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 Le livre des médiums (act V)

27/3/2009

CHAPITRE XXVIII
CHARLATANISME ET JONGLERIE

Médiums intéressés

304. Comme tout peut devenir un sujet d'exploitation, il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'on voulût aussi exploiter les Esprits ; reste à savoir comment ils prendraient la chose, si jamais une telle spéculation tentait de s'introduire. Nous dirons d'abord que rien ne prêterait plus au charlatanisme et à la jonglerie qu'un pareil métier. Si l'on voit de faux somnambules, on verrait bien plus encore de faux médiums, et cette raison seule serait un sujet fondé de défiance. Le désintéressement, au contraire, est la réponse la plus péremptoire que l'on puisse opposer à ceux qui ne voient dans les faits qu'une habile manoeuvre. Il n'y a pas de charlatanisme désintéressé ; quel serait donc le but de personnes qui useraient de supercherie sans profit, à plus forte raison quand leur honorabilité notoire les met au-dessus du soupçon ?

Si le gain qu'un médium retirerait de sa faculté peut être un sujet de suspicion, ce ne serait point une preuve que cette suspicion soit fondée ; il pourrait donc avoir une aptitude réelle et agir de très bonne foi, tout en se faisant rétribuer ; voyons si, dans ce cas, on peut raisonnablement en attendre un résultat satisfaisant.

305. Si l'on a bien compris ce que nous avons dit des conditions nécessaires pour servir d'interprètes aux bons Esprits, des causes nombreuses qui peuvent les éloigner, des circonstances indépendantes de leur volonté qui sont souvent un obstacle à leur venue, enfin de toutes les conditions morales qui peuvent exercer une influence sur la nature des communications, comment pourrait-on supposer qu'un Esprit tant soit peu élevé fût, à chaque heure du jour, aux ordres d'un entrepreneur de séances et soumis à ses exigences pour satisfaire la curiosité du premier venu ? On sait l'aversion des Esprits pour tout ce qui sent la cupidité et l'égoïsme, le peu de cas qu'ils font des choses matérielles, et l'on voudrait qu'ils aidassent à trafiquer de leur présence ! Cela répugne à la pensée, et il faudrait bien peu connaître la nature du monde spirite pour croire qu'il en pût être ainsi. Mais comme les Esprits légers sont moins scrupuleux, et ne cherchent que les occasions de s'amuser à nos dépens, il en résulte que si l'on n'est pas mystifié par un faux médium, on a toute chance de l'être par quelques-uns d'entre eux. Ces seules réflexions donnent la mesure du degré de confiance que l'on devrait accorder à des communications de ce genre. Du reste, à quoi serviraient aujourd'hui des médiums payés, puisque, si l'on n'a pas soi-même cette faculté, on peut la trouver dans sa famille, parmi ses amis ou ses connaissances ?

306. Les médiums intéressés ne sont pas uniquement ceux qui pourraient exiger une rétribution fixe ; l'intérêt ne se traduit pas toujours par l'espoir d'un gain matériel, mais aussi par les vues ambitieuses de toute nature sur lesquelles on peut fonder des espérances personnelles ; c'est encore là un travers que savent très bien saisir les Esprits moqueurs et dont ils profitent avec une adresse, une rouerie vraiment remarquable, en berçant de trompeuses illusions ceux qui se mettent ainsi sous leur dépendance. En résumé, la médiumnité est une faculté donnée pour le bien, et les bons Esprits s'éloignent de quiconque prétendrait s'en faire un marchepied pour arriver à quoi que ce soit qui ne répondrait pas aux vues de la Providence. L'égoïsme est la plaie de la société ; les bons Esprits le combattent, on ne peut supposer qu'ils viennent le servir. Cela est si rationnel qu'il serait inutile d'insister davantage sur ce point.

307. Les médiums à effets physiques ne sont pas dans la même catégorie ; ces effets sont généralement produits par des Esprits inférieurs moins scrupuleux. Nous ne disons pas que ces Esprits soient nécessairement mauvais pour cela : on peut être portefaix et très honnête homme ; un médium de cette catégorie, qui voudrait exploiter sa faculté, pourrait donc en avoir qui l'assisteraient sans trop de répugnance ; mais là encore se présente un autre inconvénient. Le médium à effets physiques, pas plus que celui à communications intelligentes, n'a reçu sa faculté pour son plaisir : elle lui a été donnée à la condition d'en faire un bon usage, et, s'il en abuse, elle peut lui être retirée, ou bien tourner à son détriment, parce qu'en définitive les Esprits inférieurs sont aux ordres des Esprits supérieurs.

Les Esprits inférieurs aiment bien à mystifier, mais ils n'aiment pas à être mystifiés ; s'ils se prêtent volontiers à la plaisanterie, aux choses de curiosité, parce qu'ils aiment à s'amuser, ils n'aiment pas plus que les autres à être exploités, ni à servir de comparses pour faire aller la recette, et ils prouvent à chaque instant qu'ils ont leur volonté, qu'ils agissent quand et comme bon leur semble, ce qui fait que le médium à effets physiques est encore moins sûr de la régularité des manifestations que le médium écrivain. Prétendre les produire à jours et heures fixes, serait faire preuve de la plus profonde ignorance. Que faire alors pour gagner son argent ? Simuler les phénomènes ; c'est ce qui peut arriver non seulement à ceux qui en feraient un métier avoué, mais même à des gens simples en apparence qui trouvent ce moyen plus facile et plus commode que de travailler. Si l'Esprit ne donne pas, on y supplée : l'imagination est si féconde quand il s'agit de gagner de l'argent ! L'intérêt étant un légitime motif de suspicion, il donne un droit d'examen rigoureux dont on ne saurait s'offenser sans justifier les soupçons. Mais autant la suspicion est légitime dans ce cas, autant elle est offensante vis-à-vis de personnes honorables et désintéressées.

308. La faculté médianimique, même restreinte dans la limite des manifestations physiques, n'a point été donnée pour en faire parade sur les tréteaux, et quiconque prétendrait avoir à ses ordres des Esprits pour les exhiber en public, peut à bon droit être suspecté de charlatanisme ou de prestidigitation plus ou moins habile. Qu'on se le tienne pour dit toutes les fois qu'on verra des annonces de prétendues séances de spiritisme ou de spiritualisme à tant la place, et qu'on se souvienne du droit qu'on achète en entrant.

De tout ce qui précède, nous concluons que le désintéressement le plus absolu est la meilleure garantie contre le charlatanisme ; s'il n'assure pas toujours la bonté des communications intelligentes, il enlève aux mauvais Esprits un puissant moyen d'action, et ferme la bouche à certains détracteurs.

309. Resterait ce qu'on pourrait appeler la jonglerie d'amateur, c'est-à-dire les fraudes innocentes de quelques mauvais plaisants. On pourrait sans doute la pratiquer par manière de passe-temps dans des réunions légères et frivoles, mais non dans des assemblées sérieuses où l'on n'admet que des personnes sérieuses. On peut bien d'ailleurs se donner le plaisir d'une mystification momentanée ; mais il faudrait être doué d'une singulière patience pour jouer ce rôle pendant des mois et des années, et chaque fois pendant plusieurs heures consécutives. Un intérêt quelconque peut seul donner cette persévérance, et l'intérêt, nous le répétons, peut tout faire suspecter.

310. On dira peut-être qu'un médium qui donne son temps au public dans l'intérêt de la chose ne peut le donner pour rien, parce qu'il faut vivre. Mais est-ce dans l'intérêt de la chose ou dans le sien qu'il le donne, et n'est-ce pas plutôt parce qu'il y entrevoit un métier lucratif ? On trouvera toujours des gens dévoués à ce prix-là. N'a-t-il donc que cette industrie à sa disposition ? N'oublions pas que les Esprits, quelle que soit leur supériorité ou leur infériorité, sont les âmes des morts, et quand la morale et la religion font un devoir de respecter leurs restes, l'obligation de respecter leur Esprit est encore plus grande.

Que dirait-on de celui qui tirerait un corps du tombeau et l'exhiberait pour de l'argent, parce que ce corps serait de nature à piquer la curiosité ? Est-il moins irrespectueux d'exhiber l'Esprit que le corps sous le prétexte qu'il est curieux de voir agir un Esprit ? Et remarquez bien que le prix des places sera en raison des tours qu'il pourra faire et de l'attrait du spectacle. Certes, de son vivant, eût-il été comédien, il ne se doutait guère qu'après sa mort il trouverait un directeur qui lui ferait jouer la comédie gratis à son profit.

Il ne faut pas oublier que les manifestations physiques, aussi bien que les manifestations intelligentes, ne sont permises par Dieu que pour notre instruction.

311. Ces considérations morales à part, nous ne contestons nullement qu'il puisse y avoir des médiums intéressés honorables et consciencieux, parce qu'il y a d'honnêtes gens dans tous les métiers ; nous ne parlons que de l'abus ; mais on conviendra, par les motifs que nous avons exposés, que l'abus a plus de raison d'être chez les médiums rétribués que chez ceux qui, regardant leur faculté comme une faveur, ne l'emploient que pour rendre service.

Le degré de confiance ou de défiance que l'on peut accorder à un médium rétribué, dépend avant toute chose de l'estime que commandent son caractère et sa moralité, et en outre des circonstances. Le médium qui, dans un but éminemment sérieux et profitable, serait empêché d'utiliser son temps d'une autre manière, et pour cette raison exonéré, ne peut être confondu avec le médium spéculateur, celui qui, de dessein prémédité, se ferait une industrie de la médiumnité. Selon le motif et le but, les Esprits peuvent donc condamner, absoudre ou même favoriser ; ils jugent l'intention plutôt que le fait matériel.

312. Les somnambules qui utilisent leur faculté d'une manière lucrative, ne sont pas dans le même cas. Quoique cette exploitation soit sujette à des abus, et que le désintéressement soit une plus grande garantie de sincérité, la position est différente, attendu que c'est leur propre Esprit qui agit ; il est par conséquent toujours à leur disposition, et en réalité ils n'exploitent qu'eux-mêmes, parce qu'ils sont libres de disposer de leur personne comme ils l'entendent, tandis que les médiums spéculateurs exploitent les âmes des trépassés. (Voir n° 172, Médiums somnambules.)

313. Nous n'ignorons pas que notre sévérité à l'égard des médiums intéressés ameute contre nous tous ceux qui exploitent ou seraient tentés d'exploiter cette nouvelle industrie, et nous en fait des ennemis acharnés, ainsi que de leurs amis qui prennent naturellement fait et cause pour eux ; nous nous en consolons en pensant que les marchands chassés du temple par Jésus ne devaient pas non plus le voir d'un bon oeil. Nous avons aussi contre nous les gens qui n'envisagent pas la chose avec la même gravité ; cependant, nous nous croyons le droit d'avoir une opinion et de l'émettre ; nous ne forçons personne de l'adopter. Si une immense majorité s'y est ralliée, c'est qu'apparemment on la trouve juste ; car nous ne voyons pas, en effet, comment on pourrait prouver qu'il n'y a pas plus de chance de trouver la fraude et les abus dans la spéculation que dans le désintéressement. Quant à nous, si nos écrits ont contribué à jeter en France et dans d'autres contrées du discrédit sur la médiumnité intéressée, nous croyons que ce ne sera pas un des moindres services qu'ils auront rendus au spiritisme sérieux.

 

Fraudes spirites

314. Ceux qui n'admettent pas la réalité des manifestations physiques attribuent généralement à la fraude les effets produits. Ils se fondent sur ce que les prestidigitateurs habiles font des choses qui paraissent des prodiges quand on ne connaît pas leurs secrets ; d'où ils concluent que les médiums ne sont autres que des escamoteurs. Nous avons déjà réfuté cet argument, ou plutôt cette opinion, notamment dans nos articles sur M. Home et dans les numéros de la Revue de janvier et février 1858 ; nous n'en dirons donc que quelques mots avant de parler d'une chose plus sérieuse.

Il est, du reste, une considération qui n'échappera pas à quiconque réfléchit un peu. Il y a sans doute des prestidigitateurs d'une habileté prodigieuse, mais ils sont rares. Si tous les médiums pratiquaient l'escamotage, il faudrait convenir que cet art aurait fait en peu de temps des progrès inouïs, et serait devenu subitement bien commun, puisqu'il se trouverait à l'état inné chez des gens qui ne s'en doutaient guère, même chez des enfants.

De ce qu'il y a des charlatans qui débitent des drogues sur les places publiques, de ce qu'il y a même des médecins qui, sans aller sur la place publique, trompent la confiance, s'ensuit-il que tous les médecins sont des charlatans, et le corps médical en est-il atteint dans sa considération ? De ce qu'il y a des gens qui vendent de la teinture pour du vin, s'ensuit-il que tous les marchands de vin sont des frelateurs et qu'il n'y a point de vin pur ? On abuse de tout, même des choses les plus respectables, et l'on peut dire que la fraude a aussi son génie. Mais la fraude a toujours un but, un intérêt matériel quelconque ; là où il n'y a rien à gagner, il n'y a nul intérêt à tromper. Aussi avons-nous dit, à propos des médiums mercenaires, que la meilleure de toutes les garanties est un désintéressement absolu.

315. De tous les phénomènes spirites, ceux qui prêtent le plus à la fraude sont les phénomènes physiques, par des motifs qu'il est utile de prendre en considération. D'abord, parce que s'adressant aux yeux plus qu'à l'intelligence, ce sont ceux que la prestidigitation peut le plus facilement imiter. Secondement que, piquant plus que les autres la curiosité, ils sont plus propres à attirer la foule et par conséquent plus productifs. A ce double point de vue, les charlatans ont donc tout intérêt à simuler ces sortes de manifestations ; les spectateurs, pour la plupart étrangers à la science, y vont généralement chercher une distraction bien plus qu'une instruction sérieuse, et l'on sait qu'on paye toujours mieux ce qui amuse que ce qui instruit. Mais, à part cela, il y a un autre motif non moins péremptoire. Si la prestidigitation peut imiter des effets matériels, pour lesquels il ne lui faut que de l'adresse, nous ne lui connaissons pas, jusqu'à présent, le don d'improvisation qui requiert une dose d'intelligence peu commune, ni celui de produire ces belles et sublimes dictées, souvent si pleines d'à-propos, que donnent les Esprits dans leurs communications. Ceci nous rappelle le fait suivant.

Un homme de lettres assez connu vint un jour nous voir et nous dit qu'il était très bon médium écrivain intuitif, et qu'il se mettait à la disposition de la société spirite. Comme nous avons pour habitude de n'admettre à la société que des médiums dont les facultés nous sont connues, nous le priâmes de vouloir bien venir auparavant faire ses preuves dans une réunion particulière. Il s'y rendit en effet ; plusieurs médiums expérimentés y donnèrent soit des dissertations, soit des réponses d'une remarquable précision sur des questions proposées et des sujets inconnus pour eux. Quand vint le tour de ce monsieur, il écrivit quelques mots insignifiants, dit qu'il était mal disposé ce jour-là, et depuis nous ne l'avons plus revu ; il a trouvé sans doute que le rôle de médium à effets intelligents était plus difficile à jouer qu'il ne l'avait cru.

316. En toutes choses, les gens les plus faciles à tromper sont ceux qui ne sont pas du métier ; il en est de même du spiritisme ; ceux qui ne le connaissent pas sont aisément abusés par les apparences ; tandis qu'une étude préalable attentive les initie, non seulement à la cause des phénomènes, mais aux conditions normales dans lesquelles ils peuvent se produire, et leur fournit ainsi les moyens de reconnaître la fraude, si elle existe.

317. Les médiums trompeurs sont stigmatisés, comme ils le méritent, dans la lettre suivante que nous avons reproduite dans la Revue du mois d'août 1861.

Paris, 21 juillet 1861.

«MONSIEUR,

On peut être en désaccord sur certains points, et être en parfait accord sur d'autres. Je viens de lire, à la page 213 du dernier numéro de votre journal, des réflexions sur la fraude en matière d'expériences spiritualistes (ou spirites) auxquelles je suis heureux de m'associer de toutes mes forces. Là, toute dissidence en matière de théories et de doctrines disparaît comme par enchantement.

Je ne suis peut-être pas aussi sévère que vous à l'égard des médiums qui, sous une forme digne et convenable, acceptent une rémunération comme indemnité du temps qu'ils consacrent à des expériences souvent longues et fatigantes ; mais je le suis tout autant, - et on ne saurait trop l'être, - à l'égard de ceux qui, en pareil cas, suppléent, dans l'occasion, par la tricherie et par la fraude à l'absence ou à l'insuffisance des résultats promis et attendus. (Voir n° 311.)

Mêler le faux au vrai, quand il s'agit de phénomènes obtenus par l'intervention des Esprits, c'est tout bonnement une infamie, et il y aurait oblitération du sens moral chez le médium qui croirait pouvoir le faire sans scrupule. Ainsi que vous le faites parfaitement observer, c'est jeter le discrédit sur la chose dans l'esprit des indécis, dès que la fraude est reconnue. J'ajouterai que c'est compromettre de la manière la plus déplorable les hommes honorables qui prêtent aux médiums l'appui désintéressé de leurs connaissances et de leurs lumières, qui se portent garants de leur bonne foi, et les patronnent en quelque sorte ; c'est commettre envers eux une véritable forfaiture.

Tout médium qui serait convaincu de manoeuvres frauduleuses ; qui serait pris, pour me servir d'une expression un peu triviale, la main dans le sac, mériterait d'être mis au ban de tous les spiritualistes ou spirites du monde, pour qui ce serait un devoir rigoureux de les démasquer ou de les flétrir.

S'il vous convient, monsieur, d'insérer ces quelques lignes dans votre journal, elles sont à votre service.

Agréez, etc.                                           MATHIEU.»

318. Tous les phénomènes spirites ne sont pas également faciles à imiter, et il y en a qui défient évidemment toute l'habileté de la prestidigitation : tels sont notamment le mouvement des objets sans contact, la suspension des corps graves dans l'espace, les coups frappés de différents côtés, les apparitions, etc., sauf l'emploi des trucs et du compérage ; c'est pourquoi nous disons que ce qu'il faut faire en pareil cas, c'est observer attentivement les circonstances, et surtout tenir compte du caractère et de la position des personnes, du but et de l'intérêt qu'elles pourraient avoir à tromper : c'est là le meilleur de tous les contrôles, car il est telles circonstances qui enlèvent tout motif à la suspicion. Nous pensons donc en principe qu'il faut se défier de quiconque ferait de ces phénomènes un spectacle ou un objet de curiosité ou d'amusement, et prétendrait les produire à volonté et à point nommé, ainsi que nous l'avons déjà expliqué. Nous ne saurions trop le répéter, les intelligences occultes qui se manifestent ont leurs susceptibilités, et veulent nous prouver qu'elles ont aussi leur libre arbitre, et ne se soumettent pas à nos caprices. (N° 38.)

Il nous suffira de signaler quelques subterfuges employés, ou qu'il est possible d'employer dans certains cas, pour prémunir contre la fraude les observateurs de bonne foi. Quant aux gens qui s'obstinent à juger sans approfondir, ce serait peine perdue que de chercher à les désabuser.

319. Un des phénomènes les plus ordinaires est celui des coups intimes frappés dans la substance même du bois, avec ou sans mouvement de la table ou autre objet dont on se sert. Cet effet est un des plus faciles à imiter, soit par le contact des pieds, soit en provoquant de petits craquements dans le meuble ; mais il est une petite ruse spéciale qu'il est utile de dévoiler. Il suffit de poser ses deux mains à plat sur la table et assez rapprochées pour que les ongles des pouces appuient fortement l'un contre l'autre ; alors, par un mouvement musculaire tout à fait imperceptible, on leur fait éprouver un frottement qui donne un petit bruit sec, ayant une grande analogie avec ceux de la typtologie intime. Ce bruit se répercute dans le bois, et produit une illusion complète. Rien n'est plus facile que de faire entendre autant de coups qu'on en demande, une batterie de tambour, etc., de répondre à certaines questions par oui ou par non, par des nombres, ou même par l'indication des lettres de l'alphabet.

Une fois prévenu, le moyen de reconnaître la fraude est bien simple. Elle n'est pas possible, si les mains sont écartées l'une de l'autre, et si l'on est assuré qu'aucun autre contact ne peut produire le bruit. Les coups réels offrent d'ailleurs cela de caractéristique, qu'ils changent de place et de timbre à volonté, ce qui ne peut avoir lieu quand il est dû à la cause que nous signalons ou à toute autre analogue ; qu'il sort de la table pour se porter sur un meuble quelconque que personne ne touche, sur les murs, le plafond, etc., qu'il répond enfin à des questions non prévues. (Voir N° 41.)

320. L'écriture directe est encore plus facile à imiter ; sans parler des agents chimiques bien connus pour faire apparaître de l'écriture dans un temps donné sur du papier blanc, ce que l'on peut déjouer avec les précautions les plus vulgaires, il pourrait arriver que, par un escamotage habile, on substituât un papier à un autre. Il se pourrait aussi que celui qui voudrait frauder eût l'art de détourner l'attention pendant qu'il écrirait adroitement quelques mots. On nous a dit encore avoir vu écrire ainsi avec un morceau de mine de plomb dissimulé sous l'ongle.

321. Le phénomène des apports ne se prête pas moins à la jonglerie, et l'on peut aisément être dupe d'un escamoteur plus ou moins adroit, sans qu'il soit besoin d'avoir affaire à un prestidigitateur de profession. Dans l'article spécial que nous avons publié ci-dessus (n° 96), les Esprits ont eux-mêmes déterminé les conditions exceptionnelles dans lesquelles il peut se produire, d'où l'on peut conclure que l'obtention facile et facultative peut tout au moins être tenue pour suspecte. L'écriture directe est dans le même cas.

322. Dans le chapitre des Médiums spéciaux, nous avons mentionné, d'après les Esprits, les aptitudes médianimiques communes, et celles qui sont rares. Il convient donc de se défier des médiums qui prétendent avoir ces dernières trop facilement, ou qui ambitionnent la multiplicité des facultés, prétention qui n'est que bien rarement justifiée.

323. Les manifestations intelligentes sont, selon les circonstances, celles qui offrent le plus de garantie, et cependant elles ne sont pas à l'abri de l'imitation, du moins en ce qui concerne les communications banales et vulgaires. On croit avoir plus de sécurité avec les médiums mécaniques, non seulement pour l'indépendance des idées, mais aussi contre les supercheries ; c'est pour cette raison que certaines personnes préfèrent les intermédiaires matériels. Eh bien ! c'est une erreur. La fraude se glisse partout, et nous savons qu'avec de l'habileté on peut diriger à volonté même une corbeille ou une planchette qui écrit, et lui donner toutes les apparences des mouvements spontanés. Ce qui lève tous les doutes, ce sont les pensées exprimées, qu'elles viennent d'un médium mécanique, intuitif, auditif, parlant ou voyant. Il y a des communications qui sont tellement en dehors des idées, des connaissances et même de la portée intellectuelle du médium, qu'il faudrait s'abuser étrangement pour lui en faire honneur. Nous reconnaissons au charlatanisme une grande habileté et de fécondes ressources, mais nous ne lui connaissons pas encore le don de donner du savoir à un ignorant, ou de l'esprit à celui qui n'en a pas.

En résumé, nous le répétons, la meilleure garantie est dans la moralité notoire des médiums et dans l'absence de toutes causes d'intérêt matériel ou d'amour-propre qui pourraient stimuler en lui l'exercice des facultés médianimiques qu'il possède ; car ces mêmes causes peuvent l'engager à simuler celles qu'il n'a pas.

CHAPITRE XXIX
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES

Des réunions en général

324. Les réunions spirites peuvent avoir de très grands avantages, en ce qu'elles permettent de s'éclairer par l'échange réciproque des pensées, par les questions et les remarques que chacun peut faire, et dont tout le monde profite ; mais pour en retirer tous les fruits désirables, elles requièrent des conditions spéciales que nous allons examiner, car on aurait tort de les assimiler aux sociétés ordinaires. Du reste, les réunions étant des touts collectifs, ce qui les concerne est la conséquence naturelle des instructions précédentes ; elles ont à prendre les mêmes précautions, et à se préserver des mêmes écueils que les individus ; c'est pourquoi nous avons placé ce chapitre en dernier.

Les réunions spirites ont des caractères très différents suivant le but qu'on s'y propose, et leur condition d'être doit, par cela même, différer aussi. Selon leur nature, elles peuvent être frivoles, expérimentales ou instructives.

325. Les réunions frivoles se composent de personnes qui ne voient que le côté plaisant des manifestations, qui s'amusent des facéties des Esprits légers, très amateurs de ces sortes d'assemblées où ils ont toute liberté de se produire, et ils ne s'en font pas faute. C'est là qu'on demande toutes sortes de banalités, qu'on se fait dire la bonne aventure par les Esprits, qu'on met leur perspicacité à l'épreuve pour deviner l'âge, ce qu'on a dans la poche, dévoiler de petits secrets, et mille autres choses de cette importance.

Ces réunions sont sans conséquence ; mais comme les Esprits légers sont parfois très intelligents, et qu'ils sont en général d'humeur facile et joviale, il s'y produit souvent des choses fort curieuses dont l'observateur peut faire son profit ; celui qui n'aurait vu que cela, et jugerait le monde des Esprits d'après cet échantillon, s'en ferait une idée aussi fausse que celui qui jugerait toute la société d'une grande ville par celle de certains quartiers. Le simple bon sens dit que les Esprits élevés ne peuvent venir dans de telles réunions, où les spectateurs ne sont pas plus sérieux que les acteurs. Si l'on veut s'occuper de choses futiles, il faut franchement appeler des Esprits légers, comme on appellerait des baladins pour amuser une société, mais il y aurait profanation à y convier des noms vénérés, à mêler le sacré et le profane.

326. Les réunions expérimentales ont plus spécialement pour objet la production des manifestations physiques. Pour beaucoup de personnes, c'est un spectacle plus curieux qu'instructif ; les incrédules en sortent plus étonnés que convaincus quand ils n'ont pas vu autre chose, et toute leur pensée est tournée vers la recherche des ficelles, car ne se rendant compte de rien ils supposent volontiers des subterfuges. Il en est tout autrement de ceux qui ont étudié ; ils comprennent d'avance la possibilité, et des faits positifs déterminent ensuite ou achèvent leur conviction ; s'il y avait subterfuge, ils seraient à même de le découvrir.

Nonobstant cela, ces sortes d'expérimentations ont une utilité que personne ne saurait méconnaître, car ce sont elles qui ont fait découvrir les lois qui régissent le monde invisible, et, pour beaucoup de gens, elles sont, sans contredit, un puissant motif de conviction ; mais nous maintenons que seules elles ne peuvent pas plus initier à la science spirite, que la vue d'un ingénieux mécanisme ne peut faire connaître la mécanique si l'on n'en connaît pas les lois ; toutefois, si elles étaient dirigées avec méthode et prudence, on en obtiendrait de bien meilleurs résultats. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce sujet.

327. Les réunions instructives ont un tout autre caractère, et comme ce sont celles où l'on peut puiser le véritable enseignement, nous insisterons davantage sur les conditions qu'elles doivent remplir.

La première de toutes, c'est de rester sérieuses dans toute l'acception du mot. Il faut bien se persuader que les Esprits auxquels on veut s'adresser sont d'une nature toute spéciale ; que le sublime ne pouvant s'allier au trivial, ni le bien au mal, si l'on veut obtenir de bonnes choses, il faut s'adresser à de bons Esprits ; mais il ne suffit pas de demander de bons Esprits ; il faut, de condition expresse, être dans des conditions propices pour qu'ils veuillent bien venir ; or, des Esprits supérieurs ne viendront pas plus dans les assemblées d'hommes légers et superficiels, qu'ils n'y seraient venus de leur vivant.

Une société n'est vraiment sérieuse qu'à la condition de s'occuper de choses utiles à l'exclusion de toutes autres ; si elle aspire à obtenir des phénomènes extraordinaires par curiosité ou par passe-temps, les Esprits qui les produisent pourront venir, mais les autres s'en iront. En un mot, quel que soit le caractère d'une réunion, elle trouvera toujours des Esprits disposés à seconder ses tendances. Une réunion sérieuse s'écarte donc de son but si elle quitte l'enseignement pour l'amusement. Les manifestations physiques, comme nous l'avons dit, ont leur utilité ; que ceux qui veulent voir aillent dans les réunions expérimentales ; que ceux qui veulent comprendre aillent dans les réunions d'étude ; c'est ainsi que les uns et les autres pourront compléter leur instruction spirite, comme dans l'étude de la médecine, les uns vont aux cours et les autres à la clinique.

328. L'instruction spirite ne comprend pas seulement l'enseignement moral donné par les Esprits, mais bien encore l'étude des faits ; c'est à elle qu'incombe la théorie de tous les phénomènes, la recherche des causes, et comme conséquence, la constatation de ce qui est possible et de ce qui ne l'est pas ; en un mot, l'observation de tout ce qui peut faire avancer la science. Or, ce serait se méprendre de croire que les faits soient limités aux phénomènes extraordinaires ; que ceux qui frappent le plus les sens soient seuls dignes d'attention ; on en rencontre à chaque pas dans les communications intelligentes et que des hommes réunis pour l'étude ne sauraient négliger ; ces faits, qu'il serait impossible d'énumérer, surgissent d'une foule de circonstances fortuites ; quoique moins saillants, ils n'en sont pas moins du plus haut intérêt pour l'observateur qui y trouve ou la confirmation d'un principe connu, ou la révélation d'un principe nouveau qui le fait pénétrer plus avant dans les mystères du monde invisible ; c'est aussi là de la philosophie.

329. Les réunions d'étude sont en outre d'une immense utilité pour les médiums à manifestations intelligentes, pour ceux surtout qui ont un désir sérieux de se perfectionner, et qui n'y viennent pas avec une sotte présomption d'infaillibilité. Un des grands écueils de la médiumnité, c'est comme nous l'avons dit, l'obsession et la fascination ; ils peuvent donc se faire illusion de très bonne foi sur le mérite de ce qu'ils obtiennent, et l'on conçoit que les Esprits trompeurs ont leurs coudées franches quand ils n'ont affaire qu'à un aveugle ; c'est pour cela qu'ils éloignent leur médium de tout contrôle ; qu'au besoin même ils lui font prendre en aversion quiconque pourrait l'éclairer ; à la faveur de l'isolement et de la fascination, ils peuvent aisément lui faire accepter tout ce qu'ils veulent.

Nous ne saurions trop le répéter, là est non seulement l'écueil, mais le danger ; oui, nous le disons, un véritable danger. Le seul moyen d'y échapper, c'est le contrôle de personnes désintéressées et bienveillantes qui, jugeant les communications avec sang-froid et impartialité, peuvent lui ouvrir les yeux et lui faire apercevoir ce qu'il ne peut voir lui-même. Or, tout médium qui redoute ce jugement est déjà sur la voie de l'obsession ; celui qui croit que la lumière n'est faite que pour lui est complètement sous le joug ; s'il prend en mauvaise part les observations, s'il les repousse, s'il s'en irrite, il ne peut y avoir de doute sur la mauvaise nature de l'Esprit qui l'assiste.

Nous l'avons dit, un médium peut manquer des connaissances nécessaires pour comprendre les erreurs ; il peut se laisser abuser par de grands mots et un langage prétentieux, être séduit par des sophismes, et cela de la meilleure foi du monde ; c'est pourquoi, à défaut de ses propres lumières, il doit modestement avoir recours à celles des autres, selon ces deux adages que quatre yeux voient mieux que deux, et qu'on n'est jamais bon juge dans sa propre cause. C'est à ce point de vue que les réunions sont pour le médium d'une très grande utilité, s'il est assez sensé pour écouter les avis, parce que là se trouveront des personnes plus clairvoyantes que lui, qui saisiront les nuances souvent si délicates par où l'Esprit trahit son infériorité.

Tout médium qui désire sincèrement n'être pas le jouet du mensonge, doit donc chercher à se produire dans les réunions sérieuses, et y apporter ce qu'il obtient en particulier ; accepter avec reconnaissance, solliciter même l'examen critique des communications qu'il reçoit ; s'il est en butte à des Esprits trompeurs, c'est le plus sûr moyen de s'en débarrasser en leur prouvant qu'ils ne peuvent l'abuser. Le médium, d'ailleurs, qui s'irrite de la critique est d'autant plus mal fondé que son amour-propre n'est nullement engagé, puisque ce qu'il dit n'est pas de lui, et qu'il n'en est pas plus responsable que s'il lisait les vers d'un mauvais poète.

