupe de manifestations spirites ne sont pas toujours dans de bonnes conditions, soit pour obtenir des résultats satisfaisants, soit pour amener la conviction : il en est même, il faut en convenir, d'où les incrédules sortent moins convaincus qu'en entrant, objectant à ceux qui leur parlent du caractère sérieux du spiritisme, les choses souvent ridicules dont ils ont été témoins. Ils ne sont pas plus logiques que celui qui jugerait d'un art par les ébauches d'un écolier, d'une personne par sa caricature, ou d'une tragédie par sa parodie. Le spiritisme a aussi ses écoliers, celui qui veut s'éclairer ne puise pas ses renseignements à une seule source ; ce n'est que par l'examen et la comparaison qu'il peut asseoir un jugement.

5. Les réunions frivoles ont un grave inconvénient pour les novices qui y assistent, en ce qu'elles leur donnent une fausse idée du caractère du spiritisme. Ceux qui n'ont assisté qu'à des réunions de ce genre, ne sauraient prendre au sérieux une chose qu'ils voient traiter avec légèreté par ceux-mêmes qui s'en disent les adeptes. Une étude préalable leur apprendra à juger la portée de ce qu'ils voient, et à faire la part du bon et du mauvais.

6. Le même raisonnement s'applique à ceux qui jugent le spiritisme sur certains ouvrages excentriques qui ne peuvent en donner qu'une idée incomplète et ridicule. Le spiritisme sérieux n'est pas plus responsable de ceux qui le comprennent mal ou le pratiquent à contre-sens, que la poésie n'est responsable de ceux qui font de mauvais vers. Il est fâcheux, dit-on, que de tels ouvrages existent, car ils font tort à la véritable science. Il serait sans doute préférable qu'il n'y en eût que de bons ; mais le plus grand tort est à ceux qui ne se donnent pas la peine de tout étudier. Tous les arts, toutes les sciences, d'ailleurs, sont dans le même cas ; n'y a-t-il pas sur les choses les plus sérieuses des traités absurdes et remplis d'erreurs ? Pourquoi le spiritisme serait-il privilégié sous ce rapport, surtout à son début ? Si ceux qui le critiquent ne le jugeaient pas sur des apparences, ils sauraient ce qu'il admet et ce qu'il rejette, et ne le chargeraient pas de ce qu'il répudie au nom de la raison et de l'expérience.

 

DES ESPRITS

7. Les Esprits ne sont point, comme on se le figure souvent, des êtres à part dans la création ; ce sont les âmes de ceux qui ont vécu sur la terre ou dans d'autres mondes, dépouillées de leur enveloppe corporelle. Quiconque admet l'existence de l'âme survivant au corps, admet par cela même celle des Esprits ; nier les Esprits serait nier l'âme.

8. On se fait généralement une idée très fausse de l'état des Esprits ; ce ne sont point, comme quelques-uns le croient, des êtres vagues et indéfinis, ni des flammes comme les feux follets, ni des fantômes comme dans les contes de revenants. Ce sont des êtres semblables à nous, ayant un corps comme le nôtre, mais fluidique et invisible dans l'état normal.

9. Lorsque l'âme est unie au corps pendant la vie, elle a une double enveloppe : l'une lourde, grossière et destructible, qui est le corps ; l'autre fluidique, légère et indestructible, appelée périsprit.

10. Il y a donc en l'homme trois choses essentielles : 1° l'âme ou Esprit, principe intelligent en qui résident la pensée, la volonté et le sens moral ; 2° le corps, enveloppe matérielle, qui met l'Esprit en rapport avec le monde extérieur ; 3° le périsprit, enveloppe fluidique, légère, impondérable, servant de lien et d'intermédiaire entre l'Esprit et le corps.

11. Lorsque l'enveloppe extérieure est usée et ne peut plus fonctionner, elle tombe et l'Esprit s'en dépouille, comme le fruit se dépouille de sa coque, l'arbre de son écorce, le serpent de sa peau, en un mot comme on quitte un vieil habit hors de service : c'est ce qu'on appelle la mort.

12. La mort n'est que la destruction de l'enveloppe matérielle ; l'âme abandonne cette enveloppe comme le papillon quitte sa chrysalide ; mais elle conserve son corps fluidique ou périsprit.

13. La mort du corps débarrasse l'Esprit de l'enveloppe qui l'attachait à la terre et le faisait souffrir ; une fois délivré de ce fardeau, il n'a plus que son corps éthéré, qui lui permet de parcourir l'espace et de franchir les distances avec la rapidité de la pensée.

14. L'union de l'âme, du périsprit et du corps matériel constitue l'homme ; l'âme et le périsprit séparés du corps constituent l'être appelé Esprit.

Remarque. L'âme est ainsi un être simple ; l'Esprit, un être double, et l'homme un être triple. Il serait donc plus exact de réserver le mot âme pour désigner le principe intelligent, et le mot Esprit pour l'être semi-matériel formé de ce principe et du corps fluidique. Mais comme on ne peut concevoir le principe intelligent isolé de toute matière, ni le périsprit sans être animé par le principe intelligent, les mots âme et Esprit sont, dans l'usage, indifféremment employés l'un pour l'autre ; c'est la figure qui consiste à prendre la partie pour le tout, de même qu'on dit d'une ville qu'elle est peuplée de tant d'âmes, un village composé de tant de feux ; mais philosophiquement, il est essentiel d'en faire la différence.

15. Les Esprits, revêtus des corps matériels, constituent l'humanité ou monde corporel visible ; dépouillés de ces corps, ils constituent le monde spirituel ou monde invisible, qui peuplent l'espace et au milieu duquel nous vivons sans nous en douter, comme nous vivons au milieu du monde des infiniment petits que nous ne soupçonnions pas avant l'invention du microscope.

16. Les Esprits ne sont donc point des êtres abstraits, vagues et indéfinis, mais des êtres concrets et circonscrits, auxquels il ne manque que d'être visibles pour ressembler aux humains, d'où il suit que si, à un moment donné, le voile qui les dérobe à la vue pouvait être levé, ils formeraient pour nous toute une population environnante.

17. Les Esprits ont toutes les perceptions qu'ils avaient sur la terre, mais à un plus haut degré, parce que leurs facultés ne sont pas amorties par la matière ; ils ont des sensations qui nous sont inconnues ; ils voient et entendent des choses que nos sens limités ne nous permettent ni de voir ni d'entendre. Pour eux il n'y a point d'obscurité, sauf ceux dont la punition est d'être temporairement dans les ténèbres. Toutes nos pensées se répercutent en eux, et ils y lisent comme dans un livre ouvert ; de sorte que ce que nous pouvions cacher à quelqu'un de son vivant, nous ne le pouvons plus dès qu'il est Esprit (Livre des Esprits, n° 237).

18. Les Esprits sont partout : ils sont parmi nous, à nos côtés, nous coudoyant et nous observant sans cesse. Par leur présence incessante au milieu de nous, les Esprits sont les agents de divers phénomènes ; ils jouent un rôle important dans le monde moral, et jusqu'à un certain point dans le monde physique ; ils constituent ainsi une des puissances de la nature.

19. Dès lors qu'on admet la survivance de l'âme ou de l'Esprit, il est rationnel d'admettre la survivance des affections ; sans cela les âmes de nos parents et de nos amis seraient à jamais perdues pour nous.

Puisque les Esprits peuvent aller partout, il est également rationnel d'admettre que ceux qui nous ont aimés pendant leur vie terrestre, nous aiment encore après la mort, qu'ils viennent auprès de nous, qu'ils désirent se communiquer à nous, et qu'ils se servent pour cela des moyens qui sont à leur disposition ; c'est ce que confirme l'expérience.

L'expérience prouve, en effet, que les Esprits conservent les affections sérieuses qu'ils avaient sur la terre, qu'ils se plaisent à revenir vers ceux qu'ils ont aimés, surtout lorsqu'ils y sont attirés par la pensée et les sentiments affectueux qu'on leur porte, tandis qu'ils sont indifférents pour ceux qui n'ont pour eux que de l'indifférence.

20. Le spiritisme a pour but la constatation et l'étude de la manifestation des Esprits, de leurs facultés, de leur situation heureuse ou malheureuse, et de leur avenir ; en un mot, la connaissance du monde spirituel. Ces manifestations étant avérées, elles ont pour résultat la preuve irrécusable de l'existence de l'âme, de sa survivance au corps, de son individualité après la mort, c'est-à-dire de la vie future ; c'est, par cela même, la négation des doctrines matérialistes, non plus par des raisonnements, mais par des faits.

21. Une idée à peu près générale chez les personnes qui ne connaissent pas le spiritisme, est de croire que les Esprits, par cela seul qu'ils sont dégagés de la matière, doivent tout savoir et posséder la souveraine sagesse. C'est là une erreur grave.

Les Esprits n'étant que les âmes des hommes, celles-ci n'ont point acquis la perfection en quittant leur enveloppe terrestre. Le progrès de l'Esprit ne s'accomplit qu'avec le temps, et ce n'est que successivement qu'il se dépouille de ses imperfections, qu'il acquiert les connaissances qui lui manquent. Il serait aussi illogique d'admettre que l'Esprit d'un sauvage ou d'un criminel devient tout à coup savant et vertueux, qu'il serait contraire à la justice de Dieu de penser qu'il restera perpétuellement dans son infériorité.

Comme il y a des hommes de tous les degrés de savoir et d'ignorance, de bonté et de méchanceté, il en est de même des Esprits. Il y en a qui ne sont que légers et espiègles, d'autres sont menteurs, fourbes, hypocrites, méchants, vindicatifs ; d'autres, au contraire, possèdent les vertus les plus sublimes et le savoir à un degré inconnu sur la terre. Cette diversité dans la qualité des Esprits est un des points les plus importants à considérer, car elle explique la nature bonne ou mauvaise des communications que l'on reçoit ; c'est à les distinguer qu'il faut surtout s'attacher. (Livre des Esprits, n° 100, Echelle spirite. - Livre des Médiums, chapitre XXIV.)

