LE PROBLEME DE L’ETRE ET DE LA DESTINEE
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LEON DENIS
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Crescit eundo.
ETUDES EXPERIMENTALES
SUR LES ASPECTS IGNORES DE L'ETRE HUMAIN
LES DOUBLES PERSONNALITES - LA CONSCIENCE PROFONDE
LA RENOVATION DE LA MEMOIRE
LES VIES ANTERIEURES ET SUCCESSIVES, ETC.
(Les témoignages ; les faits ; les lois.)
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NOUVELLE EDITION
CONFORME A L'EDITION DE 1922
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Une constatation douloureuse frappe le penseur au soir de la vie. Elle devient encore plus poignante à la suite des impressions ressenties à son retour dans l'espace. Il s'aperçoit alors que l'enseignement dispensé par les institutions humaines en général - religions, écoles, universités - s'il nous apprend beaucoup de choses superflues, en revanche ne nous apprend presque rien de ce que nous avons le plus besoin de connaître pour la conduite, la direction de l'existence terrestre et la préparation à l'Au-delà.
Ceux à qui incombe la haute mission d'éclairer et de guider l'âme humaine semblent ignorer sa nature et ses véritables destins.
Dans les milieux universitaires, une complète incertitude règne encore sur la solution du plus important problème que l'homme se soit jamais posé au cours de son passage sur la terre. Cette incertitude rejaillit sur tout l'enseignement. La plupart des professeurs et instituteurs écartent systématiquement de leurs leçons tout ce qui touche au problème de la vie, aux questions de but et de finalité.
Nous retrouvons la même impuissance chez le prêtre. Par ses affirmations dénuées de preuves, il ne réussit guère à communiquer aux âmes dont il a la charge une croyance qui ne répond plus ni aux règles d'une saine critique ni aux exigences de la raison.
En réalité, dans l'Université comme dans l'Eglise, l'âme moderne ne rencontre qu'obscurité et contradiction en tout ce qui touche au problème de sa nature et de son avenir. C'est à cet état de choses qu'il faut attribuer en grande partie les maux de notre temps : l'incohérence des idées, le désordre des consciences, l'anarchie morale et sociale.
L'éducation que l'on dispense aux générations est compliquée ; mais elle n'éclaire pas, pour elles, le chemin de la vie ; elle ne les trempe pas pour les luttes de l'existence. L'enseignement classique peut apprendre à cultiver, à orner l'intelligence ; il n'apprend pas à agir, à aimer, à se dévouer. Il apprend encore moins à se faire une conception de la destinée qui développe les énergies profondes du moi et oriente nos élans, nos efforts vers un but élevé. Pourtant, cette conception est indispensable à tout être, à toute société, car elle est le soutien, la consolation suprême aux heures difficiles, la source des mâles vertus et des hautes inspirations.
Carl du Prel rapporte le fait suivant :
«Un de mes amis, professeur à l'Université, eut la douleur de perdre sa fille, ce qui raviva en lui le problème de l'immortalité. Il s'adressa à ses collègues, professeurs de philosophie, espérant trouver des consolations dans leurs réponses. Ce fut une amère déception : il avait demandé du pain, on lui offrit une pierre ; il cherchait une affirmation, on lui répondit par un "peut-être" !»
Francisque Sarcey, ce modèle accompli du professeur d'Université, écrivait : «Je suis sur cette terre. J'ignore absolument comment j'y suis venu et pourquoi on m'y a jeté. Je n'ignore pas moins comment j'en sortirai et ce qu'il adviendra de moi quand j'en serai sorti.»
On ne peut l'avouer plus franchement : la philosophie de l'école, après tant de siècles d'études et de labeur, n'est encore qu'une doctrine sans lumière, sans chaleur, sans vie. L'âme de nos enfants, ballottée entre des systèmes divers et contradictoires : le positivisme d'Auguste Comte, le naturalisme d'Hegel, le matérialisme de Stuart Mill, l'éclectisme de Cousin, etc., flotte incertaine, sans idéal, sans but précis.
De là le découragement précoce et le pessimisme dissolvant, maladies des sociétés décadentes, menaces terribles pour l'avenir, auxquelles s'ajoute le scepticisme amer et railleur de tant de jeunes hommes qui ne croient plus qu'à la fortune et n'honorent que le succès.
L'éminent professeur Raoul Pictet signale cet état d'esprit dans l'Introduction de son dernier ouvrage sur les sciences physiques. Il parle de l'effet désastreux produit par les théories matérialistes sur la mentalité de ses élèves, et conclut ainsi :
«Ces pauvres jeunes gens admettent que tout ce qui se passe dans le monde est l'effet nécessaire et fatal de conditions premières, où leur volonté n'intervient pas ; ils considèrent que leur propre existence est forcément le jouet de la fatalité inéluctable, à laquelle ils sont attachés, pieds et poings liés.
Ces jeunes gens cessent la lutte à la rencontre des premières difficultés. Ils ne croient plus à eux mêmes. Ils deviennent des tombes vivantes, où ils enferment pêle-mêle leurs espérances, leurs efforts, leurs désirs, fosse commune de tout ce qui a fait battre leur coeur jusqu'au jour de l'empoisonnement.»
Tout ceci n'est pas seulement applicable à une partie de notre jeunesse, mais aussi à beaucoup d'hommes de notre temps et de notre génération, chez qui on peut constater une sorte de lassitude morale et d'affaissement.
F. Myers le reconnaît à son tour : «Il y a, dit-il, comme une inquiétude, un mécontentement, un manque de confiance dans la vraie valeur de la vie. Le pessimisme est la maladie morale de notre temps.»
Les théories d'outre-Rhin, les doctrines de Nietzsche, de Schopenhauer, d'Haeckel, etc., n'ont pas peu contribué, elles aussi, à développer cet état de choses. Leur influence s'est partout répandue. On doit leur attribuer, en grande partie, ce lent travail, oeuvre obscure de scepticisme et de découragement, qui se poursuit dans l'âme contemporaine.
Il est temps de réagir avec vigueur contre ces doctrines funestes et de rechercher, en dehors de l'ornière officielle et des vieilles croyances, de nouvelles méthodes d'enseignement, qui répondent aux impérieux besoins de l'heure présente. Il faut préparer les esprits aux nécessités, aux combats de la vie actuelle et des vies ultérieures ; il faut surtout apprendre à l'être humain à se connaître, à développer, en vue de ses fins, les forces latentes qui dorment en lui.
Jusqu'ici, la pensée s'est confinée en des cercles étroits : religions, écoles ou systèmes qui s'excluent et se combattent réciproquement. De là cette division profonde des esprits, ces courants violents et contraires qui troublent et bouleversent le milieu social.
Apprenons à sortir de ces cercles rigides et à donner un libre essor à la pensée. Chaque système contient une part de vérité ; aucun ne contient la réalité tout entière. L'univers et la vie ont des aspects trop variés, trop nombreux pour qu'aucun système puisse les embrasser tous. De ces conceptions disparates, il faut dégager les fragments de vérité qu'elles contiennent, les rapprocher, les mettre d'accord ; puis, les unissant aux nouveaux et multiples aspects de la vérité que nous découvrons chaque jour, s'acheminer vers l'unité majestueuse et l'harmonie de la pensée.
La crise morale et la décadence de notre époque proviennent, pour une grande part, de ce que l'esprit humain s'est immobilisé trop longtemps. Il faut l'arracher à l'inertie, aux routines séculaires, le porter vers les hautes altitudes, sans perdre de vue les bases solides que vient lui offrir une science agrandie et renouvelée. Cette science de demain, nous travaillons à la constituer. Elle nous procurera le critérium indispensable, les moyens de vérification et de contrôle, sans lesquels la pensée, livrée à elle même, risquera toujours de s'égarer.
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Le trouble et l'incertitude que nous constatons dans l'enseignement se répercutent et se retrouvent, disions-nous, dans l'ordre social tout entier.
Partout, au-dedans comme au-dehors, c'est un état de crise inquiétant. Sous la surface brillante d'une civilisation raffinée, se cache un malaise profond. L'irritation s'accroît dans les rangs sociaux. Le conflit des intérêts, la lutte pour la vie deviennent de jour en jour plus âpres. Le sentiment du devoir s'est affaibli dans la conscience populaire, au point que beaucoup d'hommes ne savent plus même où est le devoir. La loi du nombre, c'est-à-dire de la force aveugle, domine plus que jamais. De perfides rhéteurs s'appliquent à déchaîner les passions, les mauvais instincts de la foule, à répandre des théories malsaines, parfois criminelles. Puis, quand le flot monte et que le vent souffle en tempête, ils se dérobent ou éludent toute responsabilité.
Où est donc l'explication de cette énigme, de cette contradiction frappante entre les aspirations généreuses de notre temps et la réalité brutale des faits ? Pourquoi un régime qui avait suscité tant d'espérances menace-t-il d'aboutir à l'anarchie, à la rupture de tout équilibre social ?
L'inexorable logique va nous répondre : La démocratie, radicale ou socialiste, dans ses masses profondes et dans son esprit dirigeant, s'inspirant, elle aussi, des doctrines négatives, ne pouvait aboutir qu'à un résultat négatif pour le bonheur et l'élévation de l'humanité. Tant vaut l'idéal, tant vaut l'homme ; tant vaut la nation, tant vaut le pays !
Les doctrines négatives, dans leurs conséquences extrêmes, aboutissent fatalement à l'anarchie, c'est-à-dire au vide, au néant social. L'histoire humaine en a déjà fait plusieurs fois la pénible expérience.
Tant qu'il s'est agi de détruire les restes du passé, de donner le dernier coup aux privilèges restés debout, la démocratie s'est habilement servie de ses moyens d'action. Mais, aujourd'hui, il importe de construire la cité de l'avenir, la cité future, le vaste édifice qui doit abriter la pensée des générations. Et devant cette tâche, les doctrines négatives montrent leur insuffisance et révèlent leur fragilité ; nous voyons les meilleurs ouvriers se débattre dans une sorte d'impuissance matérielle et morale.
Aucune oeuvre humaine ne peut être grande et durable si elle ne s'inspire, en théorie et en pratique, dans ses principes et dans ses applications, des lois éternelles de l'univers. Tout ce qui est conçu, édifié en dehors des lois supérieures est bâti sur le sable et s'écroule.
Or, les doctrines du socialisme actuel ont une tare capitale. Elles veulent imposer une règle en contradiction avec la nature de la véritable loi de l'humanité : le niveau égalitaire.
L'évolution individuelle et progressive est la loi fondamentale de la nature et de la vie. C'est la raison d'être de l'homme, la norme de l'univers. S'insurger contre elle, lui substituer une autre fin, serait aussi insensé que de vouloir arrêter le mouvement de la terre ou le flux et le reflux des océans.
Le côté le plus faible de la doctrine socialiste, c'est l'ignorance absolue de l'homme, de son principe essentiel, des lois qui président à ses destins. Et lorsqu'on ignore l'homme individuel, comment pourrait-on gouverner l'homme social ?
La source de tous nos maux est dans notre manque de savoir et notre infériorité morale. Toute société restera faible et divisée aussi longtemps que la défiance, le doute, l'égoïsme, l'envie, la haine la domineront. On ne transforme pas une société par des lois. Les lois, les institutions ne sont rien sans les moeurs, sans les croyances élevées. Quelles que soient d'ailleurs la forme politique et la législation d'un peuple, s'il possède de bonnes moeurs et de fermes convictions, il sera toujours plus heureux et plus puissant qu'un autre peuple de moralité inférieure.
Une société étant la résultante des forces individuelles, bonnes ou mauvaises, pour améliorer la forme de cette société, il faut agir d'abord sur l'intelligence et sur la conscience des individus.
Mais, pour la démocratie socialiste, l'homme intérieur, l'homme de la conscience individuelle n'existe pas ; la collectivité l'absorbe tout entier. Les principes qu'elle adopte ne sont plus qu'une négation de toute philosophie élevée et de toute cause supérieure. On ne songe guère qu'à conquérir des droits. Et cependant la jouissance des droits ne va pas sans la pratique des devoirs. Le droit sans le devoir, qui le limite et le corrige, n'engendrera que de nouveaux déchirements, de nouvelles souffrances.
C'est pourquoi la poussée formidable du socialisme ne fait que déplacer les appétits, les convoitises, les causes du malaise et substitue aux oppressions du passé un despotisme nouveau, plus intolérable encore. Nous en voyons l'exemple en Russie.
Déjà, nous pouvons mesurer l'étendue des désastres causés par les doctrines négatives. Le déterminisme, le matérialisme, en niant la liberté humaine et la responsabilité, sapent les bases mêmes de l'Ethique universelle. Le monde moral n'est plus qu'une annexe de la physiologie, c'est-à-dire le règne, la manifestation de la force aveugle et irresponsable. Les esprits d'élite professent le nihilisme métaphysique, et la masse humaine, le peuple, sans croyances, sans principes fixes, est livré à des hommes qui exploitent ses passions et spéculent sur ses convoitises.
Le positivisme, pour être moins absolu, n'est pas moins funeste dans ses conséquences. Par sa théorie de l'inconnaissable, il supprime les notions de but et de large évolution. Il prend l'homme dans la phase actuelle de sa vie, simple fragment de sa destinée, et l'empêche de voir devant et derrière lui ; méthode stérile et dangereuse, faite, semble-t-il, pour des aveugles d'esprit, et que l'on a proclamée bien faussement la plus belle conquête de l'esprit moderne.
Tel est l'état actuel de la société. Le danger est immense, et si quelque grande rénovation spiritualiste et scientifique ne se produisait, le monde sombrerait dans l'incohérence et la confusion.
Nos hommes de gouvernement sentent déjà ce qu'il en coûte de vivre dans une société où les bases essentielles de la morale sont ébranlées, où les sanctions sont factices ou impuissantes, où tout se confond, même la notion élémentaire du bien et du mal.
Les Eglises, il est vrai, malgré leurs formes usées et leur esprit rétrograde, groupent encore autour d'elles beaucoup d'âmes sensibles : mais elles sont devenues incapables de conjurer le péril, par l'impossibilité où elles se sont mises de fournir une définition précise de la destinée humaine et de l'Au-delà, appuyée sur des faits probants.
L'humanité, lassée des dogmes et des spéculations sans preuves, s'est plongée dans le matérialisme ou l'indifférence. Il n'y a plus de salut pour la pensée que dans une doctrine basée sur l'expérience et le témoignage des faits.
D'où viendra cette doctrine ? De l'abîme où nous glissons, quelle puissance nous tirera ? Quel idéal nouveau viendra rendre à l'homme la confiance en l'avenir et l'ardeur pour le bien ? Aux heures tragiques de l'histoire, quand tout semblait désespéré, le secours n'a jamais manqué. L'âme humaine ne peut s'enliser entièrement et périr. Au moment où les croyances du passé se voilent, une conception nouvelle de la vie et de la destinée, basée sur la science des faits, reparaît. La grande tradition revit sous des formes élargies, plus jeunes et plus belles. Elle montre à tous un avenir plein d'espérance et de promesses. Saluons le nouveau règne de l'Idée, victorieuse de la matière, et travaillons à préparer ses voies !
La tâche à accomplir est grande, l'éducation de l'homme est à refaire entièrement. Cette éducation, nous l'avons vu, ni l'Université, ni l'Église ne sont en mesure de la donner, puisqu'elles ne possèdent plus les synthèses nécessaires pour éclairer la marche des nouvelles générations. Une seule doctrine peut offrir cette synthèse, celle du spiritualisme scientifique ; déjà, elle monte à l'horizon du monde intellectuel et semble devoir illuminer l'avenir.
A cette philosophie, à cette science, libre, indépendante, affranchie de toute pression officielle, de toute compromission politique, les découvertes contemporaines apportent chaque jour de nouvelles et précieuses contributions. Les phénomènes du magnétisme, de la radioactivité, de la télépathie, sont des applications d'un même principe, les manifestations d'une même loi qui régit à la fois l'être et l'univers.
Encore quelques années de labeur patient, d'expérimentation consciencieuse, de recherches persévérantes, et la nouvelle éducation aura trouvé sa formule scientifique, sa base essentielle. Cet événement sera le plus grand fait de l'Histoire depuis l'apparition du christianisme.
L'éducation, on le sait, est le plus puissant facteur du progrès ; elle contient en germe tout l'avenir. Mais, pour être complète, elle doit s'inspirer de l'étude de la vie sous ses deux formes alternantes, visible et invisible : de la vie dans sa plénitude, dans son évolution ascendante vers les sommets de la nature et de la pensée.
Les précepteurs de l'humanité ont donc un devoir immédiat à remplir. C'est de remettre le spiritualisme à la base de l'éducation, de travailler à refaire l'homme intérieur et la santé morale. Il faut réveiller l'âme humaine, endormie par une rhétorique funeste, lui montrer ses pouvoirs cachés, l'obliger à prendre conscience d'elle-même, à réaliser ses glorieux destins.
La science moderne a analysé le monde extérieur ; ses trouées dans l'univers objectif sont profondes : ce sera son honneur et sa gloire ; mais elle ne sait rien encore de l'univers invisible et du monde intérieur. C'est là l'empire illimité qui lui reste à conquérir. Savoir par quels liens l'homme se rattache à l'ensemble, descendre dans les replis mystérieux de l'être, où l'ombre et la lumière se mêlent comme dans la caverne de Platon, en parcourir les labyrinthes, les réduits secrets, ausculter le moi normal et le moi profond, la conscience et la subconscience, il n'est pas d'étude plus nécessaire. Tant que les Ecoles et les Académies ne l'auront pas introduite dans leurs programmes, elles n'auront rien fait pour l'éducation définitive de l'humanité.
Mais déjà nous voyons surgir et se constituer toute une psychologie merveilleuse et imprévue, d'où vont se dégager une nouvelle conception de l'être et la notion d'une loi supérieure qui embrasse et résout tous les problèmes de l'évolution et du devenir.
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Un temps s'achève ; des temps nouveaux s'annoncent. L'heure où nous sommes est une heure de crise et d'enfantement douloureux. Les formes épuisées du passé pâlissent et s'affaissent pour faire place à d'autres, d'abord vagues et confuses, mais qui se précisent de plus en plus. En elles s'ébauche la pensée grandissante de l'humanité.
L'esprit humain est en travail : partout, sous l'apparente décomposition des idées et des principes, partout, dans la science, dans l'art, dans la philosophie et même au sein des religions, l'observateur attentif peut constater qu'une lente et laborieuse gestation se produit. La science, elle surtout, jette à profusion des semences aux riches promesses. Le siècle qui monte sera celui des éclosions puissantes.
Les formes et les conceptions du passé, disions-nous, ne suffisent plus. Si respectable que paraisse cet héritage ; malgré le sentiment pieux avec lequel on peut considérer les enseignements légués par nos pères, on sent généralement, on comprend que cet enseignement n'a pas suffi à dissiper le mystère angoissant du pourquoi de la vie.
Cependant, on veut vivre et agir, à notre époque, avec plus d'intensité que jamais ; mais peut-on vivre et agir pleinement sans être conscient du but à atteindre ? L'état de l'âme contemporaine appelle, réclame une science, un art, une religion de lumière et de liberté qui viennent la délivrer de ses doutes, l'affranchir des vieilles servitudes et des misères de la pensée, la guider vers les horizons radieux où elle se sent portée par sa nature même et par l'impulsion de forces irrésistibles.
On parle souvent de progrès ; mais qu'entend-on par progrès ? Est-ce là un mot vide et sonore, dans la bouche d'orateurs pour la plupart matérialistes, ou bien a-t-il un sens déterminé ? Vingt civilisations ont passé sur la terre, éclairant de leurs lueurs la marche de l'humanité. Leurs grands foyers ont brillé dans la nuit des siècles, puis se sont éteints. Et l'homme ne discerne pas encore, derrière les horizons limités de sa pensée, l'au-delà sans limites où le porte son destin. Impuissant à dissiper le mystère qui l'entoure, il use ses forces aux oeuvres de la terre et se dérobe aux splendeurs de sa tâche spirituelle, celle qui fera sa vraie grandeur.