Nous avons insisté sur ce point, parce que, si c'est là un écueil pour les médiums, c'en est un aussi pour les réunions auxquelles il importe de ne pas accorder légèrement confiance à tous les interprètes des Esprits. Le concours de tout médium obsédé ou fasciné leur serait plus nuisible qu'utile ; elles doivent donc ne pas l'accepter. Nous pensons être entré dans des développements suffisants pour qu'il leur soit impossible de se méprendre sur les caractères de l'obsession, si le médium ne peut la reconnaître lui-même ; un des plus saillants est sans contredit la prétention d'avoir seul raison contre tout le monde. Les médiums obsédés qui ne veulent pas en convenir ressemblent à ces malades qui se font illusion sur leur santé, et se perdent faute de se soumettre à un régime salutaire.

330. Ce qu'une réunion sérieuse doit se proposer, c'est d'écarter les Esprits menteurs ; elle serait dans l'erreur si elle se croyait à l'abri par son but et par la qualité de ses médiums ; elle n'y parviendra qu'autant qu'elle sera elle-même dans des conditions favorables.

Pour bien comprendre ce qui se passe en cette circonstance, nous prions de vouloir bien se reporter à ce que nous avons dit plus haut, n° 231, sur l'Influence du milieu. Il faut se représenter chaque individu comme entouré d'un certain nombre d'acolytes invisibles qui s'identifient avec son caractère, ses goûts et ses penchants ; donc toute personne qui entre dans une réunion amène avec elle des Esprits qui lui sont sympathiques. Selon leur nombre et leur nature, ces acolytes peuvent exercer sur l'assemblée et sur les communications une influence bonne ou mauvaise. Une réunion parfaite serait celle dont tous les membres, animés d'un égal amour du bien, n'amèneraient avec eux que de bons Esprits ; à défaut de la perfection, la meilleure sera celle où le bien l'emportera sur le mal. Ceci est trop logique pour qu'il soit nécessaire d'insister.

331. Une réunion est un être collectif dont les qualités et les propriétés sont la résultante de toutes celles de ses membres, et forment comme un faisceau ; or, ce faisceau aura d'autant plus de force qu'il sera plus homogène. Si l'on a bien compris ce qui a été dit (n° 282, question 5) sur la manière dont les Esprits sont avertis de notre appel, on comprendra facilement la puissance de l'association de la pensée des assistants. Si l'Esprit est en quelque sorte frappé par la pensée comme nous le sommes par la voix, vingt personnes s'unissant dans une même intention auront nécessairement plus de force qu'une seule ; mais pour que toutes ces pensées concourent vers le même but, il faut qu'elles vibrent à l'unisson ; qu'elles se confondent, pour ainsi dire, en une seule, ce qui ne peut avoir lieu sans le recueillement.

D'un autre côté, l'Esprit arrivant dans un milieu complètement sympathique, y est plus à son aise ; n'y trouvant que des amis, il y vient plus volontiers, et il est plus disposé à répondre. Quiconque a suivi avec quelque attention les manifestations spirites intelligentes a pu se convaincre de cette vérité. Si les pensées sont divergentes, il en résulte un choc d'idées désagréables pour l'Esprit, et par conséquent nuisible à la manifestation. Il en est de même d'un homme qui doit parler dans une assemblée ; s'il sent toutes les pensées lui être sympathiques et bienveillantes, l'impression qu'il en reçoit réagit sur ses propres idées et leur donne plus de verve ; l'unanimité de ce concours exerce sur lui une sorte d'action magnétique qui décuple ses moyens, tandis que l'indifférence ou l'hostilité le trouble et le paralyse ; c'est ainsi que les acteurs sont électrisés par les applaudissements ; or, les Esprits, bien plus impressionnables que les humains, doivent subir bien mieux encore l'influence du milieu.

Toute réunion spirite doit donc tendre à l'homogénéité la plus grande possible ; il est bien entendu que nous parlons de celles qui veulent arriver à des résultats sérieux et vraiment utiles ; si l'on veut simplement obtenir des communications quand même, sans s'inquiéter de la qualité de ceux qui les donnent, il est évident que toutes ces précautions ne sont pas nécessaires, mais alors il ne faut pas se plaindre de la qualité du produit.

332. Le recueillement et la communion de pensées étant les conditions essentielles de toute réunion sérieuse, on comprend que le trop grand nombre des assistants doit être une des causes les plus contraires à l'homogénéité. Il n'y a certes aucune limite absolue à ce nombre, et l'on conçoit que cent personnes, suffisamment recueillies et attentives, seront dans de meilleures conditions que dix qui seraient distraites et bruyantes ; mais il est évident aussi que plus le nombre est grand, plus ces conditions sont difficiles à remplir. C'est d'ailleurs un fait prouvé par l'expérience que les petits cercles intimes sont toujours plus favorables aux belles communications, et cela par les motifs que nous avons développés.

333. Il est encore un autre point qui n'est pas moins nécessaire, c'est la régularité des réunions. Dans toutes il y a toujours des Esprits qu'on pourrait appeler des habitués, et nous n'entendons pas par là ces Esprits qui se trouvent partout et se mêlent de tout ; ce sont, soit des Esprits protecteurs, soit ceux que l'on interroge le plus souvent. Il ne faut pas croire que ces Esprits n'aient autre chose à faire que de nous écouter ; ils ont leurs occupations et peuvent d'ailleurs se trouver dans des conditions défavorables pour être évoqués. Quand les réunions ont lieu à jours et heures fixes, ils se disposent en conséquence, et il est rare qu'ils y manquent. Il en est même qui poussent la ponctualité à l'excès ; ils se formalisent d'un quart d'heure de retard, et s'ils assignent eux-mêmes le moment d'un entretien, on les appellerait en vain quelques minutes plus tôt. Ajoutons, toutefois, que bien que les Esprits préfèrent la régularité, ceux qui sont vraiment supérieurs ne sont pas méticuleux à ce point. L'exigence d'une ponctualité rigoureuse est un signe d'infériorité, comme tout ce qui est puéril. En dehors des heures consacrées, ils peuvent sans doute venir, et ils viennent même volontiers si le but est utile ; mais rien n'est plus nuisible aux bonnes communications que de les appeler à tort et à travers, quand la fantaisie nous en prend, et surtout sans motif sérieux ; comme ils ne sont pas tenus de se soumettre à nos caprices, ils pourraient bien ne pas se déranger, et c'est alors surtout que d'autres peuvent prendre leur place et leur nom.

 

Des sociétés proprement dites

334. Tout ce que nous avons dit sur les réunions en général s'applique naturellement aux sociétés régulièrement constituées ; celles-ci cependant ont à lutter contre quelques difficultés spéciales qui naissent du lien même qui unit les membres. Des avis nous ayant été plusieurs fois demandés sur leur organisation, nous les résumerons ici en quelques mots.

Le spiritisme qui naît à peine est encore trop diversement apprécié, trop peu compris dans son essence par un grand nombre d'adeptes, pour offrir un lien puissant entre les membres de ce qu'on pourrait appeler une association. Ce lien ne peut exister qu'entre ceux qui en voient le but moral, le comprennent et se l'appliquent à eux-mêmes. Entre ceux qui n'y voient que des faits plus ou moins curieux, il ne saurait y avoir un lien sérieux ; mettant les faits au-dessus des principes, une simple divergence dans la manière de les envisager peut les diviser. Il n'en est pas de même des premiers, car sur la question morale il ne peut exister deux manières de voir ; aussi est-il à remarquer que partout où ils se rencontrent, une confiance réciproque les attire les uns vers les autres ; la bienveillance mutuelle qui règne entre eux bannit la gêne et la contrainte qui naissent de la susceptibilité, de l'orgueil qui se froisse de la moindre contradiction, de l'égoïsme qui rapporte tout à soi. Une société où de tels sentiments régneraient sans partage, où l'on se réunirait dans le but de venir s'instruire aux enseignements des Esprits, et non dans l'espérance de voir des choses plus ou moins intéressantes, ou pour faire prévaloir son opinion, une telle société, disons-nous, serait non seulement viable, mais indissoluble. La difficulté de réunir encore de nombreux éléments homogènes à ce point de vue nous porte à dire que, dans l'intérêt des études et pour le bien de la chose même, les réunions spirites doivent viser à se multiplier par petits groupes plutôt qu'à chercher à se constituer en grandes agglomérations. Ces groupes, correspondant entre eux, se visitant, se transmettant leurs observations, peuvent dès à présent former le noyau de la grande famille spirite qui ralliera un jour toutes les opinions, et unira les hommes dans un même sentiment de fraternité, scellé par la charité chrétienne.

335. Nous avons vu de quelle importance est l'uniformité de sentiments pour l'obtention de bons résultats ; cette uniformité est nécessairement d'autant plus difficile à obtenir que le nombre est plus grand. Dans les petits comités, on se connaît mieux, on est plus sûr des éléments que l'on y introduit ; le silence et le recueillement y sont plus faciles et tout s'y passe comme en famille. Les grandes assemblées excluent l'intimité par la variété des éléments dont elles se composent ; elles exigent des locaux spéciaux, des ressources pécuniaires et un appareil administratif inutiles dans les petits groupes ; la divergence des caractères, des idées, des opinions, s'y dessine mieux, et offre aux Esprits brouillons plus de facilité pour y semer la discorde. Plus la réunion est nombreuse, plus il est difficile de contenter tout le monde ; chacun voudrait que les travaux fussent dirigés à son gré, qu'on s'occupât de préférence des sujets qui l'intéressent le plus ; quelques-uns croient que le titre de sociétaire leur donne le droit d'imposer leur manière de voir ; de là des tiraillements, une cause de malaise qui amène tôt ou tard la désunion, puis la dissolution, sort de toutes les sociétés, quel qu'en soit l'objet. Les petits comités ne sont pas sujets aux mêmes fluctuations ; la chute d'une grande société serait un échec apparent pour la cause du spiritisme, et ses ennemis ne manqueraient pas de s'en prévaloir ; la dissolution d'un petit groupe passe inaperçue, et d'ailleurs, si l'un se disperse, vingt autres se forment à côté ; or, vingt groupes de quinze à vingt personnes obtiendront plus, et feront plus pour la propagation, qu'une assemblée de trois à quatre cents personnes.

On dira sans doute que les membres d'une société qui agiraient comme nous venons de le dire ne seraient pas de vrais spirites, puisque le premier devoir qu'impose la doctrine, c'est la charité et la bienveillance. Cela est parfaitement juste ; aussi ceux qui pensent ainsi sont-ils spirites de nom plutôt que de fait ; ils n'appartiennent assurément pas à la troisième catégorie (voir n° 28) ; mais qui dit que ce sont même des spirites quelconques ? Ici se présente une considération qui n'est pas sans gravité.

336. N'oublions pas que le spiritisme a des ennemis intéressés à le contrecarrer, et qui voient ses succès avec dépit ; les plus dangereux ne sont pas ceux qui l'attaquent ouvertement, mais ceux qui agissent dans l'ombre ; ceux-ci le caressent d'une main et le déchirent de l'autre. Ces êtres malfaisants se glissent partout où ils espèrent faire du mal ; comme ils savent que l'union est une puissance, ils tâchent de la détruire en jetant des brandons de discorde. Qui dit donc que ceux qui, dans les réunions, sèment le trouble et la zizanie ne sont pas des agents provocateurs intéressés au désordre ? A coup sûr, ce ne sont ni de vrais ni de bons spirites ; ils ne peuvent jamais faire de bien et ils peuvent faire beaucoup de mal. On comprend qu'ils ont infiniment plus de facilité à s'insinuer dans les réunions nombreuses que dans les petits comités où tout le monde se connaît ; à la faveur de sourdes menées qui passent inaperçues, ils sèment le doute, la défiance et la désaffection ; sous l'apparence d'un hypocrite intérêt pour la chose, ils critiquent tout, forment des conciliabules et des coteries qui bientôt rompent l'harmonie de l'ensemble : c'est ce qu'ils veulent. Vis-à-vis de ces gens-là, faire appel aux sentiments de charité et de fraternité, c'est parler à des sourds volontaires, car leur but est précisément de détruire ces sentiments qui sont le plus grand obstacle à leurs menées. Cet état de choses, fâcheux dans toutes les sociétés, l'est plus encore dans les sociétés spirites, parce que, s'il n'amène pas une rupture, il cause une préoccupation incompatible avec le recueillement et l'attention.

337. Si la réunion est dans une mauvaise voie, dira-t-on, des hommes sensés et bien intentionnés n'ont-il pas le droit de critique, et doivent-ils passer le mal sans rien dire, l'approuver par leur silence ? Sans aucun doute, c'est leur droit : c'est de plus un devoir ; mais si leur intention est réellement bonne, ils émettent leur avis avec convenance et bienveillance, ouvertement et non en cachette ; s'il n'est pas suivi, ils se retirent ; car on ne concevrait pas que celui qui n'aurait aucune arrière-pensée s'obstinât à rester dans une société où l'on ferait des choses qui ne lui conviendraient pas.

On peut donc établir en principe que quiconque, dans une réunion spirite, provoque au désordre ou à la désunion, ostensiblement ou par-dessous mains, par des moyens quelconques, est, ou un agent provocateur, ou tout au moins un très mauvais spirite dont on ne saurait se débarrasser trop tôt ; mais les engagements mêmes qui lient tous les membres y mettent souvent obstacle ; c'est pourquoi il convient d'éviter les engagements indissolubles ; les hommes de bien sont toujours assez engagés ; les mal intentionnés le sont toujours trop.

338. Outre les gens notoirement malveillants qui se glissent dans les réunions, il y a ceux qui, par caractère, portent le trouble avec eux partout où ils se trouvent : on ne saurait donc être trop circonspect sur les éléments nouveaux que l'on y introduit. Les plus fâcheux, dans ce cas, ne sont pas les ignorants sur la matière, ni même ceux qui ne croient pas : la conviction ne s'acquiert que par l'expérience, et il y a des gens qui veulent s'éclairer de bonne foi. Ceux surtout dont il faut se préserver sont les gens à système préconçu, les incrédules quand même qui doutent de tout, même de l'évidence ; les orgueilleux, qui prétendent avoir seuls la lumière infuse, veulent partout imposer leur opinion, et regardent avec dédain quiconque ne pense pas comme eux. Ne vous laissez pas prendre à leur prétendu désir de s'éclairer ; il en est plus d'un qui serait bien fâché d'être forcé de convenir qu'il s'est trompé ; gardez-vous surtout de ces péroreurs insipides qui veulent toujours avoir le dernier mot, et de ceux qui ne se plaisent que dans la contradiction ; les uns et les autres font perdre le temps sans profit pour eux-mêmes ; les Esprits n'aiment pas les paroles inutiles.

339. Vu la nécessité d'éviter toute cause de trouble et de distraction, une société spirite qui s'organise doit apporter toute son attention sur les mesures propres à ôter aux fauteurs de désordres les moyens de nuire, et à donner les plus grandes facilités pour les écarter. Les petites réunions n'ont besoin que d'un règlement disciplinaire fort simple pour l'ordre des séances ; les sociétés régulièrement constituées exigent une organisation plus complète ; la meilleure sera celle dont les rouages seront le moins compliqués ; les unes et les autres pourront puiser ce qui leur sera applicable, ou ce qu'elles croiront utile, dans le règlement de la Société parisienne des études spirites que nous donnons ci-après.

340. Les sociétés petites ou grandes et toutes les réunions, quelle qu'en soit l'importance, ont à lutter contre un autre écueil. Les fauteurs de troubles ne sont pas seulement dans leur sein, ils sont également dans le monde invisible. De même qu'il y a des Esprits protecteurs pour les sociétés, les villes et les peuples, des Esprits malfaisants s'attachent aux groupes comme aux individus ; ils s'attaquent d'abord aux plus faibles, aux plus accessibles, dont ils cherchent à se faire des instruments, et de proche en proche tâchent de circonvenir les masses ; car leur joie méchante est en raison du nombre de ceux qu'ils tiennent sous leur joug. Toutes les fois donc que dans un groupe une personne tombe dans le piège, il faut se dire qu'il y a un ennemi dans le camp, un loup dans la bergerie, et qu'on doit se tenir sur ses gardes, car il est plus que probable qu'il multipliera ses tentatives ; si on ne le décourage par une résistance énergique, l'obsession devient alors comme un mal contagieux, qui se manifeste chez les médiums par la perturbation de la médiumnité, et chez d'autres par l'hostilité des sentiments, la perversion du sens moral et le trouble de l'harmonie. Comme le plus puissant antidote de ce poison est la charité, c'est la charité qu'ils cherchent à étouffer. Il ne faut donc pas attendre que le mal soit devenu incurable pour y porter remède ; il ne faut pas même attendre les premiers symptômes, il faut surtout s'attacher à le prévenir ; pour cela, il est deux moyens efficaces s'ils sont bien employés : la prière de coeur, et l'étude attentive des moindres signes qui révèlent la présence d'Esprits trompeurs ; le premier attire les bons Esprits qui n'assistent avec zèle que ceux qui les secondent par leur confiance en Dieu ; l'autre prouve aux mauvais qu'ils ont affaire à des gens assez clairvoyants et assez sensés pour ne pas se laisser abuser. Si l'un des membres subit l'influence de l'obsession, tous les efforts doivent tendre, dès les premiers indices, à lui dessiller les yeux, de peur que le mal ne s'aggrave, afin d'amener chez lui la conviction qu'il s'est trompé et le désir de seconder ceux qui veulent le débarrasser.

341. L'influence du milieu est la conséquence de la nature des Esprits et de leur mode d'action sur les êtres vivants ; de cette influence chacun peut déduire soi-même les conditions les plus favorables pour une société qui aspire à se concilier la sympathie des bons Esprits, et à n'obtenir que de bonnes communications en écartant les mauvais. Ces conditions sont toutes dans les dispositions morales des assistants ; elles se résument dans les points suivants :

Parfaite communauté de vues et de sentiments ;

Bienveillance réciproque entre tous les membres ;

Abnégation de tout sentiment contraire à la véritable charité chrétienne ;

Désir unique de s'instruire et de s'améliorer par l'enseignement des bons Esprits, et mise à profit de leurs conseils. Quiconque est persuadé que les Esprits supérieurs se manifestent en vue de nous faire progresser et non pour notre agrément, comprendra qu'ils doivent se retirer de ceux qui se bornent à admirer leur style sans en retirer aucun fruit, et ne prisent l'attrait des séances que par le plus ou moins d'intérêt qu'elles leur offrent selon leurs goûts particuliers ;

Exclusion de tout ce qui, dans les communications demandées aux Esprits, n'aurait qu'un but de curiosité ;

Recueillement et silence respectueux pendant les entretiens avec les Esprits ;

Association de tous les assistants, par la pensée, à l'appel fait aux Esprits que l'on évoque ;

Concours des médiums de l'assemblée avec abnégation de tout sentiment d'orgueil, d'amour-propre et de suprématie, et par l'unique désir de se rendre utiles.

Ces conditions sont-elles si difficiles à remplir qu'on ne puisse les rencontrer ? Nous ne le pensons pas ; nous espérons au contraire que les réunions vraiment sérieuses, comme il en existe déjà dans différentes localités, se multiplieront, et nous n'hésitons pas à dire que c'est à elles que le spiritisme devra sa plus puissante propagation ; en ralliant les hommes honnêtes et consciencieux, elles imposeront silence à la critique, et plus leurs intentions seront pures, plus elles seront respectées même de leurs adversaires ; lorsque la raillerie s'attaque au bien, elle cesse de faire rire : elle se rend méprisable. C'est entre les réunions de ce genre qu'un véritable lien sympathique, une solidarité mutuelle s'établiront par la force des choses et contribueront au progrès général.

342. Ce serait une erreur de croire que les réunions où l'on s'occupe plus spécialement des manifestations physiques soient en dehors de ce concert fraternel, et qu'elles excluent toute pensée sérieuse ; si elles ne requièrent pas des conditions aussi rigoureuses, ce n'est pas impunément qu'on y assiste avec légèreté, et l'on se tromperait si on croyait que le concours des assistants y soit absolument nul ; on a la preuve du contraire dans ce fait que souvent les manifestations de ce genre, même provoquées par de puissants médiums, ne peuvent se produire dans certains milieux. Il y a donc aussi pour cela des influences contraires, et ces influences ne peuvent être que dans la divergence ou l'hostilité des sentiments qui paralysent les efforts des Esprits.

Les manifestations physiques, comme nous l'avons dit, ont une grande utilité ; elles ouvrent un vaste champ à l'observateur, car c'est tout un ordre de phénomènes insolites qui se déroule à ses yeux, et dont les conséquences sont incalculables. Une assemblée peut donc s'en occuper dans des vues très sérieuses, mais elle ne saurait atteindre son but, soit comme étude, soit comme moyen de conviction, si elle ne se place dans des conditions favorables ; la première de toutes est, non pas la foi des assistants, mais leur désir de s'éclairer, sans arrière-pensée, sans parti pris de rejeter même l'évidence ; la seconde est la restriction de leur nombre pour éviter le mélange des éléments hétérogènes. Si les manifestations physiques sont produites en général par les Esprits les moins avancés, elles n'en ont pas moins un but providentiel, et les bons Esprits les favorisent toutes les fois qu'elles peuvent avoir un résultat utile.

 

Sujets d'études

343. Lorsqu'on a évoqué ses parents et ses amis, quelques personnages célèbres pour comparer leurs opinions d'outre-tombe avec celles qu'ils ont eues de leur vivant, on est souvent embarrassé pour alimenter les entretiens, à moins de tomber dans les banalités et les futilités. Beaucoup de personnes pensent, en outre, que le Livre des Esprits a épuisé la série des questions de morale et de philosophie ; c'est une erreur ; c'est pourquoi il peut être utile d'indiquer la source où l'on peut puiser des sujets d'étude pour ainsi dire illimités.

344. Si l'évocation des hommes illustres, des Esprits supérieurs, est éminemment utile par l'enseignement qu'ils nous donnent, celle des Esprits vulgaires ne l'est pas moins, bien qu'ils soient incapables de résoudre les questions d'une haute portée ; par leur infériorité ils se peignent eux-mêmes, et moins la distance qui les sépare de nous est grande, plus nous y trouvons de rapports avec notre propre situation, sans compter qu'ils nous offrent souvent des traits caractéristiques du plus haut intérêt, ainsi que nous l'avons expliqué ci-dessus, n° 281, en parlant de l'utilité des évocations particulières. C'est donc une mine inépuisable d'observations, en ne prenant même que les hommes dont la vie présente quelque particularité sous le rapport du genre de mort, de l'âge, des bonnes ou mauvaises qualités, de leur position heureuse ou malheureuse sur la terre, des habitudes, de l'état mental, etc..

Avec les Esprits élevés, le cadre des études s'élargit ; outre les questions psychologiques qui ont une limite, on peut leur proposer une foule de problèmes moraux qui s'étendent à l'infini sur toutes les positions de la vie, sur la meilleure conduite à tenir dans telle ou telle circonstance donnée, sur nos devoirs réciproques, etc.. La valeur de l'instruction que l'on reçoit sur un sujet quelconque, moral, historique, philosophique ou scientifique, dépend entièrement de l'état de l'Esprit que l'on interroge ; c'est à nous de juger.

345. Outre les évocations proprement dites, les dictées spontanées offrent des sujets d'étude à l'infini. Elles consistent à attendre le sujet qu'il plaît aux Esprits de traiter. Plusieurs médiums peuvent, dans ce cas, travailler simultanément. Quelquefois on peut faire appel à un Esprit déterminé ; le plus ordinairement, on attend ceux qui veulent bien se présenter, et il en vient souvent de la manière la plus imprévue. Ces dictées peuvent ensuite donner lieu à une foule de questions dont le thème se trouve ainsi tout préparé. Elles doivent être commentées avec soin pour étudier toutes les pensées qu'elles renferment, et juger si elles portent avec elles un cachet de vérité. Cet examen, fait avec sévérité, est, comme nous l'avons dit, la meilleure garantie contre l'intrusion des Esprits trompeurs. Par ce motif, autant que pour l'instruction de tous, il pourra être donné connaissance des communications obtenues en dehors de la réunion. Il y a là, comme on le voit, une source intarissable d'éléments éminemment sérieux et instructifs.

346. Les occupations de chaque séance peuvent être réglées ainsi qu'il suit :

1° Lecture des communications spirites obtenues dans la dernière séance, mises au net.

2° Rapports divers. - Correspondance. - Lecture des communications obtenues en dehors des séances. - Relation de faits intéressant le spiritisme.

3° Travaux d'étude. - Dictées spontanées. Questions diverses et problèmes moraux proposés aux Esprits. - Evocations.

4° Conférence. - Examen critique et analytique des diverses communications. - Discussion sur les différents points de la science spirite.

347. Les groupes naissants sont quelquefois arrêtés dans leurs travaux par le manque de médiums. Les médiums sont assurément un des éléments essentiels des réunions spirites, mais ils n'en sont pas l'élément indispensable, et l'on aurait tort de croire qu'à leur défaut il n'y a rien à faire. Sans doute ceux qui ne se réunissent que dans un but d'expérimentation ne peuvent pas plus sans médiums que des musiciens dans un concert sans instruments ; mais ceux qui ont en vue l'étude sérieuse ont mille sujets d'occupations tout aussi utiles et profitables que s'ils pouvaient opérer par eux-mêmes. D'ailleurs, les réunions qui ont des médiums peuvent accidentellement se trouver au dépourvu, et il serait fâcheux qu'elles crussent, dans ce cas, n'avoir qu'à se retirer. Les Esprits eux-mêmes peuvent, de temps en temps, les mettre dans cette position, afin de leur apprendre à se passer d'eux. Nous dirons plus, c'est qu'il est nécessaire, pour profiter de leur enseignement, de consacrer un certain temps à le méditer. Les sociétés scientifiques n'ont pas toujours les instruments d'observation sous les yeux, et pourtant elles ne sont pas embarrassées de trouver des sujets de discussion ; en l'absence de poètes et d'orateurs, les sociétés littéraires lisent et commentent les ouvrages des auteurs anciens et modernes ; les sociétés religieuses méditent sur les Ecritures ; les sociétés spirites doivent faire de même, et elles tireront un grand profit pour leur avancement en établissant des conférences dans lesquelles on lirait et commenterait tout ce qui peut avoir trait au spiritisme, pour ou contre. De cette discussion où chacun apporte le tribut de ses réflexions, jaillissent des traits de lumière qui passent inaperçus dans une lecture individuelle. A côté des ouvrages spéciaux, les journaux fourmillent de faits, de récits, d'événements, de traits de vertus ou de vices qui soulèvent de graves problèmes moraux que le spiritisme seul peut résoudre, et c'est encore là un moyen de prouver qu'il se rattache à toutes les branches de l'ordre social. Nous mettons en fait qu'une société spirite qui organiserait son travail dans ce sens, en se procurant les matériaux nécessaires, ne trouverait pas assez de temps à donner aux communications directes des Esprits ; c'est pourquoi nous appelons sur ce point l'attention des réunions vraiment sérieuses, de celles qui ont plus à coeur de s'instruire que de chercher un passe-temps. (Voir n° 207 au chapitre de la Formation des médiums.)

 

Rivalité entre les sociétés

348. Les réunions qui s'occupent exclusivement des communications intelligentes et celles qui se livrent à l'étude des manifestations physiques, ont chacune leur mission ; ni les unes ni les autres ne seraient dans le véritable esprit du spiritisme si elles se voyaient d'un mauvais oeil, et celle qui jetterait la pierre à l'autre prouverait par cela seul la mauvaise influence qui la domine, toutes doivent concourir, quoique par des voies différentes, au but commun qui est la recherche et la propagation de la vérité ; leur antagonisme, qui ne serait qu'un effet de l'orgueil surexcité, en fournissant des armes aux détracteurs, ne pourrait que nuire à la cause qu'elles prétendent défendre.

349. Ces dernières réflexions s'appliquent également à tous les groupes qui pourraient différer sur quelques points de la doctrine. Comme nous l'avons dit au chapitre des Contradictions, ces divergences ne portent, la plupart du temps, que sur des accessoires, souvent même sur de simples mots ; il y aurait donc de la puérilité à faire bande à part, parce qu'on ne penserait pas exactement de même. Il y aurait pire que cela, si les différents groupes ou sociétés d'une même ville se regardaient avec jalousie. On comprend la jalousie entre gens qui se font concurrence, et peuvent se porter un préjudice matériel ; mais, quand il n'y a pas spéculation, la jalousie ne peut être qu'une mesquine rivalité d'amour-propre. Comme, en définitive, il n'est pas de société qui puisse réunir dans son sein tous les adeptes, celles qui sont animées d'un véritable désir de propager la vérité, dont le but est uniquement moral, doivent voir avec plaisir se multiplier les réunions, et, s'il y a concurrence entre elles, ce doit être à qui fera le plus de bien. Celles qui prétendraient être dans le vrai à l'exclusion des autres, devraient le prouver en prenant pour devise : Amour et charité ; car telle est celle de tout vrai spirite. Veulent-elles se prévaloir de la supériorité des Esprits qui les assistent ? qu'elles le prouvent par la supériorité des enseignements qu'elles reçoivent, et par l'application qu'elles s'en font à elles-mêmes : c'est là un critérium infaillible pour distinguer celles qui sont dans la meilleure voie.

Certains Esprits, plus présomptueux que logiques, tentent parfois d'imposer des systèmes étranges et impraticables, à la faveur des noms vénérés dont ils se parent. Le bon sens fait bientôt justice de ces utopies, mais en attendant elles peuvent semer le doute et l'incertitude parmi les adeptes ; de là souvent une cause de dissentiments momentanés. Outre les moyens que nous avons donnés de les apprécier, il est un autre critérium qui donne la mesure de leur valeur : c'est le nombre de partisans qu'ils recrutent. La raison dit que le système qui trouve le plus d'écho dans les masses, doit être plus près de la vérité que celui qui est repoussé par la majorité, et voit ses rangs s'éclaircir ; aussi tenez pour certain que les Esprits qui refusent la discussion de leur enseignement, c'est qu'ils en comprennent la faiblesse.

350. Si le spiritisme doit, ainsi que cela est annoncé, amener la transformation de l'humanité, ce ne peut être que par l'amélioration des masses, laquelle n'arrivera graduellement et de proche en proche que par l'amélioration des individus. Qu'importe de croire à l'existence des Esprits, si cette croyance ne rend pas meilleur, plus bienveillant et plus indulgent pour ses semblables, plus humble, plus patient dans l'adversité ? Que sert à l'avare d'être spirite, s'il est toujours avare ; à l'orgueilleux, s'il est toujours plein de lui-même ; à l'envieux, s'il est toujours jaloux ? Tous les hommes pourraient donc croire aux manifestations, et l'humanité rester stationnaire ; mais tels ne sont pas les desseins de Dieu. C'est vers le but providentiel que doivent tendre toutes les sociétés spirites sérieuses, en groupant autour d'elles tous ceux qui sont dans les mêmes sentiments ; alors il y aura entre elles union, sympathie, fraternité, et non un vain et puéril antagonisme d'amour-propre, de mots plutôt que de choses ; alors, elles seront fortes et puissantes, parce qu'elles s'appuieront sur une base inébranlable : le bien pour tous ; alors elles seront respectées et imposeront silence à la sotte raillerie, parce qu'elles parleront au nom de la morale évangélique respectée de tous.

Telle est la voie dans laquelle nous nous sommes efforcé de faire entrer le spiritisme. Le drapeau que nous arborons hautement est celui du spiritisme chrétien et humanitaire, autour duquel nous sommes heureux de voir déjà tant d'hommes se rallier sur tous les points du globe, parce qu'ils comprennent que là est l'ancre de salut, la sauvegarde de l'ordre public, le signal d'une ère nouvelle pour l'humanité. Nous convions toutes les sociétés spirites à concourir à cette grande oeuvre ; que d'un bout du monde à l'autre elles se tendent une main fraternelle, et elles enlaceront le mal dans des filets inextricables.

CHAPITRE XXX.
REGLEMENT
DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES

Fondée le 1 avril 1858

Et autorisée par arrêté de M. le Préfet de police, en date du 13 avril 1858, d'après l'avis de S. E. M. le Ministre de l'intérieur et de la sûreté générale.

Nota. - Quoique ce règlement soit le fruit de l'expérience, nous ne le donnons point comme une loi absolue, mais uniquement pour la facilité des sociétés qui voudraient se former, et qui pourront y puiser les dispositions qu'elles croiront utiles et applicables aux circonstances qui leur sont propres. Quelque simplifiée qu'en soit l'organisation, elle peut l'être encore beaucoup plus quand il s'agit, non de sociétés régulièrement constituées, mais de simples réunions intimes qui n'ont besoin d'établir que des mesures d'ordre, de précaution et de régularité dans les travaux.

Nous le donnons également pour la gouverne des personnes qui voudraient se mettre en rapport avec la Société parisienne, soit comme correspondants, soit à titre de membres de la Société.