 

COMMUNICATIONS AVEC LE MONDE INVISIBLE

22. L'existence, la survivance et l'individualité de l'âme étant admises, le spiritisme se réduit à une seule question principale : Les communications entre les âmes et les vivants sont-elles possibles ? Cette possibilité est un résultat d'expérience. Le fait des rapports entre le monde visible et le monde invisible une fois établi, la nature, la cause et le mode de ces rapports étant connus, c'est un nouveau champ ouvert à l'observation et la clef d'une foule de problèmes ; c'est en même temps un puissant élément moralisateur par la cessation du doute sur l'avenir.

23. Ce qui jette dans la pensée de beaucoup de personnes du doute sur la possibilité des communications d'outre tombe, c'est l'idée fausse qu'on se fait de l'état de l'âme après la mort. On se la figure généralement comme un souffle, une fumée, quelque chose de vague, à peine saisissable par la pensée, qui s'évapore et s'en va on ne sait où, mais si loin qu'on a peine à comprendre qu'elle puisse revenir sur la terre. Si on la considère, au contraire, dans son union avec un corps fluidique, semi-matériel, avec lequel elle forme un être concret et individuel, ses rapports avec les vivants n'ont rien d'incompatible avec la raison.

24. Le monde visible vivant au milieu du monde invisible avec lequel il est en contact perpétuel, il en résulte qu'ils réagissent incessamment l'un sur l'autre ; que depuis qu'il y a des hommes il y a des Esprits, et que si ces derniers ont le pouvoir de se manifester, ils ont du le faire à toutes les époques et chez tous les peuples. Cependant, dans ces derniers temps, les manifestations des Esprits ont pris un grand développement et ont acquis un plus grand caractère d'authenticité, parce qu'il était dans les vues de la Providence de mettre un terme à la plaie de l'incrédulité et du matérialisme par des preuves évidentes, en permettant à ceux qui ont quitté la terre de venir attester leur existence et nous révéler leur situation heureuse ou malheureuse.

25. Les rapports entre le monde visible et le monde invisible peuvent être occultes ou patents, spontanés ou provoqués.

Les Esprits agissent sur les hommes d'une manière occulte par les pensées qu'ils leur suggèrent et par certaines influences ; d'une manière patente par des effets appréciables aux sens.

Les manifestations spontanées ont lieu inopinément et à l'improviste ; elles se produisent souvent chez les personnes les plus étrangères aux idées spirites et qui, par cela même, ne pouvant s'en rendre compte, les attribuent à des causes surnaturelles. Celles qui sont provoquées ont lieu par l'entremise de certaines personnes douées à cet effet de facultés spéciales et que l'on désigne sous le nom de médiums.

26. Les Esprits peuvent se manifester de bien des manières différentes : par la vue, par l'audition, par le toucher, par des bruits, le mouvement des corps, l'écriture, le dessin, la musique, etc..

27. Les Esprits se manifestent quelquefois spontanément par des bruits et des coups frappés ; c'est souvent pour eux un moyen d'attester leur présence et d'appeler sur eux l'attention, absolument comme lorsqu'une personne frappe pour avertir qu'il y a quelqu'un. Il en est qui ne se bornent pas à des bruits modérés, mais qui vont jusqu'à faire un vacarme pareil à celui de la vaisselle qui se brise, de portes qui s'ouvrent et se ferment, ou de meubles que l'on renverse ; quelques-uns même causent une perturbation réelle et de véritables dégâts. (Revue spirite, 1858 : L'Esprit frappeur de Bergzabern, p. 125, 153, 184. - Id. L'Esprit frappeur de Dibbelsdorf, p. 219. - Id., 1860 : Le boulanger de Dieppe, p. 76. - Id. Le fabricant de Saint Pétersbourg, p. 115. - Id. Le chiffonnier de la rue des Noyers, p. 236).

28. Le périsprit, quoique invisible pour nous dans l'état normal, n'en est pas moins une matière éthérée. L'Esprit peut, dans certains cas, lui faire subir une sorte de modification moléculaire qui le rende visible et même tangible ; c'est ainsi que se produisent les apparitions. Ce phénomène n'est pas plus extraordinaire que celui de la vapeur qui est invisible quand elle est très raréfiée et qui devient visible quand elle est condensée.

Les Esprits qui se rendent visibles se présentent presque toujours sous les apparences qu'ils avaient de leur vivant et qui peut les faire reconnaître.

29. La vue permanente et générale des Esprits est fort rare, mais les apparitions isolées sont assez fréquentes, surtout au moment de la mort : l'Esprit dégagé semble se hâter d'aller revoir ses parents et ses amis, comme pour les avertir qu'il vient de quitter la terre et leur dire qu'il vit toujours. Que chacun recueille ses souvenirs, et l'on verra combien de faits authentiques de ce genre, dont on ne se rendait pas compte, ont eu lieu non seulement la nuit, pendant le sommeil, mais en plein jour et à l'état de veille le plus complet. Jadis on regardait ces faits comme surnaturels et merveilleux, et on les attribuait à la magie et à la sorcellerie ; aujourd'hui les incrédules les mettent sur le compte de l'imagination ; mais depuis que la science spirite en a donné la clef, on sait comment ils se produisent et qu'ils ne sortent pas de l'ordre des phénomènes naturels.

30. C'est à l'aide de son périsprit que l'Esprit agissait sur son corps vivant ; c'est encore avec ce même fluide qu'il se manifeste en agissant sur la matière inerte ; qu'il produit les bruits, les mouvements des tables et autres objets qu'il soulève, renverse ou transporte. Ce phénomène n'a rien de surprenant si l'on considère que parmi nous les plus puissants moteurs se trouvent dans les fluides les plus raréfiés et même impondérables, comme l'air, la vapeur et l'électricité.

C'est également à l'aide de son périsprit que l'Esprit fait écrire, parler ou dessiner les médiums ; n'ayant pas de corps tangible pour agir ostensiblement quand il veut se manifester, il se sert du corps du médium dont il emprunte les organes qu'il fait agir comme si c'était son propre corps, et cela par l'effluve fluidique qu'il déverse sur lui.

31. Dans le phénomène désigné sous le nom de tables mouvantes ou tables parlantes, c'est par le même moyen que l'Esprit agit sur la table, soit pour la faire mouvoir sans signification déterminée, soit pour lui faire frapper des coups intelligents indiquant les lettres de l'alphabet pour former des mots et des phrases, phénomène désigné sous le nom de typtologie. La table n'est ici qu'un instrument dont il se sert, comme il le fait du crayon pour écrire ; il lui donne une vitalité momentanée par le fluide dont il la pénètre, mais il ne s'identifie point avec elle. Les personnes qui, dans leur émotion, en voyant se manifester un être qui leur est cher, embrassent la table, font un acte ridicule, car c'est absolument comme si elles embrassaient le bâton dont un ami se sert pour frapper des coups. Il en est de même de celles qui adressent la parole à la table, comme si l'Esprit était enfermé dans le bois, ou comme si le bois était devenu Esprit.

Lorsque des communications ont lieu par ce moyen, il faut se représenter l'Esprit, non dans la table, mais à côté, tel qu'il était de son vivant, et tel qu'on le verrait si, à ce moment, il pouvait se rendre visible. La même chose a lieu dans les communications par l'écriture ; on verrait l'Esprit à côté du médium, dirigeant sa main, ou lui transmettant sa pensée par un courant fluidique.

Lorsque la table se détache du sol et flotte dans l'espace sans point d'appui, l'Esprit ne la soulève pas à force de bras, mais l'enveloppe et la pénètre d'une sorte d'atmosphère fluidique qui neutralise l'effet de la gravitation, comme le fait l'air pour les ballons et les cerfs volants. Le fluide dont elle est pénétrée lui donne momentanément une légèreté spécifique plus grande. Lorsqu'elle est clouée au sol, elle est dans un cas analogue à celui de la cloche pneumatique sous laquelle on fait le vide. Ce ne sont ici que des comparaisons pour montrer l'analogie des effets et non la similitude absolue des causes.

Lorsque la table poursuit quelqu'un, ce n'est pas l'Esprit qui court, car il peut rester tranquillement à la même place, mais qui lui donne l'impulsion par un courant fluidique à l'aide duquel il la fait mouvoir à son gré. Lorsque des coups se font entendre dans la table ou ailleurs, l'Esprit ne frappe ni avec sa main ni avec un objet quelconque ; il dirige sur le point d'où part le bruit un jet de fluide qui produit l'effet d'un choc électrique. Il modifie le bruit comme on peut modifier les sons produits par l'air.

On comprend, d'après cela, qu'il n'est pas plus difficile à l'Esprit d'enlever une personne que d'enlever une table, de transporter un objet d'un endroit à un autre ou de le lancer quelque part ; ces phénomènes se produisent par la même loi.

32. On peut voir, par ce peu de mots, que les manifestations spirites, de quelque nature qu'elles soient, n'ont rien de surnaturel ni de merveilleux. Ce sont des phénomènes qui se produisent en vertu de la loi qui régit les rapports du monde visible et du monde invisible, loi tout aussi naturelle que celles de l'électricité, de la gravitation, etc.. Le spiritisme est la science qui nous fait connaître cette loi, comme la mécanique nous fait connaître la loi du mouvement, l'optique celle de la lumière. Les manifestations spirites étant dans la nature, se sont produites à toutes les époques ; la loi qui les régit étant connue nous explique une foule de problèmes regardés comme insolubles ; c'est la clef d'une multitude de phénomènes exploités et amplifiés par la superstition.