La foi au progrès ne va pas sans la foi en l'avenir, en l'avenir de chacun et de tous. Les hommes ne progressent et n'avancent que s'ils croient à cet avenir et s'ils marchent avec confiance, avec certitude vers l'idéal entrevu.
Le progrès ne consiste pas seulement dans les oeuvres matérielles, dans la création de machines puissantes et de tout l'outillage industriel ; il ne consiste pas davantage à trouver des procédés nouveaux d'art, de littérature ou des formes d'éloquence. Son plus haut objectif est de saisir, d'atteindre l'idée maîtresse, l'idée mère qui fécondera toute la vie humaine, la source haute et pure d'où découleront à la fois les vérités, les principes, les sentiments qui inspireront les oeuvres fortes et les nobles actions.
Il est temps de le comprendre : la civilisation ne peut grandir, la société ne peut monter que si une pensée toujours plus élevée, une lumière toujours plus vive viennent inspirer, éclairer les esprits et toucher les coeurs en les rénovant. L'idée seule, la pensée est mère de l'action. La volonté de réaliser la plénitude de l'être, toujours meilleur, toujours plus grand, peut seule nous conduire vers ces cimes lointaines où la science, l'art, toute l'oeuvre humaine en un mot, trouvera son épanouissement, sa régénération.
Tout nous le dit : l'univers est régi par la loi d'évolution ; c'est là ce que nous entendons par le mot progrès. Et nous-mêmes, dans notre principe de vie, dans notre âme et notre conscience, nous sommes soumis à jamais à cette loi. On ne saurait méconnaître aujourd'hui cette force souveraine qui emporte l'âme et ses oeuvres à travers l'infini du temps et de l'espace, vers un but toujours plus élevé ; mais une telle loi n'est réalisable que par nos efforts.
Pour faire oeuvre utile, pour coopérer à l'évolution générale et en recueillir tous les fruits, il faut avant tout apprendre à discerner, à saisir la raison, la cause et le but de cette évolution, savoir où elle conduit, afin de participer, dans la plénitude des forces et des facultés qui sommeillent en nous, à cette ascension grandiose.
Notre devoir est de tracer sa voie à l'humanité future, dont nous ferons encore partie intégrante, comme nous l'apprennent la communion des âmes, la révélation des grands Instructeurs invisibles, et comme la nature l'apprend aussi par ses milliers de voix, par le renouvellement perpétuel de toutes choses, à ceux qui savent l'étudier et la comprendre.
Allons donc vers l'avenir, vers la vie toujours renaissante, par la voie immense que nous ouvre un spiritualisme régénéré !
Foi du passé, sciences, philosophies, religions, éclairez-vous d'une flamme nouvelle ; secouez vos vieux linceuls et les cendres qui les recouvrent. Ecoutez les voix révélatrices de la tombe ; elles nous apportent un renouveau de la pensée avec les secrets de l'Au-delà, que l'homme a besoin de connaître pour mieux vivre, mieux agir et mieux mourir !
LE PROBLEME DE L'ETRE & DE LA DESTINEE
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Une loi, avons-nous dit, régit l'évolution de la pensée, comme elle régit l'évolution physique des êtres et des mondes ; la compréhension de l'univers se développe avec les progrès de l'esprit humain.
Cette conception générale de l'univers et de la vie a été exprimée de mille façons, sous mille formes diverses dans le passé. Elle l'est aujourd'hui en d'autres termes plus larges et le sera toujours avec plus d'ampleur, à mesure que l'humanité gravira les degrés de son ascension.
La science voit s'élargir sans cesse son champ d'exploration. Tous les jours, à l'aide de ses puissants instruments d'observation et d'analyse, elle découvre de nouveaux aspects de la matière, de la force et de la vie. Mais ce que ces instruments constatent, l'esprit l'avait discerné depuis longtemps, car l'essor de la pensée devance toujours et dépasse les moyens d'action de la science positive. Les instruments ne seraient rien, sans l'intelligence, sans la volonté qui les dirige.
La science est incertaine et changeante, elle se renouvelle sans cesse. Ses méthodes, ses théories, ses calculs, édifiés à grand-peine, s'écroulent devant une observation plus attentive ou une induction plus profonde, pour faire place à d'autres théories, qui ne seront pas plus définitives. La science nucléaire, par exemple, a renversé la théorie de l'atome indivisible qui, depuis deux mille ans, servait de base à la physique et à la chimie. Combien de découvertes analogues ont démontré dans le passé la faiblesse de l'esprit scientifique ! Celui-ci n'atteindra le réel qu'en s'élevant au-dessus du mirage des faits matériels, vers la région des causes et des lois.
C'est de cette façon que la science a pu déterminer les principes immuables de la logique et des mathématiques. Il n'en est pas de même dans les autres ordres de recherches. Le savant y apporte trop souvent ses préjugés, ses tendances, ses routines, tous les éléments d'une personnalité étroite, comme nous pouvons le constater dans le domaine des études psychiques, surtout en France, où il s'est trouvé, jusqu'ici, assez peu de savants courageux et vraiment éclairés pour suivre une voie déjà largement frayée par les plus belles intelligences des autres nations.
Malgré tout, l'esprit humain avance pas à pas dans la connaissance de l'être et de l'univers. Nos données sur la force et la matière se modifient chaque jour ; la personnalité humaine se révèle sous des aspects inattendus. En présence de tant de phénomènes expérimentalement constatés, en présence des témoignages qui s'accumulent de toutes parts, nul esprit clairvoyant ne peut plus nier la réalité de la survivance ; nul ne peut plus éluder les conséquences morales et les responsabilités qu'elle entraîne.
Ce que nous disons de la science, on pourrait également le dire des philosophies et des religions qui se sont succédé à travers les siècles. Elles constituent autant d'étapes ou de stations parcourues par l'humanité encore enfant, s'élevant vers des plans spirituels de plus en plus vastes et qui se relient entre eux. Dans leur enchaînement, ces croyances diverses nous apparaissent comme le développement graduel de l'idéal divin, reflété dans la pensée avec d'autant plus d'éclat et de pureté, que celle-ci s'affine et s'épure.
C'est pourquoi les croyances et les connaissances d'un temps ou d'un milieu semblent être, pour le temps ou le milieu où elles règnent, la représentation de la vérité telle que les hommes de cette époque peuvent la saisir et la comprendre, jusqu'à ce que le développement de leurs facultés et de leurs consciences les rende aptes à percevoir une forme plus haute, une radiation plus intense de cette vérité.
A ce point de vue, le fétichisme lui même s'explique, malgré ses rites sanglants. C'est le premier bégaiement de l'âme enfantine, s'essayant à épeler le divin langage et qui fixe, sous des traits grossiers, sous des formes appropriées à son état mental, sa conception vague, confuse, rudimentaire, d'un monde supérieur.
Les paganismes représentent un concept plus élevé, quoique très anthropomorphique. Les dieux y sont semblables aux hommes ; ils en ont toutes les passions, toutes les faiblesses. Mais déjà, la notion de l'idéal s'épure avec celle du bien. Un rayon de l'éternelle beauté vient féconder les civilisations au berceau.
Plus haut voici l'idée chrétienne, toute de sacrifice, de renoncement dans son essence. Le paganisme grec était la religion de la nature radieuse ; le christianisme est celle de l'humanité souffrante, religion des catacombes, des cryptes et des tombeaux, qui a pris naissance dans la persécution et la douleur et garde l'empreinte de son origine. Réaction nécessaire contre la sensualité païenne, elle deviendra, par son exagération même, impuissante à la vaincre, car, avec le scepticisme, la sensualité renaîtra.
Le christianisme, à son origine, doit être considéré comme le plus grand effort tenté par le monde invisible pour communiquer ostensiblement avec notre humanité. C'est, suivant l'expression de F. Myers, «le premier message authentique de l'Au-delà». Déjà, les religions païennes étaient riches en phénomènes occultes de toutes sortes et en faits de divination. Mais la résurrection, c'est-à-dire les apparitions du Christ matérialisé après sa mort, constituent la manifestation la plus puissante dont les hommes aient été témoins. Elle fut le signal d'une entrée en scène du monde des Esprits, qui se produisit de mille manières dans les premiers temps chrétiens. Nous avons dit ailleurs comment et pourquoi, peu à peu, le voile de l'Au-delà s'abaissa de nouveau et le silence se fit, sauf pour quelques privilégiés : voyants, extatiques, prophètes.
Nous assistons aujourd'hui à une nouvelle poussée du monde invisible dans l'histoire. Les manifestations de l'Au-delà, de passagères et isolées, tendent à devenir permanentes et universelles. Une voie s'établit entre les deux mondes, d'abord simple piste, étroit sentier, mais qui s'élargit, s'améliore peu à peu et deviendra une route large et sûre. Le christianisme a eu pour point de départ des phénomènes d'une nature semblable à ceux que l'on constate de nos jours dans le domaine des sciences psychiques. C'est par ces faits que se révèlent l'influence et l'action d'un monde spirituel, véritable demeure et patrie éternelle des âmes. Par eux, une trouée bleue s'ouvre sur la vie infinie ; l'espérance va renaître dans les coeurs angoissés, et l'humanité se réconciliera avec la mort.
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Les religions ont contribué puissamment à l'éducation humaine ; elles ont opposé un frein aux passions violentes, à la barbarie des âges de fer, et gravé fortement la notion morale au fond des consciences. L'esthétique religieuse a enfanté des chefs d'oeuvre dans tous les domaines ; elle a participé dans une large mesure à la révélation d'art et de beauté qui se poursuit à travers les siècles. L'art grec avait créé des merveilles. L'art chrétien a atteint le sublime dans ces cathédrales gothiques qui se dressent, bibles de pierre, sous le ciel, avec leurs fières tours sculptées, leurs nefs imposantes, qu'emplissent les vibrations des orgues et des chants sacrés, leurs hautes ogives, d'où la lumière descend à flots et ruisselle sur les fresques et les statues ; mais son rôle s'achève, car, déjà, il se copie, ou se repose, comme épuisé.
L'erreur religieuse, et surtout l'erreur catholique, n'est pas de l'ordre esthétique, lequel ne trompe pas : elle est de l'ordre logique. Elle consiste à enfermer la religion en des dogmes étroits, en des formes rigides. Alors que le mouvement est la loi même de la vie, le catholicisme a immobilisé la pensée, au lieu de provoquer son essor.
Il est dans la nature de l'homme d'épuiser toutes les formes d'une idée, de se porter aux extrêmes, avant de reprendre le cours normal de son évolution. Chaque vérité religieuse, affirmée par un novateur, s'affaiblit et s'altère par la suite, les disciples étant presque toujours incapables de se maintenir à la hauteur où le maître les a attirés. La doctrine devient, dès lors, une source d'abus et provoque, peu à peu, un mouvement contraire dans le sens du scepticisme et de la négation. A la foi aveugle succède l'incrédulité ; le matérialisme fait son oeuvre ; et c'est seulement lorsqu'il a montré toute son impuissance dans l'ordre social qu'une rénovation idéaliste devient possible.
Dès les premiers temps du christianisme, des courants divers : judaïque, hellénique, gnostique, se mêlent et se heurtent dans le lit de la religion naissante. Des schismes éclatent ; les déchirements, les conflits se succèdent, au milieu desquels la pensée du Christ se voile peu à peu et s'obscurcit. Nous avons montré de quelles altérations, de quels remaniements successifs la doctrine chrétienne a été l'objet à la suite des âges. Le véritable christianisme était une loi d'amour et de liberté ; les églises en ont fait une loi de crainte et d'asservissement. De là l'éloignement graduel des penseurs pour l'Église ; de là l'affaiblissement de l'esprit religieux dans notre pays.
A la faveur du trouble qui envahit les esprits et les consciences, le matérialisme a gagné du terrain. Sa morale, prétendue scientifique, qui proclame la nécessité de la lutte pour la vie, la disparition des faibles et la sélection des forts, règne aujourd'hui presque en souveraine dans la vie publique comme dans la vie privée. Toutes les activités se portent vers la conquête du bien-être et des jouissances physiques. Faute d'entraînement moral et de discipline, les ressorts de l'âme française se détendent ; le malaise et la discorde se glissent partout, dans la famille, dans la nation. C'est là, disions-nous, une période de crise. Rien ne meurt, malgré les apparences ; tout se transforme et se renouvelle. Le doute qui assiège les âmes à notre époque prépare la voie aux convictions de demain, à la foi intelligente et éclairée qui régnera sur l'avenir et s'étendra à tous les peuples, à toutes les races.
Quoique jeune encore et divisée par les nécessités de territoire, de distance, de climat, l'humanité a commencé à prendre conscience d'elle-même. Au-dessus, au-delà des antagonismes politiques et religieux, des groupements d'intelligences se constituent. Des hommes hantés des mêmes problèmes, aiguillonnés par les mêmes soucis, inspirés de l'Invisible, travaillent à une oeuvre commune et poursuivent les mêmes solutions. Peu à peu, les éléments d'une science psychologique et d'une croyance universelle apparaissent, se fortifient, s'étendent. Nombre de témoins impartiaux y voient le prélude d'un mouvement de la pensée qui tend à embrasser toutes les sociétés de la terre.
L'idée religieuse achève de parcourir son cycle inférieur, et les plans d'une spiritualité plus haute se dessinent. On peut dire que la religion est l'effort de l'humanité pour communier avec l'essence éternelle et divine. Voilà pourquoi il y aura toujours des religions et des cultes, de plus en plus larges et conformes aux lois supérieures de l'esthétique, qui sont l'expression de l'harmonie universelle. Le beau, dans ses règles les plus élevées, est une loi divine, et ses manifestations, en se rattachant à l'idée de Dieu, revêtiront forcément un caractère religieux.
A mesure que la pensée mûrit, des missionnaires de tous ordres viennent provoquer la rénovation religieuse au sein des humanités. Nous assistons au prélude d'une de ces rénovations, plus grande et plus profonde que les précédentes. Elle n'a plus seulement des hommes pour mandataires et pour interprètes, ce qui rendrait cette nouvelle dispensation aussi précaire que les autres. Ce sont les Esprits inspirateurs, les génies de l'espace, qui exercent à la fois leur action sur toute la surface du globe et dans tous les domaines de la pensée. Sur tous les points, un nouveau spiritualisme apparaît. Et aussitôt, la question se pose : Qu'es-tu ? lui demande-t-on : science ou religion ? Esprits étroits, croyez-vous donc que la pensée doive suivre éternellement les ornières que le passé a creusé !
Jusqu'ici, tous les domaines intellectuels ont été séparés les uns des autres, enclos de barrières, de murailles : la science d'un côté, la religion de l'autre ; la philosophie et la métaphysique sont hérissées de broussailles impénétrables. Alors que tout est simple, vaste et profond dans le domaine de l'âme comme dans celui de l'univers, l'esprit de système a tout compliqué, rétréci, divisé. La religion a été murée dans la sombre geôle des dogmes et des mystères ; la science, emprisonnée dans les plus bas étages de la matière. Là, n'est pas la vraie religion, ni la vraie science. Il suffira de s'élever au-dessus de ces classifications arbitraires pour comprendre que tout se concilie et se réconcilie dans une vision plus haute.
Est-ce que, dès aujourd'hui, notre science, quoique élémentaire, dès qu'elle se livre à l'étude de l'espace et des mondes, ne provoque pas aussitôt un sentiment d'enthousiasme, d'admiration presque religieuse ? Lisez les ouvrages des grands astronomes, des mathématiciens de génie. Ils vous diront que l'univers est un prodige de sagesse, d'harmonie, de beauté, et que, déjà, dans la pénétration des lois supérieures, se réalise l'union de la science, de l'art et de la religion par la vision de Dieu dans son oeuvre. Parvenue à ces hauteurs, l'étude devient une contemplation et la pensée se change en prière !
Le spiritualisme moderne va accentuer, développer cette tendance, lui donner un sens plus clair et plus précis. Par son côté expérimental, il n'est encore qu'une science ; par le but de ses recherches, il plonge à travers les régions invisibles et s'élève jusqu'aux sources éternelles d'où découlent toute force et toute vie. Par là, il unit l'homme à la Puissance divine et devient une doctrine, une philosophie religieuse. Il est, de plus, le lien qui réunit deux humanités. Par lui, les esprits prisonniers dans la chair et ceux qui en sont délivrés s'appellent, se répondent ; entre eux, une véritable communion s'établit.
Il ne faut donc pas voir là une religion dans le sens étroit, dans le sens actuel de ce mot. Les religions de notre temps veulent des dogmes et des prêtres, et la doctrine nouvelle n'en comporte pas. Elle est ouverte à tous les chercheurs ; l'esprit de libre critique, d'examen et de contrôle préside à ses investigations.
Les dogmes et les prêtres sont nécessaires, et le seront longtemps encore, aux âmes jeunes et timides qui pénètrent chaque jour dans le cercle de la vie terrestre et ne peuvent se diriger seules dans la voie de la connaissance, ni analyser leurs besoins et leurs sensations.
Le spiritualisme moderne s'adresse surtout aux âmes évoluées, aux esprits libres et majeurs, qui veulent trouver par eux-mêmes la solution des grands problèmes et la formule de leur Credo. Il leur offre une conception, une interprétation des vérités et des lois universelles, basée sur l'expérimentation, sur la raison et sur l'enseignement des Esprits. Ajoutez-y la révélation des devoirs et des responsabilités, qui, seule, donne une base solide à notre instinct de justice. Puis, avec la force morale, les satisfactions du coeur, la joie de retrouver, au moins par la pensée, quelquefois même par la forme, les êtres aimés que l'on croyait perdus. A la preuve de leur survivance, se joint la certitude de les rejoindre et de revivre avec eux des vies sans nombre, vies d'ascension, de bonheur ou de progrès.
Ainsi, graduellement, les problèmes les plus obscurs s'éclairent ; l'Au-delà s'entrouvre ; le côté divin des êtres et des choses se révèle. Par la force de ces enseignements, tôt ou tard, l'âme humaine montera, et, des hauteurs atteintes, elle verra que tout se relie, que les différentes théories, contradictoires et hostiles en apparence, ne sont que les aspects divers d'un même tout. Les lois du majestueux univers se résumeront, pour elle, en une loi unique, à la fois force intelligente et consciente, mode de pensée et d'action. Et par là, tous les mondes, tous les êtres se trouveront reliés dans une même unité puissante, associés dans une même harmonie, entraînés vers un même but.
Un jour viendra où tous les petits systèmes, étroits et vieillis, se fondront en une vaste synthèse, embrassant tous les royaumes de l'idée. Sciences, philosophies, religions, aujourd'hui divisées, se rejoindront dans la lumière et ce sera la vie, la splendeur de l'esprit, le règne de la Connaissance.
Dans cet accord magnifique, les sciences fourniront la précision et la méthode dans l'ordre des faits ; les philosophies, la rigueur de leurs déductions logiques ; la poésie, l'irradiation de ses lumières et la magie de ses couleurs. La religion y ajoutera les qualités du sentiment et la notion d'esthétique élevée. Ainsi se réaliseront la beauté dans la force et l'unité de la pensée. L'âme s'orientera vers les plus hautes cimes, tout en maintenant l'équilibre de relation nécessaire qui doit régler la marche parallèle et rythmée de l'intelligence et de la conscience, dans leur ascension à la conquête du Bien et du Vrai.
Le spiritualisme moderne repose sur tout un ensemble de faits : les uns, simplement physiques, nous ont révélé l'existence et le mode d'action de forces longtemps inconnues ; les autres ont un caractère intelligent, ce sont : l'écriture directe ou automatique, la typtologie, les discours prononcés dans la transe ou incorporation. Toutes ces manifestations, nous les avons passées en revue et analysées ailleurs. Nous avons vu qu'elles s'accompagnent fréquemment de marques, de preuves établissant l'identité et l'intervention d'âmes humaines qui ont vécu sur la terre et sont libérées par la mort.