 

CHAPITRE PREMIER. - But et formation de la Société

ARTICLE 1. - La Société a pour objet l'étude de tous les phénomènes relatifs aux manifestations spirites, et leur application aux sciences morales, physiques, historiques et psychologiques. Les questions politiques, de controverse religieuse et d'économie sociale y sont interdites.

Elle prend pour titre : Société parisienne des Etudes spirites.

ART. 2. - La Société se compose de membres titulaires, d'associés libres et de membres correspondants.

Elle peut conférer le titre de membre honoraire aux personnes résidant en France ou à l'étranger qui, par leur position ou leurs travaux, peuvent lui rendre des services signalés.

Les membres honoraires sont tous les ans soumis à une réélection.

ART. 3. - La Société n'admet que les personnes qui sympathisent avec ses principes et le but de ses travaux ; celles qui sont déjà initiées aux principes fondamentaux de la science spirite, ou qui sont sérieusement animées du désir de s'en instruire. En conséquence, elle exclut quiconque pourrait apporter des éléments de trouble au sein des réunions, soit par un esprit d'hostilité ou d'opposition systématique, soit par toute autre cause, et faire ainsi perdre le temps en discussions inutiles.

Tous les membres se doivent réciproquement bienveillance et bons procédés ; ils doivent, en toutes circonstances, mettre le bien général au-dessus des questions personnelles et d'amour-propre.

ART. 4. - Pour être admis comme associé libre, il faut adresser au Président une demande écrite, apostillée par deux membres titulaires qui se rendent garants des intentions du postulant.

La lettre de demande doit relater sommairement : 1° si le postulant possède déjà des connaissances en matière de spiritisme ; 2° l'état de ses convictions sur les points fondamentaux de la science ; 3° l'engagement de se conformer en tout au règlement.

La demande est soumise au comité qui l'examine et propose, s'il y a lieu, l'admission, l'ajournement ou le rejet.

L'ajournement est de rigueur pour tout candidat qui ne posséderait aucun des éléments de la science spirite, et ne sympathiserait pas avec les principes de la Société.

Les associés libres ont droit d'assister à toutes les séances, de participer aux travaux et aux discussions qui ont pour objet l'étude ; mais, dans aucun cas, ils n'ont voix délibérative pour ce qui concerne les affaires de la Société.

Les associés libres ne sont engagés que pour l'année de leur admission, et leur maintien dans la Société doit être ratifié à la fin de cette première année.

ART. 5. - Pour être membre titulaire, il faut avoir été au moins pendant un an associé libre, avoir assisté à plus de la moitié des séances, et avoir donné, pendant ce temps, des preuves notoires de ses connaissances et de ses convictions en fait de spiritisme, de son adhésion aux principes de la Société, et de sa volonté d'agir en toutes circonstances, à l'égard de ses collègues, selon les principes de la charité et de la morale spirite.

Les associés libres qui auront assisté régulièrement pendant six mois aux séances de la Société pourront être admis comme membres titulaires si, du reste, ils remplissent les autres conditions.

L'admission est proposée d'office par le comité, avec l'assentiment de l'associé, si elle est en outre appuyée par trois autres membres titulaires. Elle est ensuite prononcée, s'il y a lieu, par la Société, au scrutin secret, après un rapport verbal du comité.

Les membres titulaires ont seuls voix délibérative, et jouissent seuls de la faculté accordée par l'article 25.

ART. 6. - La Société limitera, si elle le juge à propos, le nombre des associés libres et des membres titulaires.

ART. 7. - Les membres correspondants sont ceux qui, ne résidant point à Paris, sont en rapport avec la Société, et lui fournissent des documents utiles pour ses études. Ils peuvent être nommés sur la présentation d'un seul membre titulaire.

 

CHAPITRE II. - Administration

ART. 8. - La Société est administrée par un Président-directeur, assisté des membres du bureau et d'un comité.

ART. 9. - Le bureau se compose de :

1 Président. - 1 Vice-président. - 1 Secrétaire principal. 2 Secrétaires adjoints. - 1 Trésorier.

Il pourra en outre être nommé un ou plusieurs Présidents honoraires.

A défaut du Président et du Vice-président, les séances pourront être présidées par l'un des membres du comité.

ART. 10. - Le Président-directeur doit tous ses soins aux intérêts de la Société et de la science spirite. Il a la direction générale et la haute surveillance de l'administration, ainsi que la conservation des archives.

Le Président est nommé pour trois ans, et les autres membres du bureau pour un an, et indéfiniment rééligibles.

ART. 11. - Le comité est composé des membres du bureau et de cinq autres membres titulaires choisis de préférence parmi ceux qui auront apporté un concours actif dans les travaux de la Société, rendu des services à la cause du spiritisme, ou donné des gages de leur esprit bienveillant et conciliant. Ces cinq membres sont, comme les membres du bureau, nommés pour un an et rééligibles.

Le comité est présidé de droit par le Président-directeur, ou à son défaut, par le Vice-président ou celui de ses membres qui sera désigné à cet effet.

Le comité est chargé de l'examen préalable de toutes les questions et propositions administratives et autres à soumettre à la Société ; il contrôle les recettes et les dépenses de la Société et les comptes du Trésorier ; il autorise les dépenses courantes, et arrête toutes les mesures d'ordre qui seront jugées nécessaires.

Il examine en outre les travaux et sujets d'étude proposés par les différents membres, en prépare lui-même de son côté, et fixe l'ordre des séances, de concert avec le Président.

Le Président peut toujours s'opposer à ce que certains sujets soient traités et mis à l'ordre du jour, sauf à lui à en référer à la Société, qui décidera.

Le comité se réunit régulièrement avant l'ouverture des séances pour l'examen des choses courantes, et en outre à tout autre moment qu'il jugera convenable.

Les membres du bureau et du comité qui auront été absents pendant trois mois consécutifs sans en avoir donné avis, sont censés avoir résigné leurs fonctions, et il sera pourvu à leur remplacement.

ART. 12. - Les décisions, soit de la Société, soit du comité, sont prises à la majorité absolue des membres présents ; en cas de partage, la voix du Président est prépondérante.

Le comité peut délibérer lorsque quatre de ses membres sont présents.

Le scrutin secret est de droit s'il est réclamé par cinq membres.

ART. 13. - Tous les trois mois, six membres, choisis parmi les titulaires ou les associés libres, sont désignés pour remplir les fonctions de commissaires.

Les commissaires sont chargés de veiller à l'ordre et à la bonne tenue des séances, et de vérifier le droit d'entrée de toute personne étrangère qui se présente pour y assister.

A cet effet, les membres désignés s'entendront pour que l'un d'eux soit présent à l'ouverture des séances.

ART. 14. - L'année sociale commence le 1 avril.

Les nominations du bureau et du comité se feront dans la première séance du mois de mai. Les membres en exercice continueront leurs fonctions jusqu'à cette époque.

ART. 15. - Pour subvenir aux dépenses de la Société, il est payé une cotisation annuelle de 24 francs pour les titulaires, et de 20 francs pour les associés libres.

Les membres titulaires, lors de leur réception, acquittent en outre un droit d'entrée de 10 francs une fois payé.

La cotisation se paye intégralement pour l'année courante.

Les membres admis dans le courant de l'année n'auront à payer, pour cette première année, que les trimestres à échoir, y compris celui de leur admission.

Lorsque le mari et la femme sont reçus associés libres, ou titulaires, il n'est exigé qu'une cotisation et demie pour les deux.

Tous les six mois, le 1 avril et le 1 octobre, le Trésorier rend compte au comité de l'emploi et de la situation des fonds.

Les dépenses courantes en loyers et autres frais obligatoires étant acquittées, s'il y a un excédent, la Société en déterminera l'emploi.

ART. 16. - Il est remis à tous les membres reçus, associés libres ou titulaires, une carte d'admission constatant leur titre. Cette carte est déposée chez le Trésorier, où le nouveau membre peut la retirer en acquittant sa cotisation et le droit d'entrée. Le nouveau membre ne peut assister aux séances qu'après avoir retiré sa carte. A défaut par lui de l'avoir retirée un mois après sa nomination, il est censé démissionnaire.

Sera également réputé démissionnaire tout membre qui n'aurait pas acquitté sa cotisation annuelle dans le premier mois du renouvellement de l'année sociale, après un avis du Trésorier demeuré sans effet.

 

CHAPITRE III. - Des séances

ART. 17 - Les séances de la Société ont lieu tous les vendredis à huit heures du soir, sauf modification, s'il y a lieu.

Les séances sont particulières ou générales ; elles ne sont jamais publiques.

Toute personne faisant partie de la Société à un titre quelconque doit, à chaque séance, apposer son nom sur une liste de présence.

ART. 18. - Le silence et le recueillement sont rigoureusement exigés pendant les séances, et principalement pendant les études. Nul ne peut prendre la parole sans l'avoir obtenue du Président.

Toutes les questions adressées aux Esprits doivent l'être par l'intermédiaire du Président, qui peut refuser de les poser, selon les circonstances.

Sont notamment interdites toutes les questions futiles, d'intérêt personnel, de pure curiosité, ou faites en vue de soumettre les Esprits à des épreuves, ainsi que toutes celles qui n'ont pas un but d'utilité générale au point de vue des études.

Sont également interdites toutes les discussions qui détourneraient de l'objet spécial dont on s'occupe.

ART. 19. - Tout membre a le droit de demander le rappel à l'ordre contre quiconque s'écarterait des convenances dans la discussion, ou troublerait les séances d'une manière quelconque. Le rappel est immédiatement mis aux voix ; s'il est adopté, il est inscrit au procès-verbal.

Trois rappels à l'ordre dans l'espace d'une année entraînent de droit la radiation du membre qui les aura encourus, quel que soit son titre.

ART. 20. - Aucune communication spirite obtenue en dehors de la Société ne peut être lue avant d'avoir été soumise, soit au Président, soit au comité, qui peuvent en admettre ou en refuser la lecture.

Une copie de toute communication étrangère dont la lecture aura été autorisée doit rester déposée aux archives.

Toutes les communications obtenues pendant les séances appartiennent à la Société ; les médiums qui les ont écrites peuvent en prendre copie.

ART. 21. - Les séances particulières sont réservées aux membres de la société ; elles ont lieu le 1°, le 3° et, s'il y a lieu, le 5° vendredi de chaque mois.

La société réserve pour les séances particulières toutes les questions concernant ses affaires administratives, ainsi que les sujets d'étude qui réclament le plus de tranquillité et de concentration, ou qu'elle juge à propos d'approfondir avant de les produire devant des personnes étrangères.

Ont droit d'assister aux séances particulières, outre les membres titulaires et les associés libres, les membres correspondants temporairement à Paris, et les médiums qui prêtent leur concours à la Société.

Aucune personne étrangère à la Société n'est admise aux séances particulières, sauf les cas exceptionnels et avec l'assentiment préalable du Président.

ART. 22. - Les séances générales ont lieu le 2° et le 4° vendredi de chaque mois.

Dans les séances générales, la Société autorise l'admission d'auditeurs étrangers qui peuvent y assister temporairement sans en faire partie. Elle peut retirer cette autorisation quand elle le jugera à propos.

Nul ne peut assister aux séances comme auditeur sans être présenté au Président par un membre de la Société, qui se rend garant de son attention à ne causer ni trouble ni interruption.

La Société n'admet, comme auditeurs, que les personnes aspirant à devenir membres, ou qui sont sympathiques à ses travaux, et déjà suffisamment initiées à la science spirite pour les comprendre. L'admission doit être refusée d'une manière absolue à quiconque n'y serait attiré que par un motif de curiosité, ou dont les opinions seraient hostiles.

La parole est interdite aux auditeurs, sauf les cas exceptionnels appréciés par le Président. Celui qui troublerait l'ordre d'une manière quelconque, ou manifesterait de la malveillance pour les travaux de la Société, pourrait être invité à se retirer, et, dans tous les cas, mention en sera faite sur la liste d'admission, et l'entrée lui serait interdite à l'avenir.

Le nombre des auditeurs devant être limité sur celui des places disponibles, ceux qui pourront assister aux séances devront être inscrits d'avance sur un registre destiné à cet effet, avec mention de leur adresse et de la personne qui les recommande. En conséquence, toute demande d'entrée devra être adressée plusieurs jours avant la séance au Président, qui seul délivre les lettres d'introduction jusqu'à la clôture de la liste.

Les lettres d'introduction ne peuvent servir que pour le jour indiqué et pour les personnes désignées.

L'entrée ne peut être accordée au même auditeur pour plus de deux séances, sauf l'autorisation du Président, et pour des cas exceptionnels. Le même membre ne peut présenter plus de deux personnes à la fois. Les entrées données par le Président ne sont pas limitées.

Les auditeurs ne sont plus admis après l'ouverture de la séance.

 

CHAPITRE IV. - Dispositions diverses

ART. 23. - Tous les membres de la Société lui doivent leur concours. En conséquence, ils sont invités à recueillir, dans leur cercle respectif d'observations, les faits anciens ou récents qui peuvent avoir trait au spiritisme, et à les signaler. Ils voudront bien en même temps s'enquérir, autant qu'il sera en leur pouvoir, de la notoriété des dits faits.

Ils sont également invités à lui signaler toutes les publications qui peuvent avoir un rapport plus ou moins direct avec l'objet de ses travaux.

ART. 24. - La Société fait un examen critique des divers ouvrages publiés sur le spiritisme, lorsqu'elle le juge à propos. A cet effet, elle charge un de ses membres, associé libre ou titulaire, de lui faire un compte rendu qui sera imprimé, s'il y a lieu, dans la Revue spirite.

ART. 25. - La Société créera une bibliothèque spéciale composée des ouvrages qui lui seront offerts, et de ceux dont elle fera l'acquisition.

Les membres titulaires pourront venir au siège de la Société consulter soit la bibliothèque, soit les archives, aux jours et heures qui seront fixés à cet effet.

ART. 26. - La Société considérant que sa responsabilité peut se trouver moralement engagée par les publications particulières de ses membres, nul ne peut prendre, dans un écrit quelconque, le titre de membre de la Société sans y être autorisé par elle, et sans qu'au préalable elle ait pris connaissance du manuscrit. Le comité sera chargé de lui faire un rapport à ce sujet. Si la Société juge l'écrit incompatible avec ses principes, l'auteur, après avoir été entendu, sera invité, soit à le modifier, soit à renoncer à sa publication, soit enfin à ne point se faire connaître comme membre de la Société. Faute par lui de se soumettre à la décision qui sera prise, sa radiation pourra être prononcée.

Tout écrit publié par un membre de la Société sous le voile de l'anonyme, et sans aucune mention qui puisse le faire connaître comme tel, rentre dans la catégorie des publications ordinaires dont la Société se réserve l'appréciation. Toutefois, sans vouloir entraver la libre émission des opinions personnelles, la Société invite ceux de ses membres qui seraient dans l'intention de faire des publications de ce genre à réclamer au préalable son avis officieux, dans l'intérêt de la science.

ART. 27. - La Société, voulant maintenir dans son sein l'unité de principes et l'esprit d'une bienveillance réciproque, pourra prononcer la radiation de tout membre qui serait une cause de trouble, ou se mettrait en hostilité ouverte avec elle par des écrits compromettants pour la doctrine, par des opinions subversives, ou par une manière d'agir qu'elle ne saurait approuver. La radiation ne sera toutefois prononcée qu'après avis officieux préalable demeuré sans effet, et après avoir entendu le membre inculpé, s'il juge à propos de s'expliquer. La décision sera prise au scrutin secret et à la majorité des trois quarts des membres présents.

ART. 28. - Tout membre qui se retire volontairement dans le courant de l'année ne peut réclamer la différence des cotisations versées par lui ; cette différence sera remboursée en cas de radiation prononcée par la Société.

ART. 29. - Le présent règlement pourra être modifié, s'il y a lieu. Les propositions de modifications ne pourront être faites à la Société que par l'organe de son Président, auquel elles devront être transmises, et dans le cas où elles auraient été admises par le comité.

La Société peut, sans modifier son règlement dans les points essentiels, adopter toutes les mesures complémentaires qu'elle jugera utiles.

CHAPITRE XXXI
DISSERTATIONS SPIRITES

Nous avons réuni dans ce chapitre quelques dictées spontanées pouvant compléter et confirmer les principes contenus dans cet ouvrage. Nous aurions pu en citer un beaucoup plus grand nombre, mais nous nous bornons à celles qui ont plus particulièrement rapport à l'avenir du spiritisme, aux médiums et aux réunions. Nous les donnons à la fois comme instruction, et comme types du genre des communications vraiment sérieuses. Nous terminons par quelques communications apocryphes suivies des remarques propres à les faire reconnaître.

 

Sur le spiritisme

I

Ayez confiance dans la bonté de Dieu, et soyez assez clairvoyants pour comprendre les préparatifs de la nouvelle vie qu'il vous destine. Il ne vous sera pas donné, il est vrai, d'en jouir dans cette existence ; mais ne serez-vous pas heureux, si vous ne revivez pas sur ce globe, de considérer d'en haut l'oeuvre que vous aurez commencée et qui se développera sous vos yeux. Soyez cuirassés par une foi ferme et sans hésitation contre les obstacles qui semblent devoir s'élever contre l'édifice dont vous posez les fondements. Les bases sur lesquelles il s'appuie sont solides : le Christ en a posé la première pierre. Courage, donc, architectes du divin maître ! Travaillez, bâtissez, Dieu couronnera votre oeuvre. Mais songez bien que le Christ renie pour ses disciples quiconque n'a la charité que sur les lèvres ; il ne suffit pas de croire, il faut surtout donner l'exemple de la bonté, de la bienveillance et du désintéressement, sans cela votre foi sera stérile pour vous.

SAINT AUGUSTIN.

II

Le Christ lui-même préside les travaux de toute nature qui sont en voie d'accomplissement pour vous ouvrir l'ère de rénovation et de perfectionnement que vous prédisent vos guides spirituels. Si, en effet, vous jetez les yeux, en dehors des manifestations spirites, sur les événements contemporains, vous reconnaîtrez, sans aucune hésitation, les signes avant-coureurs qui vous prouveront d'une manière irréfragable que les temps prédits sont arrivés. Les communications s'établissent entre tous les peuples ; les barrières matérielles renversées, les obstacles moraux qui s'opposent à leur union, les préjugés politiques et religieux, s'effaceront rapidement, et le règne de la fraternité s'établira enfin d'une manière solide et durable. Observez dès aujourd'hui les souverains eux-mêmes, poussés par une main invisible, prendre, chose inouïe pour vous, l'initiative des réformes ; et les réformes qui partent d'en haut et spontanément sont bien plus rapides et plus durables que celles qui partent d'en bas, et sont arrachées par force. J'avais, malgré des préjugés d'enfance et d'éducation, malgré le culte du souvenir, pressenti l'époque actuelle ; j'en suis heureux, et suis plus heureux encore de venir vous dire : Frères, courage ! travaillez pour vous et pour l'avenir des vôtres ; travaillez surtout à votre amélioration personnelle, et vous jouirez dans votre première existence d'un bonheur dont il vous est aussi difficile de vous faire une idée, qu'à moi de vous le faire comprendre.

CHATEAUBRIAND.

III

Je pense que le spiritisme est une étude toute philosophique des causes secrètes, des mouvements intérieurs de l'âme peu ou point définis jusqu'ici. Il explique, plus encore qu'il ne découvre des horizons nouveaux. La réincarnation et les épreuves subies avant d'arriver au but suprême ne sont pas des révélations, mais une confirmation importante. Je suis frappé des vérités que ce moyen met en lumière. Je dis moyen avec intention, car, à mon sens, le spiritisme est un levier qui écarte les barrières de l'aveuglement. La préoccupation des questions morales est tout entière à créer ; on discute la politique qui remue les intérêts généraux, on discute les intérêts privés, on se passionne pour l'attaque ou la défense des personnalités ; les systèmes ont leurs partisans et leurs détracteurs ; mais les vérités morales, celle qui sont le pain de l'âme, le pain de vie, sont laissées dans la poussière accumulée par les siècles. Tous les perfectionnements sont utiles aux yeux de la foule, sauf celui de l'âme ; son éducation, son élévation sont des chimères bonnes tout au plus pour occuper les loisirs des prêtres, des poètes, des femmes, soit à l'état de mode, soit à l'état d'enseignement.

Si le spiritisme ressuscite le spiritualisme, il rendra à la société l'élan qui donne aux uns la dignité intérieure, aux autres la résignation, à tous le besoin de s'élever vers l'Etre suprême oublié et méconnu par ses ingrates créatures.

J.-J. ROUSSEAU.

IV

Si Dieu envoie des Esprits pour instruire les hommes, c'est afin de les éclairer sur leurs devoirs, de leur montrer la route qui peut abréger leurs épreuves, et par là de hâter leur avancement ; or, de même que le fruit arrive à maturité, l'homme aussi arrivera à la perfection. Mais à côté des bons Esprits qui veulent votre bien, il y a aussi les Esprits imparfaits qui veulent votre mal ; tandis que les uns vous poussent en avant, d'autres vous tirent en arrière ; c'est à les distinguer que vous devez apporter toute votre attention ; le moyen est facile : tâchez seulement de comprendre que rien de ce qui vient d'un bon Esprit ne peut nuire à qui que ce soit, et que tout ce qui est mal ne peut venir que d'un mauvais Esprit. Si vous n'écoutez pas les sages avis des Esprits qui vous veulent du bien, si vous vous blessez des vérités qu'ils peuvent vous dire, il est évident que ce sont de mauvais Esprits qui vous conseillent ; l'orgueil seul peut vous empêcher de vous voir tels que vous êtes ; mais si vous ne le voyez pas vous-mêmes, d'autres le voient pour vous ; de sorte que vous êtes blâmés, et par les hommes qui rient de vous en arrière, et par les Esprits.

UN ESPRIT FAMILIER.

V

Votre doctrine est belle et sainte ; le premier jalon est planté et solidement planté. Maintenant vous n'avez plus qu'à marcher ; la voie qui vous est ouverte est grande et majestueuse. Bienheureux est celui qui arrivera au port, plus il aura fait de prosélytes et plus il lui sera compté. Mais pour cela il ne faut pas embrasser la doctrine froidement ; il faut y mettre de l'ardeur, et cette ardeur sera doublée, car Dieu est toujours avec vous quand vous faites le bien. Tous ceux que vous amènerez seront autant de brebis rentrées au bercail ; pauvres brebis à moitié égarées ! Croyez bien que le plus sceptique, le plus athée, le plus incrédule enfin a toujours un tout petit coin dans le coeur qu'il voudrait pouvoir se cacher à lui-même. Eh bien ! c'est ce petit coin qu'il faut chercher, qu'il faut trouver ; c'est ce côté vulnérable qu'il faut attaquer ; c'est une petite brèche laissée ouverte exprès par Dieu pour faciliter à sa créature le moyen de rentrer dans son sein.

SAINT BENOIT.

VI

Ne vous effrayez pas de certains obstacles, de certaines controverses.

Ne tourmentez personne par aucune insistance ; la persuasion ne viendra aux incrédules que par votre désintéressement, que par votre tolérance et votre charité pour tous sans exception.

Gardez-vous surtout de violenter l'opinion, même par vos paroles ou par des démonstrations publiques. Plus vous serez modestes, plus vous arriverez à vous faire apprécier. Qu'aucun mobile personnel ne vous fasse agir, et vous trouverez dans vos consciences une force attractive que le bien seul procure.

Les Esprits, par ordre de Dieu, travaillent pour le progrès de tous sans exception ; vous, spirites, faites de même.

SAINT LOUIS.

VII

Quelle est l'institution humaine, même divine, qui n'a eu des obstacles à surmonter, des schismes contre lesquels il lui a fallu lutter ? Si vous n'aviez qu'une existence triste et mourante, on ne s'attaquerait point à vous, sachant bien que vous devez succomber d'un moment à l'autre ; mais comme votre vitalité est forte et active, comme l'arbre spirite a de fortes racines, on suppose qu'il peut vivre longtemps, et on essaie de la cognée contre lui. Que feront ces envieux ? Ils abattront tout au plus quelques branches qui repousseront avec une nouvelle sève et seront plus fortes que jamais.

CHANNING.

VIII

Je vais vous parler sur la fermeté que vous devez avoir dans vos travaux spirites. Une citation sur ce sujet vous a été faite ; je vous conseille de l'étudier de coeur, et de vous en appliquer l'esprit ; car de même que saint Paul vous serez persécutés, non pas en chair et en os, mais en esprit ; les incrédules, les pharisiens de l'époque, vous blâmeront, vous bafoueront ; mais ne craignez rien, ce sera une épreuve qui vous fortifiera si vous savez la rapporter à Dieu, et plus tard vous verrez vos efforts couronnés de succès ; ce sera un grand triomphe pour vous au jour de l'éternité, sans oublier que, dans ce monde, c'est déjà une consolation pour les personnes qui ont perdu des parents et des amis ; savoir qu'ils sont heureux, qu'on peut communiquer avec eux, est un bonheur. Marchez donc en avant ; accomplissez la mission que Dieu vous donne, et elle vous sera comptée au jour où vous paraîtrez devant le Tout-Puissant.

CHANNING.

IX

Je viens, moi, ton Sauveur et ton juge ; je viens, comme autrefois, parmi les fils égarés d'Israël ; je viens apporter la vérité et dissiper les ténèbres. Ecoutez-moi. Le spiritisme, comme autrefois ma parole, doit rappeler aux matérialistes qu'au-dessus d'eux règne l'immuable vérité : Dieu bon, le Dieu grand qui fait germer la plante et qui soulève les flots. J'ai révélé la doctrine divine ; j'ai comme un moissonneur, lié en gerbes le bien épars dans l'humanité, et j'ai dit : Venez à moi, vous tous qui souffrez !

Mais les hommes ingrats se sont détournés de la voie droite et large qui conduit au royaume de mon Père, et ils se sont égarés dans les âpres sentiers de l'impiété. Mon Père ne veut pas anéantir la race humaine ; il veut, non plus par des prophètes, non plus par des apôtres, il veut que vous aidant les uns les autres, morts et vivants, c'est-à-dire morts selon la chair, car la mort n'existe pas, vous vous secouriez, et que la voix de ceux qui ne sont plus se fasse entendre pour vous crier : Priez et croyez ! car la mort est la résurrection, et la vie, l'épreuve choisie pendant laquelle vos vertus cultivées doivent grandir et se développer comme le cèdre.

Croyez aux voix qui vous répondent : ce sont les âmes elles-mêmes de ceux que vous évoquez. Je ne me communique que rarement ; mes amis, ceux qui ont assisté à ma vie et à ma mort sont les interprètes divins des volontés de mon Père.

Hommes faibles qui croyez à l'erreur de vos obscures intelligences, n'éteignez pas le flambeau que la clémence divine place entre vos mains pour éclairer votre route et vous ramener, enfants perdus, dans le giron de votre Père.

Je vous le dis, en vérité, croyez à la diversité, à la multiplicité des Esprits qui vous entourent. Je suis trop touché de compassion pour vos misères, pour votre immense faiblesse, pour ne pas tendre une main secourable aux malheureux égarés qui, voyant le ciel, tombent dans l'abîme de l'erreur. Croyez, aimez, comprenez les vérités qui vous sont révélées ; ne mêlez pas l'ivraie au bon grain, les systèmes aux vérités.

Spirites ! aimez-vous, voilà le premier enseignement ; instruisez-vous, voilà le second. Toutes vérités se trouvent dans le christianisme ; les erreurs qui y ont pris racine sont d'origine humaine ; et voilà qu'au-delà du tombeau que vous croyiez le néant, des voix vous crient : Frères ! rien ne périt ; Jésus-Christ est le vainqueur du mal, soyez les vainqueurs de l'impiété.

 

Remarque. Cette communication, obtenue par un des meilleurs médiums de la Société spirite de Paris, est signée d'un nom que le respect ne nous permet de reproduire que sous toutes réserves, tant serait grande l'insigne faveur de son authenticité, et parce qu'il en a été trop souvent abusé dans des communications évidemment apocryphes ; ce nom est celui de Jésus de Nazareth. Nous ne doutons nullement qu'il ne puisse se manifester ; mais si les Esprits vraiment supérieurs ne le font que dans des circonstances exceptionnelles, la raison nous défend de croire que l'Esprit pur par excellence réponde à l'appel du premier venu ; il y aurait, dans tous les cas, profanation à lui attribuer un langage indigne de lui.

C'est par ces considérations que nous nous sommes toujours abstenus de rien publier qui portât ce nom ; et nous croyons qu'on ne saurait être trop circonspect dans les publications de ce genre, qui n'ont d'authenticité que pour l'amour-propre, et dont le moindre inconvénient est de fournir des armes aux adversaires du spiritisme.

Comme nous l'avons dit, plus les Esprits sont élevés dans la hiérarchie, plus leur nom doit être accueilli avec défiance ; il faudrait être doué d'une bien grande dose d'orgueil pour se flatter d'avoir le privilège de leurs communications, et se croire digne de converser avec eux comme avec ses égaux. Dans la communication ci-dessus, nous ne constatons qu'une chose, c'est la supériorité incontestable du langage et des pensées, laissant à chacun le soin de juger si celui dont elle porte le nom ne la désavouerait pas.

 

Sur les médiums

X

Tous les hommes sont médiums ; tous ont un Esprit qui les dirige vers le bien, quand ils savent l'écouter. Maintenant, que quelques-uns communiquent directement avec lui par une médiumnité particulière, que d'autres ne l'entendent que par la voix du coeur et de l'intelligence, peu importe, ce n'est pas moins leur Esprit familier qui les conseille. Appelez-le esprit, raison, intelligence, c'est toujours une voix qui répond à votre âme et vous dicte de bonnes paroles ; seulement vous ne les comprenez pas toujours. Tous ne savent pas agir d'après les conseils de la raison, non de cette raison qui se traîne et rampe plutôt qu'elle ne marche, cette raison qui se perd au milieu des intérêts matériels et grossiers, mais cette raison qui élève l'homme au-dessus de lui-même, qui le transporte vers des régions inconnues ; flamme sacrée qui inspire l'artiste et le poète, pensée divine qui élève le philosophe, élan qui entraîne les individus et les peuples, raison que le vulgaire ne peut comprendre, mais qui élève l'homme et le rapproche de Dieu, plus qu'aucune autre créature, entendement qui sait le conduire du connu à l'inconnu, et lui fait exécuter les choses les plus sublimes. Ecoutez donc cette voix intérieure, ce bon génie qui vous parle sans cesse, et vous arriverez progressivement à entendre votre ange gardien qui vous tend la main du haut du ciel ; je le répète, la voix intime qui parle au coeur est celle des bons Esprits, et c'est à ce point de vue que tous les hommes sont médiums.

CHANNING.

XI

Le don de médiumnité est aussi ancien que le monde ; les prophètes étaient des médiums ; les mystères d'Eleusis étaient fondés sur la médiumnité ; les Chaldéens, les Assyriens avaient des médiums ; Socrate était dirigé par un Esprit qui lui inspirait les admirables principes de sa philosophie ; il entendait sa voix. Tous les peuples ont eu leurs médiums, et les inspirations de Jeanne d'Arc n'étaient autres que les voix d'Esprits bienfaisants qui la dirigeaient. Ce don qui se répand maintenant était devenu plus rare dans les siècles moyens, mais il n'a jamais cessé. Swedenborg et ses adeptes ont eu une nombreuse école. La France des siècles derniers, moqueuse, et occupée d'une philosophie qui, en voulant détruire les abus de l'intolérance religieuse, éteignait sous le ridicule tout ce qui était idéal, la France devait éloigner le spiritisme qui ne cessait de progresser dans le Nord. Dieu avait permis cette lutte des idées positives contre les idées spiritualistes, parce que le fanatisme s'était fait une arme de ces dernières ; maintenant que les progrès de l'industrie et des sciences ont développé l'art de bien vivre à un tel point que les tendances matérielles sont devenues dominantes, Dieu veut que les Esprits soient ramenés aux intérêts de l'âme ; il veut que le perfectionnement de l'homme moral devienne ce qu'il doit être, c'est-à-dire la fin et le but de la vie. L'Esprit humain suit une marche nécessaire, image de la gradation subie par tout ce qui peuple l'univers visible et invisible ; tout progrès arrive à son heure : celle de l'élévation morale est venue pour l'humanité ; elle n'aura pas encore son accomplissement de vos jours ; mais remerciez le Seigneur d'assister à l'aurore bénie.

PIERRE JOUTY (père du médium).