33. Le merveilleux étant complètement écarté, ces phénomènes n'ont plus rien qui répugne à la raison, car ils viennent prendre place à côté des autres phénomènes naturels. Dans les temps d'ignorance, tous les effets dont on ne connaissait pas la cause étaient réputés surnaturels. Les découvertes de la science ont successivement restreint le cercle du merveilleux ; la connaissance de cette nouvelle loi vient le réduire à néant. Ceux donc qui accusent le spiritisme de ressusciter le merveilleux prouvent, par cela même qu'ils parlent d'une chose qu'ils ne connaissent pas.

34. Les manifestations des Esprits sont de deux natures : les effets physiques et les communications intelligentes. Les premiers sont les phénomènes matériels et ostensibles, tels que les mouvements, les bruits, les transports d'objets, etc. ; les autres consistent dans l'échange régulier de pensées à l'aide des signes, de la parole et principalement de l'écriture.

35. Les communications que l'on reçoit des Esprits peuvent être bonnes ou mauvaises, justes ou fausses, profondes ou légères, selon la nature des Esprits qui se manifestent. Ceux qui prouvent de la sagesse et du savoir sont des Esprits avancés qui ont progressé ; ceux qui prouvent de l'ignorance et de mauvaises qualités sont des Esprits encore arriérés, mais chez qui le progrès se fera avec le temps.

Les Esprits ne peuvent répondre que sur ce qu'ils savent, selon leur avancement, et, de plus, sur ce qu'il leur est permis de dire, car il est des choses qu'ils ne doivent pas révéler, parce qu'il n'est pas encore donné aux hommes de tout connaître.

36. De la diversité dans les qualités et les aptitudes des Esprits, il résulte qu'il ne suffit pas de s'adresser à un Esprit quelconque pour avoir une réponse juste à toute question, car, sur beaucoup de choses, il ne peut donner que son opinion personnelle, qui peut être juste ou fausse. S'il est sage, il avouera son ignorance sur ce qu'il ne sait pas ; s'il est léger ou menteur, il répondra sur tout sans se soucier de la vérité ; s'il est orgueilleux, il donnera son idée comme une vérité absolue. C'est pour cela que saint Jean l'Evangéliste dit : «Ne croyez point à tout Esprit, mais éprouvez si les Esprits sont de Dieu.» L'expérience prouve la sagesse de ce conseil. Il y aurait donc imprudence et légèreté à accepter sans contrôle tout ce qui vient des Esprits. C'est pourquoi il est essentiel d'être édifié sur la nature de ceux auxquels on a affaire. (Livre des Médiums, n° 267.)

37. On reconnaît la qualité des Esprits à leur langage ; celui des Esprits vraiment bons et supérieurs est toujours digne, noble, logique, exempt de contradiction ; il respire la sagesse, la bienveillance, la modestie et la morale la plus pure ; il est concis et sans paroles inutiles. Chez les Esprits inférieurs, ignorants ou orgueilleux, le vide des idées est presque toujours compensé par l'abondance des paroles. Toute pensée évidemment fausse, toute maxime contraire à la saine morale, tout conseil ridicule, toute expression grossière, triviale ou simplement frivole, enfin toute marque de malveillance, de présomption ou d'arrogance sont des signes incontestables d'infériorité chez un Esprit.

38. Les Esprits inférieurs sont plus ou moins ignorants ; leur horizon moral est borné, leur perspicacité restreinte ; ils n'ont des choses qu'une idée souvent fausse et incomplète ; ils sont, en outre, encore sous l'empire des préjugés terrestres qu'ils prennent quelquefois pour des vérités ; c'est pourquoi ils sont incapables de résoudre certaines questions. Ils peuvent nous induire en erreur, volontairement ou involontairement, sur ce qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes.

39. Les Esprits inférieurs ne sont pas pour cela tous essentiellement mauvais ; il y en a qui ne sont qu'ignorants et légers ; il en est de facétieux, de spirituels, d'amusants et qui savent manier la plaisanterie fine et mordante. A côté de cela, on trouve dans le monde des Esprits, comme sur la terre, tous les genres de perversité et tous les degrés de supériorité intellectuelle et morale.

40. Les Esprits supérieurs ne s'occupent que des communications intelligentes en vue de notre instruction ; les manifestations physiques ou purement matérielles sont plus spécialement dans les attributions des Esprits inférieurs, vulgairement désignés sous le nom d'Esprits frappeurs, comme, parmi nous, les tours de force sont le fait des saltimbanques et non des savants.

41. Les communications avec les Esprits doivent toujours être faites avec calme et recueillement : on ne doit jamais perdre de vue que les Esprits sont les âmes des hommes et qu'il serait inconvenant d'en faire un jeu et un sujet de plaisanterie. Si l'on a du respect pour la dépouille mortelle, on doit en avoir encore plus pour l'Esprit Les réunions frivoles et légères manquent donc à un devoir, et ceux qui en font partie devraient songer que d'un moment à l'autre ils peuvent entrer dans le monde des Esprits, et qu'ils ne verraient pas avec plaisir qu'on les traitât avec si peu de déférence.

42. Un autre point également essentiel à considérer, c'est que les Esprits sont libres ; ils se communiquent quand ils veulent, à qui il leur convient, et aussi quand ils le peuvent, car ils ont leurs occupations. Ils ne sont aux ordres et au caprice de qui que ce soit, et il n'est donné à personne de les faire venir contre leur gré, ni de leur faire dire ce qu'ils veulent taire ; de sorte que nul ne peut affirmer qu'un Esprit quelconque viendra à son appel à un moment déterminé, ou répondra à telle ou telle question. Dire le contraire, c'est prouver l'ignorance absolue des principes les plus élémentaires du spiritisme ; le charlatanisme seul a des sources infaillibles.

43. Les Esprits sont attirés par la sympathie, la similitude des goûts et des caractères, l'intention qui fait désirer leur présence. Les Esprits supérieurs ne vont pas plus dans les réunions futiles qu'un savant de la terre n'irait dans une assemblée de jeunes étourdis. Le simple bon sens dit qu'il n'en peut être autrement ; ou, s'ils y vont parfois, c'est pour donner un conseil salutaire, combattre les vices, tâcher de ramener dans la bonne voie ; s'ils ne sont pas écoutés, ils se retirent. Ce serait avoir une idée complètement fausse de croire que des Esprits sérieux puissent se complaire à répondre à des futilités, à des questions oiseuses qui ne prouvent ni attachement ni respect pour eux, ni désir réel de s'instruire, et encore moins qu'ils puissent venir se mettre en spectacle pour l'amusement des curieux. Ils ne l'eussent pas fait de leur vivant, ils ne peuvent le faire après leur mort.

44. La frivolité des réunions a pour résultat d'attirer les Esprits légers qui ne cherchent que les occasions de tromper et de mystifier. Par la même raison que les hommes graves et sérieux ne vont pas dans les assemblées légères, les Esprits sérieux ne vont que dans les réunions sérieuses dont le but est l'instruction et non la curiosité ; c'est dans les réunions de ce genre que les Esprits supérieurs se plaisent à donner leurs enseignements.

45. De ce qui précède, il résulte que toute réunion spirite, pour être profitable, doit, comme première condition, être sérieuse et recueillie ; que tout doit s'y passer respectueusement, religieusement, et avec dignité, si l'on veut obtenir le concours habituel des bons Esprits. Il ne faut pas oublier que si ces mêmes Esprits s'y fussent présentés de leur vivant, on aurait eu pour eux des égards auxquels ils ont encore plus de droit après leur mort.

46. En vain allègue-t-on l'utilité de certaines expériences curieuses, frivoles et amusantes pour convaincre les incrédules : c'est à un résultat tout opposé qu'on arrive. L'incrédule, déjà porté à se railler des croyances les plus sacrées, ne peut voir une chose sérieuse dans ce dont on fait une plaisanterie ; il ne peut être porté à respecter ce qui ne lui est pas présenté d'une manière respectable ; aussi, des réunions futiles et légères, de celles où il n'y a ni ordre, ni gravité, ni recueillement, il emporte toujours une mauvaise impression. Ce qui peut surtout le convaincre, c'est la preuve de la présence d'êtres dont la mémoire lui est chère ; c'est devant leurs paroles graves et solennelles, c'est devant les révélations intimes qu'on le voit s'émouvoir et pâlir. Mais, par cela même qu'il a plus de respect, de vénération, d'attachement pour la personne dont l'âme se présente à lui, il est choqué, scandalisé de la voir venir dans une assemblée irrespectueuse, au milieu des tables qui dansent et des lazzis des Esprits légers ; tout incrédule qu'il est, sa conscience repousse cette alliance du sérieux et du frivole, du religieux et du profane, c'est pourquoi il taxe tout cela de jonglerie, et sort souvent moins convaincu qu'il n'était entré.

Les réunions de cette nature font toujours plus de mal que de bien, car elles éloignent de la doctrine plus de personnes qu'elles n'y en amènent, sans compter qu'elles prêtent le flanc à la critique des détracteurs qui y trouvent des motifs fondés de raillerie.

47. C'est à tort qu'on se fait un jeu des manifestations physiques ; si elles n'ont pas l'importance de l'enseignement philosophique, elles ont leur utilité, au point de vue des phénomènes, car elles sont l'alphabet de la science dont elles ont donné la clef. Quoique moins nécessaires aujourd'hui, elles aident encore à la conviction de certaines personnes. Mais elles n'excluent nullement l'ordre et la bonne tenue ans les réunions où on les expérimente ; si elles étaient toujours pratiquées d'une manière convenable, elles convaincraient plus facilement et produiraient, sous tous les rapports, de bien meilleurs résultats.