C'est au moyen de ces phénomènes que les Esprits ont répandu leurs enseignements dans le monde, et ces enseignements ont été, comme nous le verrons, confirmés sur bien des points par l'expérience.
Le nouveau spiritualisme s'adresse donc à la fois aux sens et à l'intelligence. Expérimental, quand il étudie les phénomènes qui lui servent de base ; rationnel, quand il contrôle les enseignements qui en découlent, il constitue un instrument puissant pour la recherche de la vérité, puisqu'il peut servir simultanément dans tous les domaines de la connaissance.
Les révélations des Esprits, disions-nous, sont confirmées par l'expérience. Sous le nom de fluides, les Esprits nous ont enseigné théoriquement et démontré pratiquement, dès 1850, l'existence des forces impondérables que la science rejetait a priori. Le premier parmi les savants jouissant d'une grande autorité, sir W. Crookes a constaté, depuis, la réalité de ces forces, et la science actuelle en reconnaît chaque jour l'importance et la variété, grâce aux découvertes célèbres de Roentgen, Hertz, Becquerel, Curie, G. Le Bon, etc..
Les Esprits affirmaient et démontraient l'action possible de l'âme sur l'âme, à toutes distances, sans le secours des organes, et cet ordre de faits ne soulevait pas moins d'opposition et d'incrédulité.
Or, les phénomènes de la télépathie, de la suggestion mentale, de la transmission des pensées, observés et provoqués aujourd'hui en tous milieux, sont venus, par milliers, confirmer ces révélations.
Les Esprits enseignaient la préexistence, la survivance, les vies successives de l'âme.
Et voici que les expériences de F. Colavida, E. Marata, celles du colonel de Rochas, les miennes, etc., établissent que non seulement les souvenirs des moindres détails de la vie actuelle, jusque dans la plus tendre enfance, mais encore ceux des vies antérieures, sont gravés dans les replis cachés de la conscience. Tout un passé, voilé à l'état de veille, reparaît, revit dans la transe. En effet, ces souvenirs ont pu être reconstitués chez un certain nombre de sujets endormis, comme nous l'établirons plus loin, lorsque nous aborderons plus spécialement cette question.
On le voit, le spiritualisme moderne ne saurait, à l'exemple des anciennes doctrines spiritualistes, être considéré comme un pur concept métaphysique. Il se présente avec un tout autre caractère et répond aux exigences d'une génération élevée à l'école du criticisme et du rationalisme, rendue défiante par les exagérations d'un mysticisme maladif et agonisant.
Croire ne suffit plus aujourd'hui ; on veut savoir. Aucune conception philosophique ou morale n'a chance de succès si elle ne s'appuie sur une démonstration à la fois logique, mathématique et positive et si, en outre, elle n'est couronnée par une sanction qui satisfasse tous nos instincts de justice.
On peut remarquer que ces conditions, Allan Kardec les a parfaitement remplies dans le magistral exposé que contient son Livre des Esprits.
Ce livre est le résultat d'un immense travail de classement, de coordination, d'élimination portant sur d'innombrables messages, venus de sources diverses, inconnues les unes des autres, messages obtenus sur tous les points du monde et que ce compilateur éminent a réuni, après s'être assuré de leur authenticité. Il a eu soin d'écarter les opinions isolées, les témoignages douteux, pour ne retenir que les points sur lesquels les affirmations étaient concordantes.
Ce travail est loin d'être terminé. Il se poursuit tous les jours, depuis la mort du grand initiateur. Déjà nous possédons une synthèse puissante, dont Kardec a tracé les grandes lignes et que les héritiers de sa pensée s'efforcent de développer avec le concours du monde invisible. Chacun d'eux apporte son grain de sable à l'édifice commun, à cet édifice dont les bases se fortifient chaque jour par l'expérimentation scientifique, mais dont le couronnement s'élèvera toujours plus haut.
Moi-même, je puis le dire, j'ai été favorisé des enseignements de guides spirituels, dont l'assistance et les conseils ne m'ont jamais fait défaut depuis quarante années. Leurs révélations ont pris un caractère particulièrement didactique au cours de séances qui se sont succédées pendant huit ans et dont j'ai souvent parlé dans un précédent ouvrage.
Dans l'oeuvre d'Allan Kardec, l'enseignement des Esprits est accompagné, pour chaque question, de considérations, de commentaires, d'éclaircissements qui font ressortir avec plus de netteté la beauté des principes et l'harmonie de l'ensemble. C'est en cela que se montrent les qualités de l'auteur. Il s'est attaché, avant tout, à donner un sens clair et précis aux expressions qui reviennent habituellement dans son raisonnement philosophique ; puis à bien définir les termes qui pouvaient être interprétés dans des sens différents. Il savait que la confusion qui règne dans la plupart des systèmes provient du défaut de clarté des expressions familières à leurs auteurs.
Une autre règle, non moins essentielle dans tout exposé méthodique et qu'Allan Kardec a scrupuleusement observé, est celle qui consiste à circonscrire les idées et à les présenter dans des conditions qui les rendent compréhensibles pour tout lecteur. Enfin, après avoir développé ces idées dans un ordre et par un enchaînement qui les reliaient entre elles, il a su en dégager des conclusions, qui constituent déjà, dans l'ordre rationnel et dans la mesure des concepts humains, une réalité, une certitude.
C'est pourquoi nous nous proposons d'adopter ici les termes, les vues, les méthodes utilisés par Allan Kardec, comme étant les plus sûrs, en nous réservant d'ajouter à notre travail tous les développements résultant des cinquante années de recherches et d'expérimentation qui se sont écoulées depuis l'apparition de ses oeuvres.
On le voit donc par tout ceci, la doctrine des Esprits, dont Kardec était l'interprète et le compilateur judicieux, réunit, au même titre que les systèmes philosophiques les plus appréciés, les qualités essentielles de clarté, de logique et de rigueur.
Mais, ce qu'aucun système ne pouvait offrir, c'est l'imposant ensemble de manifestations à l'aide desquelles cette doctrine s'est affirmée d'abord dans le monde, puis a pu être contrôlée, chaque jour, en tous milieux. Elle s'adresse aux hommes de tous rangs, de toutes conditions, et non seulement à leurs sens, à leur intelligence, mais aussi à ce qu'il y a de meilleur en eux, à leur raison, à leur conscience. Ces puissances intimes ne constituent-elles pas, dans leur union, un critérium du bien et du mal, du vrai et du faux, plus ou moins clair ou voilé, sans doute, selon l'avancement des âmes, mais qu'on retrouve en chacune d'elles comme un reflet de l'éternelle raison dont elles émanent ?
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Il y a deux choses dans la doctrine des Esprits : une révélation du monde spirituel et une découverte humaine ; c'est-à-dire d'une part, un enseignement universel, extra-terrestre, identique à lui-même dans ses parties essentielles et son sens général ; de l'autre, une confirmation personnelle et humaine, qui se poursuit suivant les règles de la logique, de l'expérience et de la raison. La conviction qui s'en dégage se fortifie et se précise de plus en plus, à mesure que les communications deviennent plus nombreuses et que, par cela même, les moyens de vérification se multiplient et s'étendent.
Nous n'avions connu jusqu'ici que des systèmes personnels, des révélations particulières. Aujourd'hui, ce sont des milliers de voix, les voix des défunts, qui se font entendre. Le monde invisible entre en action, et dans le nombre de ses agents, d'éminents Esprits se laissent reconnaître par la force et la beauté de leurs enseignements. Les grands génies de l'espace, poussés par une impulsion divine, viennent guider la pensée vers de radieux sommets.
N'y a-t-il pas là une dispensation autrement vaste et grandiose que toutes celles du passé ? La différence dans les moyens n'a d'égale que celle des résultats. Comparons :
La révélation personnelle est faillible. Tous les systèmes philosophiques humains, toutes les théories individuelles, aussi bien celles d'Aristote, de Thomas d'Aquin, de Kant, de Descartes, de Spinoza que celles de nos contemporains, sont nécessairement influencées par les opinions, les tendances, les préjugés, les sentiments du révélateur. Il en est de même pour les conditions de temps et de lieu dans lesquelles elles se produisent. On pourrait en dire autant des doctrines religieuses.
La révélation des Esprits, impersonnelle, universelle, échappe à la plupart de ces influences, en même temps qu'elle réunit la plus grande somme de probabilités, sinon de certitudes. Elle ne peut être ni étouffée, ni dénaturée. Aucun homme, aucune nation, aucune église n'en a le privilège. Elle défie toutes les inquisitions et se produit là où l'on s'attend le moins à la rencontrer. On a vu les hommes qui lui étaient le plus hostiles, ramenés à d'autres vues par la puissance des manifestations, remués jusqu'au fond de l'âme par les appels et les exhortations de leurs proches décédés, se faire d'eux-mêmes les instruments d'une active propagande.
Les avertis comme saint Paul ne manquent pas dans le spiritisme, et ce sont des phénomènes d'un ordre semblable à celui du «chemin de Damas» qui ont provoqué leur changement d'opinion.
Les Esprits ont suscité de nombreux médiums dans tous les milieux, au sein des classes et des partis les plus divers et même jusqu'au fond des sanctuaires. Des prêtres, des pasteurs ont reçu leurs instructions et les ont propagées ouvertement ou bien sous le voile de l'anonymat. Leurs parents, leurs amis défunts, remplissaient près d'eux l'office de maîtres et de révélateurs, ajoutant à leurs enseignements des preuves formelles, irrécusables, de leur identité.
C'est par de tels moyens que le spiritisme a pu envahir le monde et le couvrir de ses foyers. Il existe un majestueux accord dans toutes ces voix qui se sont élevées simultanément pour faire entendre à nos sociétés sceptiques la bonne nouvelle de la survivance, et fournir l'explication des problèmes de la mort et de la douleur. La révélation a pénétré par voie médianimique au coeur des familles et jusqu'au fond des bouges et des enfers sociaux. N'a-t-on pas vu les forçats du bagne de Tarragone adresser au Congrès spirite international de Barcelone, en 1888, une adhésion touchante en faveur d'une doctrine qui, disaient-ils, les avait ramenés au bien et réconciliés avec le devoir !
Dans le spiritisme, la multiplicité des sources d'enseignement et de diffusion constitue donc un contrôle permanent, qui déjoue et rend stériles toutes les oppositions, toutes les intrigues. Par sa nature même, la révélation des Esprits se dérobe aux tentatives d'accaparement ou de falsification. Devant elle, les velléités de dissidence ou de domination restent stériles, car si l'on parvenait à l'éteindre ou à la dénaturer sur un point, elle se rallumerait aussitôt sur cent autres, se jouant ainsi des ambitions malsaines et des perfidies.
Dans cet immense mouvement révélateur, les âmes obéissent à des ordres venus d'en haut ; elles le déclarent elles-mêmes. Leur action est réglée d'après un plan tracé à l'avance et qui se déroule avec une majestueuse ampleur. Un conseil invisible préside à son exécution, du sein des espaces. Il est composé de grands Esprits de toutes les races, de toutes les religions, des âmes d'élite qui ont vécu en ce monde suivant la loi d'amour et de sacrifice. Ces puissances bienfaisantes planent entre le ciel et la terre, les unissant d'un trait de lumière, par lequel montent sans cesse les prières et descendent les inspirations.
En ce qui touche la concordance des enseignements spirites, il est pourtant un fait, une exception qui a frappé certains observateurs, et dont on s'est servi comme d'un argument capital contre le spiritisme. Pourquoi, nous objecte-t-on, les Esprits qui, dans l'ensemble des pays latins, affirment la loi des vies successives et les réincarnations de l'âme sur la terre, la nient-ils, ou la passent-ils sous silence dans les pays anglo-saxons ? Comment expliquer une contradiction aussi flagrante ? N'y a-t-il pas là de quoi détruire l'unité de doctrine qui caractérise la révélation nouvelle ?
Remarquons qu'il n'y a pas là de contradiction, mais simplement une gradation nécessitée par des préjugés de caste, de race et de religion, invétérés en certains pays. L'enseignement des Esprits, plus complet, plus étendu dès le principe dans les milieux latins, a été restreint à l'origine et gradué en d'autres régions pour des raisons d'opportunité. On peut constater que le nombre s'accroît tous les jours, en Angleterre et en Amérique, des communications spirites affirmant le principe des réincarnations successives. Plusieurs d'entre elles fournissent même des arguments précieux dans la discussion ouverte entre spiritualistes de différentes écoles. L'idée réincarnationiste a gagné assez de terrain au-delà de l'Atlantique pour qu'un des principaux organes spiritualistes américains lui ait été entièrement acquis. Le Light, de Londres, après avoir longtemps écarté cette question, la discute aujourd'hui avec impartialité.
Il semble donc que, s'il y a eu des ombres et des contradictions au début, elles n'étaient qu'apparentes et ne résistent guère à un examen sérieux.
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Comme toutes les nouvelles doctrines, la révélation spirite a soulevé bien des objections et des critiques. Relevons-en quelques-unes. Tout d'abord, on nous accuse de nous être trop pressés de philosopher ; on nous blâme d'avoir édifié, sur la base des phénomènes, un système hâtif, une doctrine prématurée, et d'avoir compromis ainsi le caractère positif du spiritualisme moderne.
Un écrivain de valeur, se faisant l'interprète d'un certain nombre de psychistes, résumait leurs critiques en ces termes : «Une objection sérieuse contre l'hypothèse spirite est celle qui se réfère à la philosophie dont certains hommes trop pressés ont doté le spiritisme. Le spiritisme, qui ne devrait être encore qu'une science à peine débutante, est déjà une philosophie immense, pour laquelle l'univers n'a pas de secrets.»
Nous pourrions rappeler à cet auteur que les hommes dont il parle n'ont joué en tout ceci que le rôle d'intermédiaires, se bornant à coordonner et à publier les enseignements qui leur parvenaient par voie médianimique.
D'autre part, remarquons-le, il y aura toujours des indifférents, des sceptiques, des attardés pour trouver que nous nous sommes trop pressés. Aucun progrès ne serait possible s'il fallait attendre les retardataires. Il est vraiment plaisant de voir des gens qui s'intéressent d'hier à ces questions, régenter des hommes comme Allan Kardec, par exemple. Celui-ci ne s'est hasardé à publier ses travaux qu'après des années de laborieuses recherches et de mûres réflexions, obéissant en cela à des ordres formels et puisant à des sources d'information dont nos excellents critiques ne semblent même pas avoir une idée.
Tous ceux qui suivent avec attention le développement des études psychiques, peuvent constater que les résultats acquis sont venus confirmer sur tous ses points et fortifier de plus en plus l'oeuvre de Kardec.
Frédéric Myers, l'éminent professeur de Cambridge, qui fut pendant vingt ans, dit Ch. Richet, l'âme de la Society for psychical Research, de Londres, et que le Congrès officiel international de psychologie de Paris éleva, en 1900, à la dignité de président d'honneur, Myers le déclare dans les dernières pages de son oeuvre magistrale : la Personnalité humaine, sa Survivance, dont la publication a produit dans le monde savant une sensation profonde : «Pour tout chercheur éclairé et consciencieux, ces recherches aboutissent logiquement et nécessairement à une vaste synthèse philosophique et religieuse.» Partant de ces données, il consacre son dixième chapitre à une «généralisation ou conclusion qui établit un rapport plus clair entre les nouvelles découvertes et les schémas déjà existants de la pensée et des croyances des hommes civilisés.»
Il termine ainsi l'exposé de son travail :
«... Bacon avait prévu la victoire progressive de l'observation et de l'expérience dans tous les domaines des études humaines ; dans tous, sauf un : le domaine des "choses divines". Je tiens à montrer que cette grande exception n'est pas justifiée. Je prétends qu'il existe une méthode d'arriver à la connaissance de ces choses divines avec la même certitude, la même assurance auxquelles nous devons les progrès dans la connaissance des choses terrestres. L'autorité des Eglises sera ainsi remplacée par celle de l'observation et de l'expérience. Les impulsions de la foi se transformeront en convictions raisonnées et résolues qui feront naître un idéal supérieur à tous ceux que l'humanité avait connus jusqu'ici.»
Ainsi, ce que certains critiques à courtes vues considèrent comme une tentative prématurée, apparaît à F. Myers comme «une évolution nécessaire et inévitable». La synthèse philosophique qui couronne son oeuvre a reçu les plus hautes approbations. Pour sir Oliver Lodge, l'académicien anglais, «elle constitue vraiment un des schémas de l'existence les plus vastes, les plus compréhensibles et les mieux fondés qu'on ait jamais vus.»
Le professeur Flournoy, de Genève, en fait le plus grand éloge dans ses Archives de psychologie de la Suisse romande (juin 1903).
En France, d'autres hommes de science, sans être spirites, aboutissent à des conclusions identiques.
M. Maxwell, docteur en médecine, procureur général près la Cour d'appel de Bordeaux, s'exprimait ainsi :
«Le spiritisme vient à son heure et répond à un besoin général... L'extension que prend cette doctrine est un des plus curieux phénomènes de l'époque actuelle. Nous assistons à ce qui me paraît être la naissance d'une véritable religion, sans cérémonial rituel et sans clergé, mais ayant des assemblées et des pratiques. Je trouve pour ma part un intérêt extrême à ces réunions et j'ai l'impression d'assister à la naissance d'un mouvement religieux appelé à de grandes destinées.»
En face de ces témoignages, les récriminations de nos contradicteurs tombent d'elles-mêmes. A quoi devons-nous attribuer leur aversion pour la doctrine des Esprits ? Serait-ce à ce fait, que l'enseignement spirite, avec sa loi des responsabilités, l'enchaînement des causes et des effets qu'il nous montre dans le domaine moral, et les exemples de sanction qu'il nous apporte, devient un terrible gêneur pour quantité de personnes peu soucieuses de philosophie ?
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Parlant des faits psychiques, F. Myers dit : «Ces observations, expériences et inductions ouvrent la porte à une révélation.» Il est évident que le jour où des relations ont été établies avec le monde des Esprits, par la force même des choses, le problème de l'être et de la destinée s'est posé aussitôt avec toutes ses conséquences, et sous des aspects nouveaux.
Quoi qu'on puisse dire, il n'était pas possible de communiquer avec nos parents et amis défunts en faisant abstraction de tout ce qui se rattache à leur mode d'existence ; en se désintéressant de leurs vues, forcément élargies et différentes de ce qu'elles étaient sur la terre, au moins pour les âmes déjà évoluées.
A aucune époque de l'Histoire, l'homme n'a pu se soustraire à ces grands problèmes de l'être, de la vie, de la mort, de la douleur. Malgré son impuissance à les résoudre, ils l'ont sans cesse hanté, revenant toujours avec plus de force, chaque fois qu'il tentait de les écarter, se glissant dans tous les événements de sa vie, dans tous les replis de son entendement, frappant pour ainsi dire, aux portes de sa conscience. Et lorsqu'une source nouvelle d'enseignements, de consolations, de forces morales, lorsque de vastes horizons s'ouvrent à la pensée, comment celle-ci pourrait-elle rester indifférente ? Ne s'agit-il pas de nous, en même temps que de nos proches ? N'est-ce pas notre sort futur, notre sort de demain qui est en question ?
Eh quoi ! ce tourment, cette angoisse de l'inconnu qui assiège l'âme à travers les temps ; cette intuition confuse d'un monde meilleur, pressenti, désiré ; ce souci de Dieu et de sa justice peuvent être, dans une nouvelle et plus large mesure, apaisés, éclairés, satisfaits, et nous en dédaignerions les moyens ? N'y a-t-il pas, dans ce désir, dans ce besoin de la pensée de sonder le grand mystère, un des plus beaux privilèges de l'être humain ; n'est-ce pas là ce qui fait la dignité, la beauté, la raison d'être de sa vie ?
Et chaque fois que nous avons méconnu ce droit, ce privilège ; chaque fois que, renonçant pour un temps à tourner ses regards vers l'Au-delà, à diriger ses pensées vers une vie plus haute, l'homme a voulu restreindre son horizon à la vie présente, n'a-t-on pas vu, dans ce même temps, les misères morales s'aggraver, le fardeau de l'existence s'appesantir plus lourdement sur les épaules des malheureux, le désespoir et le suicide multiplier leurs ravages, et les sociétés s'acheminer vers la décadence et l'anarchie ?