XII

Dieu m'a chargé d'une mission à remplir envers les croyants qu'il favorise du médiumat. Plus ils reçoivent de grâces du Très-Haut, plus ils courent de dangers, et ces dangers sont d'autant plus grands qu'ils prennent naissance dans les faveurs mêmes que Dieu leur accorde. Les facultés dont jouissent les médiums leur attirent les éloges des hommes ; les félicitations, les adulations : voilà leur écueil. Ces mêmes médiums qui devraient toujours avoir présente à la mémoire leur incapacité primitive l'oublient ; ils font plus : ce qu'ils ne doivent qu'à Dieu, ils l'attribuent à leur propre mérite. Qu'arrive-t-il alors ? Les bons Esprits les abandonnent ; ils deviennent le jouet des mauvais, et n'ont plus de boussole pour se guider ; plus ils deviennent capables, plus ils sont poussés à s'attribuer un mérite qui ne leur appartient pas, jusqu'à ce qu'enfin Dieu les punisse en leur retirant une faculté qui ne peut plus que leur être fatale.

Je ne saurais trop vous rappeler de vous recommander à votre ange gardien, pour qu'il vous aide à être toujours en garde contre votre plus cruel ennemi qui est l'orgueil. Rappelez-vous bien, vous qui avez le bonheur d'être les interprètes entre les Esprits et les hommes, que, sans l'appui de notre divin maître, vous serez punis plus sévèrement, parce que vous aurez été plus favorisés.

J'espère que cette communication portera ses fruits, et je désire qu'elle puisse aider les médiums à se tenir en garde contre l'écueil où ils viendraient se briser ; cet écueil, je vous l'ai dit, c'est l'orgueil.

JEANNE D'ARC.

XIII

Lorsque vous voudrez recevoir des communications de bons Esprits, il importe de vous préparer à cette faveur par le recueillement, par de saines intentions et par le désir de faire le bien en vue du progrès général ; car souvenez-vous que l'égoïsme est une cause du retard à tout avancement. Souvenez-vous que si Dieu permet à quelques-uns d'entre vous de recevoir le souffle de certains de ses enfants qui, par leur conduite, ont su mériter le bonheur de comprendre sa bonté infinie, c'est qu'il veut bien, à notre sollicitation, et en vue de vos bonnes intentions, vous donner les moyens d'avancer dans sa voie ; ainsi donc, médiums ! mettez à profit cette faculté que Dieu veut bien vous accorder. Ayez la foi dans la mansuétude de notre maître ; ayez la charité toujours en pratique ; ne vous lassez jamais d'exercer cette sublime vertu ainsi que la tolérance. Que toujours vos actions soient en harmonie avec votre conscience, c'est un moyen certain de centupler votre bonheur dans cette vie passagère, et de vous préparer une existence mille fois plus douce encore.

Que le médium d'entre vous qui ne se sentirait pas la force de persévérer dans l'enseignement spirite s'abstienne ; car ne mettant pas à profit la lumière qui l'éclaire, il sera moins excusable qu'un autre, et il devra expier son aveuglement.

PASCAL.

XIV

Je vous parlerai aujourd'hui du désintéressement qui doit être une des qualités essentielles chez les médiums, aussi bien que la modestie et le dévouement. Dieu leur a donné cette faculté afin qu'ils aident à propager la vérité, mais non pour en faire un trafic ; et par là je n'entends pas seulement ceux qui voudraient l'exploiter comme ils le feraient d'un talent ordinaire, qui se mettraient médiums comme on se met danseur ou chanteur, mais tous ceux qui prétendraient s'en servir dans des vues intéressées quelconques. Est-il rationnel de croire que de bons Esprits, et encore moins des Esprits supérieurs qui condamnent la cupidité, consentent à se donner en spectacle, et, comme des comparses, se mettent à la disposition d'un entrepreneur de manifestations spirites ? Il ne l'est pas davantage de supposer que de bons Esprits peuvent favoriser des vues d'orgueil et d'ambition. Dieu leur permet de se communiquer aux hommes pour les tirer du bourbier terrestre, et non pour servir d'instruments aux passions mondaines. Il ne peut donc voir avec plaisir ceux qui détournent de son véritable but le don qu'il leur a fait, et je vous assure qu'ils en seront punis, même ici-bas, par les plus amères déceptions.

DELPHINE DE GIRARDIN.

XV

Tous les médiums sont incontestablement appelés à servir la cause du spiritisme dans la mesure de leur faculté, mais il y en a bien peu qui ne se laissent prendre au trébuchet de l'amour-propre ; c'est une pierre de touche qui manque rarement son effet ; aussi, sur cent médiums, à peine en trouverez-vous un, si infime soit-il, qui ne se soit cru, dans les premiers temps de sa médiumnité, appelé à obtenir des résultats supérieurs et prédestiné à de grandes missions. Ceux qui succombent à cette vaniteuse espérance, et le nombre en est grand, deviennent la proie inévitable d'Esprits obsesseurs, qui ne tardent pas à les subjuguer en flattant leur orgueil et en les prenant par leur faible ; plus ils ont voulu s'élever, plus leur chute est ridicule, quand elle n'est pas désastreuse pour eux. Les grandes missions ne sont confiées qu'aux hommes d'élite, et Dieu les place lui-même, et sans qu'ils le cherchent, dans le milieu et dans la position où leurs concours pourra être efficace. Je ne puis trop recommander aux médiums inexpérimentés de se méfier de ce que certains Esprits pourront leur dire, touchant le prétendu rôle qu'ils sont appelés à jouer ; car, s'ils le prennent au sérieux, ils n'en recueilleront que du désappointement en ce monde, et un sévère châtiment dans l'autre. Qu'ils se persuadent bien que, dans la sphère modeste et obscure où ils sont placés, ils peuvent rendre de grands services, en aidant à la conversion des incrédules, ou en donnant des consolations aux affligés ; s'ils doivent en sortir, ils seront conduits par une main invisible qui préparera les voies, et mis en évidence pour ainsi dire malgré eux. Qu'ils se souviennent de cette parole : «Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.»

L'ESPRIT DE VERITE.

 

Sur les réunions spirites

Nota. Dans le nombre des communications suivantes quelques-unes ont été données dans la Société parisienne des études spirites ou à son intention ; d'autres, qui nous ont été transmises par divers médiums, contiennent des conseils généraux sur les réunions, leurs formations et les écueils qu'elles peuvent rencontrer.

XVI

Pourquoi ne commencez-vous pas vos séances par une invocation générale, une sorte de prière qui disposerait au recueillement ? car, sachez-le bien, sans le recueillement vous n'aurez que des communications légères ; les bons Esprits ne vont que là où on les appelle avec ferveur et sincérité. Voilà ce qu'on ne comprend pas assez ; c'est donc à vous à donner l'exemple ; à vous qui, si vous le voulez, pouvez devenir une des colonnes de l'édifice nouveau. Nous voyons vos travaux avec plaisir, et nous vous aidons, mais c'est à la condition que vous nous seconderez de votre côté, et que vous vous montrerez à la hauteur de la mission que vous êtes appelés à remplir. Formez donc un faisceau, et vous serez forts, et les mauvais Esprits ne prévaudront pas contre vous. Dieu aime les simples d'esprit, ce qui ne veut pas dire les niais, mais ceux qui font abnégation d'eux-mêmes et qui viennent à lui sans orgueil. Vous pouvez devenir un foyer de lumière pour l'humanité ; sachez donc distinguer le bon grain de l'ivraie ; ne semez que le bon grain, et gardez-vous de répandre de l'ivraie, car l'ivraie empêchera le bon grain de pousser, et vous seriez responsables de tout le mal qu'elle aura fait ; de même vous seriez responsables des mauvaises doctrines que vous pourriez propager. Souvenez-vous qu'un jour le monde peut avoir l'oeil sur vous ; faites donc que rien ne ternisse l'éclat des bonnes choses qui sortiront de votre sein ; c'est pourquoi nous vous recommandons de prier Dieu de vous assister.

SAINT AUGUSTIN.

Saint Augustin, prié de vouloir bien dicter une formule d'invocation générale, répondit :

Vous savez qu'il n'y a pas de formule absolue : Dieu est trop grand pour attacher plus d'importance aux mots qu'à la pensée. Or, ne croyez pas qu'il suffise de prononcer quelques paroles pour écarter les mauvais Esprits ; gardez-vous surtout d'en faire une de ces formules banales que l'on récite pour l'acquit de sa conscience ; son efficacité est dans la sincérité du sentiment qui la dicte ; elle est surtout dans l'unanimité de l'intention, car aucun de ceux qui ne s'y associeraient pas de coeur ne saurait en bénéficier, ni en faire bénéficier les autres. Rédigez-la donc vous-même, et soumettez-la-moi si vous voulez ; je vous aiderai.

Nota. La formule suivante d'invocation générale a été rédigée avec le concours de l'Esprit qui l'a complétée en plusieurs points.

«Nous prions Dieu Tout-Puissant de nous envoyer de bons Esprits pour nous assister, et d'éloigner ceux qui pourraient nous induire en erreur ; donnez-nous la lumière nécessaire pour distinguer la vérité de l'imposture.

Ecartez aussi les Esprits malveillants qui pourraient jeter la désunion parmi nous en suscitant l'envie, l'orgueil et la jalousie. Si quelques-uns tentaient de s'introduire ici, au nom de Dieu, nous les adjurons de se retirer.

Bons Esprits qui présidez à nos travaux, daignez venir nous instruire, et rendez-nous dociles à vos conseils. Faites que tout sentiment personnel s'efface en nous devant la pensée du bien général.

Nous prions notamment ..., notre protecteur spécial, de vouloir bien nous donner son concours aujourd'hui.»

XVII

Mes amis, laissez-moi vous donner un conseil, car vous marchez sur un terrain nouveau, et si vous suivez la route que nous vous indiquons, vous ne vous égarerez pas. On vous a dit une chose bien vraie et que nous voulons rappeler, c'est que le spiritisme n'est qu'une morale, et qu'il ne doit pas sortir des limites de la philosophie, pas ou peu, s'il ne veut tomber dans le domaine de la curiosité. Laissez de côté les questions de sciences : la mission des Esprits n'est pas de les résoudre en vous épargnant la peine des recherches, mais de tâcher de vous rendre meilleurs, car c'est ainsi que vous avancerez réellement.

SAINT LOUIS.

XVIII

On s'est moqué des tables tournantes, on ne se moquera jamais de la philosophie, de la sagesse et de la charité qui brillent dans les communications sérieuses. Ce fut le vestibule de la science ; c'est là qu'en entrant on doit laisser ses préjugés comme on y laisse son manteau. Je ne puis trop vous engager à faire de vos réunions un centre sérieux. Qu'ailleurs on fasse des démonstrations physiques, qu'ailleurs on voie, qu'ailleurs on entende, que chez vous on comprenne et qu'on aime. Que pensez-vous être aux yeux des Esprits supérieurs quand vous avez fait tourner ou lever une table ? Des écoliers ; le savant passe-t-il son temps à repasser l'a, b, c de la science ? Tandis qu'en vous voyant rechercher les communications sérieuses, on vous considère comme des hommes sérieux, en quête de la vérité.

SAINT LOUIS.

Ayant demandé à saint Louis s'il entendait par là blâmer les manifestations physiques, il répondit :

«Je ne saurais blâmer les manifestations physiques, puisque, si elles ont lieu, c'est avec la permission de Dieu et dans un but utile ; en disant qu'elles furent le vestibule de la science, je leur assigne leur véritable rang, et j'en constate l'utilité. Je ne blâme que ceux qui en font un objet d'amusement et de curiosité, sans en tirer l'enseignement qui en est la conséquence ; elles sont à la philosophie du spiritisme ce que la grammaire est à la littérature, et celui qui est arrivé à un certain degré dans une science ne perd plus son temps à en repasser les éléments.»

XIX

Mes amis et fidèles croyants, je suis toujours heureux de pouvoir vous diriger dans la voie du bien ; c'est une douce mission que Dieu me donne et dont je suis fier, parce qu'être utile est toujours une récompense. Que l'Esprit de charité vous réunisse, tant la charité qui donne que celle qui aime. Montrez-vous patients contre les injures de vos détracteurs ; soyez fermes dans le bien, et surtout humbles devant Dieu ; ce n'est que l'humilité qui élève : c'est la seule grandeur que Dieu reconnaisse. Alors seulement les bons Esprits viendront à vous, sinon celui du mal s'emparerait de votre âme. Soyez bénis au nom du Créateur et vous grandirez aux yeux des hommes, en même temps qu'à ceux de Dieu.

SAINT LOUIS.

XX

L'union fait la force ; soyez unis pour être forts. Le spiritisme a germé, jeté des racines profondes ; il va étendre sur la terre ses rameaux bienfaisants. Il faut vous rendre invulnérables contre les trais empoisonnés de la calomnie et de la noire phalange des Esprits ignorants, égoïstes et hypocrites. Pour y arriver, qu'une indulgence et une bienveillance réciproques président à vos rapports ; que vos défauts passent inaperçus, que vos qualités seules soient remarquées ; que le flambeau de la sainte amitié réunisse, éclaire et réchauffe vos coeurs, et vous résisterez aux attaques impuissantes du mal, comme le rocher inébranlable à la vague furieuse.

SAINT VINCENT DE PAUL.

XXI

Mes amis, vous voulez former une réunion spirite, et je vous approuve, parce que les Esprits ne peuvent voir avec plaisir les médiums qui restent dans l'isolement. Dieu ne leur a pas donné cette sublime faculté pour eux seuls, mais pour le bien général. En se communiquant à d'autres, ils ont mille occasions de s'éclairer sur le mérite des communications qu'ils reçoivent, tandis que seuls ils sont bien mieux sous l'empire des Esprits menteurs, enchantés de n'avoir point de contrôle. Voilà pour vous, et si vous n'êtes pas dominés par l'orgueil, vous le comprendrez et vous en profiterez. Voici maintenant pour les autres.

Vous rendez-vous bien compte de ce que doit être une réunion spirite ? Non ; car dans votre zèle vous croyez que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de réunir le plus grand nombre de personnes, afin de les convaincre. Détrompez-vous ; moins vous serez, plus vous obtiendrez. C'est surtout par l'ascendant moral que vous exercerez que vous amènerez à vous les incrédules, bien plus que par les phénomènes que vous obtiendrez ; si vous n'attirez que par les phénomènes, on viendra vous voir par curiosité, et vous trouverez des curieux qui ne vous croiront pas et qui riront de vous ; si l'on ne trouve parmi vous que des gens dignes d'estime, on ne vous croira peut-être pas tout de suite, mais on vous respectera, et le respect inspire toujours la confiance. Vous êtes convaincus que le spiritisme doit amener une réforme morale ; que votre réunion soit donc la première à donner l'exemple des vertus chrétiennes, car dans ce temps d'égoïsme, c'est dans les sociétés spirites que la véritable charité doit trouver un refuge. Telle doit être, mes amis, une réunion de vrais spirites. Une autre fois, je vous donnerai d'autres conseils.

FENELON.

XXII

Vous m'avez demandé si la multiplicité des groupes dans une même localité ne pourrait pas engendrer des rivalités fâcheuses pour la doctrine. A cela je vous répondrai que ceux qui sont imbus des vrais principes de cette doctrine voient des frères dans tous les spirites et non des rivaux ; ceux qui verraient d'autres réunions d'un oeil jaloux prouveraient qu'il y a chez eux une arrière-pensée d'intérêt ou d'amour-propre, et qu'ils ne sont pas guidés par l'amour de la vérité. Je vous assure que si ces gens-là étaient parmi vous, ils y sèmeraient bientôt le trouble et la désunion. Le vrai spiritisme a pour devise bienveillance et charité ; il exclut toute autre rivalité que celle du bien que l'on peut faire ; tous les groupes qui l'inscriront sur leur drapeau pourront se tendre la main comme de bons voisins, qui n'en sont pas moins amis quoique n'habitant pas la même maison. Ceux qui prétendront avoir les meilleurs Esprits pour guides devront le prouver en montrant les meilleurs sentiments ; qu'il y ait donc entre eux lutte, mais lutte de grandeur d'âme, d'abnégation, de bonté et d'humilité ; celui qui jetterait la pierre à l'autre prouverait par cela seul qu'il y est sollicité par de mauvais Esprits. La nature des sentiments que deux hommes manifestent à l'égard l'un de l'autre est la pierre de touche qui fait connaître la nature des Esprits qui les assistent.

FENELON.

XXIII

Le silence et le recueillement sont des conditions essentielles pour toutes les communications sérieuses. Vous n'obtiendrez jamais cela de ceux qui ne seraient attirés dans vos réunions que par la curiosité ; engagez donc les curieux à aller s'amuser ailleurs, car leur distraction serait une cause de trouble.

Vous ne devez tolérer aucune conversation lorsque des Esprits sont questionnés. Vous avez parfois des communications qui demandent des répliques sérieuses de votre part, et des réponses non moins sérieuses de la part des Esprits évoqués qui éprouvent, croyez-le bien, du mécontentement des chuchotements continuels de certains assistants ; de là rien de complet ni de vraiment sérieux ; le médium qui écrit éprouve, lui aussi, des distractions très nuisibles à son ministère.

SAINT LOUIS.

XXIV

Je vous parlerai de la nécessité, dans vos séances, d'observer la plus grande régularité, c'est-à-dire d'éviter toute confusion, toute divergence dans les idées. La divergence favorise la substitution des mauvais Esprits aux bons, et presque toujours ce sont les premiers qui s'emparent des questions proposées. D'autre part, dans une réunion composée d'éléments divers et inconnus les uns aux autres, comment éviter les idées contradictoires, la distraction ou pis encore : une vague et railleuse indifférence ? Ce moyen, je voudrais le trouver efficace et certain. Peut-être est-il dans la concentration des fluides épars autour des médiums. Eux seuls, mais surtout ceux qui sont aimés, retiennent les bons Esprits dans l'assemblée ; mais leur influence suffit à peine à dissiper la tourbe des Esprits follets. Le travail de l'examen des communications est excellent ; on ne saurait trop approfondir les questions et surtout les réponses ; l'erreur est facile, même pour les Esprits animés des meilleures intentions ; la lenteur de l'écriture, pendant laquelle l'Esprit se détourne du sujet qu'il épuise aussitôt qu'il l'a conçu, la mobilité et l'indifférence pour certaines formes convenues, toutes ces raisons, et bien d'autres, vous font un devoir de n'apporter qu'une confiance limitée, et toujours subordonnée à l'examen, même quand il s'agit des communications les plus authentiques.

GEORGES (Esprit familier).

XXV

Dans quel but, la plupart du temps, demandez-vous des communications aux Esprits ? Pour avoir de beaux morceaux que vous montrez à vos connaissances comme des échantillons de notre talent ; vous les conservez précieusement dans vos albums, mais dans votre coeur il n'y a pas de place. Croyez-vous que nous soyons bien flattés de venir poser dans vos assemblées comme à un concours, faire assaut d'éloquence pour que vous puissiez dire que la séance a été bien intéressante ? Que vous reste-t-il quand vous avez trouvé une communication admirable ? Croyez-vous que nous venions chercher vos applaudissements ? Détrompez-vous ; nous n'aimons pas plus à vous amuser d'une façon que d'une autre ; de votre part, c'est encore là de la curiosité que vous dissimulez en vain ; notre but est de vous rendre meilleurs. Or, quand nous voyons que nos paroles ne portent pas de fruits, et que tout se réduit de votre côté à une stérile approbation, nous allons chercher des âmes plus dociles ; nous laissons alors venir à notre place les Esprits qui ne demandent pas mieux que de parler, et il n'en manque pas. Vous vous étonnez que nous les laissions prendre notre nom ; que vous importe ? puisqu'il n'en est ni plus ni moins pour vous. Mais sachez bien que nous ne le permettrions pas vis-à-vis de ceux auxquels nous nous intéressons réellement, c'est-à-dire de ceux avec qui nous ne perdons pas notre temps ; ceux-là sont nos préférés, et nous les préservons du mensonge. Ne vous en prenez donc qu'à vous si vous êtes si souvent trompés ; pour nous, l'homme sérieux n'est pas celui qui s'abstient de rire, mais celui dont le coeur est touché de nos paroles, qui les médite et en profite. (Voir n° 268, questions 19 et 20.)

MASSILLON.

XXVI

Le spiritisme devrait être une égide contre l'Esprit de discorde et de dissension ; mais cet Esprit a de tout temps secoué sa torche sur les humains, parce qu'il est jaloux du bonheur que procurent la paix et l'union. Spirites ! il pourra donc pénétrer dans vos assemblées, et n'en doutez pas, il cherchera à y semer la désaffection, mais il sera impuissant contre ceux qu'anime la véritable charité. Tenez-vous donc sur vos gardes, et veillez sans cesse à la porte de votre coeur, comme à celle de vos réunions, pour n'y pas laisser pénétrer l'ennemi. Si vos efforts sont impuissants contre celui du dehors, il dépendra toujours de vous de lui interdire l'accès de votre âme. Si des dissensions s'élevaient parmi vous, elles ne pourraient être suscitées que par de mauvais Esprits ; que ceux donc qui auront au plus haut degré le sentiment des devoirs que leur impose l'urbanité aussi bien que le spiritisme vrai, se montrent les plus patients, les plus dignes et les plus convenables ; les bons Esprits peuvent quelquefois permettre ces luttes pour fournir aux bons comme aux mauvais sentiments l'occasion de se révéler, afin de séparer le bon grain de l'ivraie, et ils seront toujours du côté où il y aura le plus d'humilité et de véritable charité.

SAINT VINCENT DE PAUL.

XXVII

Repoussez impitoyablement tous ces Esprits qui se donnent comme conseils exclusifs, en prêchant la division et l'isolement. Ce sont presque toujours des Esprits vaniteux et médiocres, qui tendent à s'imposer aux hommes faibles et crédules, en leur prodiguant des louanges exagérées, afin de les fasciner et de les tenir sous leur domination. Ce sont généralement des Esprits affamés de pouvoir, qui, despotes publics, ou privés de leur vivant, veulent avoir encore des victimes à tyranniser après leur mort. En général, défiez-vous des communications qui portent un caractère de mysticisme et d'étrangeté, ou qui prescrivent des cérémonies et des actes bizarres ; il y a toujours alors un motif légitime de suspicion.

D'un autre côté, croyez bien que lorsqu'une vérité doit être révélée à l'humanité, elle est pour ainsi dire instantanément communiquée dans tous les groupes sérieux, qui possèdent de sérieux médiums, et non pas à tels ou tels à l'exclusion de tous autres. Nul n'est parfait médium s'il est obsédé, et il y a obsession manifeste lorsqu'un médium n'est apte qu'à recevoir les communications d'un Esprit spécial, si haut que celui-ci cherche à se placer lui-même. En conséquence, tout médium, tout groupe qui se croient privilégiés par des communications que seuls ils peuvent recevoir, et qui, d'autre part, sont assujettis à des pratiques qui frisent la superstition, sont indubitablement sous le coup d'une obsession des mieux caractérisées, surtout quand l'Esprit dominateur se targue d'un nom que tous, Esprits et incarnés, nous devons honorer et respecter, et ne pas laisser commettre à tout propos.

Il est incontestable qu'en soumettant au creuset de la raison et de la logique toutes les données et toutes les communications des Esprits, il sera facile de repousser l'absurdité et l'erreur. Un médium peut être fasciné, un groupe abusé ; mais le contrôle sévère des autres groupes, mais la science acquise, et la haute autorité morale des chefs de groupes, mais les communications des principaux médiums qui reçoivent un cachet de logique et d'authenticité de nos meilleurs Esprits, feront rapidement justice de ces dictées mensongères et astucieuses émanées d'une tourbe d'Esprits trompeurs ou méchants.

ERASTE (disciple de saint Paul).

 

Remarque. Un des caractères distinctifs de ces Esprits qui veulent s'imposer et faire accepter des idées bizarres et systématiques, c'est de prétendre, fussent-ils seuls de leur avis, avoir raison contre tout le monde. Leur tactique est d'éviter la discussion, et quand ils se voient combattus victorieusement par les armes irrésistibles de la logique, ils refusent dédaigneusement de répondre, et prescrivent à leurs médiums de s'éloigner des centres où leurs idées ne sont pas accueillies. Cet isolement est ce qu'il y a de plus fatal pour les médiums, parce qu'ils subissent, sans contrepoids, le joug de ces Esprits obsesseurs qui les conduisent, comme des aveugles, et les mènent souvent dans des voies pernicieuses.

XXVIII

Les faux prophètes ne sont pas seulement parmi les incarnés ; ils sont aussi, et en bien plus grand nombre, parmi les Esprits orgueilleux qui, sous de faux-semblants d'amour et de charité, sèment la désunion et retardent l'oeuvre émancipatrice de l'humanité, en jetant à la traverse leurs systèmes absurdes qu'ils font accepter par leurs médiums ; et pour mieux fasciner ceux qu'ils veulent abuser, pour donner plus de poids à leurs théories, ils se parent sans scrupule de noms que les hommes ne prononcent qu'avec respect, ceux de saints justement vénérés, de Jésus, de Marie, de Dieu même.

Ce sont eux qui sèment des ferments d'antagonisme entre les groupes, qui les poussent à s'isoler les uns des autres, et à se voir d'un mauvais oeil. Cela seul suffirait pour les démasquer, car, en agissant ainsi, ils donnent eux-mêmes le plus formel démenti à ce qu'ils prétendent être. Aveugles donc sont les hommes qui se laissent prendre à un piège aussi grossier.

Mais il y a bien d'autres moyens de les reconnaître. Des Esprits de l'ordre auquel ils disent appartenir doivent être non seulement très bons, mais, en outre, éminemment logiques et rationnels. Eh bien ! passez leurs systèmes au tamis de la raison et du bon sens, et vous verrez ce qui en restera. Convenez donc avec moi que, toutes les fois qu'un Esprit indique, comme remède aux maux de l'humanité, ou comme moyens d'arriver à sa transformation, des choses utopiques et impraticables, des mesures puériles et ridicules ; quand il formule un système contredit par les plus vulgaires notions de la science, ce ne peut être qu'un Esprit ignorant et menteur.

D'un autre côté, croyez bien que si la vérité n'est pas toujours appréciée par les individus, elle l'est toujours par le bon sens des masses, et c'est encore là un critérium. Si deux principes se contredisent, vous aurez la mesure de leur valeur intrinsèque en cherchant celui qui trouve le plus d'échos et de sympathie ; il serait illogique, en effet, d'admettre qu'une doctrine qui verrait diminuer le nombre de ses partisans fût plus vraie que celle qui voit les siens s'augmenter. Dieu, voulant que la vérité arrive à tous, ne la confine pas dans un cercle étroit et restreint : il la fait surgir par différents points, afin que partout la lumière soit à côté des ténèbres.

ERASTE.

 

Remarque. La meilleure garantie qu'un principe est l'expression de la vérité, c'est lorsqu'il est enseigné et révélé par différents Esprits, par des médiums étrangers les uns aux autres, et en différents lieux, et lorsque, de plus, il est confirmé par la raison et sanctionné par l'adhésion du plus grand nombre. La vérité seule peut donner des racines à une doctrine ; un système erroné peut bien recruter quelques adhérents, mais comme il manque de la première condition de vitalité, il n'a qu'une existence éphémère ; c'est pourquoi il n'y a pas à s'en inquiéter : il se tue par ses propres erreurs, et tombera inévitablement devant l'arme puissante de la logique.

 

Communications apocryphes

Il y a souvent des communications tellement absurdes, quoique signées des noms les plus respectables, que le plus vulgaire bon sens en démontre la fausseté ; mais il en est où l'erreur est dissimulée sous de bonnes choses qui font illusion et empêchent quelquefois de la saisir au premier coup d'oeil, mais elles ne sauraient résister à un examen sérieux. Nous n'en citerons que quelques-unes comme échantillon.

XXIX

La création perpétuelle et incessante des mondes est pour Dieu comme une jouissance perpétuelle, parce qu'il voit sans cesse ses rayons devenir chaque jour plus lumineux en bonheur. Il n'y a pas de nombre pour Dieu, pas plus qu'il n'y a de temps. Voilà pourquoi des centaines ou des milliards ne sont pas plus et pas moins pour lui, l'un que l'autre. C'est un père, dont le bonheur est formé du bonheur collectif de ses enfants, et à chaque seconde de création, il voit un nouveau bonheur venir se fondre dans le bonheur général. Il n'y a ni arrêt, ni suspension dans ce mouvement perpétuel, ce grand bonheur incessant qui féconde la terre et le ciel. Du monde, on ne connaît qu'une faible fraction, et vous avez des frères qui vivent sous des latitudes où l'homme n'est pas encore parvenu à pénétrer. Que signifient ces chaleurs torréfiantes et ces froids mortels qui arrêtent les efforts des plus hardis ? Croyez-vous simplement que là soit la limite de votre monde, quand vous ne pouvez plus avancer avec vos petits moyens ? Vous pourriez donc mesurer exactement votre planète ? Ne croyez pas cela. Il y a sur votre planète plus de lieux ignorés que de lieux connus. Mais comme il est inutile de propager davantage toutes vos mauvaises institutions, toutes vos mauvaises lois, actions et existences, il y a une limite qui vous arrête çà et là, et qui vous arrêtera jusqu'à ce que vous ayez à transporter les bonnes semences qu'a faites votre libre arbitre. Oh ! non, vous ne connaissez pas ce monde que vous appelez la terre. Vous verrez de votre existence un grand commencement de preuves à cette communication. Voilà que l'heure va sonner où il y aura une autre découverte que la dernière qui a été faite ; voilà que va s'élargir le cercle de votre terre connue, et quand toute la presse chantera cet Hosanna dans toutes les langues, vous, pauvres enfants, qui aimez Dieu et qui cherchez sa voix, vous l'aurez su avant ceux mêmes qui donneront leur nom à la nouvelle terre.

VINCENT DE PAUL.

 

Remarque. Au point de vue du style, cette communication ne supporte pas la critique ; les incorrections, les pléonasmes, les tournures vicieuses sautent aux yeux de quiconque est tant soit peu lettré ; mais cela ne prouverait rien contre le nom dont elle est signée, attendu que ces imperfections pourraient tenir à l'insuffisance du médium, ainsi que nous l'avons démontré. Ce qui est le fait de l'Esprit, c'est l'idée ; or quand il dit qu'il y a sur notre planète plus de lieux ignorés que de lieux connus, qu'un nouveau continent va être découvert, c'est, pour un Esprit qui se dit supérieur, faire preuve de la plus profonde ignorance. Sans doute on peut découvrir par-delà les glaces quelques coins de terre inconnus, mais dire que ces terres sont peuplées et que Dieu les a cachées aux hommes afin qu'ils n'y portassent pas leurs mauvaises institutions, c'est avoir par trop foi dans la confiance aveugle de ceux à qui il débite de pareilles absurdités.

 

XXX

Mes enfants, notre monde matériel et le monde spirituel que si peu connaissent encore, forment comme deux plateaux de la balance perpétuelle. Jusqu'ici nos religions, nos lois, nos coutumes et nos passions ont tellement fait pencher le plateau du mal pour enlever celui du bien, qu'on a vu le mal régner en souverain sur la terre. Depuis des siècles c'est toujours la même plainte qui s'exhale de la bouche de l'homme, et la conclusion fatale est l'injustice de Dieu. Il en est même qui vont jusqu'à la négation de l'existence de Dieu. Vous voyez tout ici et rien là ; vous voyez le superflu qui heurte le besoin, l'or qui brille près de la boue ; tous les contrastes les plus frappants qui devraient vous prouver votre double nature. D'où cela vient-il ? A qui la faute ? Voilà ce qu'il faut chercher avec tranquillité et avec impartialité ; quand on désire sincèrement trouver un bon remède, on le trouve. Eh bien ! malgré cette domination du mal sur le bien, par votre propre faute, car ne voyez-vous pas le reste aller droit la ligne tracée par Dieu ? Voyez-vous les saisons se déranger ? les chaleurs et les froids se heurter inconsidérément ? la lumière du soleil oublier d'éclairer la terre ? la terre oublier dans son sein les grains que l'homme y a déposés ? Voyez-vous la cessation des mille miracles perpétuels qui se produisent sous nos yeux, depuis la naissance du brin d'herbe, jusqu'à la naissance de l'enfant, homme futur ? Mais, tout va bien du côté de Dieu, tout va mal du côté de l'homme. Quel remède à cela ? Il est bien simple : se rapprocher de Dieu, s'aimer, s'unir, s'entendre et suivre tranquillement la route dont on voit les jalons avec les yeux de la foi et de la conscience.

VINCENT DE PAUL.

Remarque. Cette communication a été obtenue dans le même cercle ; mais quelle différence avec la précédente ! non seulement pour les pensées, mais encore pour le style. Tout y est juste, profond, sensé, et certes saint Vincent de Paul ne la désavouerait pas, c'est pourquoi on peut sans crainte la lui attribuer.

XXXI

Allons, enfants, serrez vos rangs ! c'est-à-dire que votre bonne union fasse votre force. Vous qui travaillez à la fondation du grand édifice, veillez et travaillez toujours à le consolider à sa base, et alors vous pourrez le monter bien haut, bien haut ! La progression est immense sur tout notre globe ; une quantité innombrable de prosélytes se rangent sous notre drapeau ; beaucoup de sceptiques et même des plus incrédules s'approchent, s'approchent aussi.