48. Certaines personnes se font une idée très fausse des évocations ; il en est qui croient qu'elles consistent à faire revenir les morts avec l'appareil lugubre de la tombe. Le peu que nous avons dit à ce sujet doit dissiper cette erreur. Ce n'est que dans les romans, dans les contes fantastiques de revenants et au théâtre qu'on voit les morts décharnés, sortir de leurs sépulcres, affublés de linceuls, et faisant claquer leurs os. Le spiritisme, qui n'a jamais fait de miracles, n'a pas plus fait celui-là que d'autres, et jamais il n'a fait revivre un corps mort : quand le corps est dans la fosse, il y est bien définitivement ; mais l'être spirituel, fluidique, intelligent n'y a point été mis avec son enveloppe grossière ; il s'en est séparé au moment de la mort, et une fois la séparation opérée, il n'a plus rien de commun avec elle.

49. La critique malveillante s'est plu à représenter les communications spirites comme entourées des pratiques ridicules et superstitieuses de la magie et de la nécromancie. Si ceux qui parlent du spiritisme sans le connaître s'étaient donné la peine d'étudier ce dont ils veulent parler, ils se seraient épargné des frais d'imagination ou des allégations qui ne servent qu'à prouver leur ignorance et leur mauvais vouloir. Pour l'édification des personnes étrangères à la science, nous dirons qu'il n'y a, pour communiquer avec les Esprits, ni jours, ni heures, ni lieux plus propices les uns que les autres ; qu'il ne faut, pour les évoquer, ni formules, ni paroles sacramentelles ou cabalistiques ; qu'il n'est besoin d'aucune préparation ni d'aucune initiation ; que l'emploi de tout signe ou objet matériel, soit pour les attirer, soit pour les repousser est sans effet, et que la pensée suffit ; enfin que les médiums reçoivent leurs communications aussi simplement et aussi naturellement que si elles étaient dictées par une personne vivante sans sortir de l'état normal. Le charlatanisme seul pourrait affecter des manières excentriques et ajouter des accessoires ridicules.

L'appel des Esprits se fait au nom de Dieu, avec respect et recueillement ; c'est la seule chose qui soit recommandée aux gens sérieux qui veulent avoir des rapports avec des Esprits sérieux.

 

BUT PROVIDENTIEL DES MANIFESTATIONS SPIRITES

50. Le but providentiel des manifestations est de convaincre les incrédules que tout ne finit pas pour l'homme avec la vie terrestre, et de donner aux croyants des idées plus justes sur l'avenir. Les bons Esprits viennent nous instruire en vue de notre amélioration et de notre avancement, et non pour nous révéler ce que nous ne devons pas encore savoir ou ce que nous ne devons apprendre que par notre travail. S'il suffisait d'interroger les Esprits pour obtenir la solution de toutes les difficultés scientifiques, ou pour faire des découvertes et des inventions lucratives, tout ignorant pourrait devenir savant à bon marché, et tout paresseux pourrait s'enrichir sans peine ; c'est ce que Dieu ne veut pas. Les Esprits aident l'homme de génie par l'inspiration occulte, mais ne l'exemptent ni du travail ni des recherches afin de lui en laisser le mérite.

51. Ce serait avoir une idée bien fausse des Esprits que de voir en eux les auxiliaires des diseurs de bonne aventure ; les Esprits sérieux refusent de s'occuper des choses futiles ; les Esprits légers et moqueurs s'occupent de tout, répondent à tout, prédisent tout ce qu'on veut, sans s'inquiéter de la vérité, et se font un malin plaisir de mystifier les gens trop crédules ; c'est pourquoi il est essentiel d'être parfaitement fixé sur la nature des questions qu'on peut adresser aux Esprits. (Livre des Médiums, n° 286 : Questions qu'on peut adresser aux Esprits.)

52. En dehors de ce qui peut aider au progrès moral, il n'y a qu'incertitude dans les révélations que l'on peut obtenir des Esprits. La première conséquence fâcheuse pour celui qui détourne sa faculté du but providentiel, c'est d'être mystifié par les Esprits trompeurs qui pullulent autour des hommes ; la seconde, de tomber sous l'empire de ces mêmes Esprits qui peuvent, par de perfides conseils, conduire à des malheurs réels et matériels sur terre ; la troisième est de perdre, après la vie terrestre, le fruit de la connaissance du spiritisme.

53. Les manifestations ne sont donc point destinées à servir les intérêts matériels ; leur utilité est dans les conséquences morales qui en découlent ; mais n'eussent-elles pour résultat que de faire connaître une nouvelle loi de nature, de démontrer matériellement l'existence de l'âme et son immortalité, ce serait déjà beaucoup, car ce serait une large voie nouvelle ouverte à la philosophie.

 

DES MEDIUMS

54. Les médiums présentent de très nombreuses variétés dans leurs aptitudes, ce qui les rend plus ou moins propres à l'obtention de tel ou tel phénomène, de tel ou tel genre de communication. Selon ces aptitudes, on les distingue en médiums, à effets physiques, à communications intelligentes, voyants, parlants, auditifs, sensitifs, dessinateurs, polyglottes, poètes, musiciens, écrivains, etc.. On ne peut attendre d'un médium ce qui est en dehors de sa faculté. Sans la connaissance des aptitudes médianimiques, l'observateur ne peut se rendre compte de certaines difficultés, ou de certaines impossibilités qui se rencontrent dans la pratique. (Livre des Médiums, chap. XIV, n° 185).

55. Les médiums à effets physiques sont plus particulièrement aptes à provoquer des phénomènes matériels tels que les mouvements, les coups frappés, etc., à l'aide de tables ou autres objets ; quand ces phénomènes révèlent une pensée, ou obéissent à une volonté, ce sont des effets intelligents qui, par cela même, dénotent une cause intelligente : c'est pour les Esprits une manière de se manifester. Au moyen d'un nombre de coups de convention, on obtient des réponses par oui ou par non, ou la désignation des lettres de l'alphabet qui servent à former des mots ou des phrases. Ce moyen primitif est très long et ne se prête pas à de grands développements. Les tables parlantes furent le début de la science ; aujourd'hui qu'on possède des moyens de communication aussi rapides et aussi complets qu'entre vivants, on ne s'en sert plus guère qu'accidentellement et comme expérimentation.

56. De tous les moyens de communication, l'écriture est à la fois le plus simple, le plus rapide, le plus commode, et celui qui permet le plus de développements ; c'est aussi la faculté que l'on rencontre le plus fréquemment chez les médiums.

57. Pour obtenir l'écriture, on s'est servi, dans le principe, d'intermédiaires matériels tels que corbeilles, planchettes, etc., munies d'un crayon. (Livre des Médiums, chap. XIII, n° 152 et suivants.) Plus tard on a reconnu l'inutilité de ces accessoires et la possibilité, pour les médiums, d'écrire directement avec la main, comme dans les circonstances ordinaires.

58. Le médium écrit sous l'influence des Esprits qui se servent de lui comme d'un instrument ; sa main est entraînée par un mouvement involontaire que le plus souvent il ne peut maîtriser. Certains médiums n'ont aucune conscience de ce qu'ils écrivent ; d'autres en ont une conscience plus ou moins vague, quoique la pensée leur soit étrangère : c'est ce qui distingue les médiums mécaniques des médiums intuitifs ou semi-mécaniques. La science spirite explique le mode de transmission de la pensée de l'Esprit au médium, et le rôle de ce dernier dans les communications. (Livre des Médiums, chap. XV, n° 179 et suivants ; - chap. XIX, n° 223 et suivants.)

59. Le médium ne possède que la faculté de communiquer, mais la communication effective dépend de la volonté des Esprits. Si les Esprits ne veulent pas se manifester, le médium n'obtient rien ; il est comme un instrument sans musicien.

Les Esprits ne se communiquant que lorsqu'ils le veulent, ou le peuvent, ne sont au caprice de personne ; aucun médium n'a le pouvoir de les faire venir à sa volonté et contre leur gré.

Ceci explique l'intermittence de la faculté chez les meilleurs médiums, et les interruptions qu'ils subissent parfois pendant plusieurs mois.

Ce serait donc à tort qu'on assimilerait la médiumnité à un talent. Le talent s'acquiert par le travail ; celui qui le possède en est toujours le maître ; le médium ne l'est jamais de sa faculté, puisqu'elle dépend d'une volonté étrangère.

60. Les médiums à effets physiques qui obtiennent régulièrement et à volonté la production de certains phénomènes, en admettant que ce ne soit pas le fait de la jonglerie, ont affaire à des Esprits de bas étage qui se complaisent à ces sortes d'exhibitions, et qui peut-être ont fait ce métier de leur vivant ; mais il serait absurde de penser que des Esprits tant soit peu élevés s'amusent à faire la parade. (Voir ci-dessus page 66*.)

61. L'obscurité nécessaire à la production de certains effets physiques prête sans doute à la suspicion, mais ne prouve rien contre la réalité. On sait qu'en chimie, il est des combinaisons qui ne peuvent s'opérer à la lumière ; que des compositions et des décompositions ont lieu sous l'action du fluide lumineux ; or, tous les phénomènes spirites sont le résultat de la combinaison des fluides propres de l'Esprit et du médium ; ces fluides étant de la matière, il n'y a rien d'étonnant à ce que, dans certains cas, le fluide lumineux soit contraire à cette combinaison.

62. Les communications intelligentes ont également lieu par l'action fluidique de l'Esprit sur le médium ; il faut que le fluide de ce dernier s'identifie avec celui de l'Esprit. La facilité des communications dépend du degré d'affinité qui existe entre les deux fluides. Chaque médium est ainsi plus ou moins apte à recevoir l'impression ou l'impulsion de la pensée de tel ou tel Esprit ; il peut être un bon instrument pour l'un et un mauvais pour un autre. Il en résulte que deux médiums également bien doués étant à côté l'un de l'autre, un Esprit pourra se manifester par l'un et non par l'autre.