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Un autre genre d'objection est celui-ci : La philosophie spirite, nous dit-on, n'a pas de consistance. Les communications sur lesquelles elle repose proviennent, le plus souvent, du médium lui-même, de son propre inconscient, ou bien des assistants. Le médium en transe «lit dans l'esprit des consultants les doctrines qui y sont entassées, doctrines éclectiques, empruntées à toutes les philosophies du monde et surtout à l'hindouisme».
L'auteur de ces lignes a-t-il bien réfléchi aux difficultés que doit présenter un tel exercice ? Serait-il capable de nous expliquer les procédés à l'aide desquels on peut lire, à première vue, dans le cerveau d'autrui, les doctrines qui y sont «entassées» ? S'il le peut, qu'il le fasse, sinon nous serons fondés à voir dans ses allégations des mots, rien que des mots, employés à la légère et pour les besoins d'une critique de parti pris. Tel qui ne veut pas paraître dupe des sentiments est souvent dupé par les mots. L'incrédulité systématique sur un point devient de la crédulité naïve sur un autre.
Rappelons d'abord que les opinions de la plupart des médiums, au début des manifestations, étaient entièrement opposées à celles exprimées par les messages. Presque tous avaient reçu une éducation religieuse et étaient imbus des idées de paradis et d'enfer. Leurs vues sur la vie future, quand ils en avaient, différaient sensiblement de celles exposées par les Esprits. C'est encore fréquemment le cas aujourd'hui ; c'était celui de trois médiums de notre groupe, dames catholiques et pratiquantes qui, malgré les enseignements philosophiques qu'elles recevaient et transmettaient, ne renoncèrent jamais complètement à leurs habitudes cultuelles.
Quant aux assistants, aux auditeurs, aux personnes désignées sous le nom de «consultants», n'oublions pas non plus qu'à l'aube du spiritisme, en France, c'est-à-dire vers l'époque d'Allan Kardec, les hommes possédant des notions de philosophie, soit orientale, soit druidique, comportant la théorie des transmigrations ou vies successives de l'âme, ces hommes étaient bien peu nombreux, et il fallait les chercher au sein des académies ou dans quelques milieux scientifiques très fermés.
Nous demanderons à nos contradicteurs comment des médiums innombrables, dispersés sur tous les points de la terre, inconnus les uns des autres, auraient pu arriver à constituer d'eux-mêmes les bases d'une doctrine assez solide pour résister à toutes les attaques, à tous les assauts, assez exacte pour que ses principes aient pu être confirmés et se confirment chaque jour par l'expérience, comme nous l'avons établi au début de ce chapitre.
Au sujet de la sincérité des communications médianimiques et de leur portée philosophique, rappelons les paroles d'un orateur, dont les opinions ne paraîtront pas suspectes aux yeux de tous ceux qui connaissent l'aversion de la plupart des hommes d'église pour le spiritisme.
Dans un sermon, prononcé le 7 avril 1899, à New York, le révérend J. Savage, prédicateur de renom, disait :
«Les balivernes qui, soi-disant, viennent de l'Au-delà, sont légion. Et, en même temps, il existe toute une littérature de morale des plus pures et d'enseignements spiritualistes incomparables. Je sais un livre, par exemple, dont l'auteur était un gradué d'Oxford, pasteur de l'Église anglaise, et qui est devenu spirite et médium. Son livre a été écrit automatiquement. Parfois, pour détourner sa pensée du travail qu'accomplissait sa main, il lisait Platon en grec. Et son livre, contrairement à ce que l'on admet en général pour des oeuvres de ce genre, se trouvait en opposition absolue avec ses propres croyances religieuses, si bien qu'il se convertit avant qu'il l'eût terminé. Cet ouvrage renferme des enseignements moraux et spirituels dignes de n'importe quelle Bible du monde.
Les premiers âges du christianisme, vous vous en souviendrez si vous lisez saint Paul, étaient composés de gens avec lesquels les personnes considérées ne voulaient avoir rien de commun. Le spiritualisme a débuté jusqu'aux temps actuels par un groupement du même genre. Mais, de nos jours, beaucoup de noms fameux se rangent sous cette bannière, et l'on y trouve les hommes les meilleurs et les plus intelligents. Rappelez-vous donc que c'est un grand mouvement très sincère en général.»
Dans son discours, le révérend Savage a su faire la part des choses. Il est certain que les communications médianimiques n'offrent pas toutes un égal intérêt. Beaucoup se composent de banalités, de redites, de lieux communs. Tous les Esprits ne sont pas aptes à nous donner d'utiles et profonds enseignements. Comme sur la terre et plus encore, l'échelle des êtres, dans l'espace, comporte des degrés infinis. On y rencontre les plus nobles intelligences comme les âmes les plus vulgaires. Mais, parfois, les esprits inférieurs, eux-mêmes, en nous décrivant leur situation morale, leurs impressions à la mort et dans l'Au-delà, en nous initiant aux détails de leur nouvelle existence, nous fournissent des matériaux précieux pour déterminer les conditions de la survivance selon les diverses catégories d'esprits. Il y a donc des éléments d'instruction à puiser un peu partout dans nos rapports avec les Invisibles. Cependant, tout n'est pas à retenir. C'est à l'expérimentateur prudent et avisé à savoir séparer l'or de sa gangue. La vérité ne nous arrive pas toujours nue, et l'action d'en haut laisse aux facultés et à la raison de l'homme le champ nécessaire pour s'exercer et se développer.
En tout ceci, de sérieuses précautions doivent être prises, un continuel et vigilant contrôle doit être exercé. Il faut se mettre en garde contre les fraudes, conscientes ou inconscientes, et voir s'il n'y a pas, dans les messages écrits, un simple cas d'automatisme. Dans ce but, il convient de s'assurer que les communications, par la forme et par le fond, sont au-dessus des capacités du médium. Il faut exiger des preuves d'identité de la part des manifestants et ne se départir de toute rigueur que dans les cas où les enseignements, par leur supériorité et leur majestueuse ampleur, s'imposent d'eux-mêmes et surpassent de bien haut les possibilités du transmetteur.
Quand l'authenticité des communications est assurée, il faut encore comparer entre eux, et passer au crible d'un jugement sévère, les principes scientifiques et philosophiques qu'elles exposent, et accepter seulement les points sur lesquels la presque unanimité des vues est établie.
En dehors des fraudes d'origine humaine, il y a aussi les mystifications de source occulte. Tous les expérimentateurs sérieux savent qu'il existe deux spiritismes. L'un pratiqué à tort et à travers, sans méthode, sans élévation de pensée, attire à nous les badauds de l'espace, les Esprits légers et moqueurs, qui sont nombreux dans l'atmosphère terrestre. L'autre, plus grave, pratiqué avec mesure, avec un sentiment respectueux, nous met en rapport avec les Esprits avancés, désireux de secourir et d'éclairer ceux qui les appellent d'un coeur fervent. C'est là ce que les religions ont connu et désigné sous le nom de «communion des saints».
On demande encore : Comment, dans ce vaste ensemble de communications dont les auteurs sont invisibles, peut-on distinguer ce qui provient des entités supérieures et doit être conservé ? A cette question, il n'est qu'une réponse : Comment distinguons-nous les bons et les mauvais livres des auteurs depuis longtemps décédés ? Comment distinguer un langage noble et élevé d'un langage banal et vulgaire ? N'avons-nous pas un jugement, une règle pour mesurer la qualité des pensées, qu'elles proviennent de notre monde ou de l'autre ? Nous pouvons juger les messages médianimiques surtout par leurs effets moralisateurs ; ils sont grands parfois et ont amélioré bien des caractères, purifié bien des consciences. C'est là le plus sûr critérium de tout enseignement philosophique.
Dans nos rapports avec les Invisibles, il existe aussi des signes de reconnaissance pour distinguer les bons Esprits des âmes arriérées. Les sensitifs reconnaissent facilement la nature des fluides : doux, agréables chez les bons ; violents, glacials, pénibles à supporter chez les esprits mauvais. Un de nos médiums annonçait toujours à l'avance l'arrivée de «l'Esprit bleu», qui se révélait par des vibrations harmonieuses et des radiations brillantes. Il en est qui se distinguent à l'odeur, perceptible pour certains médiums. Délicates, suaves chez les uns, ces odeurs sont répugnantes chez d'autres. L'élévation d'un Esprit se mesure à la pureté de ses fluides, à la beauté de sa forme et de son langage.
Dans cet ordre de recherches, ce qui frappe, persuade et convainc le plus, ce sont les entretiens établis avec ceux de nos parents et amis qui nous ont précédés dans la vie de l'espace. Quand des preuves incontestables d'identité nous ont assurés de leur présence, que l'intimité d'autrefois, la confiance et l'abandon règnent de nouveau entre eux et nous, les révélations obtenues dans ces conditions prennent un caractère des plus suggestifs. Devant elles, les dernières hésitations du scepticisme s'évanouissent forcément pour faire place aux élans du coeur.
Peut-on résister en effet aux accents, aux appels de ceux qui ont partagé notre vie, entouré nos premiers pas de leur tendre sollicitude, de ces compagnons de notre enfance, de notre jeunesse, de notre virilité, qui, un à un, se sont évanouis dans la mort, laissant, à chaque départ, notre route plus solitaire, plus désolée ? Ils reviennent dans la transe, avec des attitudes, des inflexions de voix, des rappels de souvenirs, avec mille et mille preuves d'identité, banales dans leurs détails pour des étrangers, mais si émouvantes pour les intéressés ! Ils nous instruisent des problèmes de l'Au-delà, nous exhortent et nous consolent. Les hommes les plus froids, les plus doctes expérimentateurs, comme le professeur Hyslop, n'ont pu résister à ces influences d'outre-tombe. Ceci le démontre : il n'y a pas seulement, dans le spiritisme, comme certains le prétendent, des pratiques frivoles et abusives, mais plutôt un mobile noble et généreux, c'est-à-dire l'attachement à nos morts, l'intérêt que nous portons à leur souvenir. N'est-ce pas là un des côtés les plus respectables de la nature humaine, un des sentiments, une des forces qui élèvent l'homme au-dessus de la matière et le différencient de la brute ?
Puis, à côté, au-dessus des exhortations émues de nos proches, signalons les envolées puissantes des Esprits de génie, les pages écrites fiévreusement, dans la demi-obscurité, par des médiums de notre connaissance, incapables d'en comprendre la valeur et la beauté, mais où la splendeur du style s'allie à la profondeur des idées. Ou bien ces discours impressionnants, comme nous en entendîmes souvent dans notre groupe d'études, discours prononcés par l'organe d'un médium très modeste de savoir et de caractère, et par lesquels un Esprit nous entretenait de l'éternelle énigme du monde et de lois qui régissent la vie spirituelle. Ceux qui eurent la faveur d'assister à ces réunions savent quelle influence pénétrante elles exerçaient sur nous tous. Malgré les tendances sceptiques et l'esprit gouailleur des hommes de notre génération, il y a des accents, des formes de langage, des élans d'éloquence auxquels ils ne pourraient résister. Les plus prévenus seraient obligés d'y reconnaître la caractéristique, la marque incontestable d'une grande supériorité morale, le sceau de la vérité. Devant ces Esprits descendus un instant sur notre monde obscur et arriéré pour y faire briller un éclair de leur génie, le criticisme le plus exigeant se trouble, hésite et se tait.
Pendant vingt ans, nous reçûmes, à Tours, des communications de cet ordre. Elles touchaient à tous les grands problèmes, à toutes les questions importantes de philosophie et de morale, et composaient plusieurs volumes manuscrits. C'est le résumé de ce travail, beaucoup trop étendu, trop touffu pour être publié intégralement, que je voudrais présenter ici. Jérôme de Prague, mon ami, mon guide du présent et du passé, l'Esprit magnanime qui dirigea les premiers essors de mon intelligence enfantine, dans le lointain des âges, en est l'auteur. Combien d'autres Esprits éminents ont répandu ainsi leurs enseignements à travers le monde, dans l'intimité de quelques groupes ! Presque toujours anonymes, ils se révèlent seulement par la haute valeur de leurs conceptions. Il m'a été donné de soulever quelques-uns des voiles cachant leur personnalité véritable. Mais je dois garder leur secret, car les Esprits d'élite se reconnaissent précisément à cette particularité, qu'ils se dissimulent sous des désignations d'emprunt et veulent rester ignorés. Les noms célèbres que l'on trouve au bas de certaines communications, plates et vides, ne sont trop souvent qu'un leurre.
Par tous ces détails, j'ai voulu démontrer une chose : cette oeuvre n'est pas exclusivement mienne, mais plutôt le reflet d'une pensée plus haute que je cherche à interpréter. Elle concorde, sur tous les points essentiels, avec les vues exprimées par les instructeurs d'Allan Kardec ; toutefois, des points laissés obscurs par ceux-ci y ont été abordés. J'ai dû également tenir compte du mouvement de la pensée et de la science humaines, de leurs découvertes, et les signaler dans cet ouvrage. En certains cas, j'y ai ajouté mes impressions personnelles et mes commentaires ; car, dans le spiritisme, nous ne saurions trop le dire, il n'est pas de dogmes, et chacun de ses principes peut et doit être discuté, jugé, soumis au contrôle de la raison.
J'ai considéré comme un devoir de faire bénéficier mes frères terrestres de ces enseignements. Une oeuvre vaut par elle-même. Quoi qu'on puisse penser et dire de la révélation des Esprits, je ne saurais admettre, alors que l'on enseigne dans toutes les Universités d'immenses systèmes métaphysiques bâtis par la pensée des hommes, que l'on puisse considérer comme négligeables et rejeter les principes divulgués par les nobles Intelligences de l'espace.
Si nous aimons les maîtres de la raison et de la sagesse humaines ce n'est pas un motif pour dédaigner les maîtres de la raison surhumaine, les représentants d'une sagesse plus haute et plus grave. L'esprit de l'homme, comprimé par la chair, privé de la plénitude de ses ressources et de ses perceptions, ne peut parvenir de lui-même à la connaissance de l'univers invisible et de ses lois. Le cercle dans lequel s'agitent notre vie et notre pensée est borné ; notre point de vue, restreint. L'insuffisance des données acquises nous rend toute généralisation impossible ou improbable. Il nous faut des Guides pour pénétrer dans le domaine inconnu et infini des lois. C'est par la collaboration des penseurs éminents des deux mondes, des deux humanités, que les plus hautes vérités seront atteintes, au moins entrevues, et les plus nobles principes établis. Bien mieux et plus sûrement que nos maîtres terrestres, ceux de l'espace savent nous mettre en présence du problème de la vie, du mystère de l'âme, nous aider à prendre conscience de notre grandeur et de notre avenir.
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Parfois, une question nous est posée, une nouvelle objection est faite. En présence de l'infinie variété des communications et de la liberté pour chacun de les apprécier, de les contrôler à son gré, que devient, nous dit-on, l'unité de doctrine, cette unité puissante qui a fait la force, la grandeur et assuré la durée des religions sacerdotales ?
Le spiritisme, nous l'avons dit, ne dogmatise pas. Il n'est ni une secte, ni une orthodoxie. C'est une philosophie vivante, ouverte à tous les libres esprits, et qui progresse en évoluant. Il n'impose rien ; il propose, et ce qu'il propose, il l'appuie sur des faits d'expérience et des preuves morales. Il n'exclut aucune des autres croyances, mais s'élève au-dessus d'elles et les embrasse dans une formule plus vaste, dans une expression plus haute et plus étendue de la vérité.
Les intelligences supérieures nous ouvrent la voie. Elles nous révèlent les principes éternels que chacun de nous adopte et s'assimile dans la mesure de sa compréhension, suivant le degré de développement atteint par ses facultés dans la succession de ses vies.
En général, l'unité de doctrine n'est obtenue qu'au prix de la soumission aveugle et passive à un ensemble de principes, de formules fixés en un moule rigide. C'est la pétrification de la pensée, le divorce entre la religion et la science qui, elle, ne saurait se passer de liberté et de mouvement.
Cette immobilité, cette fixité rigide des dogmes prive la religion qui se l'impose de tous les bénéfices du mouvement social et de l'évolution de la pensée. En se considérant comme la seule croyance bonne et véritable, elle en arrive à proscrire tout ce qui est du dehors, et se mure ainsi dans une tombe, où elle voudrait entraîner avec elle la vie intellectuelle et le génie des races humaines.
Le plus grand souci du spiritisme est d'éviter ces funestes conséquences de l'orthodoxie. Sa révélation est un exposé libre et sincère de doctrines qui n'ont rien d'immuables, mais constituent une étape nouvelle vers la vérité éternelle et infinie. Chacun a le droit d'en analyser les principes, et ils n'ont d'autre sanction que la conscience et la raison. Mais, en les adoptant, on doit y conformer sa vie et remplir les devoirs qui en découlent. Ceux qui ne le font pas ne peuvent être considérés comme des adeptes sérieux.
A. Kardec nous a toujours mis en garde contre le dogmatisme et l'esprit sectaire. Il nous recommande sans cesse, dans ses ouvrages, de ne pas laisser cristalliser le spiritisme et d'éviter les méthodes néfastes qui ont ruiné l'esprit religieux dans notre pays.
Dans notre temps de discorde et de luttes politiques et religieuses, où la science et l'orthodoxie sont aux prises, nous voudrions démontrer aux hommes de bonne volonté de toutes les opinions, de toutes les croyances, ainsi qu'à tous les penseurs vraiment libres et doués d'une compréhension large, qu'il est un terrain neutre, celui du spiritualisme expérimental, où nous pouvons nous rencontrer et nous donner la main. Plus de dogmes ! plus de mystères ! Ouvrons notre entendement à tous les souffles de l'esprit ; puisons à toutes les sources du passé et du présent. Disons-nous que, dans toute doctrine, il y a des parcelles de la vérité ; mais aucune ne la contient entièrement, la vérité, dans sa plénitude, étant plus vaste que l'esprit humain.
C'est seulement dans l'accord des bonnes volontés, des coeurs sincères, des esprits désintéressés que se réaliseront l'harmonie de la pensée et la conquête de la grande somme de vérité assimilable à l'homme sur notre terre, à cette heure de l'histoire.
Un jour viendra où tous comprendront qu'il n'y a pas antithèse entre la science et la vraie religion. Il n'y a que des malentendus. L'antithèse est entre la science et l'orthodoxie : en nous rapprochant sensiblement des doctrines sacrées de l'Orient et de la Gaule, touchant l'unité du monde et l'évolution de la vie, les découvertes récentes, la science nous le prouvent. C'est pourquoi nous pouvons affirmer qu'en poursuivant leur marche parallèle sur la grande route des siècles, la science et la croyance se rencontreront forcément un jour, car leur but est identique, et elles finiront par se pénétrer réciproquement. La science sera l'analyse ; la religion deviendra la synthèse. En elles, le monde des faits et le monde des causes s'uniront ; les deux termes de l'intelligence humaine se relieront ; le voile de l'invisible sera déchiré ; l'oeuvre divine apparaîtra à tous les yeux dans sa splendeur majestueuse !
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Les allusions que nous venons de faire aux doctrines antiques pourraient susciter une autre objection : les enseignements du spiritisme, dira-t-on, ne sont donc pas entièrement nouveaux ? Non, sans doute. A tous les âges de l'humanité, des éclairs ont jailli, des lueurs ont éclairé la pensée en marche, et les vérités nécessaires sont apparues aux sages et aux chercheurs. Toujours les hommes de génie, de même que les sensitifs et les voyants, ont reçu de l'Au-delà des révélations appropriées aux besoins de l'évolution humaine. Il est peu probable que les premiers hommes aient pu arriver d'eux-mêmes et par leurs seules ressources mentales à la notion de lois et même aux premières formes de civilisation. Consciente ou non, la communion entre la terre et l'espace a toujours existé.
