Le Tantrisme et Shivaîsme
10/4/2009

Le Tantrisme et Shivaîsme
Le yoga magique
Le Tantrisme s’efforce de mettre l’individu en rapport avec toutes les forces cosmiques, y compris avec celles qui sont réputées licencieuses ou obscures. Contrairement au Védanta, le Tantrisme est foncièrement amoral (et non immoral), et d’essence purement magique. Il s’appuie sur la connaissance intuitive des forces naturelles, et il rejoint en cela le chamanisme, les religions ancestrales, panthéistes protohistoriques et animistes qui voient l’esprit dans toutes les espèces de vie, minérales, végétales ou animales.
L’adepte Tantrique a comme préalable de se débarrasser en premier lieu de la gangue socio-éducative et du fatras moral et social qui encombrent l’esprit. Le Tantrika puise les énergies cosmiques là où elles se trouvent, et cherche à accroître son pouvoir personnel, par leurs vénérations et leurs mises en correspondance à l’intérieur de l’individu.
La réalité avérée n’est que jeu de pouvoir, soit l’acte de se nourrir d’énergies qui en retour nous dévorent. Le Tantrika prenant conscience de ce principe cosmique, tel un guerrier partant au combat, décide d’offrir à la conscience son propre devenir. Il voit l’illusion des énergies cognitives qui le poussent à entreprendre des combats qui ne sont pas les siens. En échange, il s’en sert comme aliments pour les jeter dans le feu de sa propre purification et dépasser ainsi le doute et la peur qui le tiennent prisonnier, qui l’empêchent et limitent sa vue sur la Réalité.
Ainsi l’adepte épuise graduellement le pouvoir d’attraction des objets de la connaissance relative, et fait grandir par-là même sa puissance personnelle afin de se consacrer au véritable enjeu, qui est, à travers l’art de son alchimie et de sa distillation personnelle, la reconquête de la totalité de son être.
Il est délivré ici une liste non exhaustive des sources dans lesquelles le pouvoir est puisé :
En premier lieu vient la somme des énergies primordiales que le divin, dans sa grâce, a fait don par le sacrifice de la procréation, soit l’inné.
En deuxième lieu il s’agit de l’excès, de la démesure, du sexe, de l’ivresse, de la dérision, des émotions, des rituels, de la dérégulation des sens, de la douleur, du plaisir, des peurs, de la folie contrôlée, du non-sens, du non-faire, du rire, de la provocation, de la maladie.....
Mais jamais, l’individu ne doit perdre de vue la cible véritable qui est toute intérieure, car ce que le Tantrika vise ce n’est pas le pouvoir sur les autres ou sur la mort du corps lui-même, mais bien le pouvoir de transcender sa propre personnalité. Car si l’ego phénoménal permet à l’individu d’avoir dans ce monde l’attribut de la conscience, il est par sa nature même ce qui le limite et le conditionne. Le Tantrika vise à passer les gardiens de ce qui doit être gardée, à savoir la conscience elle-même dans son état de pure virginité, qui ne peut être objet de jouissance, car étant la jouissance elle-même.
Le Tantrika cherche le pouvoir des énergies, et y fait de son vivant complète allégeance. Mais le pouvoir qu’il acquiert est le pouvoir de mettre à bas ce qui le tenait attaché à une vue particulière et par-là même de faire émerger en lui ce qui subsiste, c’est-à-dire la conscience plénière. A ce titre le Tantrika pratique le yoga, les asana, le prânayama, les mudra, les rituels, et toutes techniques visant à le libérer. Le Pouvoir du Tantrika est ainsi de se servir des modalités de la personnalité pour accepter le don de la conscience, qui est paradoxalement amour et don de soi, à travers la privation et la limitation. Le Tantrika vise la faille toute intérieure où la conscience existe en elle-même dans une métaphysique affranchie des histoires personnelles et des contenus particuliers.
Le tantrika connaît le paradoxe suivant :
Pour se savoir exister, la vie a besoin de la limitation dans le temps et dans l’espace. La limitation dans l’espace est ce qui préside à l’individuation et à la différenciation. La limitation dans le temps est ce qui préside à la mort et à la jouissance. Nous avons là le sacrifice cosmique sans lequel la conscience ne pourrait être affectée et ne pourrait vibrer à l’amour de Soi.
À l’éclairage des maîtres du Tantra Yoga :
N’a pas de réalité la forme, l’apparence, la dynamique car étant passagère et éphémère, en vérité insaisissable, transformable, effaçable, inconstante et vouée exclusivement à la perte et à la déchéance.
N’a pas de réalité l’informe, l’essence, le statique, car par définition vide, impalpable, insondable, sans mesure, inexpressif, invisible, sans substance et voué exclusivement à l’inconscience.
N’a de réalité que l’union de ces deux mêmes principes considérés alors comme conscience en acte (Shiva/Shakti), la forme exprimant ce qui est sans forme, le statique s’émancipant du dynamisme, l’un fait pour l’autre. Et en dernier ressort cette relation est de nature amoureuse et faite jouissance car elle ne saurait se diriger vers ce qu’elle haït, si elle n’était sûre de ne jamais y perdre ce qu’elle sait toujours obtenir : béatitude et repos absolus.
Rasa Loka
Le Tantrisme se trouve immanquanblement associé à l'émotion esthétique, et non au sentimentalisme. L'émotion esthétique, à l'occasion d'une image, d'une musique, d'une scène, d'une épreuve, peut faire ressurgir en l'individu une émotion sincère, vibrante et profonde. Lorsque chez l'individu, coïncide l'émotion et le devenir personnel, il se trouve projeté au plus profond de son être, la trace des vies antérieures et des prédilections résonnent alors, procurant spontanément la jouissance de l'être. L'individu se trouve transporté en le champ de la conscience représentée par Buddhi, premier Tattva impersonnel, exprimant l'intuition et l'intelligence du coeur.