63. C'est donc une erreur de croire qu'il suffit d'être médium pour recevoir avec une égale facilité des communications de tout Esprit. Il n'existe pas plus de médiums universels pour les évocations, que pour l'aptitude à produire tous les phénomènes. Les Esprits recherchent de préférence les instruments qui vibrent à leur unisson ; leur imposer le premier venu, serait comme si l'on imposait à un pianiste de jouer du violon, par la raison que sachant la musique, il doit pouvoir jouer de tous les instruments.

64. Sans l'harmonie, qui seule peut amener l'assimilation fluidique, les communications sont impossibles, incomplètes ou fausses. Elles peuvent être fausses, parce qu'à défaut de l'Esprit désiré, il n'en manque pas d'autres prêts à saisir l'occasion de se manifester, et qui se soucient fort peu de dire la vérité.

65. L'assimilation fluidique est quelquefois tout à fait impossible entre certains Esprits et certains médiums ; d'autres fois, et c'est le cas le plus ordinaire, elle ne s'établit que graduellement et à la longue ; c'est ce qui explique pourquoi les Esprits qui ont l'habitude de se manifester par un médium le font avec plus de facilité, et pourquoi les premières communications attestent presque toujours une certaine gêne, et sont moins explicites.

66. L'assimilation fluidique est aussi nécessaire dans les communications par la typtologie que par l'écriture, attendu que, dans l'un et l'autre cas, il s'agit de la transmission de la pensée de l'Esprit, quel que soit le moyen matériel employé.

67. Ne pouvant imposer un médium à l'Esprit qu'on veut évoquer, il convient de lui laisser le choix de son instrument. Dans tous les cas, il est nécessaire que le médium s'identifie préalablement avec l'Esprit par le recueillement et la prière, au moins pendant quelques minutes, et même plusieurs jours d'avance si cela se peut, de manière à provoquer et à activer l'assimilation fluidique. C'est le moyen d'atténuer la difficulté.

68. Lorsque les conditions fluidiques ne sont pas propices à la communication directe de l'Esprit au médium, elle peut se faire par l'intermédiaire du guide spirituel de ce dernier ; dans ce cas la pensée n'arrive que de seconde main, c'est-à-dire après avoir traversé deux milieux. On comprend alors combien il importe que le médium soit bien assisté, car s'il l'est par un Esprit obsesseur, ignorant ou orgueilleux, la communication sera nécessairement altérée.

Ici les qualités personnelles du médium jouent forcément un rôle important, par la nature des Esprits qu'il attire à lui. Les médiums les plus indignes peuvent avoir de puissantes facultés, mais les plus sûrs sont ceux qui, à cette puissance, joignent les meilleures sympathies dans le monde spirituel ; or ces sympathies ne sont nullement garanties par les noms plus ou moins imposants des Esprits, ou que prennent les Esprits qui signent les communications, mais par la nature constamment bonne des communications qu'ils en reçoivent.

69. Quel que soit le mode de communication, la pratique du spiritisme, au point de vue expérimental, présente de nombreuses difficultés, et n'est pas exempte d'inconvénients pour quiconque manque de l'expérience nécessaire. Que l'on expérimente soi-même, ou que l'on soit simple observateur, il est essentiel de savoir distinguer les différentes natures d'Esprits qui peuvent se manifester, de connaître la cause de tous les phénomènes, les conditions dans lesquelles ils peuvent se produire, les obstacles qui peuvent s'y opposer, afin de ne pas demander l'impossible ; il n'est pas moins nécessaire de connaître toutes les conditions et tous les écueils de la médiumnité, l'influence du milieu, des dispositions morales, etc.. (Livre des Médiums, 2° partie.)

 

ECUEILS DES MEDIUMS

70. Un des plus grands écueils de la médiumnité c'est l'obsession, c'est-à-dire l'empire que certains Esprits peuvent exercer sur les médiums, en s'imposant à eux sous des noms apocryphes et en les empêchant de communiquer avec d'autres Esprits. C'est en même temps un écueil pour l'observateur novice et inexpérimenté qui, ne connaissant pas les caractères de ce phénomène peut être abusé par les apparences, comme celui qui, ne sachant pas la médecine, peut se faire illusion sur la cause et la nature d'un mal. Si l'étude préalable, dans ce cas, est utile pour l'observateur, elle est indispensable pour le médium en ce qu'elle lui fournit les moyens de prévenir un inconvénient qui pourrait avoir pour lui des conséquences fâcheuses ; c'est pourquoi nous ne saurions trop recommander l'étude avant de se livrer à la pratique. (Livre des Médiums, chap. XXIII.)

71. L'obsession présente trois degrés principaux bien caractérisés : l'obsession simple, la fascination et la subjugation. Dans le premier, le médium a parfaitement conscience qu'il n'obtient rien de bon ; il ne se fait aucune illusion sur la nature de l'Esprit qui s'obstine à se manifester à lui et dont il a le désir de se débarrasser. Ce cas n'offre aucune gravité : ce n'est qu'un simple désagrément, et le médium en est quitte pour cesser momentanément d'écrire. L'Esprit se lassant de n'être pas écouté finit par se retirer.

La fascination obsessionnelle est beaucoup plus grave, en ce que le médium se fait complètement illusion. L'Esprit qui le domine s'empare de sa confiance au point de paralyser son propre jugement, pour ce qui regarde les communications, et de lui faire trouver sublimes les choses les plus absurdes.

Le caractère distinctif de ce genre d'obsession est de provoquer chez le médium une excessive susceptibilité ; de le porter à ne trouver bon, juste et vrai que ce qu'il écrit, à repousser, et même à prendre en mauvaise part tout conseil et toute observation critique ; à rompre avec ses amis plutôt que de convenir qu'il est abusé ; à concevoir de la jalousie contre les autres médiums, dont les communications sont jugées meilleures que les siennes ; à vouloir s'imposer dans les réunions spirites dont il s'éloigne quand il ne peut pas y dominer. Il arrive enfin à subir une domination telle que l'Esprit peut le pousser aux démarches les plus ridicules et les plus compromettantes.

72. Un des caractères distinctifs des mauvais Esprits est de s'imposer ; ils donnent des ordres et veulent être obéis ; les bons ne s'imposent jamais : ils donnent des conseils, et si on ne les écoute pas, ils se retirent. Il en résulte que l'impression des mauvais Esprits est presque toujours pénible, fatigante et produit une sorte de malaise ; souvent elle provoque une agitation fébrile, des mouvements brusques et saccadés ; celle des bons Esprits, au contraire, est calme, douce et procure un véritable bien-être.

73. La subjugation obsessionnelle, désignée jadis sous le nom de possession, est une contrainte physique toujours exercée par des Esprits de la pire espèce et qui peut aller jusqu'à la neutralisation du libre arbitre. Elle se borne souvent à de simples impressions désagréables, mais elle provoque quelquefois des mouvements désordonnés, des actes insensés, des cris, des paroles incohérentes ou injurieuses dont celui qui en est l'objet comprend parfois tout le ridicule, mais dont il ne peut se défendre. Cet état diffère essentiellement de la folie pathologique, avec laquelle on le confond à tort, car il n'y a aucune lésion organique ; la cause étant différente, les moyens curatifs doivent être tout autres. En y appliquant le procédé ordinaire des douches et des traitements corporels, on arrive souvent à déterminer une véritable folie, là où il n'y avait qu'une cause morale.

74. Dans la folie proprement dite, la cause du mal est intérieure ; il faut chercher à rétablir l'organisme dans l'état normal ; dans la subjugation, la cause du mal est extérieure ; il faut débarrasser le malade d'un ennemi invisible en lui opposant, non des remèdes, mais une force morale supérieure à la sienne. L'expérience prouve qu'en pareil cas les exorcismes n'ont jamais produit aucun résultat satisfaisant et qu'ils ont plutôt aggravé qu'amélioré la situation. Le spiritisme, en indiquant la véritable cause du mal, peut seul donner les moyens de le combattre. Il faut en quelque sorte faire l'éducation morale de l'Esprit obsesseur ; par des conseils sagement dirigés, on arrive à le rendre meilleur et à lui faire renoncer volontairement à tourmenter le malade, et alors celui-ci est délivré. (Livre des Médiums, n° 279. - Revue spirite, février, mars et juin 1864 : La jeune obsédée de Marmande.)

75. La subjugation obsessionnelle est le plus ordinairement individuelle ; mais lorsqu'une troupe de mauvais Esprits s'abat sur une population, elle peut avoir un caractère épidémique. C'est un phénomène de ce genre qui eut lieu du temps du Christ ; une puissante supériorité morale pouvait seule dompter ces êtres malfaisants, désignés alors sous le nom de démons, et rendre le calme à leurs victimes.

76. Un fait important à considérer, c'est que l'obsession, de quelque nature qu'elle soit, est indépendante de la médiumnité, et qu'on la rencontre à tous les degrés, principalement la dernière, chez une foule d'individus qui n'ont jamais entendu parler de spiritisme. En effet, les Esprits ayant existé de tout temps ont dû, de tout temps, exercer la même influence ; la médiumnité n'est point une cause, ce n'est qu'un mode de manifestation de cette influence ; d'où l'on peut dire avec certitude que tout médium obsédé a dû subir d'une manière quelconque, et souvent dans les actes les plus vulgaires de la vie, les effets de cette influence ; que sans la médiumnité elle se traduirait par d'autres effets, attribués souvent à ces maladies mystérieuses qui échappent à toutes les investigations de la médecine. Par la médiumnité l'être malfaisant trahit sa présence ; sans la médiumnité, c'est un ennemi caché dont on ne se défie pas.