Aussi, nous retrouverions facilement dans les doctrines du passé la plupart des principes remis en lumière par l'enseignement des Esprits. Du reste, ces principes, réservés au petit nombre, n'avaient pas pénétré jusqu'à l'âme des foules. Leur révélation se produisait plutôt sous la forme de communications isolées, de manifestations présentant un caractère sporadique ; elles étaient considérées le plus souvent comme miraculeuses. Mais après vingt ou trente siècles de lent travail et de gestation silencieuse, l'esprit critique s'est développé et la raison s'est élevée jusqu'au concept de lois plus hautes. Ces phénomènes avec l'enseignement qui s'y rattache reparaissent, se généralisent, viennent guider les sociétés hésitantes dans la voie ardue du progrès.
C'est toujours aux heures troubles de l'Histoire que les grandes conceptions synthétiques se forment au sein de l'humanité ; lorsque les religions vieillies et les philosophies trop abstraites ne suffisent plus à consoler les afflictions, à relever les courages abattus, à entraîner les âmes vers les sommets. Pourtant, il y a encore en elles bien des forces latentes et des foyers de chaleur qu'on pourrait ranimer. Aussi ne partageons-nous pas les vues de certains théoriciens qui, dans ce domaine, songent plutôt à démolir qu'à restaurer. Ce serait une faute. Il y a deux parts à faire dans l'héritage du passé et même dans les religions ésotériques, créées pour des esprits enfants et qui, toutes, répondent aux besoins d'une catégorie d'âmes. La sagesse consisterait à recueillir les parcelles de vie éternelle, les éléments de direction morale qu'elles contiennent, tout en écartant les superfétations inutiles que l'action des âges et des passions est venue y ajouter.
Cette oeuvre de discernement, de triage, de rénovation, qui pouvait l'accomplir ? Les hommes y étaient mal préparés. Malgré les avertissements impérieux des dernières années, malgré la déchéance morale de notre temps, aucune voix autorisée ne s'est élevée, ni dans le sanctuaire, ni dans les hautes chaires académiques, pour dire les paroles fortes et graves que le monde attendait.
Dès lors, l'impulsion ne pouvait venir que d'en haut. Elle est venue. Tous ceux qui ont étudié le passé avec attention savent qu'il y a un plan dans le drame des siècles. La pensée divine s'y manifeste de façons différentes et la révélation se gradue de mille manières, suivant les besoins des sociétés. C'est pourquoi, l'heure d'une nouvelle dispensation étant arrivée, le monde invisible est sorti de son silence. Par toute la terre, les communications des défunts ont afflué, apportant les éléments d'une doctrine en qui se résument et se fondent les philosophies et les religions de deux humanités. Le but du spiritisme n'est pas de détruire, mais d'unifier et de compléter en rénovant. Il vient séparer, dans le domaine des croyances, ce qui est vivant de ce qui est mort. Il recueille et rassemble, dans les nombreux systèmes où s'est enfermée jusqu'ici la conscience de l'humanité, les vérités relatives qu'ils renferment, pour les unir aux vérités d'ordre général proclamées par lui. Bref, le spiritisme attache à l'âme humaine, encore incertaine et débile, les puissantes ailes des larges espaces et, par ce moyen, il l'élève à des hauteurs d'où elle peut embrasser la vaste harmonie des lois et des mondes et, en même temps, obtenir une claire vision de sa destinée.
Et cette destinée se trouve incomparablement supérieure à tout ce que lui ont murmuré les doctrines du moyen âge et les théories d'un autre temps. C'est un avenir d'immense évolution qui s'ouvre pour elle et se poursuit de sphères en sphères, de clartés en clartés, vers un but toujours plus beau, toujours plus illuminé des rayons de la justice et de l'amour.
Le premier problème qui se pose à la pensée, c'est celui de la pensée elle-même ou plutôt de l'être pensant. C'est là, pour nous tous, un sujet capital, qui domine tous les autres, et dont la solution nous ramène aux sources mêmes de la vie et de l'univers.
Quelle est la nature de notre personnalité ? Celle-ci comporte-t-elle un élément susceptible de survivre à la mort ? A cette question se rattachent toutes les craintes, toutes les espérances de l'humanité.
Le problème de l'être et le problème de l'âme ne font qu'un ; c'est l'âme qui fournit à l'homme son principe de vie et de mouvement. L'âme humaine est une volonté libre et souveraine ; c'est l'unité consciente qui domine tous les attributs, toutes les fonctions, tous les éléments matériels de l'être, comme l'âme divine domine, coordonne et relie toutes les parties de l'univers pour les harmoniser.
L'âme est immortelle, car le néant n'est pas et rien ne peut être anéanti. Aucune individualité ne peut cesser d'être. La dissolution des formes matérielles prouve simplement que l'âme est séparée de l'organisme à l'aide duquel elle communiquait avec le milieu terrestre. Elle n'en poursuit pas moins son évolution dans des conditions nouvelles, sous des formes plus parfaites et sans rien perdre de son identité. Chaque fois qu'elle abandonne son corps terrestre, elle se retrouve dans la vie de l'espace, unie à son corps spirituel, dont elle est inséparable, à cette forme impondérable qu'elle s'est préparée par ses pensées et par ses oeuvres.
Ce corps subtil, ce double fluidique, existe en nous à l'état permanent. Quoique invisible, il sert cependant de moule à notre corps matériel. Celui-ci ne joue pas, dans la destinée de l'être, le rôle le plus important. Le corps visible, le corps physique varie. Formé en vue des nécessités de l'étape terrestre, il est temporaire et périssable ; il se désagrège et se dissout à la mort. Le corps subtil demeure ; préexistant à la naissance, il survit aux décompositions de la tombe et accompagne l'âme dans ses transmigrations. C'est le modèle, le type originel, la véritable forme humaine, sur laquelle viennent s'incorporer, pour un temps, les molécules de la chair, et qui se maintient au milieu de toutes les variations et de tous les courants matériels. Même durant la vie, cette forme subtile peut se détacher du corps charnel dans certaines conditions, agir, apparaître, se manifester à distance, comme nous le verrons plus loin, de façon à prouver, d'une manière irrécusable, son existence indépendante.
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Les preuves de l'existence de l'âme sont de deux sortes : morales et expérimentales. Voyons d'abord les preuves morales et celles d'ordre logique, qui, pour avoir été souvent utilisées, n'en gardent pas moins toute leur force et leur valeur.
D'après les écoles matérialistes et moniste, l'âme n'est que la résultante des fonctions cérébrales. «Les cellules du cerveau, a dit Haeckel, sont les véritables organes de l'âme. Celle-ci est liée à leur intégrité. Elle croît, régresse et s'évanouit avec elles. Le germe matériel contient l'être tout entier, physique et mental.»
Nous répondrons en substance : La matière ne peut générer des qualités qu'elle n'a pas. Des atomes, qu'ils soient triangulaires, circulaires ou crochus, ne sauraient représenter la raison, le génie, le pur amour, la sublime charité. Le cerveau, dit-on, crée la fonction ; mais est-il compréhensible qu'une fonction puisse se connaître, posséder la conscience et la sensibilité ? Comment expliquer la conscience autrement que par l'esprit ? Vient-elle de la matière ? Elle la combat fréquemment ! Vient-elle de l'intérêt et de l'instinct de conservation ? Elle se révolte contre eux et nous commande jusqu'au sacrifice !
L'organisme matériel n'est pas le principe de la vie et des facultés ; il en est, au contraire, la limite. Le cerveau n'est qu'un instrument, à l'aide duquel l'esprit enregistre les sensations ; on pourrait le comparer à un clavier dont chaque touche représenterait un genre spécial de sensations. Lorsque l'instrument est en parfait accord, ces touches, sous l'action de la volonté, rendent le son qui leur est propre, et l'harmonie règne dans nos idées et dans nos actes. Mais si ces mêmes touches se trouvent dérangées, si plusieurs sont détruites, le son rendu sera faux, l'harmonie incomplète : il en résultera un désaccord, malgré les efforts de l'intelligence de l'artiste, qui ne peut plus obtenir de cet instrument défectueux un ensemble de manifestations régulières. Ainsi s'expliquent les maladies mentales, les névroses, l'idiotisme, la perte temporaire de la parole ou de la mémoire, la folie, etc., sans que l'existence de l'âme en soit atteinte pour cela. Dans tous ces cas, l'esprit subsiste, mais ses manifestations sont contrariées et parfois même annihilées par suite d'un manque de corrélation avec son organisme.
Sans doute, d'une façon générale, le développement du cerveau dénote de hautes facultés. A une âme délicate et puissante, il faut un instrument plus parfait qui se prête à toutes les manifestations d'une pensée élevée et féconde. Les dimensions et les circonvolutions du cerveau sont souvent en rapport direct avec le degré d'évolution de l'esprit. Il n'en faudrait pas déduire que la mémoire n'est qu'un simple jeu des cellules cérébrales. Celles-ci se modifient et se renouvellent sans cesse, dit la science, à tel point que le cerveau et le corps humain tout entier sont renouvelés en peu d'années. Dans ces conditions, comment expliquer que nous puissions nous rappeler des faits remontant à dix, vingt, trente années ? Comment les vieillards se remémorent-ils avec une facilité surprenante les moindres détails de leur enfance ? Comment la mémoire, la personnalité, le moi peuvent-ils persister et se maintenir au milieu des continuelles destructions et reconstructions organiques ? Autant de problèmes insolubles pour le matérialisme !
Rien ne parvient à l'âme, disent les psychologues contemporains, que par le moyen des sens, et la suspension des uns entraîne la disparition de l'autre. Remarquons cependant que l'état d'anesthésie, c'est-à-dire la suppression momentanée de la sensibilité, ne supprime nullement l'action de l'intelligence ; celle-ci s'active, au contraire, dans des cas où, d'après les doctrines matérialistes, elle devrait être annihilée.
Buisson écrivait : «S'il existe quelque chose qui puisse démontrer l'indépendance du moi, c'est assurément la preuve que nous fournissent les patients soumis à l'action de l'éther et chez qui les facultés intellectuelles résistent dans cet état aux agents anesthésiques.»
Velpeau, traitant du même sujet, disait : «Quelle mine féconde pour la physiologie et la psychologie que des faits comme ceux-ci, qui séparent l'esprit de la matière, l'intelligence du corps !»
Nous verrons aussi de quelle façon, dans le sommeil ordinaire ou provoqué, dans le somnambulisme et l'extériorisation, l'âme peut vivre, percevoir, agir sans le secours des sens.
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Si l'âme, comme le dit Haeckel, représentait uniquement la somme des éléments corporels, il y aurait toujours, chez l'homme, corrélation entre le physique et le mental. Le rapport serait direct et constant et l'équilibre parfait entre les facultés, les qualités morales, d'une part, et la constitution matérielle, de l'autre. Les mieux partagés au point de vue physique posséderaient aussi les âmes les plus intelligentes et les plus dignes. Nous savons qu'il n'en est rien, car, souvent, des âmes d'élite ont habité des corps débiles. La santé et la force ne comportent pas nécessairement, chez ceux qui les possèdent, un esprit subtil et de brillantes qualités.
On dit, il est vrai : Mens sana in corpore sano. Mais il y a tant d'exceptions à cette maxime qu'on ne saurait la considérer comme une règle absolue. La chair cède toujours à la douleur. Il n'en est pas de même de l'âme, qui, souvent, résiste, s'exalte dans la souffrance et triomphe des agents extérieurs.
Les exemples d'Antigone, de Jésus, de Socrate, de Jeanne d'Arc, ceux des martyrs chrétiens, des hussites et de tant d'autres qui embellissent l'Histoire et ennoblissent la race humaine, sont là pour nous rappeler que les voix du sacrifice et du devoir peuvent s'élever bien au-dessus des instincts de la matière. La volonté, chez les héros, sait dominer les résistances du corps aux heures décisives.
Si l'homme était contenu tout entier dans le germe physique, on trouverait en lui les seules qualités et les seuls défauts de ses générateurs, dans la même mesure que chez ceux-ci. Au contraire, on voit partout des enfants différer de leurs parents, les dépasser ou leur rester inférieurs. Des frères, des jumeaux, d'une ressemblance frappante au physique, présentent, au mental et au moral, des caractères dissemblables entre eux et avec leurs ascendants.
Les théories de l'atavisme et de l'hérédité sont impuissantes à expliquer les cas célèbres d'enfants artistes ou savants : les musiciens comme Mozart ou Paganini, les calculateurs comme Mondeux et Inaudi, les peintres de dix ans comme Van de Kerkhove et tant d'autres enfants prodiges dont les aptitudes ne se retrouvent pas chez les parents, ou bien ne s'y retrouvent - tels, par exemple, les ascendants de Mozart - qu'à un degré très inférieur.
Les propriétés de la substance matérielle transmise par les parents se manifestent chez l'enfant par la ressemblance physique et les maux constitutionnels. Mais la ressemblance ne persiste guère que pendant la première période de la vie. Dès que le caractère se dessine, aussitôt que l'enfant devient homme, on voit les traits se modifier peu à peu ; en même temps les tendances héréditaires s'amoindrissent et font place à d'autres éléments constituant une personnalité différente, un moi parfois très distinct dans ses goûts, ses qualités, ses passions, de tout ce que l'on rencontre chez les ascendants. Ce n'est donc pas l'organisme matériel qui fait la personnalité, mais bien l'homme intérieur, l'être psychique. A mesure que celui-ci se développe et s'affirme par son action propre dans l'existence, on voit l'héritage physique et mental des parents s'affaiblir peu à peu, et souvent, s'évanouir.
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La notion du bien, gravée au fond des consciences, est encore une preuve évidente de notre origine spirituelle. Si l'homme était issu de la seule poussière, ou bien un résultat des forces mécaniques du monde, nous ne pourrions connaître le bien ni le mal, ressentir ni remords ni douleur morale. On nous dit : Ces notions proviennent de vos ancêtres, de l'éducation, des influences sociales ! Mais si ces notions sont l'héritage exclusif du passé, d'où le passé les a-t-il reçues ? Et pourquoi grandissent-elles en nous, si elles n'y trouvaient un terrain favorable et un aliment ?
Si vous avez souffert à la vue du mal, si vous avez pleuré sur vous-même et sur les autres, à ces heures de tristesses, de douleur révélatrice, vous avez pu entrevoir les secrètes profondeurs de l'âme, ses attaches mystérieuses avec l'Au-delà, et vous avez compris le charme amer et le but élevé de l'existence, de toutes les existences. Ce but, c'est l'éducation des êtres par la douleur ; c'est l'ascension des choses finies vers la vie infinie.
Non, la pensée et la conscience ne dérivent pas d'un univers chimique et mécanique. Elles le dominent de haut, au contraire, le dirigent et l'asservissent. En effet, n'est-ce pas la pensée qui mesure les mondes, l'étendue, qui discerne les harmonies du Cosmos ? Nous appartenons seulement pour une part au monde matériel, c'est pourquoi nous en ressentons si vivement les maux. Si nous lui appartenions tout entiers, nous nous trouverions beaucoup mieux dans notre élément et bien des souffrances nous seraient épargnées.
La vérité sur la nature humaine, sur la vie et la destinée, le bien et le mal, la liberté et la responsabilité, ne se découvre ni au fond des cornues ni sous la pointe des scalpels. La science matérielle ne peut juger des choses de l'esprit. L'esprit, seul, peut juger et comprendre l'esprit, dans la mesure de son degré d'évolution. C'est de la conscience des âmes supérieures, de leurs pensées, de leurs travaux, de leurs exemples, de leurs sacrifices que jaillissent la plus grande lumière et le plus noble idéal qui puissent guider l'humanité dans sa voie.
L'homme est donc à la fois esprit et matière, âme et corps. Mais peut-être esprit et matière ne sont-ils que des mots exprimant d'une façon imparfaite les deux formes de la vie éternelle, laquelle sommeille dans la matière brute, s'éveille dans la matière organique, s'active, s'épanouit et s'élève dans l'esprit.
N'y a-t-il, comme certains philosophes l'admettent, qu'une essence unique des choses, à la fois forme et pensée, la forme étant une pensée matérialisée, et la pensée, la forme de l'esprit ? Cela est possible. Le savoir humain est restreint et le coup d'oeil du génie n'est, lui-même, qu'un éclair rapide dans le domaine infini des idées et des lois.
Toutefois, ce qui caractérise l'âme et la différencie absolument de la matière, c'est son unité consciente. La matière se disperse et s'évanouit à l'analyse. L'atome physique se subdivise en sous-atomes et ceux-ci se fragmentent à leur tour, indéfiniment. La matière - les découvertes récentes de Becquerel, Curie, Lebon l'établissent - est entièrement dépourvue d'unité. L'esprit, seul, dans l'univers, représente l'élément un, simple, indivisible et, par suite, logiquement, indestructible, impérissable, immortel !
IV. - LA PERSONNALITE INTEGRALE
La conscience, le moi est le centre de l'être, le fonds même de la personnalité.
Etre une personne, c'est avoir une conscience, un moi qui se réfléchit, s'examine, se souvient. Mais peut-on connaître, analyser et décrire le moi, ses replis mystérieux, ses forces latentes, ses germes féconds, ses sourdes activités ? Les psychologies, les philosophies du passé l'ont tenté en vain. Leurs travaux n'ont fait qu'effleurer la surface de l'être conscient. Ses couches internes et profondes sont restées obscures, inaccessibles, jusqu'au jour où les expériences de l'hypnotisme, du spiritisme, de la rénovation de la mémoire, y ont enfin projeté quelque lumière.
Et alors, on a pu voir qu'en nous se reflète, se répercute tout l'univers, dans sa double immensité d'espace et de temps. Nous disons d'espace, car l'âme, dans ses libres et pleines manifestations, ne connaît pas les distances. Nous disons de temps, parce que tout un passé sommeille en elle et que l'avenir y repose à l'état d'embryon.
Les anciennes écoles admettaient l'unité et la continuité du moi, la permanence, l'identité parfaite de la personnalité humaine et sa survivance. Leurs études étaient basées sur le sens intime, sur ce que l'on appelle de nos jours l'introspection.
La nouvelle psychologie expérimentale considère la personnalité comme un agrégat, un composé, une «colonie». Pour elle, l'unité de l'être n'est qu'apparente et peut se décomposer. Le moi est une coordination passagère, a dit Th. Ribot. Ces affirmations reposent sur des faits d'expérience qu'on ne saurait négliger, tels que : vie intellectuelle inconsciente, altérations de la personnalité, etc..
Comment rapprocher et concilier des théories aussi dissemblables et cependant basées toutes deux sur la science d'observation ? D'une façon bien simple. Par l'observation elle-même, plus attentive, plus rigoureuse. Myers l'a dit en ces termes :
«Une recherche plus profonde, plus hardie, dans la direction même que les psychologues (matérialistes) préconisent, montre qu'ils se sont trompés en affirmant que l'analyse ne prouvait l'existence d'aucune faculté au-delà de celles que la vie terrestre, telle qu'ils la conçoivent, est capable de produire, et le milieu terrestre, d'utiliser. Car, en réalité, l'analyse révèle les traces d'une faculté que la vie matérielle ou planétaire n'aurait jamais pu engendrer, et dont les manifestations impliquent et font nécessairement supposer l'existence d'un monde spirituel.
D'un autre côté, et en faveur des partisans de l'unité du moi, on peut dire que les données nouvelles sont de nature à fournir à leurs prétentions une base beaucoup plus solide et une preuve présomptive dépassant en force toutes celles qu'ils auraient jamais pu imaginer, la preuve notamment que le moi peut survivre, et survit réellement, non seulement aux désintégrations secondaires qui l'affectent au cours de sa vie terrestre, mais encore à la désintégration ultime qui résulte de la mort corporelle. Le «moi conscient» de chacun de nous est loin de comprendre la totalité de notre conscience et de nos facultés. Il existe une conscience plus vaste, des facultés plus profondes, dont la plupart restent virtuelles en ce qui concerne la vie terrestre, dont la conscience et les facultés de la vie terrestre ne se sont dégagées qu'à la suite d'une sélection et qui s'affirment de nouveau dans toute leur plénitude après la mort.