Ordinairement ces occasions restent rares et impévisibles, mais le Tantrika par ses pratiques et surtout par ses efforts dans la maîtrise de son destin, à tout moment et en tous lieux, cherche obstinément à provoquer cette mutation de l'énergie. Le Tantrika fait de son environnement immédiat et ordinaire, un terrain de chasse, sa vie dans le monde social, un éternel défi. Ce territoire, le plus souvent est devenu aujourd'hui celui des grandes métropoles, et des vastes étendues urbaines.
La spiritualité dans le Tantrisme
C'est par l'acte sexuel que la vie se perpétue et que toutes les espèces se reproduisent, cet acte est donc au cœur de la vie, il en est l'enjeu véritable. Si l'individu fait de cet enjeu un acte sacré et qu'il devient extrêmement attentif aux énergies qui s'y manifestent, il peut remonter sans conteste jusqu'à la source même de la conscience et goûter en son sein sa nature profonde et véritable. Si l'adepte est capable de garder sa faculté de lucidité jusqu'à la pointe extrême de l'extase, il trouvera sa nature comme étant celle d'une conscience de soi faite d'espace et de lumière. Il touchera et goûtera parfaitement cette identité, comme celle issue de « l'Espace » dont seul le toucher, à ce moment là, peut en donner la réalité et toute la consistance. Lorsque la Conscience et l'Energie s'unissent il y a jouissance de l'être, voilà quel est l'enjeu véritable de l'acte amoureux.
La sexualité pourvoie sans conteste des connaissances intimes et unes avec la nature réelle de soi. Mais le plus souvent, les individus consomment l'amour comme une performance physique, ou plus simplement comme l'assouvissement d'une pulsion animale irrépressible. Dans le tantrisme, l'union sexuelle se trouve sacralisée, elle devient un formidable véhicule d'énergie, porteur d'épanouissement et de connaissance de soi. C'est pour cet enseignement naturel et toujours disponible, que les anciens ont vénéré le divin dans ce qu'ils considéraient comme son symbole le plus sûr et le plus explicite, à savoir l'acte amoureux ou l'union du phallus et de la vulve. C'est pour cela également que de nombreux temples en Inde et au Népal, portent sur leurs frontons toutes les postures de l'amour physique entre les hommes et les femmes explicitement unis dans les gestes de l'amour. Ces sculptures érotiques ont également la fonction d'écarter ceux qui n'ont pas le cœur pur et qui mêlent leur égoïsme et leur étroitesse d'esprit à ce qui est uniquement œuvre divine.
Pour ce faire, le tantrika érotise et sensualise tout son environnement, il cherche tout d'abord à faire monter le plaisir en l'accordant avec une grande spiritualité. Lorsqu'ils font l'amour, l'homme cherche l'orgasme sans éjaculation alors que la femme cherche à garder ses fluides. La continence sexuel implique que l'homme et la femme doivent éviter la perte de leur énergie sexuelle pendant l'acte amoureux, perte matérialisée dans le cas de l'homme par l'éjaculation, et dans le cas de la femme par un orgasme "de type explosif". L'homme doit exercer une puissante contraction des muscles pelviens et la femme des muscles vaginaux. Tous les deux pratiqueront également la contraction des spincters internes à l'anus. Une pression exercée sur le périnée est également propice au contrôle de l'orgasme. Le souffle doit être ample et profond et surtout lorsque les sens sont trop excités, il faut garder la tenue à poumons pleins, le plus longtemps possible. Les mouvements doivent être lents, marqués de pauses et de respirations. Ainsi l'un et l'autre se maintiendront très près du point de non retour dans un lieu réputé sûr.
Si les adeptes à la continence, pratiquent les observances (Nama et Niyama), les postures du yoga (âsana), les gestes spécifiques (mudrâ), ainsi que le contrôle du souffle (prânayama), ils obtiendront un corps léger imprégné d'une énergie purement adamentine. C'est seulement grâce à cette belle énergie, que chacun pourra alors engendrer des orgasmes sans émission de fluides. La femme, dit-on, obtient plus facilement cette diffusion de l'énergie dans le corps subtil, car elle a naturellement le don de l'amour, du plaisir et des sens. L'homme ne peut obtenir, par contre, cette même absorption qu'aux prix d'une plus grande vigilance. Dans tous les cas, le sacrifice consiste à offrir le fruit de cette union à la conscience dans un but purement spirituel. La visée de ce sacrifice est la mutation de l'énergie ainsi que sa sublimation dans un principe supérieur et transcendant. La mutation entraine au fil du temps l'élévation de la fréquence vibratoire dans tout le corps subtil, alors que la sublimation porte cette énergie vers le haut à travers le canal médian (Shushumna). Lorsque l'adepte aura trouvé les chemins intérieurs pour canaliser cette belle énergie, lorsqu'il aura acquis suffisamment de maîtrise dans cette effervescence permanente, il pourra communier alors dans un grand moment d'extase avec l'énergie universelle (Shakti) qui n'est pas disctinte de la conscience éternelle (Shiva). Cette propulsion irrésistible le portera subitement aux nues dans le centre transcendant (Sahasrara Chakra), et la personne sera alors emplie d'une jouissance béatifique sans égale. Cette extase surpasse, et de très loin, la simple jouissance sexuelle, nul ni rien dans ce monde ne peut être éprouvé de meilleur.
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