77. Ceux qui n'admettent rien en dehors de la matière ne peuvent admettre de cause occulte ; mais quand la science sera sortie de l'ornière matérialiste, elle reconnaîtra dans l'action du monde invisible qui nous entoure et au milieu duquel nous vivons, une puissance qui réagit sur les choses physiques aussi bien que sur les choses morales ; ce sera une nouvelle voie ouverte au progrès et la clef d'une foule de phénomènes mal compris.

78. Comme l'obsession ne peut jamais être le fait d'un bon Esprit, un point essentiel c'est de savoir reconnaître la nature de ceux qui se présentent. Le médium non éclairé peut être trompé par les apparences ; celui qui est prévenu épie les moindres signes suspects, et l'Esprit finit par se retirer quand il voit qu'il n'a rien à faire. La connaissance préalable des moyens de distinguer les bons Esprits des mauvais est donc indispensable au médium qui ne veut pas s'exposer à être pris au piège. Elle ne l'est pas moins pour le simple observateur qui peut, par ce moyen, apprécier la valeur de ce qu'il voit ou entend. (Livre des Médiums, chap. XXIV.)

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Catégorie : Qu'est-ce que le spiritisme ?

 Qu'est-ce que le spiritisme ? (act III)

31/3/2009

OUBLI DU PASSE

Le Visiteur. - Je ne m'explique pas comment l'homme peut profiter de l'expérience acquise dans ses existences antérieures, s'il n'en a pas le souvenir ; car, du moment qu'il ne s'en souvient pas, chaque existence est pour lui comme si elle était la première, et c'est ainsi toujours à recommencer. Supposons que chaque jour, à notre réveil, nous perdions la mémoire de ce que nous avons fait la veille, nous ne serions pas plus avancés à soixante-dix ans qu'à dix ans ; tandis que nous rappelant nos fautes, nos maladresses et les punitions que nous avons encourues, nous tâcherions de ne pas recommencer. Pour me servir de la comparaison que vous avez faite de l'homme sur la terre avec l'élève d'un collège, je ne comprendrais pas que cet élève pût profiter des leçons de Quatrième, par exemple, s'il ne se souvient pas de ce qu'il a appris en Cinquième. Ces solutions de continuité, dans la vie de l'Esprit, interrompent toutes les relations et en font, en quelque sorte, un être nouveau ; d'où l'on peut dire que nos pensées meurent à chaque existence, pour renaître sans conscience de ce que l'on a été ; c'est une sorte de néant.

A. K. - De questions en questions vous me conduiriez à vous faire un cours complet de spiritisme ; toutes les objections que vous faites sont naturelles chez celui qui ne sait rien, tandis qu'il trouve, dans une étude sérieuse, une solution bien plus explicite que celle que je puis donner dans une explication sommaire qui, elle-même, doit provoquer incessamment de nouvelles questions. Tout s'enchaîne dans le spiritisme, et quand on suit l'ensemble, on voit que les principes découlent les uns des autres, se servant mutuellement d'appui ; et alors, ce qui paraissait une anomalie contraire à la justice et à la sagesse de Dieu, semble tout naturel et vient confirmer cette justice et cette sagesse.

Tel est le problème de l'oubli du passé qui se rattache à d'autres questions d'une égale importance, c'est pourquoi je ne ferai que l'effleurer ici.

Si à chaque existence un voile est jeté sur le passé, l'Esprit ne perd rien de ce qu'il a acquis dans le passé : il n'oublie que la manière dont il l'a acquis. Pour me servir de la comparaison de l'écolier, je dirai que : peu importe pour lui de savoir où, comment, et sous quels professeurs il a fait sa Cinquième, si, en arrivant en Quatrième, il sait ce que l'on apprend en Cinquième. Que lui importe de savoir qu'il a été fustigé pour sa paresse et son insubordination, si ces châtiments l'ont rendu laborieux et docile ? C'est ainsi qu'en se réincarnant, l'homme apporte, par intuition et comme idées innées, ce qu'il a acquis en science et en moralité. Je dis en moralité, car si, pendant une existence, il s'est amélioré, s'il a profité des leçons de l'expérience, quand il reviendra, il sera instinctivement meilleur ; son Esprit, mûri à l'école de la souffrance et par le travail, aura plus de solidité ; loin d'avoir tout à recommencer, il possède un fonds de plus en plus riche, sur lequel il s'appuie pour acquérir davantage.

La seconde partie de votre objection, touchant le néant de la pensée, n'est pas mieux fondée, car cet oubli n'a lieu que pendant la vie corporelle ; en la quittant, l'Esprit recouvre le souvenir de son passé ; il peut alors juger du chemin qu'il a fait, et de ce qui lui reste encore à faire ; de sorte qu'il n'y a pas solution de continuité dans la vie spirituelle, qui est la vie normale de l'Esprit.

L'oubli temporaire est un bienfait de la Providence ; l'expérience est souvent acquise par de rudes épreuves et de terribles expiations, dont le souvenir serait très pénible et viendrait s'ajouter aux angoisses des tribulations de la vie présente. Si les souffrances de la vie paraissent longues, que serait-ce donc si leur durée s'augmentait du souvenir des souffrances du passé ? Vous, par exemple, Monsieur, vous êtes aujourd'hui un honnête homme, mais vous le devez peut-être aux rudes châtiments que vous avez subis pour des méfaits qui maintenant répugneraient à votre conscience ; vous serait-il agréable de vous souvenir d'avoir été pendu pour cela ? La honte ne vous poursuivrait-elle pas en songeant que le monde sait le mal que vous avez fait ? Que vous importe ce que vous avez pu faire et ce que vous avez pu endurer pour l'expier, si maintenant vous êtes un homme estimable ! Aux yeux du monde, vous êtes un homme nouveau, et aux yeux de Dieu un Esprit réhabilité. Délivré du souvenir d'un passé importun, vous agissez avec plus de liberté ; c'est pour vous un nouveau point de départ ; vos dettes antérieures sont payées, c'est à vous de n'en pas contracter de nouvelles.

Que d'hommes voudraient ainsi pouvoir, pendant la vie, jeter un voile sur leurs premières années ! Combien se sont dit, sur la fin de leur carrière : «Si c'était à recommencer, je ne ferais pas ce que j'ai fait !» Eh bien ! ce qu'ils ne peuvent pas refaire dans cette vie, ils le referont dans une autre ; dans une nouvelle existence leur Esprit apportera, à l'état d'intuition, les bonnes résolutions qu'ils auront prises. C'est ainsi que s'accomplit graduellement le progrès de l'humanité.

Supposons encore, ce qui est un cas très ordinaire, que, dans vos relations, dans votre intérieur même, se trouve un être dont vous avez eu à vous plaindre, qui peut-être vous a ruiné ou déshonoré dans une autre existence, et qui, Esprit repentant, vienne s'incarner au milieu de vous, s'unir à vous par des liens de la famille, pour réparer ses torts envers vous par son dévouement et son affection, ne seriez-vous pas mutuellement dans la plus fausse position si, tous les deux, vous vous souveniez de vos inimitiés ? Au lieu de s'apaiser, les haines s'éterniseraient.

Concluez de là que le souvenir du passé porterait la perturbation dans les rapports sociaux, et serait une entrave au progrès. En voulez-vous une preuve actuelle ? Qu'un homme condamné aux galères prenne la ferme résolution de devenir honnête ; qu'advient-il à sa sortie ? il est repoussé de la société, et cette répulsion le replonge presque toujours dans le vice. Supposons, au contraire, que tout le monde ignore ses antécédents, il sera bien accueilli ; si lui-même pouvait les oublier, il n'en serait pas moins honnête et pourrait marcher la tête levée, au lieu de la courber sous la honte du souvenir.

Ceci concorde parfaitement avec la doctrine des Esprits sur les mondes supérieurs au notre. Dans ces mondes où ne règne que le bien, le souvenir du passé n'a rien de pénible ; voilà pourquoi on s'y souvient de son existence précédente comme nous nous souvenons de ce que nous avons fait la veille. Quant au séjour qu'on a pu faire dans les mondes inférieurs, ce n'est plus qu'un mauvais rêve.

 

ELEMENTS DE CONVICTION

Le Visiteur. - Je conviens, Monsieur, qu'au point de vue philosophique la doctrine spirite est parfaitement rationnelle ; mais il reste toujours la question des manifestations, qui ne peut être résolue que par des faits ; or, c'est la réalité de ces faits que beaucoup de personnes contestent ; vous ne devez pas trouver étonnant le désir qu'on exprime d'en être témoin.

A. K. - Je le trouve très naturel ; seulement, comme je cherche à ce qu'ils profitent, j'explique dans quelles conditions il convient de se placer pour les mieux observer, et surtout pour les comprendre ; or, celui qui ne veut pas se placer dans ces conditions, c'est qu'il n'y a pas chez lui envie sérieuse de s'éclairer, et alors il est inutile de perdre son temps avec lui.

Vous conviendrez aussi, Monsieur, qu'il serait étrange qu'une philosophie rationnelle fût sortie de faits illusoires et controuvés. En bonne logique, la réalité de l'effet implique la réalité de la cause ; si l'un est vrai, l'autre ne peut être fausse, car là où il n'y aurait point d'arbre, on ne saurait récolter des fruits.