J'ai été amené à cette conclusion, qui a revêtu pour moi sa forme actuelle, il y a quatorze ans environ, lentement, à la suite d'une longue série de réflexions basées sur des preuves dont le nombre allait en augmentant progressivement.»
Dans certains cas, on voit apparaître en nous un être tout différent de l'être normal, possédant non seulement des connaissances et des aptitudes plus étendues que celles de la personnalité ordinaire, mais, en outre, doué de modes de perception plus puissants et plus variés. Parfois même, dans les phénomènes de «personnalité seconde», le caractère se modifie et diffère à tel point du caractère habituel, que des observateurs se sont crus en présence d'un autre individu.
Il faut bien faire la distinction entre ces cas et les phénomènes d'incorporations des défunts. Les médiums, à l'état de dégagement somnambulique, prêtent parfois leur organisme resté libre à des entités de l'Au-delà, à des Esprits désincarnés qui s'en servent pour communiquer avec les hommes. Mais alors, les noms, les détails, les preuves d'identités fournies par les manifestants ne permettent aucune confusion. L'individualité envahissante diffère radicalement de celle du sujet. Les cas de G. Pelham, de Robert Hyslop, de Fourcade, etc., nous démontrent que les substitutions d'Esprits ne sauraient être confondues avec les cas de double personnalité.
Cependant l'erreur était possible ; en effet, de même que les incorporations d'Esprits, l'intervention des personnalités secondaires est précédée d'un court sommeil. Celles-ci surgissent, le plus souvent, dans un accès de somnambulisme ou, même, à la suite d'une émotion. La période de manifestation, d'abord de faible durée, se prolonge peu à peu, se répète et se précise jusqu'à acquérir et constituer un enchaînement de souvenirs particuliers qui se distinguent de l'ensemble des souvenirs enregistrés dans la conscience normale. Ce phénomène peut être facilité ou provoqué par la suggestion hypnotique. Il est même probable que dans les cas spontanés, où n'intervient aucune volonté humaine, le phénomène est dû à la suggestion d'agents invisibles, guides et protecteurs du sujet ; ils agissent alors, comme nous le verrons, dans un but curatif, thérapeutique.
Dans le cas célèbre de Félida, étudié par le docteur Azam, les deux états de conscience ou variations de la personnalité sont nettement tranchés :
«Presque chaque jour, sans cause connue ou sous l'empire d'une émotion, elle est prise de ce qu'elle appelle sa crise ; en fait, elle rentre dans son deuxième état ; elle est assise, un ouvrage de couture à la main ; tout à coup, sans que rien puisse le faire prévoir, et après une douleur aux tempes plus violente que d'habitude, sa tête tombe sur sa poitrine, ses mains demeurent inactives et descendent inertes le long de son corps ; elle dort ou paraît dormir, mais d'un sommeil spécial, car aucun bruit, aucune excitation, pincement ou piqûre ne sauraient l'éveiller ; de plus cette sorte de sommeil est absolument subit. Il dure deux ou trois minutes ; autrefois il était beaucoup plus long.
Après ce temps, Félida s'éveille ; mais elle n'est plus dans l'état intellectuel où elle était quand elle s'est endormie. Tout paraît différent. Elle lève la tête et, ouvrant les yeux, salue en souriant les personnes qui l'entourent, comme si elle venait d'arriver ; la physionomie, triste et silencieuse auparavant, s'éclaire et respire la gaieté ; sa parole est brève, et elle continue, en fredonnant, l'ouvrage d'aiguille que, dans l'état précédent, elle avait commencé ; elle se lève, sa marche est agile, et elle se plaint à peine des mille douleurs qui, quelques instants auparavant, la faisaient souffrir ; elle vaque aux soins ordinaires du ménage, circule dans la ville, etc.. Son caractère est complètement changé : de triste elle est devenue gaie ; son imagination est plus exaltée ; pour le moindre motif elle s'émeut en tristesse ou en joie ; d'indifférente, elle est devenue sensible à l'excès.
Dans cet état, elle se souvient parfaitement de tout ce qui s'est passé dans les autres états semblables qui ont précédé, et aussi pendant sa vie normale. Dans cette vie comme dans l'autre, ses facultés intellectuelles et morales, bien que différentes, sont incontestablement entières : aucune idée délirante, aucune fausse appréciation, aucune hallucination. Félida est autre, voilà tout. On peut même dire que, dans ce deuxième état, cette condition seconde, comme l'appelle M. Azam, toutes ses facultés paraissent plus développées et plus complètes.
Cette deuxième vie, où la douleur physique ne se fait pas sentir, est de beaucoup supérieure à l'autre ; elle l'est surtout par ce fait considérable que, pendant sa durée, Félida se souvient non seulement de ce qui s'est passé pendant les accès précédents, mais aussi de toute sa vie normale, tandis que, pendant sa vie normale, elle n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant ses accès.»
On voit qu'il n'y a pas là en jeu plusieurs personnalités, mais simplement plusieurs états de la même conscience. La relation persiste entre ces divers aspects de l'être psychique. Du moins, l'état second, le plus complet, n'ignore rien de ce qu'a fait le premier ; tandis que celui-ci ne connaît l'autre que par ouï-dire. Le mode d'existence n° 2 traite le n° 1 avec quelque dédain. Félida, dans l'état second, parle de la «fille bête» de la même façon dont nous parlerions nous-mêmes de l'enfant gauche, du bébé malhabile que nous fûmes jadis.
Dans le cas de Louis Vivé, nous nous trouvons en présence d'un phénomène de «régression de la mémoire». Le sujet, sous l'influence de la suggestion hypnotique, revit toutes les scènes de sa vie avec, dit Myers, «la rapidité et la facilité d'images cinématographiques. Non seulement les états mentaux passés et oubliés reviennent à la mémoire en même temps que les impressions physiques de ces variations, mais lorsqu'un état mental passé et oublié est suggéré au patient comme étant son état actuel, il éprouve aussitôt les impressions physiques correspondantes.»
Nous verrons plus loin que, grâce à des expériences du même ordre, on a pu reconstituer les existences antérieures de certains sujets avec la même netteté, la même puissance d'impressions et de sensations. Et par là, nous serons amenés à reconnaître que la science profonde de l'être nous réserve bien des surprises.
En Mary Reynolds, on assiste à une transformation complète du caractère, qui présente trois phases distinctes : l'une, marquée par l'insouciance ; l'autre, par des dispositions à la tristesse, avec une tendance à se fusionner en un troisième état, supérieur aux deux précédents.
Nous ne pouvons passer sous silence les observations de même nature faites par le docteur Morton-Prince sur Miss Beauchamp. Celle-ci présente plusieurs aspects d'une même personnalité, qui se sont révélés successivement et ont été dénommés au fur et à mesure de leur apparition, B1, B2, B4, B5.
B1, c'est Miss Beauchamp à l'état normal, personne sérieuse, réservée, scrupuleuse à l'excès. B2, c'est la même en état d'hypnose, avec plus d'aisance, d'abandon, et une mémoire plus étendue. B4, qui se révéla plus tard, se distingue des précédentes par un état complet d'unité harmonieuse et d'équilibre normal, mais à qui fait défaut la mémoire des six dernières années, par suite d'une émotion violente. Enfin B5, qui réunit comme dans une synthèse, la mémoire des états déjà décrits.
L'originalité de ce cas consiste dans l'intervention, au milieu de ces divers aspects de la personnalité de Miss Beauchamp, d'une individualité qui lui est, nous semble-t-il, complètement étrangère. Il s'agit de B3 qui dit se nommer Sally, être espiègle, taquin, voire facétieux, dominant Miss Beauchamp, lui faisant des malices répétées, une vie très difficile. Sally s'adapte, physiologiquement, assez mal aux organes ; elle semble étrangère à leur vie propre.
Cette mystérieuse Sally ne serait, selon nous, qu'une entité de l'espace réussissant à se substituer dans le sommeil à la personne normale et à disposer, pour un laps de temps, d'un organisme dont l'état d'équilibre est momentanément troublé. Ce phénomène appartient à la catégorie des incorporations d'esprits, que nous avons traitée spécialement dans notre ouvrage.
Enfin F. Myers, dans son oeuvre magistrale, relate d'après le docteur Mason, un cas de «multiple personnalité», que nous croyons devoir reproduire :
«Alma Z... était une jeune fille très saine et très intelligente, d'un caractère solide et attirant, d'un esprit d'initiative dans tout ce qu'elle entreprenait, étude, sport, relations sociales. A la suite de surmenage intellectuel et d'une indisposition négligée, sa santé se trouva fortement compromise, et, après deux années de grandes souffrances, une seconde personnalité fit brusquement son apparition. Dans un langage mi-enfantin, mi-indien, cette personnalité s'annonçait comme étant le n° 2, venue pour soulager les souffrances du n° 1. Or, l'état du n° 1 était en ce moment-là des plus déplorables : douleurs, débilité, syncopes fréquentes, insomnies, stomatite mercurielle d'origine médicamenteuse, qui rendait l'alimentation impossible. Le n° 2 était gai et tendre, d'une conversation fine et spirituelle, gardant toute sa connaissance, se nourrissant bien et abondamment, pour le plus grand profit, disait-elle, du n° 1. La conversation, toute raffinée et intéressante qu'elle fût, ne faisait rien soupçonner des connaissances acquises par la première personnalité. Elle manifestait une intelligence supra normale relativement aux événements qui se passaient dans le voisinage. C'est à cette époque-là que l'auteur a commencé à observer ce cas, et je ne l'ai pas perdu de vue pendant six années consécutives. Quatre ans après l'apparition de la seconde personnalité, il en apparut une troisième, qui s'annonça sous le nom de "gamin". Elle était complètement distincte et différente des deux autres et avait pris la place du n° 2, qu'elle garda pendant quatre ans.
Toutes ces personnalités, quoique absolument distinctes et caractéristiques, étaient délicieuses chacune dans son genre, et le n° 2, en particulier, a été et est encore la joie de ses amis, toutes les fois qu'elle apparaît et qu'il leur est donné de l'approcher ; et elle apparaît toujours aux moments de fatigue excessive, d'excitation mentale, de prostration ; elle survient alors et persiste parfois pendant quelques jours. Le moi original affirme toujours sa supériorité, les autres n'étant là que dans son intérêt et pour son avantage. Le n° 1 n'a aucune connaissance personnelle des deux autres personnalités, elle les connaît cependant bien, le n° 2 surtout, par les récits des autres et par les lettres qu'elle reçoit souvent d'elles ; et le n° 1 admire les messages fins, spirituels et souvent instructifs que lui apportent ces lettres ou les récits des amis.»
Nous nous bornons à citer ces seuls faits, afin de ne pas nous étendre démesurément. Il en existe beaucoup d'autres de même nature, dont le lecteur pourra trouver la description dans les ouvrages spéciaux.
Dans leur ensemble, ces phénomènes démontrent une chose : c'est qu'au-dessous du niveau de la conscience normale, en dehors de la personnalité ordinaire, il existe en nous des plans de conscience, des couches ou zones disposées de telle sorte que, dans certaines conditions, on peut constater des alternances entre ces plans. On voit alors émerger à la surface et se manifester, pendant un temps donné, des attributs, des facultés qui appartiennent à la conscience profonde ; puis ils disparaissent bientôt, pour reprendre leur rang et replonger dans l'ombre et l'inaction.
Notre moi ordinaire, superficiel, limité par l'organisme, ne semble être qu'un fragment de notre moi total. En celui-ci est enregistré tout un monde de faits, de connaissances, de souvenirs se rattachant au long passé de l'âme. Pendant la vie normale, toutes ces réserves restent cachées, comme ensevelies sous l'enveloppe matérielle. Elles reparaissent dans l'état somnambulique. L'appel de la volonté, la suggestion les mobilise. Elles entrent en action et produisent ces phénomènes étranges que la physiologie officielle constate sans pouvoir les expliquer.
Tous les cas de dédoublement de la personnalité, tous les phénomènes de clairvoyance, télépathie, prémonition, entrée en scène de sens nouveaux et de facultés inconnues, tout cet ensemble de faits dont le nombre s'accroît et constitue déjà un formidable faisceau, doit être attribué à l'intervention des forces et des ressources de la personnalité cachée.
L'état somnambulique, qui en permet la manifestation, n'est pas un état «régressif» ou morbide, comme l'ont cru certains observateurs, mais plutôt un état supérieur et, suivant l'expression de Myers, «évolutif». Il est vrai que l'état de dégénérescence et d'affaiblissement organique facilite chez quelques sujets l'émergence des couches profondes du moi. C'est ce qu'on a désigné sous le nom d'hystérie. D'une façon générale, il faut le remarquer, tout ce qui déprime le corps physique favorise le dégagement, la sortie de l'esprit. La lucidité des mourants nous fournirait sur ce point de nombreux témoignages. Mais, pour juger sainement ces faits, il convient de les considérer surtout au point de vue psychologique ; toute leur importance est là.
La science matérialiste a vu dans ces phénomènes ce qu'elle appelle des «désintégrations», c'est-à-dire des altérations et des dissociations de la personnalité. Le sectionnement de la conscience paraît quelquefois si tranché, et les types qui surgissent, tellement différents du type normal, qu'on a pu se croire en présence de plusieurs consciences autonomes, alternant chez un même sujet. Nous croyons, avec Myers, qu'il n'en est rien. Il y a là simplement une variété d'états successifs, coïncidant avec la permanence du moi. La conscience est une, mais se manifeste diversement : d'une façon restreinte, dans la vie normale, tant qu'elle est limitée dans le champ de l'organisme ; plus pleine, plus étendue dans les états de dégagement ; et enfin, d'une manière totale, entière à la mort, après la séparation définitive, comme le démontrent les manifestations et les enseignements des Esprits. La scission n'est donc qu'apparente. La seule différence à faire entre les états variés de la conscience est une différence de degrés. Ces degrés peuvent être nombreux. La marge paraît considérable, par exemple, entre l'état d'incorporation et l'extériorisation complète. La personnalité n'en reste pas moins identique à travers l'enchaînement des faits de conscience qu'un lien continu relie entre eux, depuis les modifications les plus simples de l'état normal, jusqu'aux cas comportant une transformation de l'intelligence et du caractère : depuis la simple idée fixe, les rêves et les songes, jusqu'à la projection de la personnalité dans le monde spirituel, dans cet Au-delà où l'âme recouvre la plénitude de ses perceptions et de ses pouvoirs.
Déjà nous voyons, au cours de l'existence terrestre, de l'enfance à la vieillesse, le moi se modifier sans cesse ; l'âme traverse une succession d'états ; elle est dans un devenir incessant ; pourtant, au milieu de ces phases diverses, son contrôle sur l'organisme ne varie pas. La physiologie a fait ressortir cette savante et harmonieuse coordination de toutes les parties de l'être, ces lois de la vie organique et du mécanisme nerveux qui ne peuvent s'expliquer sans la présence d'une unité centrale. Cette unité souveraine est la source et la conservatrice de la vie ; elle en relie tous les éléments, tous les aspects.
C'est par une conséquence non moins fâcheuse des théories matérialistes que les «psychologues» de l'école officielle en sont arrivés à considérer le génie comme une névrose, alors qu'il peut être l'utilisation, dans une plus large mesure, des pouvoirs psychiques cachés dans l'homme.
Myers, parlant de la catégorie des «hystériques qui mènent le monde», émet l'opinion que «l'inspiration du génie ne serait que l'émergence, dans le domaine des idées conscientes, d'autres idées à l'élaboration desquelles la conscience n'a pas pris part, mais qui se sont formées toutes seules, pour ainsi dire, indépendamment de la volonté, dans les régions profondes de notre être.»
En général, ceux que l'on qualifie si légèrement de «dégénérés» sont souvent des «progénérés». Et chez eux, sensitifs, hystériques ou névrosés, les perturbations de l'organisme physique, les troubles nerveux peuvent bien être un procédé d'évolution que toute l'humanité devra subir pour atteindre un degré plus intense de la vie planétaire. Des troubles accompagnent toujours le développement de l'organisme humain jusqu'à son épanouissement complet, de même qu'ils précèdent l'apparition à la lumière de chaque être nouveau sur la terre. Dans nos efforts douloureux vers plus de vie, les valeurs morbides se transmuent en forces morales. Nos besoins sont des instincts en fusion, qui se concrètent en sens nouveaux pour acquérir plus de pouvoir et de connaissance.
Même dans l'état ordinaire, l'état de veille, des émergences, des impulsions du moi profond peuvent remonter jusqu'aux couches extérieures de la personnalité, apportant des intuitions, des perceptions, de brusques éclairs sur le passé et l'avenir de l'être, qui dénotent des facultés très étendues n'appartenant pas au moi normal.
A cette catégorie de phénomènes il faut rattacher la plupart des cas d'écriture automatique. Nous disons la plupart, car il en est d'autres, nous le savons, qui ont pour cause des agents extérieurs et invisibles.
Il est en nous comme un réservoir d'eaux souterraines, d'où jaillit à certaines heures et monte à la surface un courant rapide et bouillonnant. Les prophètes, les martyrs de toutes les religions, les missionnaires, les inspirés, les enthousiastes de tout genre et de toute école, ont connu ces sourdes et puissantes impulsions. Elles nous ont procuré les plus grandes oeuvres qui aient révélé aux hommes l'existence d'un monde supérieur.
L'étude du sommeil nous fournit sur la nature de la personnalité des indications d'une grande importance. En général, on n'approfondit pas assez le mystère du sommeil. L'examen attentif de ce phénomène, l'étude de l'âme et de sa forme fluidique pendant cette partie de l'existence que nous consacrons au repos, nous conduiront à une compréhension plus étendue des conditions de l'être dans la vie de l'Au-delà.
Le sommeil possède non seulement des propriétés réparatrices que la science n'a pas assez mises en relief, mais encore un pouvoir de coordination et de centralisation sur l'organisme matériel. Il peut en outre, nous venons de le voir, provoquer une extension considérable des perceptions psychiques, une plus grande intensité du raisonnement et de la mémoire.
Qu'est-ce donc que le sommeil ? C'est simplement la sortie, le dégagement de l'âme hors du corps. On a dit : Le sommeil est frère de la mort. Ces mots expriment une vérité profonde. Séquestrée dans la chair à l'état de veille, l'âme recouvre, dans le sommeil sa liberté relative, temporaire, en même temps que l'usage de ses pouvoirs cachés. La mort sera sa libération complète, définitive.
Déjà dans les rêves et les songes, nous voyons entrer en action les sens de l'âme, ces sens psychiques, dont ceux du corps sont la manifestation extérieure et amoindrie. A mesure que les perceptions du dehors s'affaiblissent et se voilent, quand l'oeil est fermé et l'ouïe suspendue, d'autres moyens plus puissants s'éveillent dans les profondeurs de l'être. Nous voyons, nous entendons à l'aide des sens internes. Des images, des formes, des scènes éloignées se succèdent et se déroulent ; des entretiens s'établissent avec des personnages vivants ou décédés. Cette action, souvent incohérente et confuse dans le sommeil naturel, se précise et s'accroît avec le dégagement de l'âme, dans le sommeil provoqué, dans la transe somnambulique et l'extase.
Parfois, l'âme s'éloigne pendant le repos du corps, et ce sont les impressions de ses voyages, les résultats de ses recherches, de ses observations qui se traduisent par le rêve. Dans cet état, un lien fluidique l'unit encore à l'organisme matériel et, par ce lien subtil, sorte de fil conducteur, les impressions et les volontés de l'âme peuvent se transmettre au cerveau. C'est par le même procédé que, dans les autres formes du sommeil, l'âme commande à son enveloppe terrestre, la contrôle, la dirige. Cette direction dans l'état de veille, pendant l'incorporation, s'exerçait du dedans au-dehors ; elle s'effectuera en sens inverse dans les différents états de dégagement. L'âme, émancipée, continuera à influencer le corps à l'aide de ce lien fluidique qui ne cesse de les relier l'un à l'autre. Dès lors, dans sa puissance psychique reconstituée, l'âme exercera sur son organisme charnel une direction plus efficace et plus sûre. La marche des somnambules dans la nuit, en des endroits périlleux, avec une entière sécurité, est une démonstration évidente de ce fait.