Allez, enfants ; marchez le coeur haut, plein de foi ; la route que vous poursuivez est belle ; ne vous ralentissez pas ; suivez toujours la droite ligne, servez de guides à ceux qui viennent après vous, ils seront heureux, bien heureux !

Marchez, enfants ; vous n'avez pas besoin de la force des baïonnettes pour soutenir votre cause, vous n'avez besoin que de la foi ; la croyance, la fraternité et l'union, voilà vos armes ; avec celles-là vous êtes forts, plus puissants que tous les grands potentats de l'univers réunis, malgré leurs forces vivantes, leurs flottes, leurs canons et leur mitraille !

Vous qui combattez pour la liberté des peuples et la régénération de la grande famille humaine, allez, enfants, courage et persévérance, Dieu vous aidera. Bonsoir, au revoir.

NAPOLEON.

 

Remarque. Napoléon était, de son vivant, un homme grave et sérieux s'il en fut jamais ; tout le monde connaît son style bref et concis ; il aurait singulièrement dégénéré si, après sa mort, il était devenu verbeux et burlesque. Cette communication est peut-être de l'Esprit de quelque troupier qui s'appelait Napoléon.

 

XXXII

Non, on ne peut pas changer de religion quand on n'en a pas une qui puisse à la fois satisfaire le sens commun et l'intelligence qu'on a, et qui puisse surtout donner à l'homme des consolations présentes. Non, on ne change pas de religion, on tombe de l'ineptie et de la domination dans la sagesse et dans la liberté. Allez, allez, notre petite armée ! allez, et ne craignez pas les balles ennemies : celles qui doivent vous tuer ne sont pas encore faites, si vous êtes toujours du fond du coeur dans la voie de Dieu, c'est-à-dire si vous voulez toujours combattre pacifiquement et victorieusement pour l'aisance et la liberté.

VINCENT DE PAUL.

 

Remarque. Qui reconnaîtrait saint Vincent de Paul à ce langage, à ces pensées décousues et dépourvues de sens ? Que signifient ces mots : Non, on ne change pas de religion, on tombe de l'ineptie et de la domination dans la sagesse et dans la liberté ? Avec ses balles qui ne sont pas encore faites, nous soupçonnons fort cet Esprit d'être le même que celui qui a signé ci-dessus Napoléon.

 

XXXIII

Enfants de ma foi, chrétiens de ma doctrine oubliée par les intérêts des flots de la philosophie des matérialistes, suivez-moi sur le chemin de la Judée, suivez la passion de ma vie, contemplez mes ennemis maintenant, voyez mes souffrances, mes tourments et mon sang versé pour ma foi.

Enfants, spiritualistes de ma nouvelle doctrine, soyez prêts à supporter, à braver les flots de l'adversité, les sarcasmes de vos ennemis. La foi marchera sans cesse en suivant votre étoile, qui vous conduira au chemin du bonheur éternel, telle que l'étoile conduisit pour la foi les mages de l'Orient à la crèche. Quelles que soient vos adversités, quelles que soient vos peines, et les larmes que vous aurez versées sur cette sphère d'exil, prenez courage, soyez persuadés que la joie qui vous inondera dans le monde des Esprits sera bien au-dessus des tourments de votre existence passagère. La vallée de larmes est une vallée qui doit disparaître pour faire place au brillant séjour de joie, de fraternité et d'union, où par votre bonne obéissance à la sainte révélation vous parviendrez. La vie, mes chers frères de cette sphère terrestre, toute préparatoire, ne peut durer que le temps nécessaire pour vivre bien préparé à cette vie qui ne pourra jamais finir. Aimez-vous, aimez-vous comme je vous ai aimés, et comme je vous aime encore ; frères, courage, frères ! Je vous bénis ; au ciel je vous attends.

JESUS.

De ces brillantes et lumineuses régions où la pensée humaine peut à peine arriver, l'écho de vos paroles et des miennes est venu frapper mon coeur.

Oh ! de quelle joie je me sens inondé en vous voyant, vous, les continuateurs de ma doctrine. Non, rien n'approche du témoignage de vos bonnes pensées ! Vous le voyez, enfants, l'idée régénératrice lancée par moi jadis dans le monde, persécutée, arrêtée un moment sous la pression des tyrans, s'en va désormais sans obstacles, éclairant les chemins à l'humanité si longtemps plongée dans les ténèbres.

Tout grand et désintéressé sacrifice, mes enfants, a tôt ou tard porté ses fruits. Mon martyr vous l'a prouvé ; mon sang versé pour ma doctrine sauvera l'humanité et effacera les fautes des grands coupables !

Soyez bénis, vous qui aujourd'hui prenez place dans la famille régénérée ! Allez, courage, enfants !

JESUS.

 

Remarque. Il n'y a sans doute rien de mauvais dans ces deux communications ; mais le Christ a-t-il jamais eu ce langage prétentieux, emphatique et boursouflé ? Qu'on les compare à celle que nous avons citée plus haut et qui porte le même nom, et l'on verra de quel côté est le cachet de l'authenticité.

Toutes ces communications ont été obtenues dans le même cercle. On remarque, dans le style, un air de famille, des tours de phrase identiques, les mêmes expressions souvent reproduites comme, par exemple, allez, allez, enfants, etc., d'où l'on peut conclure que c'est le même Esprit qui les a toutes dictées sous des noms différents. Dans ce cercle, cependant, très consciencieux du reste, mais un peu trop crédule, on ne faisait ni évocations, ni questions ; on attendait tout des communications spontanées, et l'on voit que ce n'est certes pas une garantie d'identité. Avec des questions un peu pressantes et serrées de logique, on eût facilement remis cet Esprit à sa place ; mais il savait n'avoir rien à craindre, puisqu'on ne lui demandait rien, et qu'on acceptait sans contrôle et les yeux fermés tout ce qu'il disait. (Voir n° 269.)

 

XXXIV

Que la nature est belle ! que la Providence est prudente en sa prévoyance ! mais votre aveuglement et vos passions humaines empêchent de prendre patience en la prudence et la bonté de Dieu. Vous vous lamentez du moindre nuage, du moindre retard dans vos prévisions ; sachez donc, impatients douteurs, que rien n'arrive sans un motif toujours prévu, toujours prémédité au profit de tous. La raison de ce qui précède est pour mettre à néant, hommes à craintes hypocrites, toutes vos prévisions de mauvaise année pour vos récoltes.

Dieu inspire souvent l'inquiétude de l'avenir aux hommes pour les pousser à la prévoyance ; et voyez comme grands sont les moyens pour parfaire à vos craintes semées à dessein, et qui, le plus souvent, cachent des pensées avides plutôt qu'une idée d'un sage approvisionnement inspiré par un sentiment d'humanité au profit des petits. Voyez les rapports de nations à nations qui en ressortiront ; voyez quelles transactions devront se réaliser ; que de moyens viendront concourir à parer vos craintes ! car, vous le savez, tout s'enchaîne ; aussi, grands et petits viendront à l'oeuvre.

Alors, ne voyez-vous pas déjà dans tout ce mouvement une source d'un certain bien-être pour la classe la plus laborieuse des Etats, classe vraiment intéressante que vous, les grands, vous, les omnipotents de cette terre, vous considérez comme gens taillables à merci, créés pour vos satisfactions.

Puis, qu'arrive-t-il après tout ce va-et-vient d'un pôle à l'autre ? C'est qu'une fois bien pourvus, souvent ce temps a changé ; le soleil, obéissant à la pensée de son créateur, a mûri en quelques jours vos moissons ; Dieu a mis l'abondance où votre convoitise méditait sur le manque, et malgré vous les petits pourront vivre ; et sans vous en douter, vous avez été à votre insu la cause d'une abondance.

Cependant il arrive, - Dieu le permet quelquefois, - que les méchants réussissent dans leurs projets cupides ; mais alors c'est un enseignement que Dieu veut donner à tous ; c'est la prévoyance humaine qu'il veut stimuler ; c'est l'ordre infini qui règne dans la nature, c'est le courage contre les événements que doivent imiter, que doivent supporter avec résignation les hommes.

Quant à ceux qui, par calcul, profitent des désastres, croyez-le, ils en seront punis. Dieu veut que tous ses êtres vivent ; l'homme ne doit pas jouer avec la nécessité, ni trafiquer sur le superflu. Juste en ses bienfaits, grand en sa clémence, trop bon pour notre ingratitude, Dieu, dans ses desseins, est impénétrable.

BOSSUET. ALFRED DE MARIGNAC.

 

Remarque. Cette communication ne contient assurément rien de mauvais ; il y a même des idées philosophiques profondes et des conseils très sages, qui pourraient tromper, sur l'identité de l'auteur, les personnes peu versées dans la littérature. Le médium qui l'avait obtenue l'ayant soumise au contrôle de la Société spirite de Paris, il n'y eut qu'une voix pour déclarer qu'elle ne pouvait être de Bossuet. Saint Louis consulté répondit : «Cette communication, par elle-même, est bonne, mais ne croyez pas que ce soit Bossuet qui l'ait dictée. Un Esprit l'a écrite, peut-être un peu sous son inspiration, et il a mis le nom du grand évêque au bas pour la faire accepter plus facilement ; mais au langage vous devez reconnaître la substitution. Elle est de l'Esprit qui a mis son nom après celui de Bossuet.» Cet Esprit, interrogé sur le motif qui l'avait fait agir, dit : «J'avais envie d'écrire quelque chose afin de me rappeler au souvenir des hommes ; voyant que c'était faible, j'ai voulu y mettre le prestige d'un grand nom. - Mais ne pensiez-vous pas qu'on reconnaîtrait qu'elle n'était pas de Bossuet ? - Qui sait jamais au juste ? Vous pouviez vous tromper. D'autres moins clairvoyants l'auraient acceptée.»

C'est en effet la facilité avec laquelle certaines personnes acceptent ce qui vient du monde invisible sous le couvert d'un grand nom, qui encourage les Esprits trompeurs. C'est à déjouer les ruses de ceux-ci qu'il faut appliquer toute son attention, et l'on ne peut y parvenir qu'à l'aide de l'expérience acquise par une étude sérieuse. Aussi répétons-nous sans cesse : Etudiez avant de pratiquer, car c'est le seul moyen de ne pas acquérir l'expérience à vos dépens.

CHAPITRE XXXII
VOCABULAIRE SPIRITE

Agénère (du grec, a, privatif et géiné, géinomaï, engendrer ; qui n'a pas été engendré). Variété de l'apparition tangible ; état de certains Esprits qui peuvent revêtir momentanément les formes d'une personne vivante, au point de faire complètement illusion.

Erraticité. Etat des Esprits errants, c'est-à-dire non incarnés, pendant les intervalles de leurs existences corporelles.

Esprit. Dans le sens spécial de la doctrine spirite, les Esprits sont les êtres intelligents de la création, qui peuplent l'univers en dehors du monde matériel, et qui constituent le monde invisible. Ce ne sont point des êtres d'une création particulière, mais les âmes de ceux qui ont vécu sur la terre ou dans les autres sphères, et qui ont quitté leur enveloppe corporelle.

Frappeur. Qualité de certains Esprits. Les Esprits frappeurs sont ceux qui révèlent leur présence par des coups et des bruits de diverses natures.

Médianimique. Qualité de la puissance des médiums. Faculté médianimique.

Médianimité. Faculté des médiums. Synonyme de médiumnité. Ces deux mots sont souvent employés indifféremment ; si l'on voulait faire une distinction, on pourrait dire que médiumnité a un sens plus général, et médianimité un sens plus restreint. Il a le don de médiumnité. La médianimité mécanique.

Médium (du latin, medium, milieu, intermédiaire). Personne pouvant servir d'intermédiaire entre les Esprits et les hommes.

Médiumat. Mission providentielle des médiums. Ce mot a été créé par les Esprits. (Voir chapitre XXXI ; communication XII.)

Médiumnité (Voir Médianimité).

Périsprit (du grec, péri, autour). Enveloppe semi-matérielle de l'Esprit. Chez les incarnés, il sert de lien ou d'intermédiaire entre l'Esprit et la matière ; chez les Esprits errants, il constitue le corps fluidique de l'Esprit.

Pneumatographie (du grec pneuma, air, souffle, vent, esprit, et graphô, j'écris). Ecriture directe des Esprits sans le secours de la main d'un médium.

Pneumatophonie (du grec, pneuma, et de phoné, son ou voix). Voix des Esprits ; communication orale des Esprits sans le secours de la voix humaine.

Psychographe (du grec, psukê, papillon, âme, et graphô, j'écris). Celui qui fait de la psychographie ; médium écrivain.

Psychographie. Ecriture des Esprits par la main d'un médium.

Psychophonie. Communication des Esprits par la voix d'un médium parlant.

Réincarnation. Retour de l'Esprit à la vie corporelle ; pluralité des existences.

Sématologie (du grec, semâ, signe, et logos, discours). Langage des signes. Communication des Esprits par le mouvement des corps inertes.

Spirite. Ce qui a rapport au spiritisme ; partisan du spiritisme ; celui qui croit aux manifestations des Esprits. Un bon, un mauvais spirite ; la doctrine spirite.

Spiritisme. Doctrine fondée sur la croyance à l'existence des Esprits et à leurs manifestations.

Spiritiste. Ce mot, employé dans le principe pour désigner les adeptes du spiritisme, n'a pas été consacré par l'usage ; le mot spirite a prévalu.

Spiritualisme. Se dit dans le sens opposé à celui de matérialisme (académ.) ; croyance à l'existence de l'âme spirituelle et immatérielle. Le spiritualisme est la base de toutes les religions.

Spiritualiste. Ce qui a rapport au spiritualisme ; partisan du spiritualisme. Quiconque croit que tout en nous n'est pas matière est spiritualiste, ce qui n'implique nullement la croyance aux manifestations des Esprits. Tout spirite est nécessairement spiritualiste ; mais on peut être spiritualiste sans être spirite ; le matérialiste n'est ni l'un ni l'autre. On dit : la philosophie spiritualiste. - Un ouvrage écrit dans les idées spiritualistes. - Les manifestations spirites sont produites par l'action des Esprits sur la matière. - La morale spirite découle de l'enseignement donné par les Esprits. - Il y a des spiritualistes qui tournent en dérision les croyances spirites.

Dans ces exemples, la substitution du mot spiritualiste au mot spirite, produirait une confusion évidente.

Stéréotite (du grec, stéréos, solide). Qualité des apparitions tangibles.

Typteur (du grec, tuptô, je frappe). Variété des médiums aptes à la typtologie. Médium typteur.

Typtologie. Langage par coups frappés ; mode de communication des Esprits. Typtologie alphabétique.

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Catégorie : Le livre des médiums

 Le livre des médiums (act IV)

27/3/2009

CHAPITRE XXIII
DE L'OBSESSION

237. Au nombre des écueils que présente la pratique du spiritisme, il faut mettre en première ligne l'obsession, c'est-à-dire l'empire que quelques Esprits savent prendre sur certaines personnes. Elle n'a jamais lieu que par les Esprits inférieurs qui cherchent à dominer ; les bons Esprits ne font éprouver aucune contrainte ; ils conseillent, combattent l'influence des mauvais, et si on ne les écoute pas, ils se retirent. Les mauvais, au contraire, s'attachent à ceux sur lesquels ils trouvent prise ; s'ils parviennent à prendre de l'empire sur quelqu'un, ils s'identifient avec son propre Esprit et le conduisent comme un véritable enfant.

L'obsession présente des caractères divers qu'il est très nécessaire de distinguer, et qui résultent du degré de la contrainte et de la nature des effets qu'elle produit. Le mot obsession est, en quelque sorte, un terme générique par lequel on désigne ce genre de phénomène dont les principales variétés sont : l'obsession simple, la fascination et la subjugation.

 

Obsession simple

238. L'obsession simple a lieu quand un Esprit malfaisant s'impose à un médium, s'immisce malgré lui dans les communications qu'il reçoit, l'empêche de communiquer avec d'autres Esprits et se substitue à ceux que l'on évoque.

On n'est pas obsédé par cela seul qu'on est trompé par un Esprit menteur ; le meilleur médium y est exposé, surtout au début, alors qu'il manque encore de l'expérience nécessaire, de même que, parmi nous, les plus honnêtes gens peuvent être dupes des fripons. On peut donc être trompé sans être obsédé ; l'obsession est dans la ténacité de l'Esprit dont on ne peut se débarrasser.

Dans l'obsession simple le médium sait très bien qu'il a affaire à un Esprit trompeur, et celui-ci ne s'en cache pas ; il ne dissimule nullement ses mauvaises intentions et son désir de contrarier. Le médium reconnaît sans peine la fourberie, et comme il se tient sur ses gardes, il est rarement trompé. Ce genre d'obsession est donc simplement désagréable, et n'a d'autre inconvénient que d'opposer un obstacle aux communications que l'on voudrait avoir avec des Esprits sérieux ou ceux que l'on affectionne.

On peut ranger dans cette catégorie les cas d'obsession physique, c'est-à-dire celle qui consiste dans les manifestations bruyantes et obstinées de certains Esprits qui font entendre spontanément des coups ou autres bruits. Nous renvoyons pour ce phénomène au chapitre des Manifestations physiques spontanées. (N° 82.)

 

Fascination

239. La fascination a des conséquences beaucoup plus graves. C'est une illusion produite par l'action directe de l'Esprit sur la pensée du médium, et qui paralyse en quelque sorte son jugement à l'égard des communications. Le médium fasciné ne croit pas être trompé ; l'Esprit a l'art de lui inspirer une confiance aveugle qui l'empêche de voir la supercherie et de comprendre l'absurdité de ce qu'il écrit, alors même qu'elle saute aux yeux de tout le monde ; l'illusion peut même aller jusqu'à lui faire voir du sublime dans le langage le plus ridicule. On serait dans l'erreur si l'on croyait que ce genre d'obsession ne peut atteindre que les personnes simples, ignorantes et dépourvues de jugement ; les hommes les plus spirituels, les plus instruits et les plus intelligents sous d'autres rapports n'en sont pas exempts, ce qui prouve que cette aberration est l'effet d'une cause étrangère dont ils subissent l'influence.

Nous avons dit que les suites de la fascination sont beaucoup plus graves ; en effet, à la faveur de cette illusion qui en est la conséquence, l'Esprit conduit celui qu'il est parvenu à maîtriser comme il le ferait d'un aveugle, et peut lui faire accepter les doctrines les plus bizarres, les théories les plus fausses comme étant l'unique expression de la vérité ; bien plus, il peut l'exciter à des démarches ridicules, compromettantes et même dangereuses.

On comprend facilement toute la différence qui existe entre l'obsession simple et la fascination ; on comprend aussi que les Esprits qui produisent ces deux effets doivent différer de caractère. Dans la première, l'Esprit qui s'attache à vous n'est qu'un être importun par sa ténacité, et dont on est impatient de se débarrasser. Dans la seconde, c'est tout autre chose ; pour arriver à de telles fins, il faut un Esprit adroit, rusé et profondément hypocrite, car il ne peut donner le change et se faire accepter qu'à l'aide du masque qu'il sait prendre et d'un faux-semblant de vertu ; les grands mots de charité, d'humilité et d'amour de Dieu sont pour lui comme des lettres de créance ; mais à travers tout cela il laisse percer des signes d'infériorité qu'il faut être fasciné pour ne pas apercevoir ; aussi redoute-t-il par-dessus tout les gens qui voient trop clair ; c'est pourquoi sa tactique est presque toujours d'inspirer à son interprète de l'éloignement pour quiconque pourrait lui ouvrir les yeux ; par ce moyen, évitant toute contradiction, il est certain d'avoir toujours raison.

 

Subjugation

240. La subjugation est une étreinte qui paralyse la volonté de celui qui la subit, et le fait agir malgré lui. Il est, en un mot, sous un véritable joug.

La subjugation peut être morale ou corporelle. Dans le premier cas, le subjugué est sollicité à prendre des déterminations souvent absurdes et compromettantes que, par une sorte d'illusion, il croit sensées : c'est une sorte de fascination. Dans le second cas, l'Esprit agit sur les organes matériels, et provoque des mouvements involontaires. Elle se traduit chez le médium écrivain par un besoin incessant d'écrire, même dans les moments les plus inopportuns. Nous en avons vu qui, à défaut de plume ou de crayon, faisaient le simulacre d'écrire avec le doigt, partout où ils se trouvaient, même dans les rues, sur les portes et les murailles.

La subjugation corporelle va quelquefois plus loin ; elle peut pousser aux actes les plus ridicules. Nous avons connu un homme qui n'était ni jeune ni beau, sous l'empire d'une obsession de cette nature, se trouver contraint, par une force irrésistible, de se mettre à genoux devant une jeune fille sur laquelle il n'avait aucune vue, et la demander en mariage. D'autres fois, il sentait sur le dos et les jarrets une pression énergique qui le forçait, malgré la volonté qu'il y opposait, à se mettre à genoux et à baiser la terre dans les endroits publics et en présence de la foule. Cet homme passait pour fou parmi ses connaissances ; mais nous nous sommes convaincu qu'il ne l'était pas du tout, car il avait la pleine conscience du ridicule de ce qu'il faisait contre son gré, et en souffrait horriblement.

241. On donnait jadis le nom de possession à l'empire exercé par de mauvais Esprits, lorsque leur influence allait jusqu'à l'aberration des facultés. La possession serait, pour nous, synonyme de la subjugation. Si nous n'adoptons pas ce terme, c'est par deux motifs : le premier, qu'il implique la croyance à des êtres créés pour le mal et perpétuellement voués au mal, tandis qu'il n'y a que des êtres plus ou moins imparfaits, qui tous peuvent s'améliorer. Le second, qu'il implique également l'idée de prise de possession du corps par un Esprit étranger, d'une sorte de cohabitation, tandis qu'il n'y a que contrainte. Le mot subjugation rend parfaitement la pensée. Ainsi, pour nous, il n'y a pas de possédés, dans le sens vulgaire du mot, il n'y a que des obsédés, des subjugués et des fascinés.

Causes de l'obsession

242. L'obsession, comme nous l'avons dit, est un des plus grands écueils de la médiumnité ; c'est aussi un des plus fréquents ; aussi ne saurait-on apporter trop de soins à la combattre, car, outre les inconvénients personnels qui peuvent en résulter, c'est un obstacle absolu à la bonté et à la véracité des communications. L'obsession, à quelque degré qu'elle soit, étant toujours l'effet d'une contrainte, et cette contrainte ne pouvant jamais être exercée par un bon Esprit, il en résulte que toute communication donnée par un médium obsédé est d'origine suspecte et ne mérite aucune confiance. Si, parfois, il s'y trouve du bon, il faut le prendre et rejeter tout ce qui est simplement douteux.

243. On reconnaît l'obsession aux caractères suivants :

1° Persistance d'un Esprit à se communiquer bon gré mal gré, par l'écriture, l'audition, la typtologie, etc., en s'opposant à ce que d'autres Esprits puissent le faire.

2° Illusion qui, nonobstant l'intelligence du médium, l'empêche de reconnaître la fausseté et le ridicule des communications qu'il reçoit.

3° Croyance à l'infaillibilité et à l'identité absolue des Esprits qui se communiquent, et qui, sous des noms respectables et vénérés, disent des choses fausses ou absurdes.

4° Confiance du médium dans les éloges que lui donnent les Esprits qui se communiquent à lui.

5° Disposition à s'éloigner des personnes qui peuvent donner d'utiles avis.

6° Prise en mauvaise part de la critique au sujet des communications que l'on reçoit.

7° Besoin incessant et inopportun d'écrire.

8° Contrainte physique quelconque dominant la volonté, et forçant d'agir ou de parler malgré soi.

9° Bruits et bouleversements persistants, autour de soi, et dont on est la cause ou l'objet.

244. En présence du danger de l'obsession, on se demande si ce n'est pas une chose fâcheuse d'être médium ; n'est-ce pas cette faculté qui la provoque ; en un mot, n'est-ce pas là une preuve de l'inconvénient des communications spirites ? Notre réponse est facile, et nous prions de la méditer avec soin.

Ce ne sont ni les médiums ni les spirites qui ont créé les Esprits, mais bien les Esprits qui ont fait qu'il y a des spirites et des médiums ; les Esprits n'étant que les âmes des hommes, il y a donc des Esprits depuis qu'il y a des hommes, et par conséquent ils ont de tout temps exercé leur influence salutaire ou pernicieuse sur l'humanité. La faculté médianimique n'est pour eux qu'un moyen de se manifester ; à défaut de cette faculté, ils le font de mille autres manières plus ou moins occultes. Ce serait donc une erreur de croire que les Esprits n'exercent leur influence que par des communications écrites ou verbales ; cette influence est de tous les instants, et ceux qui ne s'occupent pas des Esprits, ou même n'y croient pas, y sont exposés comme les autres, et même plus que les autres parce qu'ils n'ont pas de contrepoids. La médiumnité est pour l'Esprit un moyen de se faire connaître ; s'il est mauvais, il se trahit toujours, quelque hypocrite qu'il soit ; on peut donc dire que la médiumnité permet de voir son ennemi face à face, si l'on peut s'exprimer ainsi, et de le combattre avec ses propres armes ; sans cette faculté, il agit dans l'ombre, et, à la faveur de son invisibilité, il peut faire et il fait en réalité beaucoup de mal. A combien d'actes n'est-on pas poussé pour son malheur, et que l'on eût évités si l'on avait eu un moyen de s'éclairer ! Les incrédules ne croient pas dire si vrai quand ils disent d'un homme qui se fourvoie avec obstination : «C'est son mauvais génie qui le pousse à sa perte». Ainsi la connaissance du spiritisme, loin de donner de l'empire aux mauvais Esprits, doit avoir pour résultat, dans un temps plus ou moins prochain, et quand elle sera propagée, de détruire cet empire en donnant à chacun les moyens de se mettre en garde contre leurs suggestions, et celui qui succombera ne pourra s'en prendre qu'à lui-même.

Règle générale : quiconque a de mauvaises communications spirites, écrites ou verbales, est sous une mauvaise influence ; cette influence s'exerce sur lui, qu'il écrive ou qu'il n'écrive pas, c'est à dire qu'il soit ou non médium, qu'il croie ou qu'il ne croie pas. L'écriture donne un moyen de s'assurer de la nature des Esprits qui agissent sur lui, et de les combattre s'ils sont mauvais, ce que l'on fait encore avec plus de succès quand on parvient à connaître le motif qui les fait agir. S'il est assez aveuglé pour ne pas le comprendre, d'autres peuvent lui ouvrir les yeux.

En résumé, le danger n'est pas dans le spiritisme en lui-même, puisqu'il peut, au contraire, servir de contrôle et préserver de celui que nous courons sans cesse à notre insu ; il est dans l'orgueilleuse propension de certains médiums à se croire trop légèrement les instruments exclusifs d'Esprits supérieurs, et dans l'espèce de fascination qui ne leur permet pas de comprendre les sottises dont ils sont les interprètes. Ceux même qui ne sont pas médiums peuvent s'y laisser prendre. Citons une comparaison. Un homme a un ennemi secret qu'il ne connaît pas et qui répand contre lui, par-dessous main, la calomnie et tout ce que la plus noire méchanceté peut inventer ; il voit sa fortune se perdre, ses amis s'éloigner, son bonheur intérieur troublé ; ne pouvant découvrir la main qui le frappe, il ne peut se défendre et succombe ; mais un jour cet ennemi secret lui écrit, et malgré sa ruse se trahit. Voilà donc son ennemi découvert, il peut le confondre et se relever. Tel est le rôle des mauvais Esprits que le spiritisme nous donne la possibilité de connaître et de déjouer.

245. Les motifs de l'obsession varient selon le caractère de l'Esprit ; c'est quelquefois une vengeance qu'il exerce sur un individu dont il a eu à se plaindre pendant sa vie ou dans une autre existence ; souvent aussi il n'a d'autre raison que le désir de faire le mal ; comme il souffre, il veut faire souffrir les autres ; il trouve une sorte de jouissance à les tourmenter, à les vexer ; aussi l'impatience qu'on en témoigne l'excite, parce que tel est son but, tandis qu'on le lasse par la patience ; en s'irritant, en montrant du dépit, on fait précisément ce qu'il veut. Ces Esprits agissent parfois en haine et par jalousie du bien ; c'est pourquoi ils jettent leurs vues malfaisantes sur les plus honnêtes gens. L'un d'eux s'est attaché comme une teigne à une honorable famille de notre connaissance, qu'il n'a, du reste, pas la satisfaction de prendre pour dupe ; interrogé sur le motif pour lequel il s'était attaqué à de braves gens plutôt qu'à des hommes mauvais comme lui, il répondit : Ceux-ci ne me font pas envie. D'autres sont guidés par un sentiment de lâcheté qui les porte à profiter de la faiblesse morale de certains individus qu'ils savent incapables de leur résister. Un de ces derniers qui subjuguait un jeune homme d'une intelligence très bornée, interrogé sur les motifs de ce choix, nous répondit : J'ai un besoin très grand de tourmenter quelqu'un ; une personne raisonnable me repousserait, je m'attache à un idiot qui ne m'oppose aucune vertu.

246. Il y a des Esprits obsesseurs sans méchanceté, qui ont même du bon, mais qui ont l'orgueil du faux savoir ; ils ont leurs idées, leurs systèmes sur les sciences, l'économie sociale, la morale, la religion, la philosophie ; ils veulent faire prévaloir leur opinion et cherchent à cet effet des médiums assez crédules pour les accepter les yeux fermés, et qu'ils fascinent pour les empêcher de discerner le vrai du faux. Ce sont les plus dangereux, parce que les sophismes ne leur coûtent rien et qu'ils peuvent accréditer les utopies les plus ridicules ; comme ils connaissent le prestige des grands noms, ils ne se font aucun scrupule de se parer de ceux devant lesquels on s'incline, et ne reculent même pas devant le sacrilège de se dire Jésus, la Vierge Marie ou un saint vénéré. Ils cherchent à éblouir par un langage pompeux, plus prétentieux que profond, hérissé de termes techniques, et orné des grands mots de charité et de morale ; ils se garderont de donner un mauvais conseil, parce qu'ils savent bien qu'ils seraient éconduits ; aussi ceux qu'ils abusent les défendent-ils à outrance en disant : Vous voyez bien qu'ils ne disent rien de mauvais. Mais la morale n'est pour eux qu'un passeport, c'est le moindre de leurs soucis ; ce qu'ils veulent avant tout, c'est dominer et imposer leurs idées, quelque déraisonnables qu'elles soient.

247. Les Esprits à systèmes sont assez généralement écrivassiers ; c'est pourquoi ils recherchent les médiums qui écrivent avec facilité et dont ils tâchent de se faire des instruments dociles et surtout enthousiastes en les fascinant. Ils sont presque toujours verbeux, très prolixes, cherchant à compenser la qualité par la quantité. Ils se plaisent à dicter à leurs interprètes de volumineux écrits indigestes et souvent peu intelligibles, qui ont heureusement pour antidote l'impossibilité matérielle d'être lus par les masses. Les Esprits vraiment supérieurs sont sobres de paroles ; ils disent beaucoup de choses en peu de mots ; aussi cette fécondité prodigieuse doit-elle toujours être suspecte.

On ne saurait être trop circonspect quand il s'agit de publier de semblables écrits ; les utopies et les excentricités dont ils abondent souvent, et qui choquent le bon sens, produisent une très fâcheuse impression sur les personnes novices en leur donnant une idée fausse du spiritisme, sans compter que ce sont des armes dont ses ennemis se servent pour le tourner en ridicule. Parmi ces publications, il en est qui, sans être mauvaises, et sans provenir d'une obsession, peuvent être regardées comme imprudentes, intempestives, ou maladroites.

248. Il arrive assez souvent qu'un médium ne peut communiquer qu'avec un seul Esprit, qui s'attache à lui et répond pour ceux que l'on appelle par son entremise. Ce n'est pas toujours une obsession, car cela peut tenir à défaut de flexibilité du médium, et à une affinité spéciale de sa part pour tel ou tel Esprit. Il n'y a obsession proprement dite que lorsque l'Esprit s'impose et éloigne les autres par sa volonté, ce qui n'est jamais le fait d'un bon Esprit. Généralement, l'Esprit qui s'empare du médium en vue de le dominer ne souffre pas l'examen critique de ses communications ; quand il voit qu'elles ne sont pas acceptées et qu'elles sont discutées, il ne se retire pas, mais il inspire au médium la pensée de s'isoler, et souvent même il le lui commande. Tout médium qui se blesse de la critique des communications qu'il obtient est l'écho de l'Esprit qui le domine, et cet Esprit ne peut être bon du moment qu'il lui inspire une pensée illogique, celle de se refuser à l'examen. L'isolement du médium est toujours une chose fâcheuse pour lui, parce qu'il n'a aucun contrôle pour ses communications. Non seulement il doit s'éclairer par l'avis des tiers, mais il lui est nécessaire d'étudier tous les genres de communications pour les comparer ; en se renfermant dans celles qu'il obtient, quelque bonnes qu'elles lui paraissent, il s'expose à se faire illusion sur leur valeur, sans compter qu'il ne peut tout connaître, et qu'elles roulent à peu près toujours dans le même cercle. (N° 192 ; Médiums exclusifs.)