Tout le monde, il est vrai, n'a pu constater les faits, parce que tout le monde ne s'est pas mis dans les conditions voulues pour les observer et n'y a pas apporté la patience et la persévérance nécessaires. Mais il en est ici comme dans toutes les sciences : ce que les uns ne font pas, d'autres le font ; tous les jours, on accepte le résultat des calculs astronomiques, sans les avoir faits soi-même. Quoi qu'il en soit, si vous trouvez la philosophie bonne, vous pouvez l'accepter comme vous en accepteriez une autre, tout en réservant votre opinion sur les voies et moyens qui y ont conduit, ou, tout au moins, en n'admettant ceux-ci qu'à titre d'hypothèse jusqu'à plus ample constatation.

Les éléments de conviction ne sont pas les mêmes pour tout le monde ; ce qui convainc les uns ne fait aucune impression sur d'autres : c'est pourquoi il faut un peu de tout. Mais c'est une erreur de croire que les expériences physiques soient le seul moyen de convaincre. J'en ai vu que les phénomènes les plus remarquables n'ont pu ébranler et dont une simple réponse écrite a triomphé. Lorsqu'on voit un fait que l'on ne comprend pas, plus il est extraordinaire, plus il paraît suspect, et la pensée y cherche toujours une cause vulgaire ; si l'on s'en rend compte, on l'admet bien plus facilement, parce qu'il a une raison d'être : le merveilleux et le surnaturel disparaissent. Certes, les explications que je viens de vous donner dans cet entretien sont loin d'être complètes ; mais, toutes sommaires qu'elles sont, je suis persuadé qu'elles vous donneront à réfléchir ; et, si les circonstances vous rendent témoin de quelques faits de manifestation, vous les verrez d'un oeil moins prévenu, parce que vous pourrez asseoir un raisonnement sur une base.

Il y a deux choses dans le spiritisme : la partie expérimentale des manifestations et la doctrine philosophique. Or, je suis tous les jours visité par des gens qui n'ont rien vu et qui croient aussi fermement que moi, par la seule étude qu'ils ont faite de la partie philosophique ; pour eux, le phénomène des manifestations est l'accessoire ; le fond, c'est la doctrine, la science ; ils la voient si grande, si rationnelle, qu'ils y trouvent tout ce qui peut satisfaire leurs aspirations intérieures, à part le fait des manifestations ; d'où ils concluent qu'en supposant que les manifestations n'existent pas, la doctrine n'en serait pas moins celle qui résout le mieux une foule de problèmes réputés insolubles. Combien n'ont dit que ces idées avaient germé dans leur cerveau, mais qu'elles y étaient confuses. Le spiritisme est venu les formuler, leur donner un corps, et il a été pour eux comme un trait de lumière. C'est ce qui explique le nombre d'adeptes qu'a faits la seule lecture du Livre des Esprits. Croyez-vous qu'il en serait ainsi si l'on ne fût pas sorti des tables tournantes et parlantes ?

Le Visiteur. - Vous aviez raison de dire, Monsieur, que des tables tournantes était sortie une doctrine philosophique ; et j'étais loin de soupçonner les conséquences qui pouvaient surgir d'une chose que l'on regardait comme un simple objet de curiosité. Je vois maintenant combien est vaste le champ ouvert par votre système.

A. K. - Ici je vous arrête, Monsieur ; vous me faites trop d'honneur en m'attribuant ce système, car il ne m'appartient pas. Il est tout entier déduit de l'enseignement des Esprits. J'ai vu, observé, coordonné, et je cherche à faire comprendre aux autres ce que je comprends moi-même ; voilà toute la part qui m'en revient. Il y a entre le spiritisme et les autres systèmes philosophiques cette différence capitale, que ces derniers sont tous l'oeuvre d'hommes plus ou moins éclairés, tandis que dans celui que vous m'attribuez, je n'ai pas le mérite de l'invention d'un seul principe. On dit : la philosophie de Platon, de Descartes, de Leibnitz ; on ne dira point : la doctrine d'Allan Kardec, et cela est heureux ; car de quel poids serait un nom dans une aussi grave question ? Le spiritisme a des auxiliaires bien autrement prépondérants et auprès desquels nous ne sommes que des atomes.

 

SOCIETE POUR LA CONTINUATION DES OEUVRES SPIRITES D'ALLAN KARDEC, 7, RUE DE LILLE

Le Visiteur. - Vous avez une société qui s'occupe de ces études ; me serait-il possible d'en faire partie ?

A. K. - Assurément non, pas pour le moment ; car si, pour être reçu, il n'est pas nécessaire d'être docteur ès-Spiritisme, il faut au moins avoir sur ce sujet des idées plus arrêtées que les vôtres. Comme elle ne veut point être troublée dans ses études, elle ne peut admettre ceux qui viendraient lui faire perdre son temps par des questions élémentaires, ni ceux qui, ne sympathisant pas avec ses principes et ses convictions, y jetteraient le désordre par des discussions intempestives ou un esprit de contradiction. C'est une société scientifique comme tant d'autres, qui s'occupe d'approfondir les différents points de la science spirite, et qui cherche à s'éclairer ; c'est le centre où aboutissent les renseignements de toutes les parties du monde, et où s'élaborent et se coordonnent les questions qui se rattachent au progrès de la science ; mais ce n'est pas une école, ni un cours d'enseignement élémentaire. Plus tard, quand vos convictions seront formées par l'étude, elle verra s'il y a lieu de vous admettre. En attendant, vous pourrez tout au plus y assister une ou deux fois comme auditeur, à la condition de n'y faire aucune réflexion de nature à froisser personne, sans quoi, moi, qui vous y aurait introduit, j'encourrais des reproches de la part de mes collègues, et la porte vous en serait à jamais interdite. Vous y verrez une réunion d'hommes graves et de bonne compagnie, dont la plupart se recommandent par la supériorité de leur savoir et leur position sociale, et qui ne souffriraient pas que ceux qu'elle veut bien admettre s'écartassent en quoi que ce soit des convenances ; car ne croyez pas qu'elle convie le public et qu'elle appelle le premier venu à ses séances. Comme elle ne fait point de démonstrations en vue de satisfaire la curiosité, elle écarte avec soin les curieux. Ceux donc qui croiraient y trouver une distraction et une sorte de spectacle seraient désappointés et feront mieux de ne pas s'y présenter. Voilà pourquoi elle refuse d'admettre, même comme simples auditeurs, ceux qu'elle ne connaît pas, ou dont les dispositions hostiles sont notoires.

 

INTERDICTION DU SPIRITISME

Le Visiteur. - Une dernière question, je vous prie. Le spiritisme a de puissants ennemis ; ne pourraient-ils en faire interdire l'exercice et les sociétés, et par ce moyen en arrêter la propagation ?

A. K. - Ce serait le moyen de perdre la partie un peu plus vite, car la violence est l'argument de ceux qui n'ont rien de bon à dire. Si le spiritisme est une chimère, il tombera de lui-même sans qu'on se donne tant de peine ; si on le persécute, c'est qu'on le craint, et l'on ne craint que ce qui est sérieux. Si c'est une réalité, il est, comme je l'ai dit, dans la nature, et on ne révoque pas une loi de nature d'un trait de plume.

Si les manifestations spirites étaient le privilège d'un homme, nul doute qu'en mettant cet homme de côté, on ne mît fin aux manifestations ; malheureusement pour les adversaires, elles ne sont un mystère pour personne ; il n'y a rien de secret, rien d'occulte, tout se passe au grand jour ; elles sont à la disposition de tout le monde, et l'on en use depuis le palais jusqu'à la mansarde. On peut en interdire l'exercice public ; mais on sait précisément que ce n'est pas en public qu'elles se produisent le mieux ; c'est dans l'intimité ; or, chacun pouvant être médium, qui peut empêcher une famille dans son intérieur, un individu dans le silence du cabinet, le prisonnier sous les verrous, d'avoir des communications avec les Esprits, à l'insu et à la barbe même des sbires ? Admettons pourtant qu'un gouvernement fût assez fort pour les empêcher chez lui, les empêchera-t-il chez ses voisins, dans le monde entier, puisqu'il n'y a pas un pays dans les deux continents où il n'y ait des médiums ?

Le spiritisme, d'ailleurs, n'a pas sa source parmi les hommes ; il est l'oeuvre des Esprits que l'on ne peut ni brûler, ni mettre en prison. Il consiste dans la croyance individuelle et non dans les sociétés qui ne sont nullement nécessaires, Si l'on parvenait à détruire tous les livres spirites, les Esprits les dicteraient de nouveau.

En résumé, le spiritisme est aujourd'hui un fait acquis ; il a conquis sa place dans l'opinion et parmi les doctrines philosophiques ; il faut donc que ceux à qui il ne convient pas prennent leur parti de le voir à leurs côtés, tout en restant parfaitement libres de n'y pas toucher.

TROISIEME ENTRETIEN. - LE PRETRE

 

Un Abbé. - Me permettez-vous, monsieur, de vous adresser à mon tour quelques questions ?

A. K. - Volontiers, monsieur ; mais avant de vous répondre, je crois utile de vous faire connaître le terrain sur lequel j'entends me placer avec vous.

Je dois tout d'abord vous déclarer que je ne chercherai nullement à vous convertir à nos idées. Si vous voulez les connaître en détail, vous les trouverez dans les livres où elles sont exposées ; là, vous pourrez les étudier à loisir, et vous serez libre de les accepter ou de les rejeter.

Le spiritisme a pour but de combattre l'incrédulité et ses funestes conséquences, en donnant des preuves patentes de l'existence de l'âme et la vie future ; il s'adresse donc à ceux qui ne croient à rien ou qui doutent, et le nombre en est grand, vous le savez ; ceux qui ont une foi religieuse, et à qui cette foi suffit, n'en ont pas besoin. A celui qui dit : «Je crois à l'autorité de l'Eglise et je m'en tiens à ce qu'elle enseigne, sans rien chercher au-delà,» le spiritisme répond qu'il ne s'impose à personne et ne vient forcer aucune conviction.