Il en est de même de l'action thérapeutique provoquée par la suggestion. Celle-ci est efficace surtout en ce sens qu'elle facilite le dégagement de l'âme et lui rend son pouvoir absolu de contrôle, la liberté nécessaire pour diriger la force vitale accumulée dans le périsprit et, par ce moyen, réparer les pertes subies par le corps physique. Nous avons constaté ce fait dans les cas de double personnalité. La personnalité seconde, plus complète, plus entière que la personnalité normale, se substitue à elle dans un but curatif, au moyen d'une suggestion extérieure, acceptée et transformée en auto-suggestion par l'esprit du sujet. En effet, celui-ci n'abandonne jamais ses droits et ses pouvoirs de contrôle. Ainsi que l'a dit Myers : «Ce n'est pas l'ordre de l'hypnotiseur, mais plutôt la faculté du sujet qui forme le noeud de la question.» Le savant professeur de Cambridge dit encore : «Le but ultime de tous les procédés hypnogènes, c'est d'énergiser la vie ; c'est d'atteindre plus rapidement et plus complètement des résultats que la vie abandonnée à elle-même ne réalise que lentement et d'une façon incomplète.»
En d'autres termes, l'hypnotisme est la mise en action, à un degré plus intense, des énergies réparatrices qui entrent en jeu dans le sommeil naturel. La suggestion thérapeutique est l'art de libérer l'esprit du corps, de lui ouvrir une issue par le sommeil et de lui permettre d'exercer, dans leur plénitude, ses pouvoirs sur le corps malade. Les personnes suggestibles sont celles dont les âmes paresseuses ou peu évoluées sont inhabiles à se dégager d'elles-mêmes et à agir utilement dans le sommeil ordinaire pour réparer les pertes de l'organisme.
La suggestion, en principe, n'est donc qu'une pensée, un acte de volonté, différant seulement de la volonté ordinaire par sa concentration et son intensité. En général nos pensées sont multiples et flottantes ; elles naissent et passent, ou bien, quand elles coexistent en nous, elles se heurtent et se confondent. Dans la suggestion, la pensée, la volonté se fixent sur un point unique. Elles gagnent en puissance ce qu'elles perdent en étendue. Par leur action, devenue plus pénétrante, plus incisive, elles provoquent chez le sujet le réveil des facultés inutilisées dans l'état normal. La suggestion devient alors une sorte d'impulsion, de levier qui mobilise la force vitale et la dirige vers le point où elle doit opérer.
La suggestion peut s'exercer aussi bien dans l'ordre physique, par une influence directe sur le système nerveux, que dans l'ordre moral, sur le moi central et la conscience du sujet. Bien employée, elle constitue un moyen très appréciable d'éducation, en détruisant les tendances mauvaises et les habitudes pernicieuses. Son action sur le caractère produit alors les plus heureux résultats.
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Revenons au sommeil ordinaire et au rêve. Tant que le dégagement de l'âme est incomplet, les sensations, les préoccupations de la veille, les souvenirs du passé se mêlent aux impressions de la nuit. Les perceptions enregistrées par le cerveau se déroulent automatiquement, dans un désordre apparent, lorsque l'attention de l'âme est distraite du corps et ne règle plus les vibrations cérébrales ; de là l'incohérence de la plupart des rêves. Mais à mesure que l'âme se dégage et s'élève, l'action des sens psychiques devient prédominante et les rêves acquièrent une lucidité, une netteté remarquables. Des échappées de plus en plus larges, de vastes perspectives s'ouvrent sur le monde spirituel, véritable domaine de l'âme et lieu de sa destinée. Dans cet état, elle peut pénétrer les choses cachées et même les pensées et les sentiments d'autres esprits.
Il y a en nous une double vie, par laquelle nous appartenons à la fois à deux mondes, à deux plans d'existence. L'une est en rapport avec le temps et l'espace, tels que nous les concevons dans notre milieu planétaire, par les sens du corps ; c'est la vie matérielle ; l'autre, par les sens profonds et les facultés de l'âme, nous relie à l'univers spirituel et aux mondes infinis. Au cours de notre existence terrestre, c'est surtout dans l'état de sommeil que ces facultés peuvent s'exercer et les puissances de l'âme entrer en vibration. Celle-ci reprend alors le contact avec cet univers invisible qui est sa patrie et dont la chair la séparait ; elle se retrempe au sein des énergies éternelles pour recommencer au réveil sa tâche pénible et obscure.
Pendant le sommeil, l'âme peut, suivant les nécessités du moment, ou bien s'appliquer à réparer les pertes vitales causées par le labeur quotidien et à régénérer l'organisme endormi, en lui infusant les forces empruntées au monde cosmique ; ou bien, lorsque cette action réparatrice est accomplie, reprendre le cours de sa vie supérieure, planer sur la nature, exercer ses facultés de vision à distance et de pénétration des choses. Dans cet état d'activité indépendante, elle vit déjà par anticipation de la vie libre de l'esprit. Car cette vie, continuation naturelle de l'existence planétaire, qui l'attend après la mort, elle la doit préparer, non seulement par ses oeuvres terrestres, mais encore par ses occupations, à l'état de dégagement, dans le sommeil. Et c'est grâce aux reflets de la lumière d'en haut, s'étendant sur nos rêves et éclairant tout le côté occulte de la destinée, que nous pouvons entrevoir les conditions de l'être dans l'Au-delà.
S'il nous était possible d'embrasser d'un coup d'oeil toute l'étendue de notre existence, nous reconnaîtrions que l'état de veille est loin d'en constituer la phase essentielle, l'élément le plus important. Les âmes qui veillent sur nous profitent de notre sommeil pour nous exercer à la vie fluidique et au développement de nos sens d'intuition. Il s'accomplit alors tout un travail d'initiation pour les humains avides de s'élever, travail dont leurs rêves portent la trace. Ainsi, quand nous volons, quand nous glissons avec rapidité au-dessus du sol, c'est la sensation du corps fluidique s'essayant à la vie supérieure.
Rêver que l'on monte sans fatigue, avec une facilité surprenante, à travers l'espace, sans éprouver aucune contrainte, aucun effroi, ou bien que l'on plane au-dessus des eaux ; traverser des murailles et d'autres obstacles matériels sans s'étonner d'accomplir des actes irréalisables pendant la veille, n'est-ce pas la preuve que nous sommes devenus fluidiques par le dégagement ? De telles sensations, de telles images, comportant un renversement complet des lois physiques qui régissent la vie ordinaire, ne pourraient venir à notre esprit, si elles n'étaient le résultat d'une transformation de notre mode d'existence.
En réalité, il ne s'agit plus là de rêves, mais d'actions réelles, accomplies dans un autre domaine de la sensation et dont le souvenir s'est glissé dans la mémoire cérébrale. Ces souvenirs et ces impressions nous le démontrent bien : nous possédons deux corps, et l'âme, siège de la conscience, reste attachée à son enveloppe subtile, pendant que le corps matériel est couché, plongé dans l'inertie.
Signalons toutefois une difficulté. Plus l'âme s'éloigne du corps et pénètre dans les régions éthérées, plus faible est le lien qui les unit, plus vague le souvenir au réveil. L'âme plane bien loin dans l'immensité, et le cerveau n'enregistre plus ses sensations. Il en résulte que nous ne pouvons analyser nos rêves les plus beaux. Quelquefois, la dernière des impressions ressenties au cours de ces pérégrinations nocturnes subsiste au réveil. Et si, à ce moment, on a la précaution de la fixer fortement dans la mémoire, elle peut y rester gravée. Une nuit, j'ai eu la sensation de vibrations perçues dans l'espace, les dernières d'une mélodie douce et pénétrante, et le souvenir des ultimes paroles d'un chant qui se terminait ainsi : Il est des cieux innombrables !
Parfois l'on éprouve, au réveil, la vague impression de choses puissantes entrevues, sans aucun souvenir précis. Cette sorte d'intuition, résultant de perceptions enregistrées dans la conscience profonde, mais non pas dans la conscience cérébrale, persiste en nous pendant un certain temps et influence nos actes. D'autres fois, ces impressions se traduisent avec netteté dans le rêve. Voici ce que dit Myers à ce sujet :
«Le résultat permanent d'un rêve est souvent tel, qu'il nous montre clairement que le rêve n'est pas l'effet d'une simple confusion avec des expériences éveillées de la vie passée, mais possède un pouvoir inexplicable qui lui est propre et qu'il tire, semblable en cela à la suggestion hypnotique, des profondeurs de notre existence que la vie éveillée est incapable d'atteindre. Deux groupes de cas de ce genre sont suffisamment manifestes pour pouvoir être reconnus facilement, celui notamment où le rêve a abouti à une transformation religieuse marquée, et celui où le rêve a été le point de départ d'une idée obsédante ou d'un accès de folie réelle.»
Ces phénomènes pourraient s'expliquer par la communication, dans le rêve, de la conscience supérieure à la conscience normale, ou par l'intervention de quelque intelligence élevée qui juge, désapprouve, condamne la conduite du rêveur et lui cause une impression de trouble, de crainte salutaire. L'obsession peut aussi s'exercer au moyen du rêve, au point d'amener une perturbation mentale au réveil. Elle aura pour auteurs des Esprits malfaisants, à qui nos agissements antérieurs et des dommages causés ont donné prise sur nous.
Insistons encore sur cette propriété mystérieuse du sommeil, celle de nous mettre, en certains cas, en possession de couches plus étendues de la mémoire.
La mémoire normale est précaire et restreinte ; elle n'embrasse que le cercle étroit de la vie présente, l'ensemble des faits dont la connaissance est indispensable en vue du rôle à remplir sur la terre et du but à atteindre. La mémoire profonde embrasse toute l'histoire de l'être depuis son origine, ses étapes successives, ses modes d'existence, planétaires ou célestes. Tout un passé, souvenirs et sensations, oublié, ignoré à l'état de veille, est gravé en nous ; ce passé ne se réveille que dans l'extériorisation, pendant le sommeil ordinaire ou provoqué. Il est une règle connue de tous les expérimentateurs : c'est que, dans les différents états du sommeil, à mesure qu'on s'éloigne de l'état de veille et de la mémoire normale, plus l'hypnose est profonde, plus l'expansion, la dilatation de la mémoire s'accentue. Myers le constate en ces termes :
«Le degré d'intelligence qui se manifeste dans le sommeil varie selon les sujets et selon les époques. Mais toutes les fois que ce degré est suffisant pour autoriser un jugement, nous trouvons qu'il existe pendant le sommeil hypnotique une mémoire considérable, qui n'est pas nécessairement une mémoire complète ou raisonnée de l'état de veille ; tandis que chez la plupart des sujets éveillés, à moins d'une injonction spéciale adressée au moi hypnotique, il n'existe aucun souvenir se rapportant à l'état de sommeil.
Le sommeil ordinaire peut être considéré comme occupant une position intermédiaire entre la vie éveillée et le sommeil hypnotique profond ; et il paraît probable que la mémoire qui appartient au sommeil ordinaire se rattache d'un côté à celle qui appartient à la vie éveillée et de l'autre à celle qui existe dans le sommeil hypnotique. Et il en est réellement ainsi, les fragments de la mémoire du sommeil ordinaire étant intercalés entre les deux chaînes.»
Myers, à l'appui de ses dires, cite plusieurs cas où des faits rétrospectifs oubliés et d'autres dont le dormeur n'a jamais eu connaissance se révèlent dans le rêve.
Nous le verrons en traitant de la question des réincarnations : les expériences dont parle Myers ont été poussées beaucoup plus loin qu'il ne le prévoyait et les conséquences en sont immenses. Non seulement on a pu, par la suggestion hypnotique, reconstituer les moindres souvenirs de la vie actuelle, disparus de la mémoire normale des sujets, mais encore ressouder l'enchaînement brisé de leurs vies passées.
En même temps qu'une mémoire plus vaste et plus riche, nous voyons apparaître, dans le sommeil, des facultés de beaucoup supérieures à toutes celles dont nous jouissons à l'état de veille. Des problèmes vainement étudiés, abandonnés comme insolubles, sont résolus dans le rêve ou le somnambulisme ; des oeuvres géniales, des opérations esthétiques de l'ordre le plus élevé : poèmes, symphonies, hymnes funèbres sont conçus et exécutés. Faut-il voir là une action exclusive du moi supérieur ou la collaboration d'entités spirituelles qui viennent inspirer nos travaux ? Il est probable que ces deux facteurs interviennent dans les phénomènes de cet ordre.
Myers cite le cas d'Agassiz découvrant dans le sommeil l'arrangement squelettique d'ossements disparates qu'il avait tenté, à plusieurs reprises et sans succès, d'ajuster pendant la veille. Nous rappellerons les cas de Voltaire, Lafontaine, Coleridge, S. Bach, Tartini, etc., composant des oeuvres importantes dans des conditions analogues.
Enfin, il importe de mentionner une forme de rêves dont l'explication a échappé jusqu'ici à la science. Ce sont les rêves prémonitoires, ensemble d'images et de visions se rapportant à des événements futurs, et dont l'exactitude est vérifiée ultérieurement. Ils semblent indiquer que l'âme a le pouvoir de pénétrer l'avenir ou qu'il lui est dévoilé par des Intelligences supérieures.
Signalons le rêve de la duchesse d'Hamilton, qui vit quinze jours à l'avance la mort du comte de L..., avec des détails d'ordre intime, qui entourèrent cet événement. Un fait du même ordre a été publié par le Progressive Thinker de Chicago, 1er novembre 1913. Un magistrat de Hauser, M. Reed, fut tué net par suite de l'embardée d'une automobile où il avait pris place. Son fils, âgé de 10 ans, avait eu deux fois de suite, dans un rêve, la vision de cette catastrophe dans tous ses détails. Malgré ces avertissements et les supplications de sa femme, M. Reed ne crut pas devoir renoncer à la promenade projetée, où il trouva la mort dans des circonstances identiques à celles perçues dans le rêve de l'enfant.
M. Henri de Parville, dans son feuilleton scientifique du Journal des Débats (mai 1904), rapporte un cas garanti par de sérieux témoignages :
«Une jeune femme, dont le mari a disparu sans laisser de traces et qu'elle n'a pu découvrir malgré toutes ses recherches, fait un rêve. Un petit chien qui vécut longtemps près d'elle, mais fut emmené par son mari, lui apparaît, aboie joyeusement et la couvre de caresses. Il s'installe près d'elle et ne la quitte pas des yeux ; puis, après un moment, se lève et gratte à la porte. Il a fait sa visite et doit s'en retourner. Elle lui ouvre et, dans son rêve, suit l'animal, qui s'éloigne en courant. Elle court derrière lui et, après un certain temps, le voit entrer dans une maison dont le rez de chaussée est occupé par un café. La rue, la maison, le quartier se gravent dans la mémoire de la dormeuse, qui en conserve le souvenir au réveil. Préoccupée sans cesse de ce rêve elle en parle à trois personnes de son entourage, qui ont témoigné depuis de l'authenticité des faits. Elle se décide enfin à suivre la piste du chien et retrouve son mari dans la rue et la maison vues en songe.»
Nous trouvons encore exposé dans la Revue de psychologie de la Suisse romande, 1905, page 379, le cas d'un jeune homme qui se voyait souvent, dans une hallucination autoscopique, précipité du haut d'un rocher et gisant, sanglant et meurtri, au fond d'un ravin. Cette totale prémonition se réalisa de point en point, le 10 juillet 1904, sur la montagne du Salève, près de Genève.
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A mesure que nous nous élevons dans l'ordre des phénomènes psychiques, ceux-ci s'accentuent, se précisent et nous apportent des preuves plus décisives de l'indépendance et de la survivance de l'esprit.
Les perceptions de l'âme dans le sommeil sont de deux sortes. Nous constatons d'abord la vision à distance, la clairvoyance, la lucidité. Vient ensuite un ensemble de phénomènes désignés sous les noms de télépathie et télesthésie (sensations et sympathies à distance). Il comprend la réception et la transmission des pensées, des sensations, des impulsions motrices. A ces faits se rattachent les cas de dédoublements et d'apparitions, désignés sous les noms de fantômes des vivants. Ces cas, la psychologie officielle a dû les constater en grand nombre, sans les expliquer. Tous ces faits se relient entre eux et forment une chaîne continue. En principe, ils ne sont, au fond, qu'un seul et même phénomène, variant de forme et d'intensité, c'est-à-dire le dégagement graduel de l'âme. Ce dégagement, nous allons le suivre dans ses phases diverses, depuis l'éveil des sens psychiques et leurs manifestations à tous les degrés, jusqu'à la projection à distance de l'esprit tout entier, âme et corps fluidique.
Examinons d'abord les cas où la vision psychique s'exerce avec une acuité remarquable. Nous en avons cité quelques-uns dans nos ouvrages précédents. En voici un plus récent, publié par toute la presse londonienne :
«La disparition de Miss Holland, affaire criminelle qui a passionné l'Angleterre, a été expliquée par un rêve. La police recherchait inutilement la victime. L'accusé, Samuel Douglas, prétendait que celle-ci était partie pour une destination inconnue et il allait être relâché. Les journaux de Londres ayant publié des dessins représentant la ferme habitée par Miss Holland et le jardin y attenant, une jeune femme de chambre vit la gravure et s'écria : «Voilà mon rêve !» et elle indiqua un endroit, au pied d'un arbre, en disant : «Là, il y a un cadavre !» Le propos fut répété à la police et, devant les agents, la jeune fille confirma ses déclarations. Elle expliqua qu'elle avait vu ce jardin en rêve et, dans le sol, à la place indiquée, un corps enseveli. La police fit creuser la terre à cet endroit et y découvrit le cadavre de Miss Holland. Il a été établi que la jeune femme de chambre n'avait jamais connu cette personne, ni mis les pieds dans ce jardin.»
M. C. Flammarion, dans son ouvrage : l'Inconnu et les Problèmes psychiques, mentionne toute une série de visions directes à distance, dans le sommeil, résultant d'une enquête faite en France sur les phénomènes de cet ordre.
Voici un cas plus compliqué. Les Annales des Sciences psychiques, de Paris, septembre 1905 (page 551), contiennent la relation détaillée et attestée par les autorités légales de Castel di Sangro (Italie) d'un rêve macabre, collectif et véridique :
«Le garde champêtre du baron Raphaël Corrado, la nuit du 3 mars dernier, vit en rêve son père mort depuis dix ans. Celui-ci lui reprocha, ainsi qu'à ses frères et soeurs, de l'avoir oublié et, chose plus grave, de laisser ses pauvres ossements, déterrés par les fossoyeurs, abandonnés sur la neige, derrière la tour du cimetière, à la merci des loups. La soeur du garde fit exactement le même rêve, et son frère, fort impressionné, prit son fusil et, malgré la tourmente de neige qui sévissait, se rendit au cimetière, situé sur un mont dominant la ville. Là, derrière la tour, parmi les ronces et sur la neige qui gardait des traces de pattes de loups, il vit des ossements humains.»
Les Annales donnent ensuite le récit détaillé de l'enquête et des recherches faites par le juge de paix ; elles établissent que les ossements étaient bien ceux du père du garde, exhumés par les fossoyeurs à l'expiration de la période légale. Ceux-ci allaient les transporter à l'ossuaire aux approches de la nuit, lorsque le froid et la neige les contraignirent à remettre leur besogne au lendemain. Les documents relatifs à cette affaire, qui fit l'objet d'un procès, sont contresignés par le notaire, le juge de paix et le syndic de la localité ; ils ont été publiés par l'Echo del Sangro, du 15 mars 1905.