 

Moyens de la combattre

249. Les moyens de combattre l'obsession varient selon le caractère qu'elle revêt. Le danger n'existe réellement pas pour tout médium bien convaincu d'avoir affaire à un Esprit menteur, comme cela a lieu dans l'obsession simple ; ce n'est pour lui qu'une chose désagréable. Mais précisément parce que cela lui est désagréable, c'est une raison de plus pour l'Esprit de s'acharner après lui pour le vexer. Deux choses essentielles sont à faire en ce cas : Prouver à l'Esprit qu'on n'est pas sa dupe, et qu'il lui est impossible de nous abuser ; secondement, lasser sa patience en se montrant plus patient que lui ; s'il est bien convaincu qu'il perd son temps, il finira par se retirer, comme le font les importuns qu'on n'écoute pas.

Mais cela ne suffit pas toujours, et ce peut être long, car il y en a qui sont tenaces, et pour eux des mois et des années sont peu de chose. Le médium doit, en outre, faire un appel fervent à son bon ange, ainsi qu'aux bons Esprits qui lui sont sympathiques, et les prier de l'assister. A l'égard de l'Esprit obsesseur, quelque mauvais qu'il soit, il faut le traiter avec sévérité, mais avec bienveillance, et le vaincre par les bons procédés en priant pour lui. S'il est réellement pervers, il s'en moquera d'abord ; mais en le moralisant avec persévérance il finira par s'amender : c'est une conversion à entreprendre, tâche souvent pénible, ingrate, rebutante même, mais dont le mérite est dans la difficulté, et qui, si elle est bien accomplie, donne toujours la satisfaction d'avoir rempli un devoir de charité, et souvent d'avoir ramené dans le bon chemin une âme perdue.

Il convient également d'interrompre toute communication écrite dès qu'on reconnaît qu'elle vient d'un mauvais Esprit qui ne veut pas entendre raison, afin de ne pas lui donner le plaisir d'être écouté. Dans certains cas même, il peut être utile de cesser d'écrire pour un temps ; on se règle selon les circonstances. Mais si le médium écrivain peut éviter ces entretiens en s'abstenant d'écrire, il n'en est pas de même du médium auditif que l'Esprit obsesseur poursuit quelquefois à tout instant de ses propos grossiers et obscènes, et qui n'a pas même la ressource de se boucher les oreilles. Du reste, il faut reconnaître que certaines personnes s'amusent du langage trivial de ces sortes d'Esprits, qu'elles encouragent et provoquent en riant de leurs sottises, au lieu de leur imposer silence et de les moraliser. Nos conseils ne peuvent s'appliquer à ceux qui veulent se noyer.

250. Il n'y a donc que désagrément et non danger pour tout médium qui ne se laisse pas abuser, parce qu'il ne peut être trompé ; il en est tout autrement de la fascination, car alors l'empire que prend l'Esprit sur celui dont il s'empare n'a pas de bornes. La seule chose à faire avec lui, c'est de tâcher de le convaincre qu'il est abusé, et de ramener son obsession au cas de l'obsession simple ; mais ce n'est pas toujours facile, si ce n'est même quelquefois impossible. L'ascendant de l'Esprit peut être tel, qu'il rende le fasciné sourd à toute espèce de raisonnement, et peut aller jusqu'à le faire douter, quand l'Esprit commet quelque grosse hérésie scientifique, si la science ne se trompe pas. Comme nous l'avons dit, il accueille généralement très mal les conseils ; la critique le froisse, l'irrite, et lui fait prendre en grippe ceux qui ne partagent pas son admiration. Suspecter son Esprit est presque une profanation à ses yeux, et c'est tout ce que demande l'Esprit ; car ce qu'il veut, c'est qu'on se mette à genoux devant sa parole. L'un d'eux exerçait sur une personne de notre connaissance une fascination extraordinaire ; nous l'évoquâmes, et après quelques forfanteries, voyant qu'il ne pouvait nous donner le change sur son identité, il finit par avouer qu'il n'était pas celui dont il prenait le nom. Lui ayant demandé pourquoi il abusait ainsi cette personne, il répondit ces mots qui peignent nettement le caractère de ces sortes d'Esprits : Je cherchais un homme que je pusse mener ; je l'ai trouvé et j'y reste. - Mais si on lui fait voir clair, il vous chassera. - C'est ce que nous verrons ! Comme il n'y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, quand on reconnaît l'inutilité de toute tentative pour dessiller les yeux du fasciné, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de le laisser à ses illusions. On ne peut guérir un malade qui s'obstine à garder son mal et s'y complaît.

251. La subjugation corporelle ôte souvent à l'obsédé l'énergie nécessaire pour dominer le mauvais Esprit, c'est pourquoi il faut l'intervention d'une tierce personne, agissant soit par le magnétisme, soit par l'empire de sa volonté. A défaut du concours de l'obsédé, cette personne doit prendre l'ascendant sur l'Esprit ; mais comme cet ascendant ne peut être que moral, il n'est donné qu'à un être moralement supérieur à l'Esprit de l'exercer, et son pouvoir sera d'autant plus grand que sa supériorité morale sera plus grande, parce qu'il impose à l'Esprit qui est forcé de s'incliner devant lui ; c'est pourquoi Jésus avait une si grande puissance pour chasser ce que l'on appelait alors les démons, c'est-à-dire les mauvais Esprits obsesseurs.

Nous ne pouvons donner ici que des conseils généraux, car il n'y a aucun procédé matériel, aucune formule surtout, ni aucune parole sacramentelle qui ait le pouvoir de chasser les Esprits obsesseurs. Ce qui manque quelquefois à l'obsédé, c'est une force fluidique suffisante ; dans ce cas, l'action magnétique d'un bon magnétiseur peut lui venir utilement en aide. Au reste, il est toujours bon de prendre, par un médium sûr, les conseils d'un Esprit supérieur ou de son ange gardien.

252. Les imperfections morales de l'obsédé sont souvent un obstacle à sa délivrance. En voici un exemple remarquable qui peut servir à l'instruction de tous :

Plusieurs soeurs étaient depuis un certain nombre d'années victimes de déprédations fort désagréables. Leurs vêtements étaient sans cesse dispersés dans tous les coins de la maison, et jusque sur les toits, coupés, déchirés et criblés de trous, quelque soin qu'elles prissent de les mettre sous clé. Ces dames, reléguées dans une petite localité de province, n'avaient jamais entendu parler du spiritisme. Leur première pensée fut naturellement de croire qu'elles étaient en butte à de mauvais plaisants, mais cette persistance et les précautions qu'elles prenaient leur ôtèrent cette idée. Ce ne fut que longtemps après que, sur quelques indications, elles crurent devoir s'adresser à nous pour connaître la cause de ces dégâts et les moyens d'y porter remède si c'était possible. La cause n'était pas douteuse ; le remède était plus difficile. L'Esprit qui se manifestait par de tels actes, était évidemment malveillant. Il se montra, dans l'évocation, d'une grande perversité et inaccessible à tout bon sentiment. La prière parut néanmoins exercer une influence salutaire ; mais, après quelque temps de répit, les déprédations recommencèrent. Voici à ce sujet le conseil que donna un Esprit supérieur.

«Ce que ces dames ont de mieux à faire, c'est de prier leurs Esprits protecteurs de ne pas les abandonner ; et je n'ai pas de meilleur conseil à leur donner que de descendre dans leur conscience pour s'y confesser à elles-mêmes, et examiner si elles ont toujours pratiqué l'amour du prochain et la charité ; je ne dis pas la charité qui donne et distribue, mais la charité de la langue ; car malheureusement elles ne savent pas retenir la leur, et ne justifient pas, par leurs actes pieux, le désir qu'elles ont d'être délivrées de celui qui les tourmente. Elles aiment beaucoup trop à médire de leur prochain, et l'Esprit qui les obsède prend sa revanche, car il a été leur souffre-douleur de son vivant. Elles n'ont qu'à chercher dans leur mémoire, et elles verront bientôt à qui elles ont affaire.

Cependant, si elles arrivent à s'améliorer, leurs anges gardiens se rapprocheront d'elles, et leur seule présence suffira pour chasser l'Esprit mauvais qui n'a pris à partie l'une d'elles surtout que parce que son ange gardien a dû s'éloigner devant des actes répréhensibles ou des pensées mauvaises. Ce qu'il leur faut, ce sont de ferventes prières pour ceux qui souffrent, et surtout la pratique des vertus imposées par Dieu à chacun suivant sa condition.»

Sur l'observation que ces paroles nous semblaient un peu sévères, et qu'il faudrait peut-être les adoucir pour les transmettre, l'Esprit ajouta :

«Je dois dire ce que je dis, et comme je le dis, parce que les personnes en question ont l'habitude de croire qu'elles ne font pas de mal avec la langue, tandis qu'elles en font beaucoup. Voilà pourquoi il faut frapper leur esprit de manière que ce soit pour elles un avertissement sérieux.»

Il ressort de là un enseignement d'une grande portée, c'est que les imperfections morales donnent prise aux Esprits obsesseurs, et que le plus sûr moyen de s'en débarrasser, c'est d'attirer les bons par la pratique du bien. Les bons Esprits ont sans doute plus de puissance que les mauvais, et leur volonté suffit pour éloigner ces derniers ; mais ils n'assistent que ceux qui les secondent par les efforts qu'ils font pour s'améliorer, autrement ils s'éloignent et laissent le champ libre aux mauvais Esprits qui deviennent ainsi, dans certains cas, des instruments de punition, car les bons les laissent agir dans ce but.

253. Il faut, du reste, se garder d'attribuer à l'action directe des Esprits tous les désagréments qui peuvent arriver ; ces désagréments sont souvent la conséquence de l'incurie ou de l'imprévoyance. Un cultivateur nous fit écrire un jour que depuis douze ans il lui arrivait toutes sortes de malheurs à l'endroit de ses bestiaux ; tantôt c'étaient ses vaches qui mouraient ou ne donnaient plus de lait ; tantôt c'étaient ses chevaux, ses moutons ou ses porcs. Il fit force neuvaines qui ne remédièrent pas au mal, non plus que les messes qu'il fit dire, ni les exorcismes qu'il fit pratiquer. Alors, selon le préjugé des campagnes, il se persuada qu'on avait jeté un sort sur ses animaux. Nous croyant sans doute doués d'un pouvoir conjurateur plus grand que celui du curé de son village, il nous fit demander notre avis. Voici la réponse que nous obtînmes :

«La mortalité ou les maladies des bestiaux de cet homme proviennent de ce que ses écuries sont infectées, et qu'il ne les fait pas réparer, parce que ça coûte

254. Nous terminerons ce chapitre par les réponses données par les Esprits à quelques questions, et venant à l'appui de ce que nous avons dit.

1. Pourquoi certains médiums ne peuvent-ils se débarrasser d'Esprits mauvais qui s'attachent à eux, et comment les bons Esprits qu'ils appellent ne sont-ils pas assez puissants pour éloigner les autres et se communiquer directement ?

«Ce n'est pas la puissance qui manque au bon Esprit, c'est souvent le médium qui n'est pas assez fort pour le seconder ; sa nature se prête mieux à certains rapports ; son fluide s'identifie plutôt avec un Esprit qu'avec un autre ; c'est ce qui donne un si grand empire à ceux qui veulent en abuser.»

2. Il nous semble cependant qu'il y a des personnes très méritantes, d'une moralité irréprochable, et qui pourtant sont empêchées de communiquer avec les bons Esprits ?

«Ceci est une épreuve ; et qui vous dit, d'ailleurs que le coeur n'est pas entaché d'un peu de mal ? que l'orgueil ne domine pas un peu l'apparence de bonté ? Ces épreuves, en montrant à l'obsédé sa faiblesse, doivent le faire tourner vers l'humilité.

Y a-t-il quelqu'un sur la terre qui puisse se dire parfait ? et tel qui a toutes les apparences de la vertu peut avoir encore bien des défauts cachés, un vieux levain d'imperfection. Ainsi, par exemple, vous dites de celui qui ne fait point de mal, qui est loyal dans ses rapports sociaux : C'est un brave et digne homme ; mais savez-vous si ses bonnes qualités ne sont pas ternies par l'orgueil ; s'il n'y a pas chez lui un fond d'égoïsme ; s'il n'est pas avare, jaloux, rancunier, médisant et cent autres choses que vous n'apercevez pas, parce que vos rapports avec lui ne vous ont pas mis dans ce cas ? Le moyen le plus puissant de combattre l'influence des mauvais Esprits est de se rapprocher le plus possible de la nature des bons.»

3. L'obsession qui s'oppose à ce qu'un médium obtienne les communications qu'il désire est-elle toujours un signe d'indignité de sa part ?

«Je n'ai pas dit que ce fût un signe d'indignité, mais qu'un obstacle peut s'opposer à certaines communications ; c'est à enlever l'obstacle qui est en lui qu'il doit s'attacher ; sans cela, ses prières, ses supplications ne feront rien. Il ne suffit pas à un malade de dire à son médecin : Donnez-moi la santé, je veux me bien porter ; le médecin ne peut rien si le malade ne fait pas ce qui est nécessaire.»

4. La privation de communiquer avec certains Esprits serait ainsi une sorte de punition ?

«Dans certains cas, ce peut être une véritable punition, comme la possibilité de communiquer avec eux est une récompense que vous devez vous efforcer de mériter.» (Voir Perte et suspension de la médiumnité, n° 220.)

5. Ne peut-on aussi combattre l'influence des mauvais Esprits en les moralisant ?

«Oui, c'est ce qu'on ne fait pas, et c'est ce qu'il ne faut pas négliger de faire ; car souvent c'est une tâche qui vous est donnée, et que vous devez accomplir charitablement et religieusement. Par de sages conseils, on peut les exciter au repentir et hâter leur avancement.»

- Comment un homme peut-il avoir sous ce rapport plus d'influence que n'en ont les Esprits eux-mêmes ?

«Les Esprits pervers se rapprochent plutôt des hommes qu'ils cherchent à tourmenter que des Esprits dont ils s'éloignent le plus possible. Dans ce rapprochement avec les humains, quand ils en trouvent qui les moralisent, ils ne les écoutent pas d'abord, ils en rient ; puis, si on sait les prendre, ils finissent par se laisser toucher. Les Esprits élevés ne peuvent leur parler qu'au nom de Dieu, et cela les effraye. L'homme n'a certainement pas plus de pouvoir que les Esprits supérieurs, mais son langage s'identifie mieux avec leur nature, et en voyant l'ascendant qu'il peut exercer sur les Esprits inférieurs, il comprend mieux la solidarité qui existe entre le ciel et la terre.

Du reste, l'ascendant que l'homme peut exercer sur les Esprits est en raison de sa supériorité morale. Il ne maîtrise pas les Esprits supérieurs, ni même ceux qui, sans être supérieurs, sont bons et bienveillants, mais il peut maîtriser les Esprits qui lui sont inférieurs en moralité.» (Voir n° 279.)

6. La subjugation corporelle, poussée à un certain degré, pourrait-elle avoir pour conséquence la folie ?

«Oui, une espèce de folie dont la cause est inconnue du monde, mais qui n'a pas de rapport avec la folie ordinaire. Parmi ceux que l'on traite de fous, il y en a beaucoup qui ne sont que subjugués ; il leur faudrait un traitement moral, tandis qu'on les rend fous véritables avec les traitements corporels. Lorsque les médecins connaîtront bien le spiritisme, ils sauront faire cette distinction et guériront plus de malades qu'avec les douches.» (221.)

7. Que doit-on penser de ceux qui, voyant un danger quelconque dans le spiritisme, croient que le moyen de le prévenir serait d'interdire les communications spirites ?

«S'ils peuvent interdire à certaines personnes de communiquer avec les Esprits, ils ne peuvent empêcher les manifestations spontanées faites à ces mêmes personnes, car ils ne peuvent supprimer les Esprits ni empêcher leur influence occulte. Cela ressemble à ces enfants qui se bouchent les yeux et croient qu'on ne les voit pas. Ce serait folie de vouloir supprimer une chose qui offre de grands avantages, parce que des imprudents peuvent en abuser ; le moyen de prévenir ces inconvénients, c'est au contraire de faire connaître à fond cette chose.»

CHAPITRE XXIV
IDENTITE DES ESPRITS

Preuves possibles d'identité

255. La question de l'identité des Esprits est une des plus controversées, même parmi les adeptes du spiritisme ; c'est qu'en effet les Esprits ne nous apportent pas un acte de notoriété, et l'on sait avec quelle facilité certains d'entre eux prennent des noms d'emprunt ; aussi, après l'obsession, est-ce une des plus grandes difficultés du spiritisme pratique ; du reste, dans beaucoup de cas, l'identité absolue est une question secondaire et sans importance réelle.

L'identité de l'Esprit des personnages anciens est la plus difficile à constater, souvent même elle est impossible, et l'on en est réduit à une appréciation purement morale. On juge les Esprits, comme les hommes, à leur langage ; si un Esprit se présente sous le nom de Fénelon, par exemple, et qu'il dise des trivialités ou des puérilités, il est bien certain que ce ne peut être lui ; mais s'il ne dit que des choses dignes du caractère de Fénelon et que celui-ci ne désavouerait pas, il y a, sinon preuve matérielle, du moins toute probabilité morale que ce doit être lui. C'est dans ce cas surtout que l'identité réelle est une question accessoire ; du moment que l'Esprit ne dit que de bonnes choses, peu importe le nom sous lequel elles sont données.

On objectera sans doute que l'Esprit qui prendrait un nom supposé, même pour ne dire que du bien, n'en commettrait pas moins une fraude, et dès lors ne peut être un bon Esprit. C'est ici qu'il y a des délicatesses de nuances assez difficiles à saisir, et que nous allons essayer de développer.

256. A mesure que les Esprits se purifient et s'élèvent dans la hiérarchie, les caractères distinctifs de leur personnalité s'effacent en quelque sorte dans l'uniformité de perfection, et cependant ils n'en conservent pas moins leur individualité ; c'est ce qui a lieu pour les Esprits supérieurs et les purs Esprits. Dans cette position, le nom qu'ils avaient sur la terre, dans une des mille existences corporelles éphémères par lesquelles ils ont passé, est une chose tout à fait insignifiante. Remarquons encore que les Esprits sont attirés les uns vers les autres par la similitude de leurs qualités, et qu'ils forment ainsi des groupes ou familles sympathiques. D'un autre côté, si l'on considère le nombre immense d'Esprits qui, depuis l'origine des temps, doivent être arrivés dans les premiers rangs, et si on le compare avec le nombre si restreint des hommes qui ont laissé un grand nom sur la terre, on comprendra que, parmi les Esprits supérieurs qui peuvent se communiquer, la plupart ne doivent pas avoir de noms pour nous ; mais comme il nous faut des noms pour fixer nos idées, ils peuvent prendre celui du personnage connu dont la nature s'identifie le mieux avec la leur ; c'est ainsi que nos anges gardiens se font connaître le plus souvent sous le nom d'un des saints que nous vénérons, et généralement sous le nom de celui pour lequel nous avons le plus de sympathie. Il suit de là que si l'ange gardien d'une personne se donne pour saint Pierre, par exemple, il n'y a aucune preuve matérielle que ce soit précisément l'apôtre de ce nom ; ce peut être lui comme ce peut être un Esprit tout à fait inconnu, appartenant à la famille d'Esprits dont saint Pierre fait partie ; il s'ensuit encore que, quel que soit le nom sous lequel on invoque son ange gardien, il viendra à l'appel qui lui est fait, parce qu'il est attiré par la pensée, et que le nom lui est indifférent.

Il en est de même toutes les fois qu'un Esprit supérieur se communique spontanément sous le nom d'un personnage connu ; rien ne prouve que ce soit précisément l'Esprit de ce personnage ; mais s'il ne dit rien qui démente l'élévation du caractère de ce dernier, il y a présomption que c'est lui, et dans tous les cas on peut se dire que, si ce n'est pas lui, ce doit être un Esprit du même degré, ou peut-être même envoyé par lui. En résumé, la question de nom est secondaire, le nom pouvant être considéré comme un simple indice du rang qu'occupe l'Esprit dans l'échelle spirite.

La position est tout autre lorsqu'un Esprit d'un ordre inférieur se pare d'un nom respectable pour donner du crédit à ses paroles, et ce cas est tellement fréquent qu'on ne saurait trop se tenir en garde contre ces sortes de substitutions ; c'est à la faveur de ces noms d'emprunt et avec l'aide surtout de la fascination, que certains Esprits systématiques, plus orgueilleux que savants, cherchent à accréditer les idées les plus ridicules.

La question de l'identité est donc, comme nous l'avons dit, à peu près indifférente quand il s'agit d'instructions générales, puisque les meilleurs Esprits peuvent se substituer les uns aux autres sans que cela tire à conséquence. Les Esprits supérieurs forment, pour ainsi dire, un tout collectif, dont les individualités nous sont, à peu d'exceptions près, complètement inconnues. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas leur personne, mais leur enseignement ; or, du moment que cet enseignement est bon, peu importe que celui qui le donne s'appelle Pierre ou Paul ; on le juge à sa qualité et non à son enseigne. Si un vin est mauvais, ce n'est pas l'étiquette qui le rendra meilleur. Il en est autrement dans les communications intimes, parce que c'est l'individu, sa personne même qui nous intéresse, et c'est avec raison que, dans cette circonstance, on tient à s'assurer si l'Esprit qui vient à notre appel est bien réellement celui qu'on désire.

257. L'identité est beaucoup plus facile à constater quand il s'agit d'Esprits contemporains dont on connaît le caractère et les habitudes, car ce sont précisément ces habitudes, dont ils n'ont pas encore eu le temps de se dépouiller, par lesquelles ils se font reconnaître, et disons tout de suite que c'est même là un des signes les plus certains d'identité. L'Esprit peut sans doute en donner des preuves sur la demande qui lui en est faite, mais il ne le fait toujours que si cela lui convient, et généralement cette demande le blesse ; c'est pourquoi on doit l'éviter. En quittant son corps, l'Esprit n'a pas dépouillé sa susceptibilité ; il se froisse de toute question ayant pour but de le mettre à l'épreuve. Il est telle question qu'on n'oserait lui faire s'il se présentait vivant, de peur de manquer aux convenances ; pourquoi donc aurait-on moins d'égards pour lui après sa mort ? Qu'un homme se présente dans un salon en déclinant son nom, ira-t-on lui dire à brûle-pourpoint de prouver qu'il est bien un tel en exhibant ses titres, sous le prétexte qu'il y a des imposteurs ? Cet homme assurément aurait le droit de rappeler l'interrogateur aux règles du savoir-vivre. C'est ce que font les Esprits en ne répondant pas ou en se retirant. Prenons un exemple pour comparaison. Supposons que l'astronome Arago, de son vivant, se fût présenté dans une maison où sa personne n'aurait pas été connue, et qu'on l'eût apostrophé ainsi : Vous dites que vous êtes Arago, mais comme nous ne vous connaissons pas, veuillez nous le prouver en répondant à nos questions ; résolvez tel problème d'astronomie ; dites-nous vos noms, prénoms, ceux de vos enfants, ce que vous faisiez tel jour, à telle heure, etc. ; qu'aurait-il répondu ? Eh bien ! comme Esprit, il fera ce qu'il aurait fait de son vivant, et les autres Esprits font de même.

258. Tandis que les Esprits se refusent à répondre aux questions puériles et saugrenues qu'on se serait fait scrupule d'adresser à leur personne vivante, ils donnent souvent d'eux-mêmes et spontanément des preuves irrécusables de leur identité, par leur caractère qui se révèle dans leur langage, par l'emploi de mots qui leur étaient familiers, par la citation de certains faits, de particularités de leur vie quelquefois inconnues des assistants, et dont l'exactitude a pu être vérifiée. Les preuves d'identité ressortent en outre d'une foule de circonstances imprévues qui ne se présentent pas toujours d'un premier coup, mais dans la suite des entretiens. Il convient donc de les attendre, sans les provoquer, en observant avec soin toutes celles qui peuvent découler de la nature des communications. (Voir le fait rapporté n° 70.)

259. Un moyen que l'on emploie quelquefois avec succès pour s'assurer de l'identité, lorsque l'Esprit qui se communique est suspect, consiste à lui faire affirmer, au nom de Dieu tout-puissant, qu'il est bien celui qu'il dit être. Il arrive souvent que celui qui prend un nom usurpé recule devant un sacrilège, et qu'après avoir commencé à écrire : J'affirme au nom de..., il s'arrête et trace avec colère des raies insignifiantes, ou brise le crayon ; s'il est plus hypocrite, il élude la question par une restriction mentale, en écrivant, par exemple : Je vous certifie que je dis la vérité ; ou bien encore : J'atteste, au nom de Dieu, que c'est bien moi qui vous parle, etc.. Mais il y en a qui ne sont pas si scrupuleux, et qui jurent tout ce qu'on veut. L'un d'eux s'était communiqué à un médium en se disant être Dieu, et le médium, très honoré d'une si haute faveur, n'avait pas hésité à le croire. Evoqué par nous, il n'osa soutenir son imposture, et dit : Je ne suis pas Dieu, mais je suis son fils. - Vous êtes donc Jésus ? cela n'est pas probable, car Jésus est trop haut placé pour employer un subterfuge. Osez donc affirmer, au nom de Dieu, que vous êtes le Christ ? - Je ne dis pas que je sois Jésus ; je dis que je suis le fils de Dieu, parce que je suis une de ses créatures.

On doit conclure de là que le refus de la part d'un Esprit d'affirmer son identité au nom de Dieu, est toujours une preuve manifeste que le nom qu'il a pris est une imposture, mais que l'affirmation n'est qu'une présomption et non une preuve certaine.

260. On peut aussi ranger parmi les preuves d'identité la similitude de l'écriture et de la signature, mais, outre qu'il n'est pas donné à tous les médiums d'obtenir ce résultat, ce n'est pas toujours une garantie suffisante ; il y a des faussaires dans le monde des Esprits comme dans celui-ci ; ce n'est donc qu'une présomption d'identité qui n'acquiert de valeur que par les circonstances qui l'accompagnent. Il en est de même de tous les signes matériels que quelques-uns donnent comme des talismans inimitables par les Esprits menteurs. Pour ceux qui osent se parjurer au nom de Dieu, ou contrefaire une signature, un signe matériel quelconque ne peut leur offrir un obstacle plus grand. La meilleure de toutes les preuves d'identité est dans le langage et dans les circonstances fortuites.

261. On dira sans doute que si un Esprit peut imiter une signature, il peut tout aussi bien imiter le langage. Cela est vrai ; nous en avons vu qui prenaient effrontément le nom du Christ, et, pour donner le change, simulaient le style évangélique et prodiguaient à tort et à travers ces mots bien connus : En vérité, en vérité, je vous le dis ; mais quand on étudiait l'ensemble sans prévention ; quand on scrutait le fond des pensées, la portée des expressions ; quant à côté de belles maximes de charité on voyait des recommandations puériles et ridicules, il aurait fallu être fasciné pour s'y méprendre. Oui, certaines parties de la forme matérielle du langage peuvent être imitées, mais non la pensée ; jamais l'ignorance n'imitera le vrai savoir, et jamais le vice n'imitera la vraie vertu ; toujours quelque part percera le bout de l'oreille ; c'est alors que le médium ainsi que l'évocateur ont besoin de toute leur perspicacité et de tout leur jugement pour démêler la vérité du mensonge. Ils doivent se persuader que les Esprits pervers sont capables de toutes les ruses, et que plus le nom sous lequel un Esprit s'annonce est élevé, plus il doit inspirer de défiance. Que de médiums ont eu des communications apocryphes signées Jésus, Marie ou d'un saint vénéré !

 

Distinction des bons et des mauvais Esprits

262. Si l'identité absolue des Esprits est, dans beaucoup de cas, une question accessoire et sans importance, il n'en est pas de même de la distinction des bons et des mauvais Esprits ; leur individualité peut nous être indifférente, leur qualité ne l'est jamais. Dans toutes les communications instructives, c'est donc sur ce point que doit se concentrer toute l'attention, parce que seul il peut nous donner la mesure de la confiance que nous pouvons accorder à l'Esprit qui se manifeste, quel que soit le nom sous lequel il le fasse. L'Esprit qui se manifeste est-il bon ou mauvais ? A quel degré de l'échelle spirite appartient-il ? là est la question capitale. (Voir Echelle spirite, Livre des Esprits, n° 100.)

263. On juge les Esprits, avons-nous dit, comme on juge les hommes, à leur langage. Supposons qu'un homme reçoive vingt lettres de personnes qui lui sont inconnues ; au style, aux pensées, à une foule de signes enfin il jugera celles qui sont instruites ou ignorantes, polies ou mal élevées, superficielles, profondes, frivoles, orgueilleuses, sérieuses, légères, sentimentales, etc.. Il en est de même des Esprits ; on doit les considérer comme des correspondants qu'on n'a jamais vus, et se demander ce que l'on penserait du savoir et du caractère d'un homme qui dirait ou écrirait de pareilles choses. On peut poser comme règle invariable et sans exception, que le langage des Esprits est toujours en raison du degré de leur élévation. Non seulement les Esprits réellement supérieurs ne disent que de bonnes choses, mais ils les disent en termes qui excluent de la manière la plus absolue toute trivialité ; quelques bonnes que soient ces choses, si elles sont ternies par une seule expression qui sente la bassesse, c'est un signe indubitable d'infériorité, à plus forte raison si l'ensemble de la communication blesse les convenances par sa grossièreté. Le langage décèle toujours son origine, soit par la pensée qu'il traduit, soit par sa forme, et alors même qu'un Esprit voudrait nous donner le change sur sa prétendue supériorité, il suffit de converser quelque temps avec lui pour l'apprécier.

264. La bonté et la bienveillance sont encore des attributs essentiels des Esprits épurés ; ils n'ont de haine ni pour les hommes ni pour les autres Esprits ; ils plaignent les faiblesses, ils critiquent les erreurs, mais toujours avec modération, sans fiel et sans animosité. Si l'on admet que les Esprits vraiment bons ne peuvent vouloir que le bien et ne dire que de bonnes choses, on en conclura que tout ce qui, dans le langage des Esprits, décèle un manque de bonté et de bienveillance, ne peut émaner d'un bon Esprit.

265. L'intelligence est loin d'être un signe certain de supériorité, car l'intelligence et le moral ne marchent pas toujours de front. Un Esprit peut être bon, bienveillant, et avoir des connaissances bornées, tandis qu'un Esprit intelligent et instruit peut être très inférieur en moralité.

On croit assez généralement qu'en interrogeant l'Esprit d'un homme qui a été savant dans une spécialité sur la terre, on obtiendra plus sûrement la vérité ; cela est logique, et portant n'est pas toujours vrai. L'expérience démontre que les savants, aussi bien que les autres hommes, ceux surtout qui ont quitté la terre depuis peu, sont encore sous l'empire des préjugés de la vie corporelle ; ils ne se défont pas immédiatement de l'esprit de système. Il peut donc se faire que, sous l'influence des idées qu'ils ont caressées de leur vivant, et dont ils se sont fait un titre de gloire, ils voient moins clair que nous ne pensons. Nous ne donnons point ce principe comme une règle, tant s'en faut ; nous disons seulement que cela se voit, et que, par conséquent, leur science humaine n'est pas toujours une preuve de leur infaillibilité comme Esprits.

266. En soumettant toutes les communications à un examen scrupuleux, en scrutant et en analysant la pensée et les expressions comme on le fait quand il s'agit de juger un ouvrage littéraire, en rejetant sans hésiter tout ce qui pèche par la logique et le bon sens, tout ce qui dément le caractère de l'Esprit qui est censé se manifester, on décourage les Esprits trompeurs qui finissent par se retirer, une fois bien convaincus qu'ils ne peuvent nous abuser. Nous le répétons, ce moyen est le seul, mais il est infaillible, parce qu'il n'y a pas de mauvaise communication qui puisse résister à une critique rigoureuse. Les bons Esprits ne s'en offensent jamais, puisque eux-mêmes le conseillent, et parce qu'ils n'ont rien à craindre de l'examen ; les mauvais seuls s'en formalisent et en dissuadent, parce qu'ils ont tout à perdre, et par cela même prouvent ce qu'ils sont.