La liberté de conscience est une conséquence de la liberté de penser, qui est un des attributs de l'homme ; le spiritisme serait en contradiction avec ses principes de charité et de tolérance s'il ne la respectait pas. A ses yeux, toute croyance, lorsqu'elle est sincère et ne porte pas à faire de tort à son prochain, est respectable, fût-elle même erronée. Si quelqu'un trouvait sa conscience engagée à croire, par exemple, que c'est le soleil qui tourne, nous lui dirions : Croyez-le si cela vous plaît, car cela n'empêchera pas la terre de tourner ; mais, de même que nous ne cherchons pas à violenter votre conscience, ne cherchez pas à violenter celle des autres. Si d'une croyance, innocente en elle-même, vous faites un instrument de persécution, elle devient nuisible et peut être combattue.

Telle est, monsieur l'abbé, la ligne de conduite que j'ai tenue avec les ministres des divers cultes qui se sont adressés à moi. Lorsqu'ils m'ont questionné sur quelques uns des points de la doctrine, je leur ai donné les explications nécessaires, tout en m'abstenant de discuter certains dogmes dont le spiritisme n'a pas à se préoccuper, chacun étant libre dans son appréciation ; mais je ne suis jamais allé les chercher dans le dessein d'ébranler leur foi par une pression quelconque. Celui qui vient à nous comme un frère, nous l'accueillons en frère ; celui qui nous repousse, nous le laissons en repos. C'est le conseil que je n'ai cessé de donner aux spirites, car je n'ai jamais approuvé ceux qui s'attribuent la mission de convertir le clergé. Je leur ai toujours dit : Semez dans le champ des incrédules, car là est une ample moisson à faire.

Le spiritisme ne s'impose pas, parce que, comme je l'ai dit, il respecte la liberté de conscience ; il sait, d'ailleurs, que toute croyance imposée est superficielle et ne donne que les apparences de la foi, mais non la foi sincère. Il expose ses principes aux yeux de tous, de manière à ce que chacun puisse se former une opinion en connaissance de cause. Ceux qui les acceptent, prêtres ou laïques, le font librement, et parce qu'ils les trouvent rationnels ; mais nous n'en voulons nullement à ceux qui ne sont pas de notre avis. S'il y a lutte aujourd'hui entre l'Eglise et le spiritisme, nous avons la conscience de ne l'avoir point provoquée.

Le Prêtre. - Si l'Eglise, en voyant surgir une nouvelle doctrine, y trouve des principes que, dans sa conscience, elle croit devoir condamner, lui contestez-vous donc le droit de les discuter et de les combattre, de prémunir les fidèles contre ce qu'elle considère comme des erreurs ?

A. K. - En aucune façon nous ne contestons un droit que nous réclamons pour nous-mêmes. Si elle se fût renfermée dans les limites de la discussion, rien de mieux ; mais lisez la plupart des écrits émanés de ses membres ou publiés au nom de la religion, des sermons qui ont été prêchés, vous y verrez l'injure et la calomnie déborder de toutes parts, les principes de la doctrine partout indignement et méchamment travestis. N'a-t-on pas entendu du haut de la chaire ses partisans qualifiés d'ennemis de la société et de l'ordre public ? ceux qu'elle a ramenés à la foi, anathématisés et rejetés de l'Eglise par cette raison qu'il vaut encore mieux être incrédule que croire à Dieu et à son âme par le spiritisme ? N'a-t-on pas regretté pour eux les bûchers de l'inquisition ? Dans certaines localités, ne les a-t-on pas signalés à l'animadversion de leurs concitoyens, jusqu'à les faire poursuivre et injurier dans les rues ? N'a-t-on pas enjoint à tous les fidèles de les fuir comme des pestiférés, détourné les domestiques d'entrer à leur service ? Des femmes n'ont-elles pas été sollicitées de se séparer de leurs maris, et des maris de leurs femmes pour cause de spiritisme ? N'a-t-on pas fait perdre leur place à des employés, retiré à des ouvriers le pain du travail, à des malheureux celui de la charité, parce qu'ils étaient spirites ? N'a-t-on pas renvoyé de certains hospices jusqu'à des aveugles, parce qu'ils n'avaient pas voulu abjurer leur croyance ? Dites-moi, monsieur l'abbé, est-ce là de la discussion loyale ? Les spirites ont-ils rendu l'injure pour l'injure, le mal pour le mal ? Non. A tout ils ont opposé le calme et la modération. La conscience publique leur a déjà rendu cette justice qu'ils n'ont pas été les agresseurs.

Le Prêtre. - Tout homme sensé déplore ces excès ; mais l'Eglise ne saurait être responsable des abus commis par quelques-uns de ses membres peu éclairés.

A. K. - J'en conviens ; mais sont-ce des membres peu éclairés que les princes de l'Eglise ? Voyez le mandement de l'évêque d'Alger et quelques autres. N'est-ce pas un évêque qui a ordonné l'autodafé de Barcelone ? L'autorité supérieure ecclésiastique n'a-t-elle pas tout pouvoir sur ses subordonnés ? Si donc elle tolère des sermons indignes de la chaire évangélique, si elle favorise la publication d'écrits injurieux et diffamatoires envers une classe de citoyens, si elle ne s'oppose pas aux persécutions exercées au nom de la religion, c'est qu'elle les approuve.

En résumé, l'Eglise en repoussant systématiquement les spirites qui revenaient à elle les a forcés de se replier sur eux-mêmes ; par la nature et la violence de ses attaques, elle a élargi la discussion et l'a portée sur un nouveau terrain. Le spiritisme n'était qu'une simple doctrine philosophique ; c'est elle-même qui l'a grandi en le présentant comme un ennemi redoutable ; c'est elle enfin qui l'a proclamé religion nouvelle. C'était une maladresse, mais la passion ne raisonne pas.

Un libre penseur. - Vous avez proclamé tout à l'heure la liberté de la pensée et de la conscience et déclaré que toute croyance sincère est respectable. Le matérialisme est une croyance comme une autre ; pourquoi ne jouirait-elle pas de la liberté que vous accordez à toutes les autres ?

A. K. - Chacun est assurément libre de croire à ce qui lui plaît, ou de ne croire à rien du tout, et nous n'excuserions pas plus une persécution contre celui qui croit au néant après la mort que contre un schismatique d'une religion quelconque. En combattant le matérialisme, nous attaquons, non les individus, mais une doctrine qui, si elle est inoffensive pour la société, quand elle se renferme dans le for intérieur de la conscience de personnes éclairées, est une plaie sociale si elle se généralise.

La croyance que tout est fini pour l'homme après la mort, que toute solidarité cesse avec la vie, le conduit à considérer le sacrifice du bien-être présent au profit d'autrui comme une duperie ; de là, la maxime : Chacun pour soi pendant la vie, puisqu'il n'y a rien au-delà. La charité, la fraternité, la morale, en un mot, n'ont aucune base, aucune raison d'être. Pourquoi se gêner, se contraindre, se priver aujourd'hui quand, demain peut-être, nous ne serons plus ? La négation de l'avenir, le simple doute sur la vie future, sont les plus grands stimulants de l'égoïsme, source de la plupart des maux de l'humanité. Il faut une bien grande vertu pour être retenu sur la pente du vice et du crime, sans autre frein que la force de sa volonté. Le respect humain peut retenir l'homme du monde, mais non celui pour qui la crainte de l'opinion est nulle.

La croyance en la vie future, montrant la perpétuité des relations entre les hommes, établit entre eux une solidarité qui ne s'arrête pas à la tombe ; elle change ainsi le cours des idées. Si cette croyance n'était qu'un vain épouvantail, elle n'aurait qu'un temps ; mais comme sa réalité est un fait acquis à l'expérience, il est du devoir de la propager et de combattre la croyance contraire, dans l'intérêt même de l'ordre social. C'est ce que fait le spiritisme ; il le fait avec succès, parce qu'il donne des preuves, et qu'en définitive, l'homme aime mieux avoir la certitude de vivre et de pouvoir vivre heureux dans un monde meilleur, en compensation des misères d'ici-bas, que de croire être mort pour toujours. La pensée de se voir à jamais anéanti, de croire ses enfants et les êtres qui nous sont chers perdus sans retour, sourit à un bien petit nombre, croyez-le-moi ; c'est pourquoi les attaques dirigées contre le spiritisme au nom de l'incrédulité ont si peu de succès, et ne l'ont pas ébranlé un instant.

Le Prêtre. - La religion enseigne tout cela ; jusqu'à présent elle a suffi ; qu'est-il donc besoin d'une nouvelle doctrine ?

A. K. - Si la religion suffit, pourquoi y a-t-il tant d'incrédules, religieusement parlant ? La religion nous l'enseigne, il est vrai ; elle nous dit de croire ; mais il y a tant de gens qui ne croient pas sur parole ! Le spiritisme prouve, et fait voir ce que la religion enseigne par la théorie. D'ailleurs, d'où viennent ces preuves ? De la manifestation des Esprits. Or, il est probable que les Esprits ne se manifestent qu'avec la permission de Dieu ; si donc Dieu, dans sa miséricorde, envoie aux hommes ce secours pour les tirer de l'incrédulité, c'est une impiété de le repousser.

Le Prêtre. - Vous ne disconviendrez pas cependant que le spiritisme n'est pas sur tous les points d'accord avec la religion.

A. K. - Mon Dieu, monsieur l'abbé, toutes les religions en diront autant : les protestants, les juifs, les musulmans, aussi bien que les catholiques.

Si le spiritisme niait l'existence de Dieu, de l'âme, de son individualité et de son immortalité, des peines et des récompenses futures, du libre arbitre de l'homme ; s'il enseignait que chacun n'est ici-bas que pour s