Le Professeur Newbold, de l'Université de Pennsylvanie, relate dans les Proceedings S. P. R., XII, page 11, plusieurs exemples de rêves indiquant une grande activité de l'âme dans le sommeil et apportant des enseignements du monde invisible. Entre autres, nous signalerons celui du docteur Hilprecht, professeur d'assyrien à la même Université, qui trouva dans le sommeil le sens d'une inscription antique, sens qui lui avait échappé jusque-là. Dans un rêve plus complexe, où intervient un prêtre des anciens temples de Nippur, il reçut de celui-ci l'explication d'une énigme embarrassante. Tous les détails de ce rêve furent reconnus exacts. Les indications du prêtre portaient sur des points d'archéologie, inconnus de tout être vivant sur la terre.
Remarquons que dans tous ces faits le corps du percipient repose, ses organes physiques sont endormis ; mais en lui, l'être psychique continue à veiller, à agir ; il voit, entend et communique, sans l'aide de la parole, avec d'autres êtres semblables à lui, c'est-à-dire avec d'autres âmes.
Ce phénomène a un caractère général et se retrouve en chacun de nous. Dans le passage de la veille au sommeil, au moment même où nos moyens ordinaires de communication avec le monde extérieur sont suspendus, des issues nouvelles s'ouvrent en nous sur la nature, et par elles, s'échappe un rayonnement plus intense de notre vision. Nous voyons déjà se révéler en cela une autre forme de vie, la vie psychique, qui va s'amplifier dans les autres phénomènes dont nous allons nous occuper, et nous prouver qu'il existe pour l'être humain un mode de perception et de manifestation bien différent de celui des sens matériels.
Après les phénomènes de vision dans le sommeil naturel, voici un cas de clairvoyance dans le sommeil provoqué :
Le docteur Maxwell, déjà cité précédemment, plonge Mme Agullana, sujet très sensible, dans le sommeil magnétique. Elle se dégage, s'extériorise, s'éloigne en esprit de sa demeure. M. Maxwell l'envoie observer, à une certaine distance, ce que fait un de ses amis, M. B... Il était 10 h 20 du soir. Nous laissons la parole à l'expérimentateur :
«Le médium, à notre grande surprise, nous dit qu'elle voyait M. B... à moitié vêtu, se promener pieds nus sur la pierre. Cela ne me parut avoir aucun sens. Cependant j'eus l'occasion de voir mon ami le lendemain. Il se montra fort étonné de mon récit et me dit textuellement : Hier soir, je n'étais pas bien ; un de mes amis, M. S..., qui habite chez moi, me conseilla d'essayer la méthode Kneip et me pressa avec tant d'insistance que, pour lui donner satisfaction, j'essayai pour la première fois hier soir de me promener nu-pieds sur la pierre froide ; j'étais en effet à demi déshabillé quand j'ai fait cet essai. Il était 10 h 20 et je me suis promené quelque temps sur les premières marches de l'escalier, qui est en pierre.»
Les cas de clairvoyance dans l'état somnambulique sont nombreux ; on en trouve la relation dans tous les ouvrages et revues s'occupant spécialement de ces questions. La Médecine française du 16 avril 1906 rapporte un fait de clairvoyance relatif aux mines de Courrières. Mme Berthe, la voyante consultée, décrivit exactement la mine et subit les affres des survivants dont elle annonça la mort ou la délivrance.
Ajoutons deux exemples récents :
M. Louis Cadiou, directeur de l'usine de la Grand-Palud, près de Landerneau (Finistère), ayant disparu à la fin de décembre 1913, on ne pouvait, malgré des recherches minutieuses, retrouver ses traces. Des sondages effectués dans la rivière l'Elorn n'avaient donné aucun résultat. Une voyante habitant Nancy, Mme Camille Hoffmann, ayant été consultée, déclara, dans l'état de sommeil magnétique, que le cadavre serait retrouvé à la lisière d'un bois voisin de l'usine, caché sous une mince couche de terre. Le frère de la victime, d'après ces indications, découvrit le corps dans une situation identique à celle que la voyante avait décrite.
Tous les journaux, entre autres le Matin du 5 février 1914, ont relaté avec détails cette affaire Cadiou, que toute la France a suivie avec un intérêt passionné.
Quelques jours après, un phénomène analogue se produisit. Un jeune postier du nom de Charles Chapeland s'étant noyé dans la Saône, près de Mâcon, son frère eut recours à Mme Camille Hoffmann pour retrouver son cadavre. Celle-ci assura qu'il serait rejeté par les eaux, 60 jours après l'accident, près du barrage de Cormoranche, ce qui se réalisa de point en point.
Nous arrivons maintenant à un ordre de manifestations qui se produisent à distance, sans le concours des organes, aussi bien dans la veille que pendant le sommeil. Ces phénomènes, connus sous le terme un peu général et vague de télépathie, ne sont pas, nous l'avons dit, des actes maladifs et morbides de la personnalité, comme certains observateurs l'ont cru, mais, au contraire, des cas partiels, des éclosions isolées de la vie supérieure au sein de l'humanité. On doit voir en eux la première apparition des pouvoirs futurs dont l'homme terrestre sera doté. L'examen de ces faits nous conduira à la preuve que le moi extériorisé pendant la vie et le moi survivant après la mort sont identiques et représentent deux aspects successifs de l'existence d'un seul et même être.
La télépathie, ou projection à distance de la pensée et même de l'image du manifestant, nous fait monter un degré de plus sur l'échelle de la vie psychique. Ici nous sommes en présence d'un acte puissant de la volonté. L'âme se communique elle-même en communiquant sa vibration : démonstration évidente de ce fait que l'âme n'est pas un composé, une résultante ni un agrégat de forces, mais bien, au contraire, le centre de la vie et de la volonté en nous, un centre dynamique qui commande l'organisme et en dirige les fonctions. Les manifestations télépathiques ne comportent pas de limites. Le pouvoir et l'indépendance de l'âme s'y révèlent d'une façon souveraine, car ici le corps n'a aucune part au phénomène. Il est plutôt un obstacle qu'une aide. Aussi se produisent-elles avec une intensité plus grande encore après le décès, comme nous le verrons par la suite.
«L'auto projection, dit Myers, est le seul acte défini que l'homme semble capable d'accomplir aussi bien avant qu'après la mort corporelle.»
La communication télépathique à distance a été établie par des expériences devenues classiques. Rappelons celles de M. Pierre Janet, qui fut professeur en Sorbonne, et du docteur Gibert, du Havre, sur leur sujet Léonie, qu'ils font venir à eux, dans la nuit, à un kilomètre de distance, par des appels suggestifs.
Depuis lors, les expériences se sont multipliées avec un succès constant. Citons seulement plusieurs cas de transmission de la pensée à grande distance.
Le Daily Express, du 17 juillet 1903, rendait compte de remarquables essais d'échanges de pensées qui avaient eu lieu dans les bureaux de la Review of reviews, Norfolk street, Strand, à Londres. Ces expériences étaient contrôlées par un comité de six membres, parmi lesquels le docteur Wallace, 39, Harley street, et W. Stead, l'éminent publiciste. Les messages télépathiques furent envoyés par M. Richardson, de Londres, et reçus par M. Franck, de Nottingham, à une distance de 110 milles anglais.
Enfin, le Banner of Light, de Boston, du 12 août 1905, relatait qu'une Américaine, Mrs. Burton Johnson, de Des Moines, venait d'obtenir le record de ce genre de transmission. Assise dans sa chambre, à l'hôtel Victoria, elle a reçu quatre fois des messages télépathiques de Palo Alto (Californie), distant de 3.000 milles. Il s'agissait, disait le journal, de faits dûment vérifiés, rigoureusement contrôlés et qui ne laissent subsister aucun doute.
La transmission des pensées et des images s'opère, nous l'avons dit, indistinctement dans le sommeil comme dans la veille. Nous en avons déjà relaté plusieurs cas ; on en trouvera d'autres, en grand nombre dans des ouvrages spéciaux ; par exemple celui d'un médecin appelé télépathiquement pendant la nuit et celui d'Agnès Paquet, signalés par Myers. Ajoutons le cas de Mme Elgee : elle eut, au Caire, la vision d'un de ses amis qui, à ce moment même, en Angleterre, pensait vivement à elle.
Dans les derniers jours de sa vie, ma mère me voyait souvent près d'elle, à Tours, quoique je fusse alors bien loin de là, en voyage, dans l'Est.
Tous ces phénomènes peuvent s'expliquer par la projection de la volonté du manifestant qui évoque chez le percipient l'image même de la personne agissante. Dans les cas qui vont suivre, nous verrons la personnalité psychique, l'âme, se dégager entièrement de son enveloppe corporelle et apparaître dans sa forme fantômale. Sur ce point, les témoignages abondent.
Nous avons relaté ailleurs les résultats des enquêtes de la Société des Recherches psychiques, de Londres. Elles ont permis de recueillir environ un millier de cas d'apparitions à distance de personnes vivantes, appuyés sur des attestations de haute valeur. Les témoignages ont été consignés en plusieurs volumes, sous forme de procès verbaux. Ils portent les signatures d'hommes de science appartenant à des académies ou corps scientifiques divers. Parmi ces noms figurent ceux de MM. Gladstone, Balfour, etc..
On attribue généralement à ces phénomènes un caractère subjectif. Mais cette opinion ne résiste pas à un examen attentif. Certaines apparitions ont été vues successivement par plusieurs personnes, aux différents étages d'une maison ; d'autres ont impressionné des animaux : chiens, chevaux, etc.. Dans certains cas, les fantômes agissent sur la matière, ouvrent des portes, déplacent des objets, laissent des traces sur la poussière recouvrant les meubles. On entend des voix qui donnent des informations sur des faits ignorés, et dont l'exactitude est reconnue plus tard.
Rappelons, dans le nombre, le cas de Mme Hawkins, dont le fantôme fut aperçu par quatre personnes à la fois et d'une façon identique.
En France, tout un ensemble de faits de même nature ont été recueillis et publiés par les Annales des Sciences psychiques, du docteur Dariex et du professeur Ch. Richet, et par M. C. Flammarion, dans son ouvrage : la Mort et son Mystère, vol. I et II, 1921.
Citons un cas rapporté par les grands journaux de Londres, le Daily Express, l'Evening News, le Daily News, du 17 mai 1905, l'Umpire, du 14 mai, etc.. Ces organes rendaient compte de l'apparition, en pleine séance du Parlement, à la Chambre des communes, du fantôme d'un député, le major sir Carne Raschse, retenu à ce moment chez lui par une indisposition. Trois autres députés attestèrent la réalité de cette manifestation. Voici comment s'exprima Sir Gilbert Parker :
«Je voulais participer au débat, mais on oublia de m'appeler. Pendant que je regagnais ma place, mes yeux tombèrent sur sir Carne Raschse, assis près de sa place habituelle. Comme je savais qu'il avait été malade, je lui fis un geste amical, en lui disant : "J'espère que vous allez mieux." Mais il ne fit aucun signe de réponse. Cela m'étonna. Mon ami avait le visage très pâle. Il était assis, tranquille, appuyé sur une main ; l'expression de sa figure était impassible et dure. Je songeai un instant à ce qu'il convenait de faire ; quand je me retournai vers sir Carne, il avait disparu. Je me mis aussitôt à sa recherche, espérant le trouver dans le vestibule. Mais Raschse n'y était pas ; personne ne l'y avait vu...
Sir Carne lui-même ne doute pas d'être réellement apparu à la Chambre, sous forme de double, préoccupé qu'il était de se rendre à la séance pour appuyer de son vote le gouvernement.»
Dans le Daily News, du 17 mai 1905, sir Arthur Hayter ajoute son témoignage à celui de sir Gilbert Parker. Il dit que lui-même, non seulement vit sir Carne Raschse, mais attira l'attention de Sir Henry Campbell Bannerman sur sa présence à la Chambre.
L'extériorisation, ou dédoublement de l'être humain, peut être provoquée par l'action magnétique. Des expériences ont été faites, et devant elles aucun doute n'est possible. Le sujet, endormi, se dédouble et va produire à distance des actes matériels.
Nous avons cité le cas du magnétiseur Lewis. En d'autres circonstances semblables, l'apparition a été photographiée. Aksakof cite trois de ces cas dans Animisme et Spiritisme. D'autres faits analogues ont été observés par W. Stead, alors directeur du Boderland.
Ainsi l'objectivité de l'âme, en sa forme fluidique, se manifestant sur des points éloignés de celui où repose son corps, est démontrée d'une manière positive et ne saurait être sérieusement contestée.
Du reste, il suffit de consulter l'Histoire pour reconnaître que le passé est rempli de faits de ce genre. Les phénomènes de bilocation des vivants sont fréquents dans les annales religieuses. Le passé n'est pas moins riche en récits et témoignages concernant les esprits des morts, et cette abondance d'affirmations, cette persistance à travers les siècles est bien de nature à indiquer qu'au milieu des superstitions et des erreurs, il doit y avoir là une part de réalité.
En effet, la manifestation et la communication à distance entre esprits incarnés conduisent, logiquement et nécessairement, à la communication possible entre esprits incarnés et désincarnés.
Les habitants de l'espace ont fourni de nombreuses preuves expérimentales de cette loi de la communion universelle, dans la mesure où elle peut être constatée rigoureusement sur la terre.
Signalons, entre autres faits, l'expérience de la Société des Recherches, de Londres, à laquelle le monde savant est redevable de tant de découvertes dans le domaine psychique. Elle a établi un système d'échanges de pensées entre les Etats-Unis et l'Angleterre, sans autre moyen que deux médiums en transe. A l'aide de ces intermédiaires, un message a été transmis par un Esprit à un autre Esprit. Ce message se composait de quatre mots latins, langue que ne connaissaient ni l'un ni l'autre de ces médiums.
Cette expérience a été surveillée, contrôlée, par le professeur Hyslop, de l'Université de Columbia, à New York. Toutes les précautions nécessaires ont été prises pour éviter les fraudes.
Des expériences du même genre ont été poursuivies pendant l'année 1913, par Mme de Watteville, avec l'aide de deux médiums. Les Esprits «Roudolphe», «Charles» et «Emilie» ont dicté à ces médiums, l'un Mme T..., à Paris, et l'autre Mlle R..., à Vimereux (Pas-de-Calais), plusieurs messages simultanés et absolument identiques, à 260 kilomètres de distance.
«Ces correspondances croisées, dit M. le docteur Geley, revêtent un caractère imprévu, de spontanéité et de variété qui exclut l'idée d'une fraude préparée à l'avance. Il n'était ni dans l'esprit de Mme de W... ni dans l'esprit des médiums, d'obtenir ces phénomènes.»
Lorsqu'on étudie, sous ses divers aspects, le phénomène de la télépathie, les vues d'ensemble qui s'en dégagent grandissent peu à peu, et l'on est amené à reconnaître en lui un procédé de communication d'une portée incalculable. D'abord, nous avons vu là une simple transmission presque mécanique de pensées et d'images entre deux cerveaux. Mais le phénomène va revêtir les formes les plus variées et les plus impressionnantes. Après les pensées, ce sont les projections à distance des fantômes des vivants, celles des mourants et, enfin, sans que nulle solution de continuité interrompe l'enchaînement des faits, les apparitions des morts, alors que le voyant n'a, dans la plupart des cas, aucune connaissance du décès des personnages apparus. Il y a là une série continue de manifestations qui se graduent dans leurs effets et concourent à démontrer l'indestructibilité de l'âme.
L'action télépathique ne connaît pas de bornes. Elle supprime tous les obstacles et relie les vivants de la terre aux vivants de l'espace, le monde visible aux mondes invisibles, l'homme à Dieu ; elle les unit de la manière la plus étroite, la plus intime.
Les moyens de transmission qu'elle nous révèle constituent la base des relations sociales entre les esprits, leur mode usuel d'échanger les idées et les sensations. Le phénomène appelé télépathie sur la terre n'est autre chose que le procédé de communication entre tous les êtres pensants de la vie supérieure, et la prière est une de ses formes les plus puissantes, une de ses applications les plus hautes et les plus pures. La télépathie est la manifestation d'une loi universelle et éternelle.
Tous les êtres, tous les corps échangent des vibrations. Les astres s'influencent à travers les immensités sidérales ; de même, les âmes, qui sont des systèmes de forces et des foyers de pensées, s'impressionnent mutuellement et peuvent se communiquer à toutes distances. L'attraction s'étend aux âmes comme aux astres ; elle les attire vers un centre commun, centre éternel et divin. Un double rapport s'établit : leurs aspirations montent vers lui sous forme d'appels et de prières ; des secours en descendent sous forme de grâces et d'inspirations.
Les grands poètes, écrivains, artistes, les sages et les purs connaissent ces impulsions, ces inspirations soudaines, ces lueurs de génie qui illuminent le cerveau comme des éclairs et semblent provenir d'un monde supérieur, dont elles reflètent la grandeur et l'enivrante beauté. Ou bien ce sont des visions de l'âme ; dans un élan extatique, elle voit s'entrouvrir ce monde inaccessible, elle en perçoit les radiations, les essences, les lumières.
Tout cela nous le démontre : l'âme est susceptible d'être impressionnée par d'autres moyens que les organes, de recueillir des connaissances dépassant la portée des choses terrestres et provenant d'une cause spirituelle. C'est grâce à ces lueurs, à ces éclairs, qu'elle entrevoit dans la vibration universelle le passé et l'avenir ; elle perçoit la genèse des formes, formes d'art et de pensée, de beauté et de sainteté, d'où découlent à jamais des formes nouvelles, dans une variété inépuisable comme la source dont elles émanent.
Considérons ces choses à un point de vue plus immédiat, voyons leurs conséquences dans le milieu terrestre. Déjà, par les faits télépathiques, l'évolution humaine s'accentue. L'homme conquiert de nouveaux pouvoirs psychiques, qui lui permettront, un jour, de manifester sa pensée à toutes distances, sans intermédiaire matériel. Ce progrès constitue une des plus magnifiques étapes de l'humanité vers une vie plus intense et plus libre. Il pourrait être le prélude de la plus grande révolution morale qui se soit produite sur notre globe ; par là, en effet, le mal serait vaincu ou considérablement atténué. Quand l'homme n'aura plus de secrets, qu'on pourra lire ses pensées dans son cerveau, il n'osera plus mal penser et, par conséquent, mal faire.
Ainsi, toujours, l'âme humaine montera, gravissant l'échelle des développements infinis. Les temps viendront où, de plus en plus, l'intelligence prédominera, se dégageant de la chrysalide charnelle, étendant, affirmant son empire sur la matière, créant par ses efforts des moyens nouveaux et plus étendus de perception et de manifestation. Les sens, à leur tour, affinés, verront s'élargir leur cercle d'action. Le cerveau humain deviendra comme un temple mystérieux, aux nefs vastes et profondes, emplies d'harmonies, de voix, de parfums, instrument admirable au service d'un esprit devenu plus subtil et plus puissant.
Et en même temps que la personnalité humaine - âme et organisme - la patrie terrestre se transformera. Pour que le milieu évolue, l'individu doit évoluer d'abord lui-même. C'est l'homme qui fait l'humanité, et l'humanité, par son action constante, transforme sa demeure. Il y a équilibre absolu et relation étroite entre le moral et le physique. La pensée et la volonté sont les outils par excellence à l'aide desquels nous pouvons tout transformer, en nous et autour de nous. N'ayons que des pensées hautes et pures ; aspirons à tout ce qui est grand, noble et beau. Peu à peu nous sentirons notre être se régénérer et, avec lui, de proche en proche, le milieu tout entier, le globe et l'humanité !
Dans notre ascension, nous arriverons à mieux comprendre et à pratiquer cette communion universelle qui relie tous les êtres. Inconsciente dans les états inférieurs de l'existence, cette communion devient de plus en plus consciente à mesure que l'être s'élève et parcourt les degrés innombrables de l'évolution, pour aboutir un jour à cet état de spiritualité où chaque âme, rayonnante de l'éclat des puissances acquises, dans l'élan de son amour, vit de la vie de tous et se sent unie à tous dans l'oeuvre éternelle et infinie.