Voici, à ce sujet, le conseil donné par saint Louis :

«Quelle que soit la confiance légitime que vous inspirent les Esprits qui président à vos travaux, il est une recommandation que nous ne saurions trop répéter, et que vous devriez toujours avoir présente à la pensée quand vous vous livrez à vos études, c'est de peser et de mûrir, c'est de soumettre au contrôle de la raison la plus sévère toutes les communications que vous recevez ; de ne pas négliger, dès qu'un point vous paraît suspect, douteux ou obscur, de demander les explications nécessaires pour vous fixer.»

267. On peut résumer les moyens de reconnaître la qualité des Esprits dans les principes suivants :

1° Il n'y a pas d'autre critérium pour discerner la valeur des Esprits que le bon sens. Toute formule donnée à cet effet par les Esprits eux-mêmes est absurde, et ne peut émaner d'Esprits supérieurs.

2° On juge les Esprits à leur langage et à leurs actions. Les actions des Esprits sont les sentiments qu'ils inspirent et les conseils qu'ils donnent.

3° Etant admis que les bons Esprits ne peuvent dire et faire que le bien, tout ce qui est mal ne peut venir d'un bon Esprit.

4° Les Esprits supérieurs ont un langage toujours digne, noble, élevé, sans mélange d'aucune trivialité ; ils disent tout avec simplicité et modestie, ne se vantent jamais, ne font jamais parade de leur savoir ni de leur position parmi les autres. Celui des Esprits inférieurs ou vulgaires a toujours quelque reflet des passions humaines ; toute expression qui sent la bassesse, la suffisance, l'arrogance, la forfanterie, l'acrimonie, est un indice caractéristique d'infériorité ou de supercherie si l'Esprit se présente sous un nom respectable et vénéré.

5° Il ne faut pas juger les Esprits sur la forme matérielle et la correction de leur style, mais en sonder le sens intime, scruter leurs paroles, les peser froidement, mûrement et sans prévention. Tout écart de logique, de raison et de sagesse, ne peut laisser de doute sur leur origine, quel que soit le nom dont s'affuble l'Esprit. (224.)

6° Le langage des Esprits élevés est toujours identique, sinon pour la forme, du moins pour le fond. Les pensées sont les mêmes, quels que soient le temps et le lieu ; elles peuvent être plus ou moins développées, selon les circonstances, les besoins et les facilités de communiquer, mais elles ne seront pas contradictoires. Si deux communications portant le même nom sont en opposition l'une avec l'autre, l'une des deux est évidemment apocryphe, et la véritable sera celle où RIEN ne dément le caractère connu du personnage. Entre deux communications signées, par exemple, de saint Vincent de Paul, dont l'une prêcherait l'union et la charité, et l'autre tendrait à semer la discorde, il n'est personne de sensé qui pût se méprendre.

7° Les bons Esprits ne disent que ce qu'ils savent ; ils se taisent ou confessent leur ignorance sur ce qu'ils ne savent pas. Les mauvais parlent de tout avec assurance, sans se soucier de la vérité. Toute hérésie scientifique notoire, tout principe qui choque le bon sens, montre la fraude si l'Esprit se donne pour un Esprit éclairé.

8° On reconnaît encore les Esprits légers à la facilité avec laquelle ils prédisent l'avenir, et précisent des faits matériels qu'il ne nous est pas donné de connaître. Les bons Esprits peuvent faire pressentir les choses futures lorsque cette connaissance peut être utile, mais ne précisent jamais de dates ; toute annonce d'événement à époque fixe est l'indice d'une mystification.

9° Les Esprits supérieurs s'expriment simplement, sans prolixité ; leur style est concis, sans exclure la poésie des idées et des expressions, clair, intelligible pour tous, et ne demande pas d'efforts pour être compris ; ils ont l'art de dire beaucoup de choses en peu de mots, parce que chaque parole a sa portée. Les Esprits inférieurs, ou faux savants, cachent sous l'enflure et l'emphase le vide des pensées. Leur langage est souvent prétentieux, ridicule ou obscur à force de vouloir paraître profond.

10° Les bons Esprits ne commandent jamais : ils ne s'imposent pas, ils conseillent, et, si on ne les écoute pas, ils se retirent. Les mauvais sont impérieux ; ils donnent des ordres, veulent être obéis et restent quand même. Tout Esprit qui s'impose trahit son origine. Ils sont exclusifs et absolus dans leurs opinions, et prétendent avoir seuls le privilège de la vérité. Ils exigent une croyance aveugle, et ne font point appel à la raison, parce qu'ils savent que la raison les démasquerait.

11° Les bons Esprits ne flattent point ; ils approuvent quand on fait bien, mais toujours avec réserve ; les mauvais donnent des éloges exagérés, stimulent l'orgueil et la vanité tout en prêchant l'humilité, et cherchent à exalter l'importance personnelle de ceux qu'ils veulent capter.

12° Les Esprits supérieurs sont au-dessus des puérilités de la forme en toutes choses. Les Esprits vulgaires seuls peuvent attacher de l'importance à des détails mesquins, incompatibles avec des idées véritablement élevées. Toute prescription méticuleuse est un signe certain d'infériorité et de supercherie de la part d'un Esprit qui prend un nom imposant.

13° Il faut se défier des noms bizarres et ridicules que prennent certains Esprits qui veulent en imposer à la crédulité ; il serait souverainement absurde de prendre ces noms au sérieux.

14° Il faut également se défier des Esprits qui se présentent trop facilement sous des noms extrêmement vénérés, et n'accepter leurs paroles qu'avec la plus grande réserve ; c'est là surtout qu'un contrôle sévère est indispensable, car c'est souvent un masque qu'ils prennent pour faire croire à de prétendues relations intimes avec les Esprits hors ligne. Par ce moyen, ils flattent la vanité du médium et en profitent pour l'induire souvent à des démarches regrettables ou ridicules.

15° Les bons Esprits sont très scrupuleux sur les démarches qu'ils peuvent conseiller ; elles n'ont jamais, dans tous les cas, qu'un but sérieux et éminemment utile. On doit donc regarder comme suspectes toutes celles qui n'auraient pas ce caractère, ou seraient condamnées par la raison, et mûrement réfléchir avant de les entreprendre, car on s'exposerait à des mystifications désagréables.

16° On reconnaît aussi les bons Esprits à leur prudente réserve sur toutes les choses qui peuvent compromettre ; ils répugnent à dévoiler le mal ; les Esprits légers ou malveillants se plaisent à le faire ressortir. Tandis que les bons cherchent à adoucir les torts et prêchent l'indulgence, les mauvais les exagèrent et soufflent la zizanie par des insinuations perfides.

17° Les bons Esprits ne prescrivent que le bien. Toute maxime, tout conseil qui n'est pas strictement conforme à la pure charité évangélique ne peut être l'oeuvre de bons Esprits.

18° Les bons Esprits ne conseillent jamais que des choses parfaitement rationnelles ; toute recommandation qui s'écarterait de la droite ligne du bon sens ou des lois immuables de la nature accuse un Esprit borné, et par conséquent peu digne de confiance.

19° Les Esprits mauvais ou simplement imparfaits se trahissent encore par des signes matériels auxquels on ne saurait se méprendre. Leur action sur le médium est quelquefois violente, et provoque chez celui-ci des mouvements brusques et saccadés, une agitation fébrile et convulsive qui tranche avec le calme et la douceur des bons Esprits.

20° Les Esprits imparfaits profitent souvent des moyens de communication dont ils disposent pour donner de perfides conseils ; ils excitent la défiance et l'animosité contre ceux qui leur sont antipathiques ; ceux qui peuvent démasquer leurs impostures sont surtout l'objet de leur animadversion.

Les hommes faibles sont leur point de mire pour les induire au mal. Employant tour à tour les sophismes, les sarcasmes, les injures et jusqu'aux signes matériels de leur puissance occulte pour mieux convaincre, ils tâchent de les détourner du sentier de la vérité.

21° L'Esprit des hommes qui ont eu sur la terre une préoccupation unique, matérielle ou morale, s'ils ne sont pas dégagés de l'influence de la matière, sont encore sous l'empire des idées terrestres, et portent avec eux une partie des préjugés, des prédilections et même des manies qu'ils avaient ici-bas. C'est ce qu'il est aisé de reconnaître à leur langage.

22° Les connaissances dont certains Esprits se parent souvent avec une sorte d'ostentation ne sont pas un signe de leur supériorité. L'inaltérable pureté des sentiments moraux est à cet égard la véritable pierre de touche.

23° Il ne suffit pas d'interroger un Esprit pour connaître la vérité. Il faut avant tout savoir à qui l'on s'adresse ; car les Esprits inférieurs, ignorants eux-mêmes, traitent avec frivolité les questions les plus sérieuses.

Il ne suffit pas non plus qu'un Esprit ait été un grand homme sur la terre pour avoir dans le monde spirite la souveraine science. La vertu seule peut, en le purifiant, le rapprocher de Dieu et étendre ses connaissances.

24° De la part des Esprits supérieurs, la plaisanterie est souvent fine et piquante, mais n'est jamais triviale. Chez les Esprits railleurs qui ne sont pas grossiers, la satire mordante est souvent pleine d'à-propos.

25° En étudiant avec soin le caractère des Esprits qui se présentent, surtout au point de vue moral, on reconnaîtra leur nature et le degré de confiance qu'on peut leur accorder. Le bon sens ne saurait tromper.

26° Pour juger les Esprits, comme pour juger les hommes, il faut d'abord savoir se juger soi-même. Il y a malheureusement beaucoup de gens qui prennent leur opinion personnelle pour mesure exclusive du bon et du mauvais, du vrai et du faux ; tout ce qui contredit leur manière de voir, leurs idées, le système qu'ils ont conçu ou adopté, est mauvais à leurs yeux. De telles gens manquent évidemment de la première qualité pour une saine appréciation : la rectitude du jugement ; mais ils ne s'en doutent pas ; c'est le défaut sur lequel on se fait le plus illusion.

Toutes ces instructions découlent de l'expérience et de l'enseignement donné par les Esprits ; nous les complétons par les réponses mêmes données par eux sur les points les plus importants.

 

Questions sur la nature et l'identité des Esprits

268. 1. A quels signes peut-on reconnaître la supériorité ou l'infériorité des Esprits ?

«A leur langage, comme vous distinguez un étourdi d'un homme sensé. Nous l'avons déjà dit, les Esprits supérieurs ne se contredisent jamais et ne disent que de bonnes choses ; ils ne veulent que le bien : c'est leur préoccupation.

Les Esprits inférieurs sont encore sous l'empire des idées matérielles ; leurs discours se ressentent de leur ignorance et de leur imperfection. Il n'est donné qu'aux Esprits supérieurs de connaître toutes choses et de les juger sans passion.»

2. La science, chez un Esprit, est-elle toujours un signe certain de son élévation ?

Non, car s'il est encore sous l'influence de la matière, il peut avoir vos vices et vos préjugés. Il y a des gens qui sont dans ce monde excessivement jaloux et orgueilleux ; croyez-vous que dès qu'ils le quittent ils perdent ces défauts ? Il reste, après le départ d'ici, surtout à ceux qui ont eu des passions bien tranchées, une sorte d'atmosphère qui les enveloppe et leur laisse toutes ces mauvaises choses.

Ces Esprits mi-imparfaits sont plus à redouter que les mauvais Esprits, parce que la plupart réunissent l'astuce et l'orgueil à l'intelligence. Par leur prétendu savoir, ils en imposent aux gens simples et aux ignorants qui acceptent sans contrôle leurs théories absurdes et mensongères ; quoique ces théories ne puissent prévaloir contre la vérité, elles n'en font pas moins un mal momentané, car elles entravent la marche du spiritisme, et les médiums s'aveuglent volontiers sur le mérite de ce qui leur est communiqué. C'est là ce qui demande une très grande étude de la part des spirites éclairés et des médiums ; c'est à distinguer le vrai du faux qu'il faut apporter toute son attention.»

3. Beaucoup d'Esprits protecteurs se désignent sous des noms de saints ou de personnages connus ; que doit-on croire à ce sujet ?

«Tous les noms des saints et des personnages connus ne suffiraient pas pour fournir un protecteur à chaque homme ; parmi les Esprits, il y en a peu qui aient un nom connu sur la terre : c'est pourquoi très souvent ils ne s'en donnent pas ; mais la plupart du temps vous voulez un nom ; alors, pour vous satisfaire, ils prennent celui d'un homme que vous connaissez et que vous respectez.»

4. Ce nom d'emprunt ne peut-il être considéré comme une fraude ?

«Ce serait une fraude de la part d'un mauvais Esprit qui voudrait abuser ; mais quand c'est pour le bien, Dieu permet qu'il en soit ainsi entre Esprits du même ordre, parce qu'il y a entre eux solidarité et similitude de pensées.»

5. Ainsi, quand un Esprit protecteur se dit être saint Paul, par exemple, il n'est pas certain que ce soit l'Esprit même ou l'âme de l'apôtre de ce nom ?

«Nullement, car vous trouvez des milliers de personnes à qui il a été dit que leur ange gardien est saint Paul, ou tout autre ; mais que vous importe, si l'Esprit qui vous protège est aussi élevé que saint Paul ? Je vous l'ai dit, il vous faut un nom, ils en prennent un pour se faire appeler et reconnaître, comme vous prenez des noms de baptême pour vous distinguer des autres membres de votre famille. Ils peuvent tout aussi bien prendre ceux des archanges Raphaël, saint Michel, etc., sans que cela tire à conséquence.

Du reste, plus un esprit est élevé, plus son rayonnement est multiple ; croyez donc qu'un Esprit protecteur d'un ordre supérieur peut avoir sous sa tutelle des centaines d'incarnés. Chez vous, sur la terre, vous avez des notaires qui se chargent des affaires de cent et deux cents familles ; pourquoi voudriez-vous que nous fussions, spirituellement parlant, moins aptes à la direction morale des hommes que ceux-là à la direction matérielle de leurs intérêts ?»

6. Pourquoi les Esprits qui se communiquent prennent-ils si souvent le nom des saints ?

«Ils s'identifient avec les habitudes de ceux à qui ils parlent, et prennent les noms qui sont de nature à faire sur l'homme le plus d'impression en raison de ses croyances.»

7. Certains Esprits supérieurs que l'on évoque viennent-ils toujours en personne, ou bien, comme le croient quelques-uns, ne viennent-ils que par mandataires chargés de transmettre leur pensée ?

«Pourquoi ne viendraient-ils pas en personne, s'ils le peuvent ? mais si l'Esprit ne peut venir, ce sera forcément un mandataire.»

8. Le mandataire est-il toujours suffisamment éclairé pour répondre comme le ferait l'Esprit qui l'envoie ?

«Les Esprits supérieurs savent à qui ils confient le soin de les remplacer. D'ailleurs, plus les Esprits sont élevés, plus ils se confondent dans une pensée commune, de telle sorte que, pour eux, la personnalité est une chose indifférente, et il doit en être de même pour vous ; croyez-vous donc qu'il n'y ait dans le monde des Esprits supérieurs que ceux que vous avez connus sur la terre capables de vous instruire ? Vous êtes tellement portés à vous prendre pour les types de l'univers, que vous croyez toujours que hors de votre monde il n'y a plus rien. Vous ressemblez vraiment à ces sauvages qui ne sont pas sortis de leur île et croient que le monde ne va pas au delà.»

9. Nous comprenons qu'il en soit ainsi quand il s'agit d'un enseignement sérieux ; mais comment des Esprits élevés permettent-ils à des Esprits de bas étage de se parer de noms respectables pour induire en erreur par des maximes souvent perverses ?

«Ce n'est point avec leur permission qu'ils le font ; cela n'arrive-t-il pas aussi parmi vous ? Ceux qui trompent ainsi en seront punis, croyez-le bien, et leur punition sera proportionnée à la gravité de l'imposture. D'ailleurs, si vous n'étiez pas imparfaits, vous n'auriez autour de vous que de bons Esprits, et si vous êtes trompés, vous ne devez vous en prendre qu'à vous mêmes. Dieu permet qu'il en soit ainsi pour éprouver votre persévérance et votre jugement, et vous apprendre à distinguer la vérité de l'erreur ; si vous ne le faites pas, c'est que vous n'êtes pas assez élevés, et vous avez encore besoin des leçons de l'expérience.»

10. Des Esprits peu avancés, mais animés de bonnes intentions et du désir de progresser, ne sont-ils pas quelquefois délégués pour remplacer un Esprit supérieur, afin de leur fournir l'occasion de s'exercer à l'enseignement ?

«Jamais dans les grands centres ; je veux dire les centres sérieux et pour un enseignement général ; ceux qui s'y présentent le font toujours de leur propre chef, et, comme vous le dites, pour s'exercer ; c'est pourquoi leurs communications, quoique bonnes, portent toujours des traces de leur infériorité. Quand ils sont délégués, ce n'est que pour les communications peu importantes, et celles qu'on peut appeler personnelles.»

11. Les communications spirites ridicules sont quelquefois entremêlées de très bonnes maximes ; comment concilier cette anomalie qui semblerait indiquer la présence simultanée de bons et de mauvais Esprits ?

«Les Esprits mauvais ou légers se mêlent aussi de faire des sentences sans trop en voir la portée ou la signification. Tous ceux qui en font parmi vous sont-ils des hommes supérieurs ? Non ; les bons et les mauvais Esprits ne frayent pas ensemble, c'est à l'uniformité constante des bonnes communications que vous reconnaîtrez la présence des bons Esprits.»

12. Les Esprits qui induisent en erreur le font-ils toujours sciemment ?

«Non ; il y a des Esprits bons, mais ignorants et qui peuvent se tromper de bonne foi ; quand ils ont la conscience de leur insuffisance, ils en conviennent, et ne disent que ce qu'ils savent.»

13. Lorsqu'un Esprit fait une fausse communication, la fait-il toujours avec une intention malveillante ?

«Non ; si c'est un Esprit léger, il s'amuse à mystifier et n'a pas d'autre but.»

14. Puisque certains Esprits peuvent tromper par leur langage, peuvent-ils aussi, aux yeux d'un médium voyant, prendre une fausse apparence ?

«Cela se fait, mais plus difficilement. Dans tous les cas, cela n'a jamais lieu que dans un but que les mauvais Esprits ne connaissent pas eux-mêmes. Ils servent d'instrument pour donner une leçon. Le médium voyant peut voir des Esprits légers et menteurs comme d'autres les entendent ou écrivent sous leur influence. Les Esprits légers peuvent profiter de cette disposition pour l'abuser par des apparences trompeuses ; cela dépend des qualités de son Esprit à lui.»

15. Pour n'être pas abusé, suffit-il d'être animé de bonnes intentions, et les hommes parfaitement sérieux, qui ne mêlent à leurs études aucun sentiment de vaine curiosité, sont-ils aussi exposés à être trompés ?

«Moins que d'autres évidemment ; mais l'homme a toujours quelques travers qui attirent les Esprits moqueurs ; il se croit fort, et souvent il ne l'est pas ; il doit donc se défier de la faiblesse qui naît de l'orgueil et des préjugés. On ne tient pas assez compte de ces deux causes dont les Esprits profitent ; en flattant les manies, ils sont sûrs de réussir.»

16. Pourquoi Dieu permet-il que de mauvais Esprits se communiquent et disent de mauvaises choses ?

«Même dans ce qui est le plus mal, il y a un enseignement ; c'est à vous de savoir l'en tirer. Il faut bien qu'il y ait des communications de toutes sortes pour vous apprendre à distinguer les bons Esprits des mauvais, et vous servir de miroir à vous-mêmes.»

17. Les Esprits peuvent-ils, au moyen de communications écrites, inspirer d'injustes défiances contre certaines personnes, et brouiller des amis ?

«Des Esprits pervers et jaloux peuvent faire en mal tout ce que font les hommes ; c'est pourquoi il faut y prendre garde. Les Esprits supérieurs sont toujours prudents et réservés quand ils ont à blâmer ; ils ne disent pas de mal : ils avertissent avec ménagement. S'ils veulent que, dans leur intérêt, deux personnes cessent de se voir, ils feront naître des incidents qui les sépareront d'une manière naturelle. Un langage propre à semer le trouble et la défiance est toujours le fait d'un mauvais Esprit, quel que soit le nom dont il se pare. Ainsi n'accueillez qu'avec circonspection le mal qu'un Esprit peut dire de l'un de vous, surtout quand un bon Esprit vous en a dit du bien ; et défiez-vous aussi de vous-même et de vos propres préventions. Dans les communications des Esprits, ne prenez que ce qu'il y a de bon, de grand, de rationnel, et ce que votre conscience approuve.»

18. Par la facilité avec laquelle les mauvais Esprits se mêlent aux communications, il parait qu'on n'est jamais certains d'avoir la vérité ?

«Si, puisque vous avez un jugement pour les apprécier. A la lecture d'une lettre, vous savez bien reconnaître si c'est un goujat ou un homme bien élevé, un sot ou un savant, qui vous écrit ; pourquoi ne pourriez-vous le faire quand ce sont des Esprits qui vous écrivent ? Si vous recevez une lettre d'un ami éloigné, qui vous prouve qu'elle est bien de lui ? Son écriture, direz-vous ; mais n'y a-t-il pas des faussaires qui imitent toutes les écritures ; des fripons qui peuvent connaître vos affaires ? Cependant il est des signes auxquels vous ne vous méprendrez pas ; il en est de même des Esprits. Figurez-vous donc que c'est un ami qui vous écrit, ou que vous lisez l'ouvrage d'un écrivain, et jugez par les mêmes moyens.»

19. Les Esprits supérieurs pourraient-ils empêcher les mauvais Esprits de prendre de faux noms ?

«Certainement ils le peuvent ; mais plus les Esprits sont mauvais, plus ils sont entêtés, et souvent ils résistent aux injonctions. Il faut bien aussi que vous sachiez qu'il est des personnes auxquelles les Esprits supérieurs s'intéressent plus qu'à d'autres, et quand ils le jugent nécessaire, ils savent les préserver de l'atteinte du mensonge ; contre ces personnes, les Esprits trompeurs sont impuissants.»

20. Quel est le motif de cette partialité ?

«Ce n'est point de la partialité, c'est de la justice ; les bons Esprits s'intéressent à ceux qui mettent leurs avis à profit, et travaillent sérieusement à leur propre amélioration ; ceux-là sont leurs préférés et ils les secondent ; mais ils s'inquiètent peu de ceux avec lesquels ils perdent leur temps en belles paroles.»

21. Pourquoi Dieu permet-il aux Esprits de commettre le sacrilège de prendre faussement des noms vénérés ?

«Vous pourriez demander aussi pourquoi Dieu permet aux hommes de mentir et de blasphémer. Les Esprits, ainsi que les hommes, ont leur libre arbitre dans le bien comme dans le mal ; mais ni aux uns ni aux autres la justice de Dieu ne fera défaut.»

22. Y a-t-il des formules efficaces pour chasser les Esprits trompeurs ?

«Formule est matière ; bonne pensée vers Dieu vaut mieux.»

23. Certains Esprits ont dit avoir des signes graphiques inimitables, sortes d'emblèmes qui peuvent les faire reconnaître et constater leur identité ; cela est-il vrai ?

«Les Esprits supérieurs n'ont d'autres signes pour se faire reconnaître que la supériorité de leurs idées et de leur langage. Tous les Esprits peuvent imiter un signe matériel. Quant aux Esprits inférieurs, ils se trahissent de tant de manières qu'il faut être aveugle pour se laisser abuser.»

24. Les Esprits trompeurs ne peuvent-ils aussi contrefaire la pensée ?

«Ils contrefont la pensée comme les décors de théâtre contrefont la nature.»

25. Il paraît qu'il est ainsi toujours facile de découvrir la fraude par une étude attentive ?

«N'en doutez pas ; les Esprits ne trompent que ceux qui se laissent tromper. Mais il faut avoir des yeux de marchand de diamants pour distinguer la vraie pierre de la fausse ; or, celui qui ne sait pas distinguer la pierre fine de la fausse s'adresse au lapidaire.»

26. Il y a des gens qui se laissent séduire par un langage emphatique ; qui se payent de mots plus que d'idées ; qui prennent même des idées fausses et vulgaires pour des idées sublimes ; comment ces gens-là, qui ne sont pas même aptes à juger les oeuvres des hommes, peuvent-ils juger celles des Esprits ?

«Quand ces personnes ont assez de modestie pour reconnaître leur insuffisance, elles ne s'en rapportent pas à elles-mêmes ; quand par orgueil elles se croient plus capables qu'elles ne le sont, elles portent la peine de leur sotte vanité. Les Esprits trompeurs savent bien à qui ils s'adressent ; il y a des gens simples et peu instruits plus difficiles à abuser que d'autres qui ont de l'esprit et du savoir. En flattant les passions, ils font de l'homme tout ce qu'ils veulent.»

27. Dans l'écriture, les mauvais Esprits se trahissent-ils quelquefois par des signes matériels involontaires ?

«Les habiles ne le font pas ; les maladroits se fourvoient. Tout signe inutile et puéril est un indice certain d'infériorité ; les Esprits élevés ne font rien d'inutile.»

28. Beaucoup de médiums reconnaissent les bons et les mauvais Esprits à l'impression agréable ou pénible qu'ils ressentent à leur approche. Nous demandons si l'impression désagréable, l'agitation convulsive, le malaise, en un mot, sont toujours des indices de la mauvaise nature des Esprits qui se manifestent.

«Le médium éprouve les sensations de l'état dans lequel se trouve l'Esprit qui vient à lui. Quand l'Esprit est heureux, il est tranquille, léger, posé ; quand il est malheureux, il est agité, fébrile, et cette agitation passe naturellement dans le système nerveux du médium. Du reste, c'est ainsi qu'est l'homme sur la terre : celui qui est bon est calme et tranquille ; celui qui est méchant est sans cesse agité.»

 

Remarque. Il y a des médiums d'une impressionnabilité nerveuse plus ou moins grande, c'est pourquoi l'agitation ne saurait être regardée comme une règle absolue ; il faut ici, comme en toutes choses, tenir compte des circonstances. Le caractère pénible et désagréable de l'impression est un effet de contraste, car si l'Esprit du médium sympathise avec le mauvais Esprit qui se manifeste, il en sera peu ou point affecté. Du reste, il ne faut pas confondre la rapidité de l'écriture, qui tient à l'extrême flexibilité de certains médiums, avec l'agitation convulsive que les médiums les plus lents peuvent éprouver au contact des Esprits imparfaits.

CHAPITRE XXV
DES EVOCATIONS

Considérations générales

269. Les Esprits peuvent se communiquer spontanément ou venir à notre appel, c'est-à-dire sur évocation. Quelques personnes pensent que l'on doit s'abstenir d'évoquer tel ou tel Esprit, et qu'il est préférable d'attendre celui qui veut bien se communiquer. Elles se fondent sur cette opinion, qu'en appelant un Esprit déterminé, on n'est pas certain que ce soit lui qui se présente, tandis que celui qui vient spontanément et de son propre mouvement prouve mieux son identité, puisqu'il annonce ainsi le désir qu'il a de s'entretenir avec nous. A notre avis, c'est là une erreur : premièrement, parce qu'il y a toujours autour de nous des Esprits, le plus souvent de bas étage, qui ne demandent pas mieux que de se communiquer ; en second lieu, et par cette dernière raison même, en n'en appelant aucun en particulier, c'est ouvrir la porte à tous ceux qui veulent entrer. Dans une assemblée, ne donner la parole à personne, c'est la laisser à tout le monde, et l'on sait ce qui en résulte. L'appel direct fait à un Esprit déterminé est un lien entre lui et nous : nous l'appelons par notre désir, et nous opposons ainsi une sorte de barrière aux intrus. Sans un appel direct, un Esprit n'aurait souvent aucun motif de venir à nous, si ce n'est notre Esprit familier.

Ces deux manières d'opérer ont chacune leurs avantages, et l'inconvénient ne serait que dans l'exclusion absolue de l'une des deux. Les communications spontanées n'ont aucun inconvénient quand on est maître des Esprits, et qu'on est certain de ne laisser prendre aucun empire aux mauvais ; alors il est souvent utile d'attendre le bon plaisir de ceux qui veulent bien se manifester, parce que leur pensée ne subit aucune contrainte, et l'on peut obtenir de cette manière des choses admirables ; tandis qu'il n'est pas dit que l'Esprit que vous appelez soit disposé à parler, ou capable de le faire dans le sens qu'on désire. L'examen scrupuleux que nous avons conseillé est d'ailleurs une garantie contre les mauvaises communications. Dans les réunions régulières, dans celles surtout où l'on s'occupe d'un travail suivi, il y a toujours des Esprits habitués qui se trouvent au rendez-vous sans qu'on les appelle, par cela même qu'en raison de la régularité des séances, ils sont prévenus : ils prennent souvent spontanément la parole pour traiter un sujet quelconque, développer une proposition ou prescrire ce que l'on doit faire, et alors on les reconnaît aisément, soit à la forme de leur langage qui est toujours identique, soit à leur écriture, soit à certaines habitudes qui leur sont familières.

270. Lorsqu'on désire communiquer avec un Esprit déterminé, il faut de toute nécessité l'évoquer. (N° 203.) S'il peut venir, on obtient généralement pour réponse : Oui ; ou : Je suis là ; ou bien encore : Que me voulez-vous ? Quelquefois il entre directement en matière en répondant par anticipation aux questions qu'on se propose de lui adresser.

Lorsqu'un Esprit est évoqué pour la première fois, il convient de le désigner avec quelque précision. Dans les questions qui lui sont adressées, il faut éviter les formes sèches et impératives, qui seraient pour lui un motif d'éloignement. Ces formes doivent être affectueuses ou respectueuses selon l'Esprit, et dans tous les cas témoigner de la bienveillance de l'évocateur.

271. On est souvent surpris de la promptitude avec laquelle un Esprit évoqué se présente, même pour la première fois : on dirait qu'il a été prévenu ; c'est, en effet, ce qui a lieu lorsqu'on se préoccupe d'avance de son évocation. Cette préoccupation est une sorte d'évocation anticipée, et comme nous avons toujours nos Esprits familiers qui s'identifient avec notre pensée, ils préparent les voies, de telle sorte que si rien ne s'y oppose, l'Esprit que l'on veut appeler est déjà présent. Dans le cas contraire, c'est l'esprit familier du médium, ou celui de l'interrogateur, ou l'un des habitués qui va le chercher, et pour cela il ne lui faut pas beaucoup de temps. Si l'Esprit évoqué ne peut venir instantanément, le messager (les Païens auraient dit Mercure) assigne un délai, quelquefois de cinq minutes, un quart d'heure, une heure et même plusieurs jours ; lorsqu'il est arrivé, il dit : Il est là ; et alors on peut commencer les questions qu'on veut lui adresser.

Le messager n'est pas toujours un intermédiaire nécessaire, car l'appel de l'évocateur peut être entendu directement de l'Esprit, ainsi qu'il est dit ci-après, n° 282, question 5, sur le mode de transmission de la pensée.

Quand nous disons de faire l'évocation au nom de Dieu, nous entendons que notre recommandation doit être prise au sérieux et non à la légère ; ceux qui n'y verraient qu'une formule sans conséquence feraient mieux de s'abstenir.

272. Les évocations offrent souvent plus de difficultés aux médiums que les dictées spontanées, surtout quand il s'agit d'obtenir des réponses précises à des questions circonstanciées. Il faut pour cela des médiums spéciaux, à la fois flexibles et positifs, et l'on a vu (n° 193) que ces derniers sont assez rares, car, ainsi que nous l'avons dit, les rapports fluidiques ne s'établissent pas toujours instantanément avec le premier Esprit venu. C'est pourquoi il est utile que les médiums ne se livrent aux évocations détaillées qu'après s'être assurés du développement de leur faculté, et de la nature des Esprits qui les assistent, car chez ceux qui sont mal entourés, les évocations ne peuvent avoir aucun caractère d'authenticité.

273. Les médiums sont généralement beaucoup plus recherchés pour les évocations d'un intérêt privé que pour les communications d'un intérêt général ; cela s'explique par le désir bien naturel que l'on a de s'entretenir avec les êtres qui nous sont chers. Nous croyons devoir faire à ce sujet plusieurs recommandations importantes aux médiums. C'est d'abord de n'accéder à ce désir qu'avec réserve vis-à-vis des personnes sur la sincérité desquelles ils ne sont pas complètement édifiés, et de se mettre en garde contre les pièges que pourraient leur tendre des gens malveillants. Secondement, de ne s'y prêter, sous aucun prétexte, s'ils entrevoient un but de curiosité et d'intérêt, et non une intention sérieuse de la part de l'évocateur ; de se refuser à toute question oiseuse ou qui sortirait du cercle de celles qu'on peut rationnellement adresser aux Esprits. Les questions doivent être posées avec clarté, netteté et sans arrière-pensée, si l'on veut des réponses catégoriques. Il faut donc repousser toutes celles qui auraient un caractère insidieux, car on sait que les Esprits n'aiment pas celles qui ont pour but de les mettre à l'épreuve ; insister sur des questions de cette nature, c'est vouloir être trompé. L'évocateur doit aller franchement et ouvertement au but, sans subterfuge et sans moyens détournés ; s'il craint de s'expliquer, il ferait mieux de s'abstenir.

Il convient encore de ne faire qu'avec beaucoup de prudence des évocations en l'absence des personnes qui en font la demande, et souvent même il est préférable de s'en abstenir tout à fait, ces personnes étant seules aptes à contrôler les réponses, à juger de l'identité, à provoquer des éclaircissements s'il y a lieu, et à faire les questions incidentes amenées par les circonstances. En outre, leur présence est un lien qui attire l'Esprit, souvent peu disposé à se communiquer à des étrangers pour lesquels il n'a aucune sympathie. Le médium, en un mot, doit éviter tout ce qui pourrait le transformer en agent de consultation, ce qui, aux yeux de beaucoup de gens, est synonyme de diseur de bonne aventure.

 

Esprits que l'on peut évoquer

274. On peut évoquer tous les Esprits à quelque degré de l'échelle qu'ils appartiennent : les bons comme les mauvais, ceux qui ont quitté la vie depuis peu, comme ceux qui ont vécu dans les temps les plus reculés, les hommes illustres comme les plus obscurs, nos parents, nos amis, comme ceux qui nous sont indifférents ; mais il n'est pas dit qu'ils veuillent ou puissent toujours se rendre à notre appel ; indépendamment de leur propre volonté, ou de la permission qui peut leur être refusée par une puissance supérieure, ils peuvent en être empêchés par des motifs qu'il ne nous est pas toujours donné de pénétrer. Nous voulons dire qu'il n'y a pas d'empêchement absolu qui s'oppose aux communications, sauf ce qui sera dit ci-après ; les obstacles qui peuvent empêcher un Esprit de se manifester sont presque toujours individuels, et tiennent souvent aux circonstances.

275. Parmi les causes qui peuvent s'opposer à la manifestation d'un esprit, les unes lui sont personnelles et les autres lui sont étrangères. Il faut placer parmi les premières ses occupations ou les missions qu'il accomplit, et dont il ne peut pas se détourner pour céder à nos désirs ; dans ce cas, sa visite n'est qu'ajournée.

Il y a encore sa propre situation. Bien que l'état d'incarnation ne soit pas un obstacle absolu, ce peut être un empêchement à certains moments donnés, surtout quand elle a lieu dans les mondes inférieurs et quand l'Esprit lui-même est peu dématérialisé. Dans les mondes supérieurs, dans ceux où les liens de l'Esprit et de la matière sont très faibles, la manifestation est presque aussi facile que dans l'état errant, et dans tous les cas plus facile que dans ceux où la matière corporelle est plus compacte.

Les causes étrangères tiennent principalement à la nature du médium, à celle de la personne qui évoque, au milieu dans lequel se fait l'évocation, et enfin au but que l'on se propose. Certains médiums reçoivent plus particulièrement des communications de leurs Esprits familiers, qui peuvent être plus ou moins élevés ; d'autres sont aptes à servir d'intermédiaires à tous les Esprits ; cela dépend de la sympathie ou de l'antipathie, de l'attraction ou de la répulsion que l'Esprit personnel du médium exerce sur l'Esprit étranger, qui peut le prendre pour interprète avec plaisir ou avec répugnance. Cela dépend encore, abstraction faite des qualités intimes du médium, du développement de la faculté médianimique. Les Esprits viennent plus volontiers, et surtout sont plus explicites avec un médium qui ne leur offre aucun obstacle matériel. Toutes choses égales d'ailleurs quant aux conditions morales, plus un médium a de la facilité pour écrire ou pour s'exprimer, plus ses relations avec le monde spirite se généralisent.

276. Il faut encore tenir compte de la facilité que doit donner l'habitude de communiquer avec tel ou tel Esprit ; avec le temps, l'Esprit étranger s'identifie avec celui du médium, et aussi avec celui qui l'appelle. La question de sympathie à part, il s'établit entre eux des rapports fluidiques qui rendent les communications plus promptes ; c'est pourquoi un premier entretien n'est pas toujours aussi satisfaisant qu'on pourrait le désirer, et c'est aussi pourquoi les Esprits eux-mêmes demandent souvent à être rappelés. L'Esprit qui vient d'habitude est comme chez lui : il est familiarisé avec ses auditeurs et ses interprètes ; il parle et agit plus librement.

277. En résumé, de ce que nous venons de dire il résulte : que la faculté d'évoquer tout Esprit quelconque n'implique pas pour l'Esprit l'obligation d'être à nos ordres ; qu'il peut venir à un moment et non à un autre, avec tel médium ou tel évocateur qui lui plaît et non avec tel autre ; dire ce qu'il veut sans pouvoir être contraint de dire ce qu'il ne veut pas ; s'en aller quand cela lui convient ; enfin que, par des causes dépendantes ou non de sa volonté, après s'être montré assidu pendant quelque temps, il peut tout à coup cesser de venir.

C'est par tous ces motifs que, lorsqu'on désire appeler un Esprit nouveau, il est nécessaire de demander à son guide protecteur si l'évocation est possible ; dans le cas où elle ne le serait pas, il en donne assez généralement les motifs, et alors il est inutile d'insister.

278. Une importante question se présente ici, celle de savoir s'il y a ou non de l'inconvénient à évoquer de mauvais Esprits. Cela dépend du but qu'on se propose et de l'ascendant qu'on peut avoir sur eux. L'inconvénient est nul quand on les appelle dans un but sérieux, instructif et en vue de les améliorer ; il est très grand, au contraire, si c'est par pure curiosité ou plaisanterie, ou si on se met sous leur dépendance en leur demandant un service quelconque. Les bons Esprits, dans ce cas, peuvent très bien leur donner le pouvoir de faire ce qu'on leur demande, sauf à punir sévèrement plus tard le téméraire qui aurait osé invoquer leur secours et leur croire plus de puissance qu'à Dieu. C'est en vain qu'on se promettrait d'en faire un bon usage par la suite, et de congédier le serviteur une fois le service rendu ; ce service même que l'on a sollicité, quelque minime qu'il soit, est un véritable pacte conclu avec le mauvais Esprit, et celui-ci ne lâche pas prise aisément. (Voir n° 212.)

279. L'ascendant ne s'exerce sur les Esprits inférieurs que par la supériorité morale. Les Esprits pervers sentent leurs maîtres dans les hommes de bien ; vis-à-vis de celui qui ne leur oppose que l'énergie de la volonté, sorte de force brutale, ils luttent, et souvent sont les plus forts. Quelqu'un cherchait ainsi à dompter un Esprit rebelle, par sa volonté, l'Esprit lui répondit : Laisse-moi donc tranquille avec tes airs de matamore, toi qui ne vaux pas mieux que moi ; ne dirait-on pas un voleur qui fait de la morale à un voleur ?

On s'étonne que le nom de Dieu que l'on invoque contre eux soit souvent impuissant ; saint Louis en a donné la raison dans la réponse suivante :

«Le nom de Dieu n'a d'influence sur les Esprits imparfaits que dans la bouche de celui qui peut s'en servir avec autorité par ses vertus ; dans la bouche de l'homme qui n'aurait sur l'Esprit aucune supériorité morale, c'est un mot comme un autre. Il en est de même des choses saintes qu'on leur oppose. L'arme la plus terrible est inoffensive dans les mains inhabiles à s'en servir ou incapables de la porter.»

 

Langage à tenir avec les Esprits

280. Le degré de supériorité ou d'infériorité des Esprits indique naturellement le ton qu'il convient de prendre avec eux. Il est évident que plus ils sont élevés, plus ils ont de droit à notre respect, à nos égards et à notre soumission. Nous ne devons pas leur témoigner moins de déférence que nous ne l'eussions fait de leur vivant, mais par d'autres motifs : sur la terre nous eussions considéré leur rang et leur position sociale ; dans le monde des Esprits, notre respect ne s'adresse qu'à la supériorité morale. Leur élévation même les met au-dessus des puérilités de nos formes adulatrices. Ce n'est pas par des mots qu'on peut capter leur bienveillance, c'est par la sincérité des sentiments. Il serait donc ridicule de leur donner les titres que nos usages consacrent à la distinction des rangs, et qui, de leur vivant, eussent pu flatter leur vanité ; s'ils sont réellement supérieurs, non seulement ils n'y tiennent pas, mais cela leur déplaît. Une bonne pensée leur est plus agréable que les épithètes les plus louangeuses ; s'il en était autrement, ils ne seraient pas au-dessus de l'humanité. L'Esprit d'un vénérable ecclésiastique qui fut sur la terre un prince de l'Eglise, homme de bien, pratiquant la loi de Jésus, répondit un jour à quelqu'un qui l'évoquait en lui donnant le titre de Monseigneur : «Tu devrais dire au moins ex-Monseigneur, car ici il n'y a de Seigneur que Dieu ; sache bien que j'en vois qui, sur la terre, se mettaient à mes genoux, et devant lesquels je m'incline moi-même.»

Quant aux Esprits inférieurs, leur caractère nous trace le langage qu'il convient de tenir avec eux. Dans le nombre il y en a qui, quoique inoffensifs et même bienveillants, sont légers, ignorants, étourdis ; les traiter à l'égal des Esprits sérieux, ainsi que le font certaines personnes, autant vaudrait s'incliner devant un écolier ou devant un âne affublé d'un bonnet de docteur. Le ton de la familiarité ne saurait être déplacé avec eux, et ils ne s'en formalisent pas ; ils s'y prêtent au contraire volontiers.

Parmi les Esprits inférieurs il y en a qui sont malheureux. Quelles que puissent être les fautes qu'ils expient, leurs souffrances sont des titres d'autant plus grands à notre commisération, que personne ne peut se flatter d'échapper à cette parole du Christ : «Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre». La bienveillance que nous leur témoignons est un soulagement pour eux ; à défaut de sympathie, ils doivent trouver l'indulgence que nous voudrions que l'on eût pour nous.

Les Esprits qui révèlent leur infériorité par le cynisme de leur langage, leurs mensonges, la bassesse de leurs sentiments, la perfidie de leurs conseils, sont assurément moins dignes de notre intérêt que ceux dont les paroles attestent le repentir ; nous leur devons au moins la pitié que nous accordons aux plus grands criminels, et le moyen de les réduire au silence, c'est de se montrer supérieur à eux : ils ne s'abandonnent qu'avec les gens dont ils croient n'avoir rien à craindre ; car les Esprits pervers sentent leurs maîtres dans les hommes de bien, comme dans les Esprits supérieurs.

En résumé, autant il serait irrévérencieux de traiter d'égal à égal avec les Esprits supérieurs, autant il serait ridicule d'avoir une même déférence pour tous sans exception. Ayons de la vénération pour ceux qui le méritent, de la reconnaissance pour ceux qui nous protègent et nous assistent, pour tous les autres une bienveillance dont nous aurons peut-être un jour besoin nous-mêmes. En pénétrant dans le monde incorporel, nous apprenons à le connaître, et cette connaissance doit nous régler dans nos rapports avec ceux qui l'habitent. Les Anciens, dans leur ignorance, leur ont élevé des autels ; pour nous, ce ne sont que des créatures plus ou moins parfaites, et nous n'élevons des autels qu'à Dieu.

 

Utilité des évocations particulières

281. Les communications que l'on obtient des Esprits très supérieurs, ou de ceux qui ont animé les grands personnages de l'antiquité, sont précieuses par le haut enseignement qu'elles renferment. Ces Esprits ont acquis un degré de perfection qui leur permet d'embrasser une sphère d'idées plus étendue, de pénétrer des mystères qui dépassent la portée vulgaire de l'humanité, et par conséquent de nous initier mieux que d'autres à certaines choses. Il ne suit pas de là que les communications des Esprits d'un ordre moins élevé soient sans utilité : l'observateur y puise plus d'une instruction. Pour connaître les moeurs d'un peuple, il faut l'étudier à tous les degrés de l'échelle. Quiconque ne l'aurait vu que sous une face le connaîtrait mal. L'histoire d'un peuple n'est pas celle de ses rois et des sommités sociales ; pour le juger, il faut le voir dans la vie intime, dans ses habitudes privées. Or, les Esprits supérieurs sont les sommités du monde spirite ; leur élévation même les place tellement au-dessus de nous que nous sommes effrayés de la distance qui nous en sépare. Des Esprits plus bourgeois (qu'on nous passe cette expression), nous rendent plus palpables les circonstances de leur nouvelle existence. Chez eux, la liaison entre la vie corporelle et la vie spirite est plus intime, nous la comprenons mieux, parce qu'elle nous touche de plus près. En apprenant par eux-mêmes ce que sont devenus, ce que pensent, ce qu'éprouvent les hommes de toutes conditions et de tous les caractères, les hommes de bien comme les vicieux, les grands et les petits, les heureux et les malheureux du siècle, en un mot les hommes qui ont vécu parmi nous, que nous avons vus et connus, dont nous connaissons la vie réelle, les vertus et les travers, nous comprenons leurs joies et leurs souffrances, nous nous y associons et nous y puisons un enseignement moral d'autant plus profitable que les rapports entre eux et nous sont plus intimes. Nous nous mettons plus facilement à la place de celui qui a été notre égal que de celui que nous ne voyons qu'à travers le mirage d'une gloire céleste. Les Esprits vulgaires nous montrent l'application pratique des grandes et sublimes vérités dont les Esprits supérieurs nous enseignent la théorie. D'ailleurs, dans l'étude d'une science rien n'est inutile : Newton a trouvé la loi des forces de l'univers dans le phénomène le plus simple.

L'évocation des Esprits vulgaires a en outre l'avantage de nous mettre en rapport avec des Esprits souffrants, que l'on peut soulager et dont on peut faciliter l'avancement par d'utiles conseils. On peut donc se rendre utile tout en s'instruisant soi-même ; il y a de l'égoïsme à ne chercher que sa propre satisfaction dans l'entretien des Esprits, et celui qui dédaigne de tendre une main secourable à ceux qui sont malheureux fait en même temps preuve d'orgueil. A quoi lui sert d'obtenir de belles recommandations des Esprits d'élite, si cela ne le rend pas meilleur pour lui-même, plus charitable et plus bienveillant pour ses frères de ce monde et de l'autre ? Que deviendraient les pauvres malades si les médecins refusaient de toucher leurs plaies ?

 

Questions sur les évocations

282. 1. Peut-on évoquer les Esprits sans être médium ?

«Tout le monde peut évoquer les Esprits, et si ceux que vous appelez ne peuvent se manifester matériellement, ils n'en sont pas moins auprès de vous et vous écoutent.»

2. L'Esprit évoqué se rend-il toujours à l'appel qui lui est fait ?

«Cela dépend des conditions dans lesquelles il se trouve, car il est des circonstances où il ne le peut pas.»

3. Quelles sont les causes qui peuvent empêcher un Esprit de venir à notre appel ?

«Sa volonté, d'abord ; puis son état corporel s'il est réincarné, les missions dont il peut être chargé, ou bien encore la permission qui peut lui être refusée.

Il y a des Esprits qui ne peuvent jamais se communiquer ; ce sont ceux qui, par leur nature, appartiennent encore aux mondes inférieurs à la terre. Ceux qui sont dans les sphères de punition ne le peuvent pas non plus, à moins d'une permission supérieure qui n'est accordée que dans un but d'utilité générale. Pour qu'un Esprit puisse se communiquer, il faut qu'il ait atteint le degré d'avancement du monde où il est appelé, autrement il est étranger aux idées de ce monde et n'a aucun point de comparaison. Il n'en est pas de même de ceux qui sont envoyés en mission ou en expiation dans les mondes inférieurs : ils ont les idées nécessaires pour répondre.»

4. Par quels motifs la permission de se communiquer peut-elle être refusée à un Esprit ?

«Ce peut être une épreuve ou une punition pour lui ou pour celui qui l'appelle.»

5. Comment des Esprits dispersés dans l'espace ou dans les différents mondes peuvent-ils entendre de tous les points de l'univers les évocations qui sont faites ?

«Souvent, ils en sont prévenus par les Esprits familiers qui vous entourent et qui vont les chercher ; mais il se passe ici un phénomène qu'il est difficile de vous expliquer, parce que vous ne pouvez encore comprendre le mode de transmission de la pensée parmi les Esprits. Ce que je puis vous dire, c'est que l'Esprit que vous évoquez, quelque éloigné qu'il soit, reçoit, pour ainsi dire, le contrecoup de la pensée comme une sorte de commotion électrique qui appelle son attention du côté d'où vient la pensée qui s'adresse à lui. On peut dire qu'il entend la pensée, comme sur la terre vous entendez la voix.»

- Le fluide universel est-il le véhicule de la pensée, comme l'air est celui du son ?

«Oui, avec cette différence que le son ne peut se faire entendre que dans un rayon très borné, tandis que la pensée atteint l'infini. L'Esprit, dans l'espace, est comme le voyageur au milieu d'une vaste plaine, et qui entendant tout à coup prononcer son nom, se dirige du côté où on l'appelle.»

6. Nous savons que les distances sont peu de chose pour les Esprits, cependant on s'étonne de les voir quelquefois répondre aussi promptement à l'appel, comme s'ils eussent été tout prêts.

«C'est qu'en effet ils le sont quelquefois. Si l'évocation est préméditée, l'Esprit est averti d'avance, et se trouve souvent là avant le moment où on l'appelle.»

7. La pensée de l'évocateur est-elle plus ou moins facilement entendue selon certaines circonstances ?

«Sans aucun doute ; l'Esprit appelé par un sentiment sympathique et bienveillant est plus vivement touché : c'est comme une voix amie qu'il reconnaît ; sans cela il arrive souvent que l'évocation ne porte pas. La pensée qui jaillit de l'évocation frappe l'Esprit ; si elle est mal dirigée, elle frappe dans le vide. Il en est des Esprits comme des hommes ; si celui qui les appelle leur est indifférent ou antipathique, ils peuvent l'entendre, mais souvent ils ne l'écoutent pas.»

8. L'Esprit évoqué vient-il volontairement, ou bien y est-il contraint ?

«Il obéit à la volonté de Dieu, c'est-à-dire à la loi générale qui régit l'univers ; et pourtant contraint n'est pas le mot, car il juge s'il est utile de venir : et là est encore pour lui le libre arbitre. L'Esprit supérieur vient toujours quand il est appelé dans un but utile ; il ne se refuse à répondre que dans les milieux de gens peu sérieux et traitant la chose en plaisanterie.»

9. L'Esprit évoqué peut-il se refuser à venir à l'appel qui lui est fait ?

«Parfaitement ; où serait son libre arbitre sans cela ? Croyez-vous que tous les êtres de l'univers soient à vos ordres ? Et vous-mêmes, vous croyez-vous obligés de répondre à tous ceux qui prononcent votre nom ? Quand je dis qu'il peut s'y refuser, j'entends sur la demande de l'évocateur, car un Esprit inférieur peut être contraint de venir par un Esprit supérieur.»

10. Y a-t-il pour l'évocateur un moyen de contraindre un Esprit à venir malgré lui ?

«Aucun, si cet Esprit est votre égal ou votre supérieur en moralité - je dis en moralité, et non en intelligence, - parce que vous n'avez sur lui aucune autorité ; s'il est votre inférieur, vous le pouvez si c'est pour son bien, car alors d'autres Esprits vous seconderont.» (N° 279.)

11. Y a-t-il de l'inconvénient à évoquer des Esprits inférieurs, et peut-on craindre, en les appelant, de se mettre sous leur domination ?

«Ils ne dominent que ceux qui se laissent dominer. Celui qui est assisté par de bons Esprits n'a rien à craindre ; il s'impose aux Esprits inférieurs, et ceux-ci ne s'imposent pas à lui. Dans l'isolement les médiums, surtout ceux qui commencent, doivent s'abstenir de ces sortes d'évocations.» (N° 278.)

12. Est-il nécessaire d'apporter quelques dispositions particulières dans les évocations ?

«La plus essentielle de toutes les dispositions, c'est le recueillement quand on veut avoir affaire à des Esprits sérieux. Avec la foi et le désir du bien, on est plus puissant pour évoquer les Esprits supérieurs. En élevant son âme par quelques instants de recueillement au moment de l'évocation, on s'identifie avec les bons Esprits et on les dispose à venir.»

13. La foi est-elle nécessaire pour les évocations ?

«La foi en Dieu, oui ; la foi viendra pour le reste si vous voulez le bien et si vous avez le désir de vous instruire.»

14. Les hommes réunis dans une communauté de pensée et d'intentions ont-ils plus de puissance pour évoquer les Esprits ?

«Quand tous sont réunis par la charité et pour le bien, ils obtiennent de grandes choses. Rien n'est plus nuisible au résultat des évocations que la divergence de pensées.»

15. La précaution de faire la chaîne en se donnant la main pendant quelques minutes au commencement des réunions est-elle utile ?

«La chaîne est un moyen matériel qui ne met pas l'union entre vous si elle n'existe pas dans la pensée ; ce qui est plus utile que tout cela, c'est de s'unir dans une pensée commune en appelant chacun de son côté de bons Esprits. Vous ne savez pas tout ce que pourrait obtenir une réunion sérieuse d'où serait banni tout sentiment d'orgueil et de personnalité, et où régnerait un parfait sentiment de mutuelle cordialité.»

16. Les évocations à jours et heures fixes sont-elles préférables ?

«Oui, et si c'est possible dans le même lieu : les Esprits y viennent plus volontiers ; c'est le désir constant que vous avez qui aide les Esprits à venir se mettre en communication avec vous. Les Esprits ont leurs occupations qu'ils ne peuvent quitter à l'improviste pour votre satisfaction personnelle. Je dis dans le même lieu, mais ne croyez pas que ce soit une obligation absolue, car les Esprits viennent partout ; je veux dire qu'un lieu consacré à cela est préférable, parce que le recueillement y est plus parfait.»

17. Certains objets, tels que médailles et talismans, ont-ils la propriété d'attirer ou de repousser les Esprits, ainsi que quelques-uns le prétendent ?

«Cette question est inutile, car vous savez bien que la matière n'a aucune action sur les Esprits. Soyez bien certains que jamais un bon Esprit ne conseille de pareilles absurdités ; la vertu des talismans, de quelque nature qu'ils soient, n'a jamais existé que dans l'imagination des gens crédules.»

18. Que penser des Esprits qui assignent des rendez-vous dans des lieux lugubres et à des heures indues ?

«Ces Esprits s'amusent aux dépens de ceux qui les écoutent. Il est toujours inutile et souvent dangereux de céder à de telles suggestions : inutile, parce qu'on n'y gagne absolument rien que d'être mystifié ; dangereux, non par le mal que peuvent faire les Esprits, mais par l'influence que cela peut exercer sur des cerveaux faibles.»

19. Y a-t-il des jours et des heures plus propices aux évocations ?

«Pour les Esprits, cela est complètement indifférent, comme tout ce qui est matériel, et ce serait une superstition de croire à l'influence des jours et des heures. Les moments les plus propices sont ceux où l'évocateur peut être le moins distrait par ses occupations habituelles ; où son corps et son esprit sont le plus calmes.»

20. L'évocation est-elle pour les Esprits une chose agréable ou pénible ? Viennent-ils volontiers quand on les appelle ?

«Cela dépend de leur caractère et du motif qui les fait appeler. Quand le but est louable, et quand le milieu leur est sympathique, c'est pour eux une chose agréable et même attrayante ; les Esprits sont toujours heureux de l'affection qu'on leur témoigne. Il y en a pour qui c'est un grand bonheur de se communiquer aux hommes et qui souffrent de l'abandon où on les laisse. Mais, comme je l'ai dit, cela dépend également de leur caractère ; parmi les Esprits il y a aussi des misanthropes qui n'aiment pas à être dérangés, et dont les réponses se ressentent de leur mauvaise humeur, surtout quand ils sont appelés par des gens indifférents auxquels ils ne s'intéressent pas. Un Esprit n'a souvent aucun motif pour venir à l'appel d'un inconnu qui lui est indifférent, et qui est presque toujours mû par la curiosité ; s'il vient, il ne fait en général que de courtes apparitions, à moins qu'il n'y ait un but sérieux et instructif dans l'évocation.»

 

Remarque. On voit des gens qui n'évoquent leurs parents que pour leur demander les choses les plus vulgaires de la vie matérielle, par exemple l'un pour savoir s'il louera ou vendra sa maison, un autre pour connaître le profit qu'il tirera de sa marchandise, l'endroit où de l'argent a été déposé, si telle affaire sera ou non avantageuse. Nos parents d'outre-tombe ne s'intéressent à nous qu'en raison de l'affection que nous avons pour eux. Si toute notre pensée se borne à les croire sorciers, si nous ne pensons à eux que pour leur demander des renseignements, ils ne peuvent avoir pour nous une grande sympathie, et l'on ne doit pas s'étonner du peu de bienveillance qu'ils témoignent.

 

21. Y a-t-il une différence entre les bons et les mauvais Esprits sous le rapport de leur empressement à se rendre à notre appel ?

«Il y en a une très grande ; les mauvais Esprits ne viennent volontiers qu'autant qu'ils espèrent dominer et faire des dupes ; mais ils éprouvent une vive contrariété quand ils sont forcés de venir pour avouer leurs fautes, et ils ne demandent qu'à s'en aller, comme un écolier qu'on appelle pour le corriger. Ils peuvent y être contraints par des Esprits supérieurs, comme châtiment, et pour l'instruction des incarnés. L'évocation est pénible pour les bons Esprits quand ils sont appelés inutilement pour des futilités ; alors ils ne viennent pas, ou bien ils se retirent.

Vous pouvez dire qu'en principe les Esprits, quels qu'ils soient, n'aiment, pas plus que vous, à servir de distraction pour les curieux. Souvent vous n'avez d'autre but en évoquant un Esprit que de voir ce qu'il vous dira, ou de l'interroger sur des particularités de sa vie qu'il ne tient pas à vous faire connaître, parce qu'il n'a aucun motif pour vous faire connaître ses confidences, et vous croyez qu'il va se placer sur la sellette pour votre bon plaisir ? Détrompez-vous ; ce qu'il n'aurait pas fait de son vivant, il ne le fera pas davantage comme Esprit.»

 

Remarque. L'expérience prouve, en effet, que l'évocation est toujours agréable aux Esprits quand elle est faite dans un but sérieux et utile ; les bons viennent avec plaisir nous instruire ; ceux qui souffrent trouvent du soulagement dans la sympathie qu'on leur témoigne ; ceux que nous avons connus sont satisfaits de notre souvenir. Les Esprits légers aiment à être évoqués par les personnes frivoles, parce que cela leur fournit une occasion de s'égayer à leurs dépens ; ils sont mal à leur aise avec des personnes graves.

 

22. Les Esprits, pour se manifester, ont-ils toujours besoin d'être évoqués ?

«Non, ils se présentent très souvent sans être appelés, et cela prouve qu'ils viennent volontiers.»

23. Lorsqu'un Esprit se présente de lui-même, est-on plus certain de son identité ?

«En aucune façon, car les Esprits trompeurs emploient souvent ce moyen pour mieux donner le change.»

24. Lorsqu'on invoque par la pensée l'Esprit d'une personne, cet Esprit vient-il à nous, alors même qu'il n'y a pas de manifestation par l'écriture ou autrement ?

«L'écriture est un moyen matériel pour l'Esprit d'attester sa présence, mais c'est la pensée qui l'attire, et non le fait de l'écriture.»

25. Lorsqu'un Esprit inférieur se manifeste, peut-on l'obliger à se retirer ?

«Oui, en ne l'écoutant pas. Mais comment voulez-vous qu'il se retire quand vous vous amusez de ses turpitudes ? Les Esprits inférieurs s'attachent à ceux qui les écoutent avec complaisance, comme les sots parmi vous.»

26. L'évocation faite au nom de Dieu est-elle une garantie contre l'immixtion des mauvais Esprits ?

«Le nom de Dieu n'est pas un frein pour tous les Esprits pervers, mais il en retient beaucoup ; par ce moyen vous en éloignez toujours quelques-uns, et vous en éloigneriez bien davantage si elle était faite du fond du coeur et non comme une formule banale.»

27. Pourrait-on évoquer nominativement plusieurs Esprits à la fois ?

«Il n'y a à cela aucune difficulté, et si vous aviez trois ou quatre mains pour écrire, trois ou quatre Esprits vous répondraient en même temps ; c'est ce qui arrive quand on a plusieurs médiums.»

28. Lorsque plusieurs Esprits sont évoqués simultanément, et qu'il n'y a qu'un seul médium, quel est celui qui répond ?

«L'un d'eux répond pour tous, et il exprime la pensée collective.»

29. Le même Esprit pourrait-il se communiquer à la fois, et séance tenante, par deux médiums différents ?

«Tout aussi facilement que vous avez des hommes qui dictent plusieurs lettres à la fois.»

 

Remarque. Nous avons vu un Esprit répondre en même temps par deux médiums aux questions qu'on lui adressait, à l'un en anglais et à l'autre en français, et les réponses étaient identiques pour le sens ; quelques-unes même étaient la traduction littérale l'une de l'autre.

Deux Esprits évoqués simultanément par deux médiums peuvent établir entre eux une conversation ; ce mode de communication n'étant pas nécessaire pour eux, puisqu'ils lisent réciproquement leur pensée, ils s'y prêtent quelquefois pour notre instruction. Si ce sont des esprits inférieurs, comme ils sont encore imbus des passions terrestres et des idées corporelles, il peut leur arriver de se disputer et de s'apostropher par de gros mots, de se reprocher mutuellement leurs torts, et même de lancer les crayons, corbeilles, planchettes, etc., l'un contre l'autre.

 

30. L'Esprit évoqué en même temps sur plusieurs points, peut-il répondre simultanément aux questions qui lui sont adressées ?

«Oui, si c'est un Esprit élevé.»

- Dans ce cas, l'Esprit se divise-t-il, ou bien a-t-il le don d'ubiquité ?

«Le soleil est un, et pourtant il rayonne tout alentour en portant au loin ses rayons sans se subdiviser ; il en est de même des Esprits. La pensée de l'Esprit est comme une étincelle qui projette au loin sa clarté et peut être aperçue de tous les points de l'horizon. Plus l'Esprit est pur, plus sa pensée rayonne et s'étend comme la lumière. Les Esprits inférieurs sont trop matériels ; ils ne peuvent répondre qu'à une seule personne à la fois, et ne peuvent venir s'ils sont appelés ailleurs.

Un esprit supérieur appelé en même temps sur deux points différents répondra aux deux évocations si elles sont aussi sérieuses et aussi ferventes l'une que l'autre ; dans le cas contraire, il donne la préférence à la plus sérieuse.»

 

Remarque. Il en est ainsi d'un homme qui, sans changer de place, peut transmettre sa pensée par des signaux vus de différents côtés.

Dans une séance de la Société parisienne des études spirites où la question d'ubiquité avait été discutée, un Esprit dicta spontanément la communication suivante :

«Vous demandiez ce soir quelle était la hiérarchie des Esprits pour l'ubiquité. Comparez-vous à un aérostat qui s'élève peu à peu dans les airs. Quand il rase la terre, un très petit cercle peut l'apercevoir ; à mesure qu'il s'élève, le cercle s'élargit pour lui, et quand il est parvenu à une certaine hauteur, il apparaît à un nombre infini de personnes. Ainsi de nous ; un mauvais Esprit qui est encore attaché à la terre reste dans un cercle rétréci au milieu des personnes qui le voient. Monte-t-il en grâce, s'améliore-t-il, il peut causer avec plusieurs personnes ; et quand il est devenu Esprit supérieur, il peut rayonner comme la lumière du soleil, se montrer à plusieurs personnes et dans plusieurs lieux à la fois.»                    (CHANNING.)

 

31. Peut-on évoquer les purs Esprits, ceux qui ont terminé la série de leurs incarnations ?

«Oui, mais bien rarement ; ils ne se communiquent qu'aux coeurs purs et sincères, et non aux orgueilleux et aux égoïstes ; aussi faut-il se défier des Esprits inférieurs qui prennent cette qualité pour se donner plus d'importance à vos yeux.»

32. Comment se fait-il que l'Esprit des hommes les plus illustres vienne aussi facilement et aussi familièrement à l'appel des hommes les plus obscurs ?

«Les hommes jugent les Esprits d'après eux, et c'est une erreur ; après la mort du corps, les rangs terrestres n'existent plus ; il n'y a de distinction entre eux que la bonté, et ceux qui sont bons vont partout où il y a du bien à faire.»

33. Combien de temps après la mort peut-on évoquer un Esprit ?

«On peut le faire à l'instant même de la mort ; mais comme à ce moment l'Esprit est encore dans le trouble, il ne répond qu'imparfaitement.»